2003
Archives juives
Archives
De l’usage des archives privées. Entre la France et l’Allemagne : itinéraire d’un Juif lorrain (1892-1968)
Monique Lévy
Monique LÉVY, agrégée de l’Université, secrétaire générale de la Commission française des archives juives.
Adolphe Lévy en uniforme de l’armée française (Verdun, octobre 1939).
© Coll. Claude Lévy.
Mon beau-père Adolphe Lévy était un homme qui se livrait peu. J’ai pu cependant reconstituer son itinéraire complexe, parfois surprenant, grâce aux papiers conservés par la famille – déclarations d’état civil, diplômes et certificats, livret militaire et états de service, déclaration d’appartenance à la race juive, livres de comptes, talons de carnets à souches etc. – et à quelques objets : sabre de l’armée allemande, blouson et croix de guerre du maquisard. Des éclaircissements indispensables ont été en outre apportés, après 1970, par les membres survivants de la famille.
On est en droit de s’interroger sur l’intérêt historique d’une telle démarche. Je tiens que, loin de constituer un simple exercice de piété familiale, celle-ci peut contribuer à éclairer, surtout si elle est multipliée, des pans du passé qui échappent aux instruments d’analyse habituels. Ainsi la vie quotidienne des Juifs sous l’Occupation. On sait que les deux tiers des Juifs de France survécurent à la guerre. Mais, en dehors d’une minorité soutenue et sauvée par les organisations juives, comment la majorité réussit-elle à survivre ? Une meilleure connaissance des conditions du sauvetage des Juifs de France suppose une exploration de la sphère privée et de multiples parcours individuels. C’est en tout cas ce que je me propose de montrer à travers ce cas très particulier.
Adolphe Lévy est né sous administration allemande, en 1892, dans un village de la Lorraine annexée, village germanophone contigu à la frontière de la Sarre. Ses ancêtres, venus pour partie du sud de l’Alsace, s’y étaient installés sous l’Empire, à six kilomètres au nord de Sarreguemines. Son père exerce le métier de marchand ambulant en denrées coloniales. Ses trois sœurs aînées se marient avec des commerçants juifs sarrois, et son frère aîné, dentiste à Forbach (Moselle), épouse également une Juive sarroise. En octobre 1913, Adolphe Lévy est appelé au service militaire, qu’il accomplit dans un régiment d’artillerie montée quand éclate la Grande Guerre. Immédiatement engagé au front comme canonnier, il est sérieusement blessé le 10 août 1914, près du village de Pillon, lors d’une des premières offensives de l’armée du Kronprinz en territoire français. Évacué vers un hôpital de Francfort-sur-le-Main, il y est soigné jusqu’en août 1915, puis est réformé à la fin de la même année et décoré de la Croix de fer. Il prolonge son séjour à Francfort et le met à profit pour terminer la formation de dentiste qu’il avait entamée avant le conflit.
Réintégré dans la nationalité française comme alsacien-lorrain en vertu du traité de Versailles du 28 juin 1919, il ouvre un cabinet dentaire à Thionville, ville de garnison de la Moselle francophone, en pleine région minière, à 80 kilomètres au nord de Nancy. En 1923, il épouse une jeune fille juive de Nancy, tout juste diplômée de la faculté de la ville et dentiste elle aussi, qui le seconde désormais dans son activité professionnelle ; ils auront un seul enfant, un fils, Claude, né en 1924. Il reçoit des autorités françaises un livret militaire comme appelé au service armé de la classe 1912, avant d’être classé réserviste dans la sixième section d’infirmiers militaires de Verdun. En 1925, le ministère des Pensions, des primes et des allocations militaires lui accorde une pension définitive de 720 francs à partir du 1
er juin 1919 pour blessures reçues, accompagnée d’une carte d’invalidité avec station debout pénible, et du versement d’une pension trimestrielle (environ 450 francs en 1938). Désirant régulariser sa situation professionnelle en regard du cursus universitaire français, il fréquente la faculté de médecine de Nancy et reçoit en juillet 1930 un certificat d’aptitude au grade de chirurgien-dentiste, qu’il fait enregistrer à la préfecture au moment où la loi dite Armbruster du 21 avril 1933 autorise les seuls praticiens français pourvus d’un diplôme français à exercer des professions médicales
[1]. En 1933 également, il accède au grade de dentiste auxiliaire de réserve. Le couple place ses économies dans un immeuble à Nancy et des titres mobiliers.
