2002
Archives juives
Éditorial
André Kaspi
André KASPI, professeur d’histoire des États-Unis à La Sorbonne, est le directeur de la rédaction d’Archives juives. Parmi de nombreux ouvrages, il est l’auteur de : Les Juifs pendant l’Occupation, Paris, Seuil, 1991, et tout dernièrement de Jules Isaac, historien, acteur du rapprochement judéo-chrétien, Paris, Plon, 2002.
Voici un numéro d’Archives juives qui mérite de retenir l’attention de nos lecteurs. En effet, notre dossier principal propose trois thèmes. Le premier porte sur l’identité juive. De toute évidence, son contenu a varié suivant les époques et les milieux. Mais s’agissant de l’histoire des Juifs de France, il est impossible de ne pas poser la question de ses définitions. Dans le monde d’aujourd’hui, bouleversé par les effets de la mondialisation, chacun d’entre nous pose la question de son identité, et l’identité juive n’est certainement pas la plus facile à définir.
L’Émancipation marque une rupture. Les Juifs sont intégrés dans la nation comme tous les autres citoyens. Dès lors, ils ne constituent plus une nation ni un peuple. C’est la condition primordiale que les Constituants mettent en avant pour leur accorder les droits civiques. Les israélites français ont toujours cru qu’ils avaient gagné la partie. Depuis un demi-siècle, les certitudes ont perdu de leur force. À chacun de conclure. Il n’empêche que l’histoire contemporaine pousse au débat.
Du coup, on comprend pourquoi la transmission, en particulier l’enseignement, offre un angle de vue privilégié. À l’école – il s’agit, bien entendu, de l’école juive – l’identité juive est définie, consciemment ou non, durablement ou non. La prise de conscience ne saurait être identique suivant que l’on envisage, par exemple, les écoles consistoriales, les établissements de l’ORT ou les mouvements de jeunesse. Il n’empêche que la diversité des expériences finit par former un puzzle que l’historien a pour mission de mettre en forme. Avec la conviction que l’étude n’est pas achevée, qu’il appartient à d’autres historiens de la poursuivre. N’est-ce pas la justification d’une revue que de suggérer des pistes et de ne pas laisser croire qu’à peine entrepris, le travail est terminé ?
La présente livraison de la revue n’est pas limitée au dossier. Loin de là. Des études précises et neuves traitent aussi bien du XVIIIe siècle que du XIXe et du XXe siècles. Il convient d’ailleurs de rappeler que la rédaction souhaite recevoir les articles de jeunes chercheurs. C’est notre politique depuis que nous avons assumé la direction de cette revue. II va de soi que les articles seront soumis à notre comité de lecture et retenus s’ils sont conformes à l’exigence de qualité qui nous anime.
Comme à l’accoutumée, la rubrique « Archives » informe nos lecteurs sur des fonds encore mal connus ou trop peu exploités. Enfin, le dictionnaire progresse. D’un numéro à l’autre, il s’enrichit de nouvelles entrées. Le jour viendra où il sera possible de proposer un ouvrage qui rassemblera toutes les notices que nous avons fait paraître. Toutes précautions prises, l’ouvrage contribuera à approfondir notre connaissance des milieux juifs contemporains. De ce point de vue, nous faisons appel à nos lecteurs. S’ils disposent d’informations originales sur telle ou telle personnalité, s’ils désirent nous recommander d’écrire la notice d’un homme ou d’une femme que nous aurions négligé, nous serons ravis de prendre note de leurs suggestions.
L’autosatisfaction est à la fois détestable et paralysante. Mais personne ne contestera qu’avec ses qualités et ses faiblesses, Archives juives remplit son rôle. Elle le fera mieux encore, en renforçant ses liens avec ceux qui la lisent.
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