Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694129
144 pages

p. 102 à 115
doi: en cours

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Mélanges

Volume 35 2002/2

2002 Archives juives Mélanges

Juifs du prince-abbé : les Juifs de Guebwiller

Denis Ingold Denis INGOLD est professeur d’anglais à Mulhouse. Historien des Juifs du Haut-Rhin, grand connaisseur des archives locales, il a publié de nombreux travaux – certains dans notre revue –, principalement sur les implantations juives des XVIIe et XVIIIe siècles en Haute-Alsace.
The permanent sojourn of Jews at Guebwiller since 1270 is only an illusion meant to hide their precarious conditions of life in modern times as well as in the Middle Ages. This analysis gives the particulars for the reasons of the demographic and economical stagnancy of the Jewish community during the XVIIIth century in this small town of upper Alsace while there is a relative prosperity in the neighbouring villages: seignorial limitations, heavy income taxes, latent antijudaism of the town corporation and the people. The community of Guebwiller must wait numerous decennies after the emancipation to reach a relative progress.
Guebwiller, jadis capitale d’une principauté dépendant de la puissante abbaye de Murbach [1], est une des premières villes d’Alsace où la présence juive est attestée au Moyen Âge. Elle est aussi de nos jours une des rares villes moyennes de Haute-Alsace dont la synagogue n’est pas désaffectée : au cours de l’année 1997 la communauté israélite de Guebwiller y a accueilli ses concitoyens chrétiens lors d’une journée « Portes ouvertes » dans le cadre des manifestations de mise en valeur du Patrimoine national. Pourtant, nous allons le voir, cette apparence de prospérité continue dans le temps n’est qu’un trompe-l’œil : au cours des siècles le sort des Juifs y a été difficile et leurs installations précaires.
 
La communauté du Moyen Âge : 1270-1521
 
 
En 1270 une importante communauté juive vit à Guebwiller [2]. À cette date, en effet, les Juifs de Guebwiller et des environs (Rouffach, Soultz ; l’acte, signé par le notaire de Rouffach, ne précise pas leur domiciliation) renoncent à faire valoir leurs doléances et à entreprendre une action en justice pour les dommages que leur avait causés l’abbé de Murbach Berthold de Steinbrunn « et ses prédécesseurs ». On peut donc supposer que des Juifs résidaient à Guebwiller bien avant 1270 [3], probablement dès l’abbatiat de Hugues (entre 1216 et 1236), qui s’était endetté en faisant construire les châteaux du Burgstall à Guebwiller et du Hugstein à l’entrée du vallon de Murbach. La renonciation de 1270 fait apparaître nominalement une vingtaine d’adultes des deux sexes, parmi lesquels le rédacteur de l’acte, Bruningus, et « l’évêque juif », episcopus judeus, dont le nom n’est pas indiqué. Si l’on ajoute à ces adultes les enfants et les domestiques, on arrive à un total d’une soixantaine d’individus, ce qui ferait de la communauté juive de Guebwiller une des plus importantes de l’Alsace de l’époque. Ces Juifs viennent de l’aire germanique d’après leurs noms, comme Richina, Vrochint, Gotscalch, les autres noms étant d’origine biblique, comme pour Joseph ou Salemanus (Salomon) ; ces noms sont d’ailleurs souvent latinisés dans le document. Pas d’originaires des pays romans comme nous en avions trouvé à Cernay [4].
IMGIMGIMGIMFLe serment juif (Juden Eidt).
Archives municipales de Guebwiller, Stadtbuch, BB7.
Qu’est devenue cette importante communauté ? Les attestations postérieures de Juifs à Guebwiller sont rares et espacées, signe sans doute d’installations devenues précaires. Si, en 1295, c’est un Juif de Guebwiller, Copo, qui obtient du prieur des Dominicains nouvellement installés dans la ville qu’il intercède en faveur de deux Juifs allemands accusés de profanation d’hostie, les successeurs de l’abbé Berthold à la fin du XIIIe siècle s’adressent à des Juifs d’autres localités comme Berne ou Ensisheim, ou à des Cahorsins [5], pour leurs emprunts : ne trouvaient-ils pas à Guebwiller même des Juifs à qui emprunter ? En 1324 apparaît dans un acte de vente, notamment de vignes situées près de Guebwiller, un Merkelin de Guebwiller fils de feu Mann(es) (forme de génitif germanique d’un nom qu’on peut faire remonter à Menahem) : quand ce Mann avait-il habité la cité ? Une synagogue est attestée en 1330 comme confront dans un acte de donation [6] : de quand datait-elle ? Était-elle en usage en 1330 ? Le Mémorial de Nuremberg cite Guebwiller parmi les villes où les Juifs furent victimes des massacres de 1348, au moment de la Peste noire [7], mais depuis combien de temps y étaient-ils ? Si Guebwiller n’apparaît pas dans les documents afférents aux persécutions des Armleder [8] en 1338, est-ce parce que la ville n’avait pas de Juifs en 1338 ou parce que la protection de l’abbé avait cette fois-là été efficace ? À partir de 1377 on trouve un Juif de Guebwiller, « Eberhart von Gewilr », à Zurich, où il est rejoint avant la fin du siècle par sa femme Marye, son fils Mathis et sa fille Sara, et en 1379 un Eberlin de Guebwiller, juif, est présent à Bâle ; ils pourraient avoir fui Guebwiller en 1348.
On retrouve des Juifs installés à Guebwiller, dans une position plus solide au moins pour un temps, un bon siècle plus tard : en 1466, d’après la Chronique des Dominicains de Guebwiller [9], « une violente querelle a éclaté entre les Juifs et les nobles de Stoer, à la suite d’un litige concernant quelques pièces de vigne, situées près d’Angraeth [château près de la Porte haute de la ville] »…« leur animosité était telle que, pour éviter un malheur, les membres des deux parties devaient veiller à ne pas se rencontrer en ville. Finalement, le différend a été arrangé à l’amiable grâce à l’entremise de tierces personnes », preuve que les Juifs n’étaient pas alors sans défense. Notons également qu’ils sont, à cette date encore, propriétaires de vignes. En 1487 enfin une dame noble, meurtrière de son mari, avoue « qu’avant et après le meurtre elle avait aliéné des titres de rente [appartenant à son époux] qu’elle avait cédés aux Juifs de Guebwiller et d’ailleurs » ; rien ne prouve que ces Juifs aient été inquiétés à cette occasion.
Cependant, on n’a plus trace d’une domiciliation d’un groupe juif dans la ville après 1487, bien qu’un Juif influent du nom de Sussman semble encore y habiter en 1519 et que des Juifs aient habité plusieurs localités proches dans la première moitié du XVIe siècle, et aient pu se trouver occasionnellement à Guebwiller. La ville était devenue tout à fait intolérante comme le montre le cérémonial infamant du serment more judaico que les Juifs cités devant le tribunal de la ville étaient tenus de prêter : debout sur une peau de porc et obligés d’évoquer la malédiction que leurs ancêtres avaient appelée sur eux-mêmes et sur leur descendance en condamnant et en martyrisant le Christ [10]. C’est d’ailleurs un dominicain de Guebwiller qui, en 1522, déchaîne la fureur antijuive des jeunes gens d’Ensisheim par son sermon du Vendredi saint. En 1521 d’autre part, l’empereur Charles-Quint accorde à l’abbaye de Murbach un privilège de non tolerandis Judeis (le droit d’exclure les Juifs) et cette situation durera près d’un siècle, la ville de Guebwiller s’en étant même fait délivrer une copie en 1563 [11].
 