Commence la période nazie en Allemagne. L’une de ses trois sœurs qui habitaient en Allemagne n’avait pas demandé sa réintégration dans la nationalité française en 1919. Elle mourra dans un camp avec son mari et ses deux filles. Les deux autres sœurs en revanche, qui ont pris en 1919 la nationalité française, survivront. Hermann, le mari de l’une d’entre elles, est interné en 1936 au camp de Sachsenhausen, mais sa femme, protégée par le consul de France, parvient à l’en faire sortir
[2] ; ils quittent l’Allemagne, envoyant d’abord leur fille unique, Andrée, née en 1922, à Thionville, puis la rejoignant à Nancy. En 1939, la famille se réfugie à Clamecy (Nièvre), mais Andrée, mineure et donc automatiquement allemande comme son père, est internée au camp de Gurs, en tant que « ressortissante ennemie » par les autorités françaises tandis que son père, cardiaque, reste libre.
Le 3 septembre 1939, Adolphe Lévy, de son côté, est mobilisé, d’abord au camp de Mourmelon, puis à Verdun, puis à l’hôpital militaire de Reims où il passe la drôle de guerre, cependant que sa famille quitte Thionville, située à vingt kilomètres de la frontière, pour Tonnerre où avait été prévue dès 1938 une position de repli, puis Tonnerre pour Roanne où sa femme trouve à remplacer un dentiste mobilisé. En mai 1940, le dentiste-auxiliaire Adolphe Lévy, en permission à Roanne, apprend par la radio que sa classe est démobilisée ; le 18 mai, en pleine débâcle, il parvient, non sans mal, à retrouver son bureau de démobilisation à Vertus (Marne), puis retourne à Roanne.
Il trouve alors à Riom, petite ville du Puy-de-Dôme à dix kilomètres au nord de Clermont-Ferrand, à remplacer un dentiste prisonnier, et fait enregistrer le 4 juin 1940 son diplôme de chirurgien-dentiste à la sous-préfecture de Riom. La date de cet enregistrement, jointe à sa qualité d’ancien combattant victime de guerre, lui permettra, au lendemain de la promulgation du second statut des Juifs, le 2 juin 1941, d’être compris dans les 2 % de chirurgiens-dentistes juifs autorisés dans le Puy-de-Dôme par le
numerus clausus, « pourcentage corrigé dans le cadre étroit de chaque département, ainsi que par le maximum local résultant du nombre de praticiens juifs au 25 juin 1940
[3]. »
Il loue à la femme de l’adjoint au maire, M. Charny, un petit logement à Riom, dans l’immeuble même où habite cette famille Charny, et fait enregistrer sa nouvelle adresse par la gendarmerie sur son livret militaire à la date du 28 mai 1940. C’est là qu’il demeure, avec sa famille, jusqu’en 1945. Son fils s’inscrit au collège de Riom pour y préparer son deuxième baccalauréat pendant l’année scolaire 1940-1941, puis suit au lycée de Clermont, comme externe, les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs en 1941-1942 et 1942-1943, avant de rejoindre au cours de l’été 1943 un maquis du réseau Combat à Chapdes-Beaufort, village près de Pontgibaud à l’ouest de Clermont-Ferrand. En novembre 1940 pourtant, le jeune homme avait reçu de cousines américaines un
affidavit qui lui ouvrait les portes des Etats-Unis
[4]. Il avait même été en décembre jusqu’à Marseille pour s’embarquer ; mais en fin de compte, pour des raisons qu’il est demeuré incapable d’expliquer, il avait préféré rester en France.
