Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694129
144 pages

p. 141 à 145
doi: en cours

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Dictionnaire

Volume 35 2002/2

2002 Archives juives Dictionnaire

Sam Job, notable consistorial et résistant

(Lunéville, 22 janvier 1896 – Lunéville, 26 janvier 1968)

Sylvain Job Françoise Job Françoise JOB, docteur en histoire, est l’auteur, entre autres ouvrages, de Gustave Nordon (1877-1944), Presses universitaires de Nancy, 1992, et de Racisme et répression sous Vichy. Le camp d’internement d’Écrouves, Éditions Messene/CDJC, 1996.
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Issu d’une vieille famille lorraine dont l’ancêtre paternel, originaire de Souabe, s’était établi à Hellimer (Moselle) à la fin du XVIIe siècle, Samuel dit Sam Job était l’aîné des deux fils de Sylvain Job (1863-1914), marchand de bestiaux et de biens, et d’Amélie Mayer (1871-1950) de Vézelise. La présence des Mayer à Schalbach est attestée depuis le XVIIe siècle.
Le décès prématuré de son père l’obligea à renoncer à poursuivre des études et, très jeune, à reprendre une partie de ses activités professionnelles. Négociant en immeubles, Sam Job était président du syndicat de sa profession pour l’Est de la France, juge assesseur au tribunal paritaire des baux ruraux, expert près les tribunaux et membre de la commission départementale des fermages.
Sam Job épousa en 1923 Suzanne Behr, née de Simon Behr (1877-1957), Lunévillois d’origine, fils du prestigieux ministre-officiant de Lunéville Samuel Behr, président de l’Association consistoriale israélite (ACI) de Nancy de 1921 à 1957, et de Cécile Michel-Cahen, Lunévilloise elle aussi, dont les ancêtres étaient présents à Metz depuis de nombreuses générations. De cette union naquirent un fils, Sylvain Job, et deux filles, Michèle et Claude. Tous ont eu une descendance.
Les activités de Sam Job au service du judaïsme se déploient surtout après la seconde guerre mondiale. Membre du conseil d’administration, puis secrétaire général de l’ACI de Lunéville depuis 1933, Sam Job en fut élu président, à l’unanimité, dès sa démobilisation en septembre 1945. Il le reste jusqu’à son décès en 1968. Son fils, Sylvain, lui succéda de 1968 à 1996.
En 1945, la communauté juive de Lunéville, forte d’environ 350 personnes en 1939, dont une proportion importante venant d’Europe de l’Est puis d’Allemagne, était tragiquement décimée. Avec 7 « morts pour la France » et 127 déportés non revenus, ainsi que des départs, elle ne comptait plus que 49 familles environ au lieu des 120 d’avant-guerre. Il n’y avait plus de cadres religieux ; sauvegardée par miracle, la synagogue était détériorée et pillée. Courageusement, Sam Job entreprit de faire revivre sa communauté. Il choisit de garder son indépendance lorsqu’il fut question de la rattacher administrativement à celle de Nancy. Il reconstitua le comité de l’ACI et, en dépit de faibles ressources financières, engagea un ministre-officiant.
Des années durant, il fut confronté à de multiples difficultés : des problèmes financiers d’abord, avec le dossier des dommages de guerre relatif aux biens communautaires qui ne fut classé qu’en 1957 ! Peu à peu, Sam Job fit réparer la synagogue, reconstituer le mobilier détruit, remplacer les objets de culte et les ornements disparus et volés. La prestigieuse synagogue récupérait ainsi un peu de sa splendeur passée. Plus préoccupants encore furent les problèmes d’adhésion à l’ACI et d’assiduité aux offices. Rescapés de la Shoah, traumatisés, certains Juifs lunévillois peu religieux ne souhaitaient pas être membres d’une association cultuelle. Pour des motivations similaires, d’autres ne ressentaient plus comme un devoir de participer aux offices et de donner à leurs enfants un instruction religieuse. Sam Job lutta, non sans résultats, pour renouer les liens communautaires, fort du soutien moral et de l’aide du grand rabbin de Nancy, Simon Morali.