Retour à Guebwiller, mais aux portes de la ville : 1611-1651
 
 
En 1611 le Juif Esaïa apparaît à Bergholtz, village du bailliage de Guebwiller situé à trois kilomètres de la ville [12]. Il profitait de l’autorisation donnée par l’abbaye de Murbach à quelques Juifs, moyennant finance, de s’établir dans certains villages de son ressort. En 1623, Bergholtz abrite trois familles juives : le 23 mai 1623 en effet le même Esaïa, sous le diminutif de Schay, reçoit de la chancellerie de l’abbaye l’autorisation de faire pâturer « deux chevaux, mais pas plus » et de construire une fontaine en bois à l’usage de sa famille ou de sa communauté, tandis qu’est accordé à deux autres juifs un « droit d’habitation » moyennant 100 florins par an, accompagné du droit de faire paître un seul cheval chacun et de l’obligation de payer la taille à la commune de Bergholtz [13]. Ces deux Juifs ne peuvent être que « Moyses de Bergholtz » qui obtient le 17 juillet suivant une réduction de moitié de son droit d’habitation [14] et Jacob, ou Kopel [15], Schweizer (sans doute d’après ce nom originaire de Suisse) qui achète une maison dans le village le 18 juillet 1624 pour 700 livres [16]. « Schew » (Schay), Copel et Moses de Bergholtz font partie des Juifs « protégés » par l’abbaye de Murbach ; c’est certainement pour acheter cette protection qu’au début de la guerre de Trente ans, le 15 octobre 1625, ils souscrivent, avec d’autres Juifs de la principauté, un emprunt forcé de 1 000 livres représentant leur contribution à l’effort de guerre de l’Empire [17].
La ville de Guebwiller elle-même reste fermée aux installations de Juifs [18], mais ils peuvent y entrer sous réserve d’un droit de péage – et de beaucoup de chicaneries – et y fréquenter les marchés et les foires. Ainsi en 1621 le médecin Dodorus de Soultz demande à être exempté de ce droit lorsqu’il vient y soigner des patients [19], et le 20 mars 1623 est publiée au marché de la ville l’obligation faite aux Juifs de chômer les dimanches et jours de fête chrétiens « aussi bien que pendant leur sabbat » et de respecter l’interdiction de manger de la viande pendant les jours de jeûne chrétiens [20]. Sur la demande du conseil de la Ville, l’abbaye de Murbach interdit le même jour aux spéculateurs, « et aux Juifs en particulier », tout achat (dit Fürkauf) de récolte ou de vendange avant maturation ainsi que de bétail à l’étable ou au pré [21]. Ainsi s’inscrit en creux un aperçu des moyens d’existence de ces Juifs [22].
Pourtant en 1633, à la faveur de l’invasion suédoise qui ravage la contrée, quelques familles juives, dont celle de Kopel Schweizer, sont autorisées à se réfugier provisoirement à Guebwiller, sous condition de payer à la Ville une contribution hebdomadaire de 20 livres chacune. Le chancelier leur interdit le 22 mars 1633 sous peine d’expulsion collective l’exercice public de leur culte, ainsi que la pratique des circoncisions, l’abattage rituel et la consommation de viande pendant la Semaine sainte. Malgré l’impossibilité rituelle invoquée par les Juifs de retarder de huit jours la circoncision prévue du fils du « juif roux », l’interdiction fut maintenue. Les Juifs passèrent outre et l’enfant fut circoncis, ce qui valut au père ainsi qu’à deux autres Juifs, Abraham et Männlen, une convocation devant le conseil de la Ville. Le « juif roux » déclara pour sa défense que le prévôt lui avait permis de faire circoncire son fils à condition de le faire discrètement. Ils furent condamnés à un amende sous forme d’un emprunt forcé de 200 écus d’Empire. Tolérés par la Ville à force de taxes, ils sont en butte à l’antijudaïsme de la municipalité, mais aussi de la population, comme le montre la plainte qu’une bourgeoise de la ville introduit au conseil le 29 mai suivant contre « Isaac le juif » au nom de son fils : à l’origine de la dispute, un geste malveillant de la plaignante pour désigner le fils du Juif à des soldats [23].
 