Adolphe Lévy travaille donc à Riom comme opérateur du dentiste qu’il remplace, au pourcentage, et, à ce titre, soigne aussi bien les détenus de droit commun de la Maison centrale que des notabilités de la ville comme les magistrats de la cour d’appel, des parents des hommes politiques inculpés dans l’attente du « procès de Riom » et certains de leurs avocats
[5]. Cette situation cesse le 31 juillet 1942, lorsque le dentiste qu’il remplace rentre de captivité. Il fait alors pendant quelques semaines un remplacement à Bellac (Haute-Vienne), puis trouve à remplacer un dentiste récemment décédé à Vic-le-Comte, petite localité au sud de Clermont-Ferrand.
En novembre 1942, malgré l’invasion de la zone sud par les Allemands, il achète pour 20 000 francs ce cabinet dentaire. Pourtant la loi du 2 novembre 1941 interdit toute acquisition de fonds de commerce par les Juifs sans l’autorisation du préfet du département du lieu. Aurait-il obtenu cette autorisation
[6] ? On sait seulement qu’il se rend deux fois par semaine à son cabinet, les jours de marché, par le train, muni à partir de mars 1943 d’une fausse carte d’identité au nom de Loisy que lui ont procurée des relations proches de la Préfecture. Il continue à se débrouiller pour s’y rendre pendant le printemps et l’été 1944 malgré la désorganisation des transports, parfois même en auto-stop, allant jusqu’à tenter le diable en acceptant de monter avec des soldats allemands qui ne s’étonnent pas de son excellente connaissance de la langue allemande. Ce n’est qu’au moment des combats pour la libération de l’Auvergne en août 1944 qu’il interrompt ses déplacements.
À ses gains professionnels s’ajoutent en juillet 1941 les loyers de l’immeuble de Nancy, pour lequel il donne procuration devant notaire, Maître Riberolles, au gérant le 22 janvier 1942. C’est un membre de la famille qui apporte cette grosse somme correspondant probablement au revenu d’un an de loyers. Comment se fait-il que ce bien n’ait pas été « aryanisé » ni remis, comme le voulait l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940, entre les mains d’un administrateur gérant, seulement tenu de verser au véritable propriétaire, en vertu d’une autre ordonnance du 26 avril 1941, « des revenus absolument indispensables
[7] » ? Il est probable que ce bien n’avait pas été déclaré ni immédiatement signalé comme bien juif, et n’avait donc pas subi une procédure de spoliation qui aurait impliquée la nomination d’un administrateur provisoire et le contrôle par celui-ci des loyers versés par les locataires.
Toujours est-il que ces subsides contribuent à lui permettre de venir en aide pendant toute la durée de l’Occupation à ses deux sœurs réfugiées à proximité, l’une à Châtelguyon, à quelques kilomètres de Riom
[8], l’autre à Noirétable, bourg de montagne situé entre Lyon et Clermont-Ferrand, ainsi qu’à son frère réfugié à Grenoble. Il remet en outre de petites sommes à des gens de passage et fait un versement en particulier à l’Union générale des israélites de France (UGIF) en novembre 1943. Toutes les œuvres juives, à l’exception des associations cultuelles consistoriales, avaient en effet été dissoutes d’autorité et contraintes d’entrer dans cette organisation créée par Vichy le 29 novembre 1941 sous la pression allemande
[9]. Il loue sans interruption un coffre au Crédit Lyonnais à Riom
[10].
Les Lévy ne se cachent guère : en 1941, Adolphe et sa femme se déclarent avec leur fils comme juifs. Connus de tous à Riom ou au lycée de Clermont-Ferrand sous leur véritable nom, ils ne se munissent de leur fausse carte que pour déjouer d’éventuels contrôles allemands dans les gares et les trains, sans que les condisciples de leur fils qui prenaient le train avec lui aient jamais pipé mot. Mieux : leurs propriétaires, les Charny, sont des amis de longue date de Pierre Laval. Les jours où ce dernier vient dîner dans l’immeuble, Mme Charny les prévient de ne pas sortir de crainte d’une rencontre avec la police qui accompagne son hôte au pied de la maison.
