Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694137
144 pages

p. 130 à 134
doi: en cours

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Dictionnaire

Volume 36 2003/1

2003 Archives juives Dictionnaire

Simon Behr, responsable consistorial nancéien

(Lunéville, 18 avril 1877 – Lunéville, 21 mars 1958)

Françoise Job Françoise JOB, docteur en histoire, est l’auteur, entre autres ouvrages, de Gustave Nordon (1877-1944), Presses universitaires de Nancy, 1992, et de Racisme et répression sous Vichy. Le camp d’internement d’Écrouves, Éditions Messene/ CDJC, 1996.
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Coll. Sylvain et Françoise Job.
Simon Behr est le second d’une fratrie de quatre enfants. Son père, Samuel Behr (1846-1886), originaire de Lauterbourg (67), exerçait depuis 1872 les fonctions de premier hazan (ministre officiant) de la communauté israélite de Lunéville ; chanteur et musicien d’exception, il avait publié en 1881 un recueil de chants liturgiques très appréciés. Par sa mère, Adèle Kahn (1848-1896) de Schweighouse-sur-Moder (67), Simon Behr descendait d’une famille anciennement implantée en Alsace septentrionale.
Orphelin de père très jeune, Simon Behr n’eut pas la possibilité matérielle de poursuivre des études, pas même celle de recevoir un enseignement musical alors qu’il avait des dispositions évidentes pour le piano et le violon. Représentant de commerce, il devint agent général ducroire (responsable des paiements des clients) d’usines de verrerie et de faïence, avec une clientèle étendue en France et en Afrique du Nord. De son mariage avec Cécile Michel Cahen (1879-1956), Lunévilloise elle aussi, issue d’une très ancienne famille messine, il eut une fille unique qui épousa Sam Job de Lunéville.
Rapidement intéressé par les affaires communautaires, Simon Behr fut membre du conseil d’administration de la communauté de Lunéville de 1906 à 1910, année où il s’établit à Nancy. Durant la Grande Guerre, mobilisé dans l’infanterie territoriale, il obtint la Croix de guerre avec une citation élogieuse. Alors qu’il était sergent-fourrier à Domjevin (54) derrière la ligne de front, il fut le créateur et l’organisateur de la première coopérative militaire. En août 1914, sa grand-mère maternelle, âgée de quatre-vingt- treize ans et grabataire, fut assassinée à coups de baïonnette par les troupes d’occupation allemandes.
Dès son retour à la vie civile, Simon Behr fut élu en 1918 membre de la commission administrative de l’Association cultuelle israélite de Nancy. En 1919, il assura l’intérim de sa présidence avant d’en devenir président l’année suivante. À l’occasion de son entrée officielle en fonction en 1922, le jeune parnass (président) de quarante-cinq ans fit un exposé lucide de la situation de sa communauté et exposa les grandes lignes d’un programme, ou plus exactement d’une politique, à laquelle il sera fidèle durant les trente-six années de sa présidence, tout en sachant l’adapter aux problèmes d’actualité. Il préconisait « non pas un programme théorique, mais une sage compréhension des devoirs qui nous incombent ».
Au sortir de la guerre, Simon Behr avait ainsi conscience d’un relâchement des pratiques religieuses ; l’état de la synagogue, d’autre part, nécessitait d’importants travaux, notamment une coûteuse réfection de la toiture. De surcroît, la communauté avait la charge de nourrir et d’héberger de nombreux « passagers » et de secourir de jeunes étudiants étrangers. L’administrateur avisé qu’était Simon Behr acheta des droits de dommages de guerre destinés à financer les réparations de la synagogue ; dès 1922, il prévoyait d’y faire construire une « entrée digne du Temple » donnant sur le futur « boulevard Mazagran », rebaptisé boulevard Joffre. Il fit voter une taxe pour l’entretien du cimetière. En 1922, le nombre d’adhérents à l’ACI avait augmenté de 5 %, passant de 463 à 485, grâce à l’action personnelle de Simon Behr. De certains coreligionnaires hostiles à une participation à l’ACI, il obtint des contributions destinées uniquement aux œuvres de bienfaisance. Du point de vue cultuel, il s’empressa de réorganiser des cours d’instruction religieuse et s’opposa à la pratique des mariages religieux à domicile, conformément à l’attitude de l’ensemble du judaïsme français. Enfin, il donna aux manifestations du culte à la synagogue un éclat sans précédent, leur conférant une dignité et une qualité musicale exemplaires. Lui-même, entre les deux guerres, assistait aux offices religieux en redingote et chapeau haut-de-forme.