Une installation discutée : 1651-1656
 
 
En 1651 un certain Kopel Dreyfus venant de Soultz-Haut-Rhin [24], sans doute le même que le Kopel Schweitzer attesté à Bergholtz entre 1623 et 1625, si l’on en croit la mention faite en 1655-1656 de sa maison de Bergholtz ruinée au cours de la guerre de Trente ans, reçoit de l’administrateur très contesté de l’abbaye de Murbach Benoît Renner d’Allmendingen [25], qu’il a sans doute soudoyé [26], l’autorisation de s’installer à Guebwiller avec sa famille, soit huit personnes adultes [27], dans une maison qu’ils louent au prévôt de la ville, Jean-Jacques Higelin [28].
Cependant l’antijudaïsme des habitants, sous des modalités héritées de l’époque médiévale, ne désarme pas : les Juifs sont bientôt – durant les Pâques 1652 – accusés d’avoir profané une image du Christ dans la cour de leur maison l’après-midi du Vendredi saint ; l’accusation émane d’un voisin qui, alerté par un « tumulte », dit-il, s’est juché sur une échelle pour les épier. D’après ses dires, il aurait vu un garçon juif de douze à treize ans traîner derrière lui, attachée à une cordelette, une « représentation du Christ » sur laquelle une vingtaine de juifs auraient craché en l’insultant avec force rires et quolibets, pendant qu’une femme tenait un crucifix en bois. Une enquête est menée dans la plus grande discrétion par les autorités abbatiales et il s’avère qu’un samedi, et non le Vendredi saint, les Juifs ont joué à un jeu appelé « Büren Esserlins » (qu’on pourrait comprendre par Pürem Estherlin, Petite Esther de Pourim) ou Der Teuffel an der Ketten (Le diable enchaîné), sorte de colin-maillard très en vogue dans les communautés juives de Francfort et de Worms, et dans lequel on commémorait la pendaison d’Aman, assimilé au diable [29]. D’autres accusations suivent : le 15 septembre 1654, Kopel est condamné à 10 livres d’amende pour s’être permis, à moins que son gendre ne fût l’auteur de cet « affront », de graver des « lettres hébraïques » sur une des portes de la ville « au grand dam de la ville et de sa bourgeoisie » [30]. En 1655, trois jeunes gens de Guebwiller, dont le fils de l’ancien prévôt, sont mis à l’amende pour avoir jeté des pierres le jour du Vendredi saint contre les portes de la maison habitée par les Juifs [31].
Mais Kopel Dreyfus, fort de la taxe dont il s’acquitte envers l’abbaye, s’entête et réussit à s’implanter avec sa famille à Guebwiller où il est admis par la Régence le 22 mai 1656. Il paye alors 20 livres pour son ménage au titre de 1656 et 40 livres pour celui de son gendre Gabriel Bloch au titre des années 1655 et 1656 [32]. Il obtient aussi le droit d’acheter une maison d’habitation dans la ville, après qu’on ait essayé en vain de se débarrasser de lui en lui enjoignant de faire réparer sa maison ruinée de Bergholtz et d’y emménager. Le 23 juillet 1656 donc, il achète avec son gendre Gabriel « Ploch », pour 450 livres, une maison de la ville basse appartenant à la famille du prévôt Higelin, probablement celle-là même qu’ils avaient louée en arrivant à Guebwiller [33]. Leur installation ne fut pas remise en cause, bien qu’une menace d’expulsion ait pesé sur tous les Juifs de la principauté de Murbach au début de 1665, à l’avènement d’un nouveau prince-abbé, qui renonça d’ailleurs rapidement à se priver de cette source de revenus [34].
 