Sensible au devoir de mémoire, Sam Job dressa le bilan, commune par commune, dans l’arrondissement de Lunéville, des pertes causées par la Shoah. Il fit effectuer le relevé des sépultures du cimetière israélite de Lunéville, et constituer un précieux « Livre du cimetière ». Enfin, il prit l’initiative de lancer une souscription dans le but d’entretenir le souvenir des déportés et victimes de la guerre. Au lieu de la modeste plaque à l’intérieur de la synagogue souhaitée par les membres du comité de l’ACI, il les persuada d’ériger un imposant monument dans la cour par devant la synagogue, bien visible de la rue. Il organisa une importante cérémonie pour l’inaugurer en 1948.
En 1962, il fit transformer le vieil hospice israélite, abandonné depuis les déportations de mars 1944 et sur le point d’être vendu, en un centre d’accueil pour les « rapatriés » d’Afrique du Nord. Une vingtaine de familles, la plupart en provenance des oasis du Sud algérien, y furent hébergées. Sam Job s’activa pour trouver du travail et un logement à ceux qui désiraient rester à Lunéville. Il facilita leur réadaptation, orienta les études de leurs enfants, les intégra dans la communauté, faisant preuve d’un dévouement resté dans les mémoires. Ce fut le point de départ d’une résurrection de la communauté de Lunéville.
La personnalité du président Sam Job dépassait bien évidemment le cadre des activités communautaires lunévilloises. Membre du conseil d’administration de la Maison de retraite israélite de Nancy, il devint, dès la création du Fonds social juif unifié, président du comité régional. Membre également du Consistoire central et des Assises du judaïsme qui ont fonctionné après la Libération, ses interventions se voulaient constructives. Il estimait que « pour redonner vie au judaïsme », il fallait « moderniser nos méthodes et nos hommes » et « enseigner aux rabbins les moyens de devenir des conducteurs d’hommes et surtout des jeunes », quitte à les faire seconder par « des spécialistes laïcs ». Il faisait référence à l’action de « certains rabbins qui, pendant l’Occupation, se sont consacrés presque exclusivement aux jeunes […] leur ont insufflé l’orgueil d’être juifs, puis la foi ».
Outre ces activités communautaires, Sam Job s’est dévoué à la France, sa patrie. Mobilisé en 1915, Sam Job termina la guerre avec le grade de sous-lieutenant. Capitaine, commandant en 1939 une batterie d’artillerie sur la Ligne Maginot, il évita la captivité grâce à un congé de convalescence. Réfugié dans la banlieue de Grenoble, il fonda avec deux camarades, tous trois officiers de réserve et juifs, l’Armée Secrète de Combat, dont il fut, dès mars 1941, délégué départemental sous le pseudonyme de Mas. À la suite de la fusion des mouvements Combat et Libération, Sam Job en devint le chef départemental sous le nom de Rapp. Après avoir cédé son commandement à Reynier, futur préfet de l’Isère à la Libération, il prit les fonctions de chef du 3e bureau (Opérations) de l’état-major départemental sous l’appellation de Rochelle.
Longtemps recherché par la Gestapo qui n’a pu l’identifier, il fut repéré par la Milice fin décembre 1943. Prévenu par le préfet de l’Isère, Jacques Henry, il fut obligé de disparaître un certain temps, avant de reprendre du service en mars 1944 comme commandant de groupe des secteurs Chartreuse et Chambaran, en charge de leur organisation civile, sous les pseudonymes de Beaulieu, puis de Viller. Cette action, aussi nécessaire qu’efficace, ne présentait pas un caractère spectaculaire. Elle commença par le recrutement de volontaires et la collecte d’armes, puis la recherche d’emplacements favorables à l’implantation de maquis. En 1943, l’unification des Forces françaises de l’intérieur résulta de la fusion de l’Armée secrète avec l’Orga-nisation de résistance de l’armée d’active, grâce, en Isère, aux contacts entre Sam Job et le colonel Brisac de l’ORA.