À Nancy, depuis le début du siècle, le nombre d’immigrés juifs en provenance d’Europe de l’Est, essentiellement de Pologne, ne cessait de croître. Il est compréhensible que la solennité des offices religieux, leur ponctualité, leur discipline les aient rebutés, habitués comme ils l’étaient à l’ambiance chaleureuse et dépourvue de rigueur des schule (synagogues) de leurs shtetls d’origine. Pour cette raison, entre autres, ils créèrent leur propre association, l’ACI de rite polonais, avec son propre président, qui se réunissait dans un local vétuste, 55, rue des Ponts. Simon Behr avait rapidement compris qu’il s’agissait bien plus de réunions culturelles, voire nostalgiques, que d’une scission au sein de la communauté juive. Effectivement, la désignation de cette association fut modifiée en Association cultuelle et culturelle israélite (ACCI) de rite polonais. Au « 55 », certes le culte se pratiquait selon les coutumes des fidèles mais le grand rabbin de Nancy était reconnu comme celui de l’ACCI et le cimetière était commun à tous. Néanmoins, Simon Behr tenait, vis à vis des tiers, à faire respecter le distinguo entre les deux associations
Simon Behr était un homme chaleureux ; courtois, indulgent et d’une grande simplicité, il avait tissé un réseau très étendu d’amitiés ; il agissait avec tact et diplomatie. Mais, sous une bonhomie souriante et l’humour, il cachait l’autorité d’un chef d’entreprise alliée aux compétences d’un gestionnaire dont la probité était saluée tant dans ses activités professionnelles que dans ses fonctions de parnass, auxquelles il se consacrait journellement. Il a entretenu des rapports cordiaux avec les fonctionnaires du culte, si ce n’est d’amitié avec les deux grands rabbins qui se sont succédé durant sa présidence, Paul Haguenauer (1920-1944) et Simon Morali (1945-1956). Aux ministres-officiants, il a transmis les airs liturgiques en usage en Lorraine. C’est sa décision, à la fin de son mandat, qui a pesé dans le choix du jeune hazan André Stora, qui fit carrière à Nancy.
Dans la pratique de la tsedaka (assistance à son prochain), la générosité et l’esprit de bienfaisance de Simon Behr ont toujours été aussi efficaces que discrets. Assidu et ponctuel aux réunions, il faisait partie des conseils d’administration de plusieurs sociétés caritatives israélites nancéiennes : l’Asile de vieillards de la rue de Villers, la Caisse centrale de charité dont il était le président, la Société de secours mutuels de l’Humanité israélite dont il assumait la vice-présidence. Il s’efforçait aussi, un peu dans le même esprit, de s’entremettre pour favoriser des mariages, réussissant à faire office de chadchen (marieur) à une vingtaine d’occasions. Il se plaisait à constater que ses initiatives n’avaient donné lieu qu’à un seul divorce !
Entre les deux guerres mondiales, Simon Behr organisa des manifestations de prestige : en 1928, pour la pose de plaques à la synagogue portant le nom des grands rabbins de Nancy ; en 1931 et février 1936, respectivement à l’occasion du centenaire du décès de l’abbé Grégoire et de l’inauguration de la nouvelle façade de la synagogue, plaquée sur l’ancienne, et de son ouverture sur le boulevard Joffre nouvellement créé. La synagogue cachée de 1787 était enfin désenclavée.