Une communauté qui stagne
 
 
Contrairement à d’autres communautés juives qui se développent au cours du XVIIIe siècle dans la principauté de Murbach et dans le Haut-Mundat voisin qui appartient à l’évêque de Strasbourg [35] – comme à Soultz, futur siège du rabbinat local, ou à Uffholtz, dont la population juive passe de 7 familles en 1706 à 44 en 1784 –, celle de Guebwiller reste embryonnaire jusqu’au XIXe siècle, comme d’ailleurs celle de Wattwiller, autre ville fortifiée de la principauté.
Kopel Dreyfus meurt pendant la guerre de Hollande qui embrase la région à partir de la fin de l’année 1674 [36]. En 1683, deux Juifs seulement sont domiciliés à Guebwiller [37] : Gabriel Bloch et le commis de son gendre Wolf Wechsler, alias Benjamin Kalfon [38], qui tient la ferme du débit de fer dans tout le bailliage de Guebwiller. Gabriel Bloch meurt peu avant mars 1687 [39]. Un seul de ses enfants, Itzig (Isaac) Bloch, s’installe durablement dans la ville et y fera souche, tandis que ses frères et beaux-frères, s’ils y passent bien quelque temps par périodes, ne s’y fixent pas, allant habiter à Soultz. Dès 1672 le fils aîné de Gabriel Bloch, Lehman, est à Soultz et son second fils Élias, encore à Guebwiller au décès de son père en 1687, le rejoint à la fin du siècle [40]. De ses deux gendres, l’un, Wolf Wechsler, originaire de Wattwiller, préposé des Juifs de la principauté, s’établit à Guebwiller à quelques reprises et pour de brèves périodes : il s’y réfugie au moment de la guerre de Hollande vers 1675, y payant un droit de 15 écus d’Empire au titre de 1677, date de son départ pour Soultz [41], et y revient temporairement en 1685-1686, époque à laquelle il achète une maison dans la ville haute [42] et installe sans autorisation et provisoirement son gendre Lehman Reinau à la tête du débit de fer [43] ; en 1701 on lui reproche d’avoir établi sans autorisation dans la ville son autre gendre et « commis ou associé », Unterhändler und Gemeiner, Abraham Speirer, qui d’ailleurs la quitte rapidement puisqu’il est installé à Wattwiller en 1706 [44]. Wolf Wechsler lui-même, préposé des Juifs de la principauté en 1681 [45], réside la plupart du temps à Soultz ; il est encore une fois pourtant à Guebwiller en 1694, toujours préposé des Juifs du Haut-Mundat. Quant à l’autre gendre de Gabriel Bloch, le rabbin et mohel Simon ben Nephtali Blum [46], réfugié clandestin à Guebwiller en 1676, il est à Wattwiller dès 1677, à Uffholtz – où il est dit « préposé juif » – en 1680, et à Soultz en 1689, tandis que son fils Hirtz sera commis-rabbin à Uffholtz.
Au siècle suivant non plus, Guebwiller n’attire guère et ne retient pas davantage les Juifs, dont les installations restent rares et précaires. En 1705, après la mort de Wolf Wechsler, son gendre Lehman Reinau sollicite au nom de (et pour ?) son épouse l’autorisation de résider à Guebwiller sous la protection du prince-abbé, en raison des services rendus à l’abbaye par le défunt [47], mais rien ne prouve que cette demande ait été acceptée. En 1706 en effet [48], s’y trouvent quatre ménages juifs : ceux d’Itzig Bloch (qui meurt vers 1728 ; ses trois fils, Gabriel, Abraham et Kopel, s’installeront à Guebwiller), de David Bollag (graphie pour Bollack), peut-être fils du commis du débit de fer de 1683, de Lewel Lévy, venu de Bollwiller, qui mourra en 1715 et dont les enfants quitteront Guebwiller pour Uffholtz, enfin d’un neveu et homonyme du rabbin Simon Blum cité plus haut, lequel neveu sera expulsé en 1707 [49]. La comptabilité des finances de l’abbaye de Murbach au XVIIIe siècle [50] nous permet de suivre au plus près le mouvement de la population juive de la petite ville. Un petit-fils de Wolf Wechsler, fils de Lehman Reinau, Gabriel Reinau, y vient après 1715, sans doute parce qu’il a hérité de la maison de son grand-père dans la ville haute où il mourra en 1740 [51], mais son fils Lehman Reinau II disparaît en 1751 de la liste des contribuables. Un gendre Bloch [52], Kaufmann Yekoutiel Lévy, natif d’Herrlisheim (Haut-Rhin) y apparaît en 1743, mais, après une absence de 1746 à 1752, en disparaît définitivement lui aussi à partir de 1755. Encore plus bref est le séjour à Guebwiller de David Schweich de Metz, fils du rabbin Isaac Schweich et gendre de Gabriel Reinau [53] : admis en 1737 contre un droit de réception de 100 florins, il ne figure déjà plus en 1743 sur la liste des contribuables.
On ne note au cours du siècle que deux installations durables : celle d’un autre gendre Bloch [54], Libman Lévy, natif d’Ettenheim dans le pays de Bade, localité qui relève alors de l’évêché de Strasbourg, admis le 5 juillet 1746, et, entre 1774 et 1776, celle de Joseph Hemmerdinger, probablement originaire de Stotzheim (Bas-Rhin) et neveu de l’épouse d’un des fils de David Bollack, Abraham [55].
Rien d’étonnant donc à ce qu’un état de 1780 [56] ne recense que 49 Juifs, dont la veuve déjà âgée de Gabriel Bloch le jeune et un Emmanuel Bloch qui n’est « pas encore reçu par le seigneur » (et n’est plus présent en 1784), ni qu’en 1784 la population juive ait encore diminué : le recensement de 1784 [57] ne fait état que de quarante individus – enfants compris – composant sept familles, dont quatre sont de la descendance d’Itzig Bloch, une de la descendance de Lehman Bloch de Soultz, se rattachant par eux à Gabriel Bloch et à Kopel Dreyfus, premiers habitants juifs de la cité [58], et deux de la famille Bollack [59]. La grande majorité des descendants des premiers Juifs admis à résidence a quitté Guebwiller [60], sans être remplacée par de nouveaux venus.
Quelles sont la ou les raisons de cette stagnation de la population juive de Guebwiller, en regard du développement des communautés proches d’Uffholtz, de Jungholtz ou de Soultz ? Elle n’est pas due à une virulence particulière de l’antijudaïsme, mais au décret abbatial qui limite le nombre des ménages juifs en n’autorisant que l’aîné à s’établir, décret qui n’est plus respecté à Uffholtz au XVIIIe siècle - rappelons que Soultz appartient à l’évêque de Strasbourg. Le niveau élevé des taxes sert aussi de frein démographique, à défaut de totalement exclure les Juifs en les reléguant dans des villages satellites comme le font les villes de Colmar ou de Strasbourg à la même époque.
 
Permanence d’un antijudaïsme latent et officieux
 
 
Nous avons vu que Kopel Dreyfus a été en butte à de multiples attaques antijuives au moment de son installation à Guebwiller au milieu du XVIIe siècle. En 1684, la commune de Guebwiller expose au conseil de chancellerie ses griefs à l’encontre des Juifs « et en particulier de Wolf Wechsler [alors absent de la ville depuis 1677] comme si tout devait se faire sous son nom » : le sujet en est les droits de pâturage et de « péage aux ponts », ainsi que l’établissement sans autorisation dans la ville du gendre de Wolf Wechsler, Lehman Reinau. Rien que de très classique. Au grand scandale des autorités, quand l’année suivante Wolf Wechsler revient s’établir à Guebwiller, il jette son dévolu sur l’un des hôtels les plus prestigieux de la ville, l’ancien hôtel de la Monnaie, symbole de la puissance des princes-abbés. Le 3 août 1685, « Monsieur le Doyen a protesté en son nom et au nom du noble chapitre de Murbach et s’oppose entièrement que Wolf le juif vienne demeurer dans la Monnaie, vu que c’est une maison qui appartient à S[on] A[ltesse] et que par conséquent on pourrait être blâmé d’y établir un juif ». Finalement, Wolf achète une maison à un dénommé Christophe Saur ou à sa veuve, avec laquelle il était en procès en 1688 [61].
Au Siècle des Lumières, si les violences et les accusations ont disparu, la ségrégation demeure. Lorsque David Schweich fut admis en 1737, on « inséra » dans son « décret » de réception une clause selon laquelle « chaque juif était tenu d’élire domicile dans une maison à part avec interdiction de la partager avec des chrétiens [62] ». Selon Gatrio, avant 1820 encore « presque tous » les Juifs de Guebwiller habitaient à l’écart des chrétiens dans le Judenhof, la Cour des Juifs, dans la ville basse (qui n’était pas un ghetto imposé mais la résidence, donnant sur une cour intérieure, achetée au XVIIe par Kopel Dreyfus et Gabriel Bloch, et se trouvait toujours aux mains de la famille Bloch au XIXe siècle) [63]. Il faut cependant porter au crédit des habitants de Guebwiller que leur minorité juive n’a jamais été inquiétée pendant les épisodes révolutionnaires du XVIIIe et du XIXe siècles, alors que le village d’Uffholtz, plus accueillant en apparence, connut un émeute antijuive en 1789, et qu’à Rouffach, ancien chef-lieu du Haut-Mundat, on empêchait encore en 1848 les électeurs israélites du canton d’aller voter et on ôtait les tuiles du toit d’un israélite venu s’établir au chef-lieu du canton.
 