Le rôle de Sam Job consistait également à orienter directement l’action des corps-francs qui, dans l’Isère, rivalisèrent de courage et d’efficacité. Il termina la guerre avec le grade de chef d’escadron. Durant cette période, il participa au sauvetage d’enfants juifs laissés à l’abandon après l’arrestation de leurs parents d’origine étrangère. C’est ainsi qu’il entra en relation avec la supérieure de Notre-Dame de Sion à Grenoble et, par son entremise, avec un jeune vicaire de la cathédrale, lequel recueillait et aidait beaucoup de jeunes Juifs. Ensemble, ils organisèrent des convois clandestins vers la Suisse dont ce jeune vicaire, excellent alpiniste, fut parfois le guide. Cet homme, Henri Grouez, n’est autre que le futur abbé Pierre. Toute sa vie, Sam Job lui en manifesta de la reconnaissance.
La médaille de la Résistance lui fut attribuée avec la citation suivante : « Résistant des premières heures, organisateur très intelligent et doué d’une vue réaliste des problèmes, conciliateur et capable de débrouiller les situations confuses. Sur la brèche jusqu’à la Libération ». Sa citation à l’ordre du Corps d’armée précise : « Combattant des deux guerres, un des piliers de la Résistance intérieure de l’Isère, organisa dès 1941, des groupes armés qui seront l’embryon de l’Armée Secrète, devient chef départemental puis chef des secteurs sud-ouest. Par son ardeur et sa persévérance, a rallié de nombreux hésitants et mis sur pied un dispositif de combat ». La Légion d’honneur lui a été décernée pour avoir « été un des premiers organisateurs des FFI du Dauphiné ». Sam Job était enfin titulaire des Croix de guerre et des Croix du Combattant des deux guerres, de la Croix des Services militaires volontaires, et de la Croix du Combattant volontaire de 1939-1945.
Le patriotisme s’accompagna chez Sam Job d’un engagement au service de la collectivité. Lunéville avait érigé en 1885 une statue en bronze à l’abbé Grégoire, que les Allemands avaient envoyé à la fonte en 1942. Le secrétaire du Comité d’édification de la statue, sous la présidence du député Camille Viox, avait été le juge Raphaël Job (un cousin de Sam Job), qui en fut aussi la cheville ouvrière. À l’initiative de Sam Job, un comité fut créé en 1950 pour ériger à nouveau la statue ; il en assuma la présidence « par tradition de famille ». La souscription nationale, lancée par lui, permit l’installation en 1955 d’une nouvelle statue sur l’ancien emplacement. Sam Job, certes, avait voulu « acquitter une dette de reconnaissance » à l’égard de l’inspirateur de l’émancipation des Juifs de France en 1791, mais de surcroît honorer « l’homme qui symbolisait un monde en évolution vers une condition toujours meilleure… ». Sam Job tenait à être considéré comme un de ces « hommes justes et impartiaux » auxquels l’abbé, dans son testament, « laissait la défense de sa mémoire ».
Sam Job occupa également les fonctions de délégué départemental de l’Éducation nationale, et celles de vice-président du Syndicat d’initiative de Lunéville. Membre fondateur du Rotary club de Lunéville, puis son président, il manifesta un grand attachement à l’idéal de fraternité et de service du mouvement. En 1965-1966, il exerça le gouvernorat de son district, premier Juif en France à accéder à ce poste. Il devait ensuite présider le collège des gouverneurs.
Sam Job avait décliné des propositions d’ordre politique et cultuel qui l’auraient détourné d’une vie familiale à laquelle il était attaché.
À ses obsèques, à la synagogue, en hommage exceptionnel, le grand rabbin Morali faisait remarquer que « dans tout ce qu’avait entrepris Sam Job, on retrouvait son zèle pour l’action, son autorité et sa pondération, pour ne pas dire sa sagesse […] et son dévouement ». « Sa personnalité s’imposait […] faite de sérieux et de droiture, d’affabilité et d’intelligence, d’élévation spirituelle et de noblesse dans les sentiments ».
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SOURCES

·  Archives du président Sam Job ; Discours du grand rabbin Morali prononcé lors des obsèques de Sam Job, à la synagogue de Lunéville ; Françoise Job, « Les deux statues de l’abbé Grégoire à Lunéville », Le Pays Lorrain, 1980, 1, pp. 35-42.
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