Ici se place un épisode stupéfiant : en mai 1942, Adolphe Lévy qui continue à toucher régulièrement sa pension d’invalidité et la touchera jusqu’à la fin de la période, atteint ses cinquante ans, âge à partir duquel il a droit en principe désormais à une pension de retraite d’ancien combattant allemand 1914-1918. Sans que l’on sache si la demande vient de lui ou de l’Office départemental des mutilés, combattants et victimes de la guerre, les bureaux allemands lui adressent contre toute attente chez lui, à Riom, un certificat, Militär-Dienstzeitbescheinigung (certificat d’état de service militaire), délivré à Berlin le 5 janvier 1943 et contresigné le 9 juillet 1943. Ce certificat, Adolphe Lévy le fait enregistrer le 5 novembre de la même année à l’Office départemental de Clermont-Ferrand. Du coup, il reçoit le 29 novembre 1943 les arrérages de sa pension sur les dix-huit mois écoulés depuis l’anniversaire de ses cinquante ans, puis touche régulièrement cette pension d’ancien combattant, jusqu’à la fin de l’Occupation et au-delà.
À la fin du printemps et au début de l’été 1944, Adolphe Lévy et sa femme passent tout de même la nuit en dehors de leur domicile, lui chez des amis, elle à la prison de Riom dont le directeur avait assuré que c’était le dernier endroit où on irait la chercher… Précaution inutile : on ne vint jamais les arrêter. C’est par des commerçants de Riom qu’ils apprennent que leur fils a été blessé à la bataille du Mont-Mouchet début juin et qu’il est en voie de guérison
[11].
Faut-il s’effarer rétrospectivement de l’inconscience d’Adolphe Lévy ou admirer son tranquille courage ? Rien dans les documents dont je dispose ou dans les souvenirs familiaux ne permet de trancher la question de savoir si son attitude découle de la conviction – illusoire pour nombre de ses coreligionnaires – d’être protégé par sa qualité de Français, ou d’une réaction de fierté devant les persécutions. Reste qu’il bénéficia, à l’évidence, d’un incroyable concours de chances : celle d’abord d’être un Juif français pourvu d’une certaine aisance et de contacts sociaux nombreux ; celle ensuite d’avoir été de ces rares Juifs exerçant des professions libérales soumises à numerus clausus qui purent, en continuant d’exercer, éviter la paupérisation et la marginalisation, prélude souvent à la rafle et à la déportation ; non content enfin de jouir d’un entourage non-juif bienveillant qui le protégea fidèlement lui et sa famille, il va jusqu’à s’offrir aux coups de la police allemande au prétexte d’obtenir le règlement de ses droits d’ancien combattant allemand. Cela non seulement sans dommages, mais en en retirant des subsides supplémentaires, précieux pour la survie de sa famille proche et élargie. Car dans cette famille, pourtant éclatée entre la France et l’Allemagne, la solidarité n’est pas un vain mot.
Certificat d’état de service militaire d’Adolphe Lévy, délivré à Berlin le 5 janvier 1943.
© Coll. Claude Lévy.
Parcours atypique, et même exceptionnel, que celui d’Adolphe Lévy, mais non pas tout à fait unique. Songeons par exemple que le gouvernement de Vichy, qui s’acharna à retirer aux Juifs de France leurs moyens de subsistance par de multiples interdictions professionnelles, continua de s’acquitter des traitements des rabbins d’Alsace-Lorraine, car, dans cette région, annexée de fait par les Allemands depuis 1940 mais où Vichy tenait à affirmer sa souveraineté, le concordat était toujours en vigueur. Ainsi constate-t-on que la logique bureaucratique a parfois contrecarré la logique de persécution et permis à certains « israélites » en particulier de traverser les années noires sans trop d’encombres.
â—†
[1]
Expression des vigoureuses protestations du monde médical français devant l’arrivée de confrères réfugiés après l’arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne, cette loi de protection est désignée du nom du sénateur qui en avait déposé le projet. Cf. Ralph Schor,
L’Antisémitisme en France pendant les années trente, Bruxelles, Complexe, coll. « Questions au XX
e siècle », 1992, pp. 149-151.
[2]
Hermann a toujours éludé les questions de son beau-frère sur ce qu’il a subi à Sachsenhausen.