La taxation
 
 
Le droit de protection acquitté tous les ans par les Juifs depuis leur admission n’est pas la seule taxe qui leur soit imposée. Il faut distinguer les taxes payées à la chancellerie de l’abbaye de Murbach, celles qui le sont à la Ville et celles qui sont dues au roi. Ainsi le 10 avril 1683 Gabriel Bloch demande au conseil de la chancellerie de bien vouloir réduire de moitié les 30 livres qu’il lui payait jusque-là pour le droit de protection et les 14 livres qu’il doit à la ville, en raison d’une part du décès de son beau-père qui le laisse à la tête d’un seul ménage, d’autre part des 10 écus annuels qu’il paye au roi depuis le rattachement de l’abbaye à la France. Il supplie également les autorités de réduire la somme de 36 livres demandée aux Juifs de la principauté en remplacement de la fourniture gratuite de chevaux antérieure [64]. S’y ajoutent encore les 10 écus qu’une décision de l’abbaye datée du 8 août 1684 impose de répartir entre les Juifs de la principauté [65]. C’est Wolf Wechsler, préposé des Juifs de la principauté, qui collecte cette taxe [66]. Lui-même, admis à résidence en 1685 jusqu’à la fin de ses jours pour services (d’ordre financier ?) rendus à la seigneurie et à la ville « en temps de guerre comme de paix », est dispensé de payer à la Ville aucune contribution et l’abbaye réduit à 4 livres 10 sous par an son droit de protection [67].
En 1744 les huit contribuables juifs de Guebwiller paient à l’abbaye 180 livres en tout pour les droits de protection et de selle, réparties par ménage en sommes allant d’environ 12 livres à environ 20 livres pour la protection et d’environ 5 à 6 livres bâloises pour le droit de selle [68]. Il semble que cette fiscalité s’aggrave dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après 1750 les jeunes gens, même nés à Guebwiller, lorsqu’ils se mettent en ménage, sont considérés comme de nouveaux arrivants et doivent s’acquitter d’un droit de réception : si en 1748 Gabriel Bloch le jeune, fils de Kopel Bloch et petit-fils d’Itzig Bloch, obtient gratuitement l’autorisation de demeurer à Guebwiller après son mariage, à charge de payer tous les ans 10 livres bâloises pour le droit de protection et le droit de selle, son frère Gerschel Bloch et ses cousins Moyses Gabriel et Goetschel Bloch n’obtiendront ultérieurement le même droit que contre argent comptant : Gerschel Bloch est soumis à un droit de réception de 200 livres, Moyses Gabriel Bloch fait en 1756 un don « spontané » de 300 livres au prince-abbé « pour un cheval », son frère Goetschel est soumis à un droit de réception de 300 livres [69].
D’autre part, grâce à la description de la ville de Guebwiller pour les années 1780 à 1784 rédigée par J.-P. Deck, nous connaissons les taxes perçues par la Ville en 1784 : le plus riche des Juifs de Guebwiller, Moyses Gabriel Bloch, lui paie alors 16 livres 13 sols 4 deniers, Goetschel Bloch et Leib Lévy chacun 13 livres 6 sols 8 deniers, tandis que Gerschel Bloch, Abraham Bollack et Joseph Hemmerdinger paient chacun 10 livres [70]. Rappelons qu’à la même date Abraham Bollack est qualifié de « pauvre ».
 
L’activité économique
 
 
Elle ne se différencie guère de celle de l’ensemble des Juifs de Haute-Alsace : commerce du bétail, en particulier de chevaux, boucherie, commerce du fer comme nous l’avons vu plus haut [71], prêt sur gages, déjà attesté lors de l’installation des Juifs à Bergholtz. Par exemple en 1662 Frédéric Meyer, charron à Guebwiller, emprunte 60 livres à Gabriel Bloch [72]. En 1663 Kopel Dreyfus et Gabriel Bloch font partie des « Juifs privilégiés » qui ont le droit d’entrer dans la ville de Mulhouse pour y faire le commerce des chevaux, et le premier échappe même à une mesure d’exclusion frappant en 1650 l’ensemble des marchands de chevaux juifs. Le 25 novembre 1674, l’autorisation de faire le commerce des bestiaux sur pied à Mulhouse est aussi accordée à Kopel Dreyfus et à son petit-gendre Wolf Wechsler, autorisation assortie de l’interdiction de faire concurrence aux bouchers de la ville en débitant de la viande [73]. L’état de 1780 déjà cité nous renseigne sur leurs métiers peu avant la Révolution : un marchand de biens-fonds qui fait aussi le commerce d’argent, un trafiquant en argent, un marchand de ferraille, deux marchands de lits et de meubles qu’on peut assimiler à des brocanteurs, un commissionnaire ; deux d’entre eux, la veuve et Lehman Bloch, sont simplement dits « pauvres », sans précision sur une éventuelle profession.
Peut-on évaluer leur fortune ? Celle de Wolf Wechsler, à la fin du XVIIe siècle, a dû paraître insolente si l’on en croit les réactions du doyen de Murbach au moment de l’achat de sa maison. Mais au décès de Gabriel Reinau, survenu le 27 août 1740, sa veuve et ses héritiers renoncent à sa succession « plutôt insignifiante et grevée de dettes » : une cinquantaine de créances, ni argenterie ni bijoux ni bétail ni argent comptant (Kein heller, pas un sou vaillant), plus de maison car il avait cédé la sienne à son fils Lehman peu avant sa mort ; parmi ses meubles une dizaine de tonneaux, sans doute pour des paiements en nature, vin ou grains, de ses débiteurs [74]. En 1765 est mentionnée « une procédure entre le fermier des revenus de la ville et Lehman Bloch pour non-paiement des droits de protection » et une lettre du procureur de la ville à propos du droit de protection « de différents juifs insolvables » [75]. En 1784, seul Moyses Gabriel Bloch possède une maison entière, Goetschel Bloch et Leib Lévy ne possèdent chacun qu’une demi-maison, et Gerschel Bloch, Abraham Bollack et Joseph Hemmerdinger n’en possèdent pas. À la même date Abraham Bollack est dit « pauvre ».
 