Réfugié dans l’Isère de 1940 à 1945, il a continué à participer, à Lyon, aux réunions du Consistoire central dont il était membre de longue date. Il n’a cessé de se préoccuper de sa communauté, entretenant une correspondance suivie avec le grand rabbin Haguenauer resté à Nancy. En 1941-1942, il a organisé, dans sa région de repli, la collecte du grand rabbinat de France destinée aux secours en général et, à la demande du grand rabbin Haguenauer, celle destinée à l’Hospice de vieillards israélites où de nombreux expulsés d’Alsace-Lorraine avaient échoué en septembre 1940. À son retour à Nancy, après la Libération, Simon Behr, presque septuagénaire, prit conscience de l’ampleur du désastre. Sur approximativement 3 800 Juifs nancéiens en 1939, 700 n’étaient pas revenus de déportation, la plupart d’origine étrangère mais aussi des membres de sa propre famille. Les fonctionnaires communautaires étaient soit décédés, soit déportés, soit rendus indisponibles. Il ressentit douloureusement la perte du grand rabbin Haguenauer, mort en déportation. Dans le but de s’informer du sort des déportés, il dépensa beaucoup d’énergie, mais en vain.
Aidé par le conseil de l’ACI reconstitué, il put réorganiser les structures communautaires, remettre la synagogue en état et y assurer le culte en faisant appel au grand rabbin Morali. La pénible liquidation des comptes relatifs aux internés du camp d’Écrouves lui incomba. Avec l’aide du COJASOR, il réouvrit en 1947 l’Asile de vieillards récupéré, non sans mal, sur les forces armées alliées qui l’avait réquisitionné. Nommé, le 14 décembre 1945, membre du conseil d’administration de la Société d’archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, il participa à l’intégration de la collection juive léguée par René Wiener et à l’installation de la « Salle juive ». Vice-président de l’ACI de Vittel, co-fondée par lui avant la guerre, il a obtenu, en 1947, l’organisation d’offices à la synagogue durant la saison touristique. Simon Behr s’impliqua aussi dans un devoir de mémoire. Le 26 mai 1946, il organisa une grandiose cérémonie dédiée aux martyrs de la Shoah et aux morts au Champ d’honneur. Une plaque commémorative fut inaugurée en 1947.
Simon Behr multiplia les appels à la conciliation entre les différentes tendances de la communauté juive de Nancy et il se flattait d’être en bons termes avec tous. En 1952, il s’est sincèrement réjoui de ce qu’à sa demande instante, et pour la première fois, les membres de la communauté polonaise et de la Fédération sioniste aient assisté à la cérémonie annuelle à la synagogue à la mémoire des déportés, et que tous, autour de leurs présidents respectifs, aient récité ensemble, à haute voix, le kaddisch.
Simon Behr ne cachait pas son admiration pour l’Alliance israélite universelle, selon lui « l’œuvre la plus gigantesque et la plus belle du judaïsme français ». Il estimait comme un devoir et un honneur de fonder des sections locales. De même, il s’est rapidement intéressé au sionisme.
Titulaire de la Médaille d’honneur du Travail cinquantenaire (18 mars 1948), des palmes académiques (obtenues pour l’administration de colonies de vacances), il reçut la croix de chevalier de la Légion d’honneur le 6 juin 1948. Il était aussi Membre d’honneur du Consistoire central, distinction créée pour lui, et il fut honoré, le 23 février 1952, du titre de haver du rabbinat, hommage rare pour un laïc (ils n’étaient que sept dans ce cas en France à cette date).
Simon Behr démissionna de la présidence de la communauté israélite en 1956, « n’ayant plus la santé nécessaire pour faire face à la complexité des affaires qui intéressent une cultuelle de l’importance de Nancy ». À ses obsèques, M. Mathis, vice-président de l’ACI de Nancy, et le grand rabbin Morali ont rendu un hommage vibrant à ce « noble et grand homme [qui] avait donné un puissant relief » à la communauté israélite de Nancy. Simon Behr a laissé une importante correspondance. Volontiers consulté par d’autres communautés pour sa connaissance du judaïsme français, de ses hommes et de ses problèmes, il y fait figure de sage par l’élévation et le pragmatisme de ses responsa.
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SOURCES

·  Archives privées du président Simon Behr (collection Sylvain Job) : correspondance (1944-1957) ; discours (1944-1957) ; dossiers des cérémonies organisées (1946-1947/1952) ; diplôme de haver (23 février 1952).
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