[3]
L’article 4 de la loi du 2 juin 1941 stipulait : « Les juifs ne peuvent exercer une profession libérale, commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre, être titulaires d’une charge d’officier public ou ministériel, ou être investis de fonctions dévolues à des auxiliaires de justice, que dans les limites et les conditions qui seront fixées par décret en Conseil d’État » ; divers décrets fixèrent ensuite le
numerus clausus à 2 % pour les avocats (16 juillet 1941), les médecins (11 août), les architectes (24 septembre), les pharmaciens et les sages-femmes (26 décembre) ; celui concernant les dentistes date du 5 juin 1942. Selon le recensement de 1941, prescrit par une loi promulguée le même jour que le second statut des Juifs, le 2 juin 1941, 9 % des dentistes étaient juifs, avec en majorité des noms évoquant l’Europe orientale. D’après André Kaspi,
Les Juifs pendant l’Occupation, Paris, Seuil, 1991, pp. 113, 47.
[4]
Un
affidavit était le certificat, signé d’un citoyen américain, qui attestait que l’émigrant serait matériellement pris en charge dès qu’il toucherait le territoire des États-Unis. Outre cette pièce capitale, le candidat à l’émigration devait pouvoir produire un visa américain, très difficile alors à décrocher, et un visa de sortie délivré par l’administration de Vichy qui ne l’était guère moins (voir André Kaspi,
ibid., pp. 147-149). Autant dire que Claude Lévy se voyait offrir là une chance rare.
[5]
Il s’agit bien entendu du procès intenté par Vichy en février 1942 à plusieurs hauts responsables de la Troisième République défunte, accusés d’être responsables de la défaite : le général Gamelin, Paul Reynaud, Édouard Daladier et Léon Blum. Devant la défense habile des accusés, et sous la pression des Allemands, le procès est suspendu le 15 avril 1942.
[6]
La circulaire relative aux opérations immobilières n°418, Pol. 5 du 23 octobre 1941 du ministre de l’Intérieur aux préfets des deux zones stipule qu’« à titre exceptionnel », le Commissariat général aux questions juives peut être saisi « des cas dignes d’intérêt lorsqu’il apparaîtra, s’agissant par exemple d’un immeuble destiné à l’habitation personnelle, que l’acquisition ne peut avoir aucune incidence fâcheuse sur notre économie nationale ».
[7]
Renée Poznanski,
Être juif en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Hachette, coll. « La vie quotidienne/ L’histoire en marche », 1994, p. 76 sq.
[8]
Fernande, Hermann et Andrée, sortie de Gurs en août 1940, s’étaient installés à Châtelguyon à partir de cette date. Lors de la rafle des Juifs étrangers dans le Puy-de-Dôme en août 1942, ils sont prévenus de l’imminence du danger par le commissaire de police de Châtelguyon. Andrée va se cacher dans les bois avec d’autres jeunes gens dans la même situation, mais Hermann est malade, alité. Au policier venu les arrêter, Fernande fait la preuve de sa nationalité française et s’oppose catégoriquement à ce que son mari sorte du lit ; le policier s’en va et ne revient pas. Andrée, munie de faux papiers, rejoint en 1943 sa tante et sa cousine réfugiées à Noirétable. Ses parents restent à Châtelguyon sans être autrement inquiétés jusqu’en juin 1944, lorsque, Châtelguyon regorgeant de troupes allemandes, ils trouvent plus prudents de rejoindre le reste de la famille à Noirétable. Il faut ajouter que Fernande parlait avec un fort accent un très mauvais français, langue que Hermann ne parlait pas du tout. Quant à Andrée, qui avait été en pension à Thionville et à Nancy, elle possédait parfaitement bien le français.
[9]
La mission de l’UGIF est « d’assurer la représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics, notamment pour les questions d’assistance, de prévoyance et de reclassement ». Accusée par certains d’avoir été un
Judenrat à la française, cette organisation et ses dirigeants demeurent très controversés.
[10]
Pourtant la loi de Vichy du 26 avril 1941 (publiée au
JO du 21 février 1942) bloque les comptes bancaires des Juifs.
[11]
Après la Libération, Adolphe Lévy rachète un cabinet dentaire dans la banlieue est de Paris, où il travaille jusqu’à sa retraite.