L’exercice du culte. Les structures communautaires
 
 
L’admission à Guebwiller de Kopel Dreyfus en 1656 était assortie de l’autorisation d’exercer le culte juif en présence de sa famille et de sa domesticité, à l’exclusion de tout culte public et de la tenue d’une synagogue (die Jüdische sinagoga aber undt die publica exercitia nicht zuegestattet). En fait, Kopel « tint synagogue » en présence de Juifs étrangers à la ville, comme il ressort de l’amende à laquelle il fut condamné en novembre 1664 : accusé par le procureur fiscal de la principauté d’avoir exercé publiquement son culte en présence de Juifs étrangers, Kopel ne nie par le fait, bornant sa défense à l’évocation des anciens privilèges impériaux, à l’autorisation de l’exercice public du culte dans la principauté, y compris à Bergholtz, avant l’invasion suédoise de 1632, au commandement religieux incontournable du mynian, et à l’ignorance où il était resté de cette clause introduite tardivement dans la lettre de protection après qu’il ait reçu des assurances orales sur l’exercice public de son culte [76]. En 1685, l’admission de Wolf Wechsler s’accompagne de l’autorisation d’« exercer ses cérémonies juives » sous les conditions en vigueur dans l’évêché de Strasbourg.
Les Juifs de Guebwiller dépendent du rabbinat de Soultz dès la fin du XVIIe siècle : en 1687 un litige entre Wolf Wechsler et un de ses beaux-frères, Élias Bloch, habitant alors Guebwiller, est réglé par leur « rabbi » de Soultz auquel les Guebwillerois ont renvoyé les deux plaignants [77] ; ils font aussi appel pour leurs mariages et leurs circoncisions à d’autres rabbins des environs, comme celui d’Uffholtz, lequel est encore commis par Samuel Meyer, rabbin de Haute-Alsace, pour assister à l’inventaire après décès des biens de Gabriel Reinau. La première mention d’une synagogue se trouve en 1774 dans la promesse faite par Libman Lévy à son fils Juda Leime, alias Lehman Lévy, de lui donner « la moitié d’une maison et deux places à la synagogue » après son mariage [78]. Un rapport au consistoire de Colmar de 1827 [79] fait état de la synagogue « établie avant la Révolution, où il n’y avait dans cette communauté que six familles israélites », d’une longueur d’environ 19 pieds, soit à peine 6 mètres, contenant 21 places exiguës. Elle était située dans la ville basse, dans le Judenhof.
La petite communauté juive de Guebwiller a son propre « prévôt » ou préposé, dit encore parnass, au moins dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : Abraham Bloch en 1756, Libman Lévy vers 1770 [80]. Ce préposé est coiffé par celui de la communauté de la principauté de Murbach, qui gère l’ensemble des communautés de la principauté [81].
Nous avons vu que, selon Gatrio, jusque vers 1820 les Juifs habitent « presque tous » encore dans le Judenhof, la Cour des Juifs, dans la ville basse. La population juive de Guebwiller augmente rapidement entre 1820 et 1830. En 1827, d’après le rapport envoyé au consistoire de Colmar, 84 hommes et une trentaine de femmes fréquentent les offices religieux dans une synagogue devenue beaucoup trop exiguë [82]. La communauté connaît un essor non négligeable au cours du XIXe siècle, passant à 250 membres environ au milieu du siècle et à 295 en 1910, lorsque le siège du rabbinat est transféré de Soultz à Guebwiller [83], avec Moïse Ginsburger comme premier titulaire. Deux nouvelles synagogues s’y succèdent : la première, construite vers 1830, est remplacée vers 1870 [84] par un édifice plus majestueux, encore en usage il y a peu. En 1924 le vieux Judenhof est démoli, et avec lui le bâtiment qui avait servi de synagogue avant la Révolution [85].
â—†
 
NOTES
 
[1]Sur l’abbaye de Murbach, voir G. Bischoff, Recherches sur la puissance temporelle de l’abbaye de Murbach (1299-1525), Strasbourg, 1975, et A. Gatrio, Abtei Murbach, Strasbourg, 1895, 2 t.. Sur les Juifs des autres localités de la principauté citées dans le texte ci-dessus et sur Soultz, voir Moïse Ginsburger, Histoire de la communauté israélite de Soultz-Haut-Rhin, Strasbourg, 1939 ; Denis Ingold, « Les Juifs à Wattwiller (1349-1914) », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, 1985-1987, pp. 17-24 ; idem, « Notes sur la communauté juive de Soultz au XVIIe siècle », Bulletin des amis du Vieux Soultz. Regards sur le passé de Soultz, II, 1997, pp. 92-99 ; idem, « Les Juifs à Uffholtz (1615-1915). Naissance, vie et mort d’une communauté rurale », Bulletin historique de la ville de Mulhouse, 1986, pp. 7-20 ; idem, « Notes sur la communauté juive d’Uffholtz à l’époque de la Révolution d’après les recensements de 1780 et de 1784 », La Révolution française et l’Alsace, collectif sous la direction de Ch. Kieffer, t. 8, Villes et villages, Cernay, 1996, pp. 123-138.
[2]Pour la période médiévale, nous renvoyons à Gerd Mentgen, Studien zur Geschichte der Juden im Mittelalterlichen Elsass, Hanovre, Haansche Verlag, 1995, passim. Nous ne signalerons donc en note que les sources qui ne figurent pas dans cet ouvrage.
[3]Selon Freddy Raphaël, Robert Weyl, Juifs en Alsace, Toulouse, 1977, pp. 8-22, un des marmousets sculptés de l’église Saint-Léger de Guebwiller, construite à la fin du XIIe siècle, pourrait représenter un usurier juif tenant une bourse et avoir été inspiré par un Juif vivant alors à Guebwiller.
[4]Denis Ingold, « Les Juifs à Cernay des origines au XVIIe siècle », Archives Juives, 31/1, 1er semestre 1998, p. 72.
[5]Habitants de Cahors, prêteurs ambulants.
[6]A. Gatrio, op. cit., t. 2, p. 410. Un certain Ruhlman Slosser et son épouse allouent à la chapellenie de l’autel Saint-Pierre dans l’église abbatiale de Murbach les revenus d’une maison située à Guebwiller à côté de la synagoga Judeorum.
[7]S. Salfeld, Das Martyrologium des Nürnberger Memorbuches, Berlin, 1898, pp. 69 et 263.
[8]« Bras de cuir », bandes qui parcouraient l’Alsace en s’attaquant aux Juifs.
[9]F. S. Dietler, Chronique des Dominicains de Guebwiller 1124-1723, rééditée en traduction française par la Société d’histoire du musée de Florival, Guebwiller, 1994.
[10]Cérémonial et formule que l’on trouve à la fin du Stadtbuch, Recueil des statuts urbains du XVIe siècle cité par S. Pelletier-Gautier, La Vie religieuse à Guebwiller au Moyen Âge (700-1525), Mémoire de maîtrise, Strasbourg, 1985, p. 314. Le Judeneid, serment juif, de Wattwiller, qui date sans doute de la même époque, ne comportait pas ces prescriptions vexatoires.
[11]Archives départementales du Haut-Rhin (désormais ADHR), 9 G, Titres généraux 23/24.
[12]ADHR, 3 B, Juridictions secondaires (archives judiciaires).
[13]ADHR, 9 G, Comptes 23/38.
[14]Ibid., G, Comptes 33.
[15]On trouve selon les documents le nom orthographié Kopel, Koppel, Copel, Coppel. Nous adoptons une fois pour toutes la graphie Kopel.
[16]ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller.
[17]ADHR, 9 G, Titres généraux 15/17. Les autres Juifs sont Isaac, Abraham, Jacob et Hirtz d’Uffholtz, Hirtz, Lew, Isaac et Moses de Hésingue, et Lazarus de Watwiller.
[18]On ne peut compter au nombre des Juifs le converti David Haas, baptisé le 27 avril 1617, qui reçut gratuitement le droit de bourgeoisie après son mariage en 1622 avec la fille d’un bourgeois de la ville. Sur ce personnage, voir notre étude David Léopold Haas (1595-1675), juif baptisé de Jungholtz, bourgeois de Guebwiller, Mulhouse, Cercle généalogique de Mulhouse, 1997.
[19]ADHR, 4 E, Guebwiller 153.
[20]ADHR, 9 G, Comptes 23
[21]Ibid.
[22]Il faut rappeler que les récoltes avant maturation et le bétail au pré sont souvent donnés en gage d’un emprunt.
[23]Pour tout ce paragraphe, voir Archives municipales (désormais AM), Guebwiller, Registre des délibérations du Magistrat, XVIIe siècle.
[24]ADHR, 3 E 19, Registre des délibérations du Magistrat de Soultz, XVIIe siècle.
[25]Il sera par la suite démis de ses fonctions pour corruption et excès de pouvoir.
[26]Murbach revend en 1657 à Kopel Dreyfus pour 112 livres 10 sols un grand étalon blanc qu’il avait offert à l’ancien administrateur « longtemps auparavant ».
[27]Kopel, son épouse Éva, son gendre Gabriel Bloch, Elle et Élias mère et frère de Gabriel, un hôte, Isaac d’Issenheim (Haut-Rhin) et deux domestiques, Adam et Meriem. On voit que la famille s’entend au sens large.
[28]ADHR, 9 G, Comptes. Comptes seigneuriaux, Juden Schirmgeld (droit de protection des Juifs).
[29]ADHR, 9 G, Comptes 23, 10 mai 1652. On peut rapprocher cette accusation des persécutions subies par les Juifs provençaux au XIVe siècle, les années où la date de Pourim et celle des Pâques chrétiennes coïncidaient.
[30]AM Guebwiller, Registre des délibérations du Magistrat, XVIIe siècle, cf. M. Ginsburger, Inventaire sommaire des archives de Guebwiller, 1928.
[31]Ibid. La même mésaventure était arrivée à Kopel à Soultz en 1648, avant son expulsion. Les règlements de l’évêché de Strasbourg recommandaient aux Juifs de se tenir cloîtrés chez eux pendant cette période sensible.
[32]ADHR, 9 G, Protocoles de la chancellerie de Murbach et Comptes seigneuriaux.
[33]L’autorisation dans ADHR, 9 G, Protocoles de la chancellerie de Murbach ; l’achat dans ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller.
[34]ADHR, 9 G, Comptes 27 et ADHR, 13 J 59, Notes tirées des archives communales de Wattwiller.
[35]La principauté et le Haut-Mundat relevant de l’évêché de Strasbourg passent à la France en 1680.
[36]Le 25 novembre 1674, il reçoit l’autorisation d’entrer à Mulhouse pour y vendre du bétail ; c’est la dernière fois qu’il est mentionné.
[37]ADHR, 9 G, Comptes 33
[38]Il signe en hébreu Benjamin Kalfon. Wechsler et Kalfon ont le même sens : changeur.
[39]Son petit-fils, fils de son fils Itzig Bloch, circoncis le 1er mars 1687, reçoit alors le prénom de Gabriel conformément à la tradition, preuve que son grand-père Gabriel était mort. La preuve vaut a fortiori pour son autre petit-fils Gabriel Blum, circoncis l’année suivante. Mohelbuch du rabbin Simon Blum et de son fils Hirtz Blum, Bibliothèque nationale et universitaire de Jérusalem, Ms Heb 8° 3261, publication d’extraits par tranches chronologiques dans Maajan. Die Quelle à partir de 1995.
[40]Denis Ingold, « Les Juifs du Haut-Mundat de Rouffach au XVIIe siècle », Revue du Cercle de généalogie juive 15, n° 55, automne 1998, pp. 4-8.
[41]ADHR, 9 G, Comptes seigneuriaux, Schirmgeld.
[42]ADHR, 9 G, Comptes. Protocoles de la seigneurie de Murbach.
[43]Ibid. et ADHR, 3 B, Guebwiller. Juridictions secondaires (archives judiciaires). Présent à Guebwiller sans autorisation en 1684, Lehman Reinau s’établit à Soultz en 1686 et y deviendra le préposé des Juifs. Il était le petit-fils d’un Juif de l’évêché de Strasbourg mort en 1672 à Sélestat, Hirtz Reinau. Voir notre article cité note 40.
[44]Denis Ingold, « Les Juifs à Watt-willer… », op. cit.
[45]Denis Ingold, « Les Juifs du Haut-Mundat… », op. cit.
[46]Auteur du Mohelbuch cité à la note 39.
[47]ADHR, 9 G, Comptes 35.
[48]ADRH, 9 G, Titres généraux 16/55. État des Juifs recensés dans la principauté de Murbach, 16 janvier 1706.
[49]Pour avoir hébergé clandestinement son vieux père. ADHR, 9 G, Comptes 35.
[50]ADHR, 9 G, Comptes. Comptes seigneuriaux. Juden Schirmgeld.
[51]ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller.
[52]Époux d’une fille d’Abraham Bloch, Sara. André Aaron Fraenkel, Mémoire juive en Alsace. Contrats de mariage au XVIIIe siècle, Strasbourg 1997. Voir aussi les recensions de contrats matrimoniaux par Salomon Picard, en manuscrit aux ADHR.
[53]Ibid., p. 357.
[54]Ibid., p. 356.
[55]Ibid. Abraham Bollack avait épousé Edel Hemmerdinger de Stotzheim. Joseph Hemmerdinger paie les impôts seigneuriaux à la place d’Abraham Bollack, qui n’apparaît plus dans la liste des contribuables à partir de 1778 et est qualifié de « pauvre » en 1784.
[56]Archives départementales du Bas-Rhin, C 336.
[57]Jean-Henry Decker, Dénombrement général…, Colmar, 1785. L’état des Juifs de Guebwiller a été dressé le 19 novembre 1784.
[58]Celles de Moyses Gabriel Bloch, de Goetschel Bloch, de Gerschel Bloch, d’Isaac Bloch. Libman Lévy quant à lui descend par sa mère Scheinlé de Lehman Bloch de Soultz, fils de Gabriel Bloch.
[59]Celles d’Abraham Bollack et de Joseph Hemmerdinger.
[60]Sur la descendance de Gabriel Bloch de Guebwiller, voir Gunter Boll, « Die Nachkommenschaft von Gabriel Bloch aus Guebwiller », Maajan. Die Quelle, 48, septembre 1998, pp. 1285-1291, et Moïse Ginsburger, Les Familles Bloch à Soultz, Fontenay-le-Comte, 1940, dactylographié.
[61]ADHR, 9 G, Comptes 33-34.
[62]Ibid., Comptes 38.
[63]G. Catrio, op. cit., t. 2, p. 410.
[64]ADHR, 9 G, Comptes 33.
[65]Ibid.. Il pourrait s’agir du Sattelgeld, droit de selle, auquel Gabriel fait allusion en 1683.
[66]ADHR, 9 G, Comptes 35. En 1707, on réclame aux Juifs les arriérés du Sattelgeld et Itzig Bloch produit une quittance en hébreu de feu Wolf Wechsler, son beau-frère, prouvant qu’en 1701 encore il en avait été le collecteur.
[67]ADHR, 9 G, Comptes 34.
[68]ADHR, 9 G, Comptes. Comptes seigneuriaux, Schirmgeld.
[69]ADHR, 9 G, Comptes 38
[70]J. P. Deck, Beschreibung der Stadt Gebweiler, 1780-1785, publié par J. Dreyfus, Guebwiller, 1884, p. 46.
[71]Wolf Wechsler est fermier du débit de fer dans les bailliages de Wattwiller et de Saint-Amarin dès 1669. En 1694, c’est Hirtz Weyl de Soultz qui reprend le débit de fer à Guebwiller. ADHR, 9 G, Comptes. Protocoles de la chancellerie de Murbach.
[72]ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller.
[73]AM Mulhouse, II A 14 et 15, et X III H 18.
[74]ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller.
[75]Moïse Ginsburger, Inventaire sommaire des archives de Guebwiller, Guebwiller, 1928, p. 26
[76]ADHR, 9 G, Comptes 26. À la suite de son plaidoyer, l’amende de 100 écus d’Empire fut ramenée à 70. Estimant qu’on l’avait condamné d’avance sans écouter ses explications, Kopel s’était écrié : « Qui veut battre un enfant a vite fait de trouver un fouet ! ». Rappelons que le mynian est l’obligation de célébrer le culte en présence de dix hommes au moins.
[77]ADHR, 3 B, Guebwiller. Juridictions secondaires (archives judiciaires).
[78]André Aaron Fraenkel, op. cit.
[79]ADHR, V 606.
[80]André Aron Fraenkel, op. cit.
[81]Wolf Wexler en 1681, Lehman Reinau de Soultz en 1706 et peut-être le rabbin provincial de Ribeauvillé à partir de 1714.
[82]ADHR, V 606.
[83]Michel Rothé, Max Warschawski, Les Synagogues d’Alsace, p. 161.
[84]En 1867 selon Gatrio, op. cit., t. 2, p. 410.
[85]Moïse Ginsburger, Journal de Gueb-willer, 10 avril 1924.
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ADHR, 4 E, Notariat ancien, greffe de Guebwiller. Suite de la note...
[75]
Moïse Ginsburger, Inventaire sommaire des archives de Guebw...
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[76]
ADHR, 9 G, Comptes 26. À la suite de son plaidoyer, l’amend...
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[77]
ADHR, 3 B, Guebwiller. Juridictions secondaires (archives j...
[suite] Suite de la note...
[78]
André Aaron Fraenkel, op. cit. Suite de la note...
[79]
ADHR, V 606. Suite de la note...
[80]
André Aron Fraenkel, op. cit. Suite de la note...
[81]
Wolf Wexler en 1681, Lehman Reinau de Soultz en 1706 et peu...
[suite] Suite de la note...
[82]
ADHR, V 606. Suite de la note...
[83]
Michel Rothé, Max Warschawski, Les Synagogues d’Alsace, p. ...
[suite] Suite de la note...
[84]
En 1867 selon Gatrio, op. cit., t. 2, p. 410. Suite de la note...
[85]
Moïse Ginsburger, Journal de Gueb-willer, 10 avril 1924. Suite de la note...