2003
Archives juives
Dictionnaire
Marcel Gradwohl, scout et résistant
(Pfaffenhoffen, 2 décembre 1921 – Saint-Flour, 14 juin 1944)
Mathias Orjekh
Mathias ORJEKH est l’auteur d’un mémoire de maîtrise intitulé Du scoutisme juif à la Résistance : un même engagement. Quelques figures d’un même itinéraire, Université de Lille III, 2001.
Né dans un petit village du Bas-Rhin, Marcel Gradwohl est le cousin germain de Raymond Winter, la mère de Marcel étant la sœur cadette du père de Raymond. Il est issu, comme lui, d’une très ancienne famille juive alsacienne. Le père de Marcel est marchand de grains ambulant, tandis que sa mère tient un petit commerce de chaussures à Pfaffenhoffen.
C’est donc à la campagne que Marcel passe son enfance et entame sa scolarité à l’école confessionnelle – chrétienne – de son village. Dispensé des offices religieux, il suit des cours au Talmud Torah, qui en Alsace – en raison du nombre important de Juifs – existe même à la campagne.
Marcel fait ses études secondaires à l’École commerciale d’Haguenau où il obtient son baccalauréat. En 1938, diplômé en « technique commerciale et professionnelle » des Établissements Pigier, il devient représentant en chaussures pour une firme importante qui, compte tenu de ses qualités professionnelles, lui garantit une situation prometteuse. Situation à laquelle il décide finalement de renoncer pour reprendre le petit commerce de chaussures familial.
À peu près en même temps que son cousin, Marcel s’engage dans le scoutisme et, comme lui, pas au sein des Éclaireurs israélites qui n’existent qu’en ville. C’est donc chez les Éclaireurs unionistes, mouvement protestant ouvert aux jeunes d’autres religions, que Marcel découvre le scoutisme.
© Coll. Jean-Claude Gradwohl.
En 1939, Marcel a 18 ans ; il a déjà un métier sérieux et se trouve profondément engagé dans le mouvement scout. Malgré la déclaration de guerre, la famille Gradwohl reste en Alsace car Pfaffenhoffen n’est pas évacué. Toute la famille continue donc à vivre presque normalement jusqu’à l’occupation de Paris par les Allemands, le 14 juin 1940. Néanmoins, à l’approche de la défaite française, comprenant que la situation devient délicate pour les Alsaciens, Hitler ne cachant pas sa volonté d’annexer la région, et a fortiori pour les Juifs, Marcel et sa famille gagnent la zone sud au début de l’année 1941. Leur choix se fixe sur Montpellier afin de rejoindre, entre autres, la famille Winter.
Marcel y retrouve son cousin et l’aide dans ses activités, notamment dans l’organisation des colonies de l’OSE. Ce travail conjoint est momentanément interrompu par l’incorporation de Marcel au sein des Chantiers de jeunesse dont il n’est libéré que le 1er août 1942, peu avant leur dissolution. Son retour à Montpellier coïncide avec la traversée de la ville par les premiers trains de déportation qui se dirigent vers le camp de Drancy. Bien que leur accès soit interdit, Raymond, Marcel et leur équipe parviennent à s’en approcher pour ravitailler les prisonniers. De plus, et afin de remonter le moral des internés, ils acceptent de transmettre à leurs proches des messages d’adieux.
Ces agissements sont loin d’être sans risque et très vite Raymond et Marcel sont repérés par les services de sécurité. Obligés de se faire oublier de la police locale, ils transfèrent à Narbonne leur entreprise d’aide aux déportés.
« Souris » – totem de Marcel en référence à sa petite taille et à son inlassable activité – devient très vite la doublure et l’adjoint de Raymond. Quand ce dernier entre dans la clandestinité, Marcel le suit naturellement, tant la volonté de venir en aide aux Juifs traqués est forte chez les deux cousins.
Marcel devient dans la clandestinité Maurice Girbal ; responsable du secteur du Lot de la « Sixième », il seconde activement Raymond dans toutes ses actions : recherche de « planques » pour les enfants, organisation de camps, passages à l’étranger… jusqu’au débarquement allié en Normandie.
Leurs activités communes de sauvetage s’achèvent tragiquement à Saint-Flour où Marcel, son frère Roger, ainsi que son cousin et 22 autres personnes, sont fusillé le 14 juin 1944. Il y sera enterré, comme Raymond, le 25 octobre 1944 en présence de sa famille, de ses amis et des EI de Clermont-Ferrand, puis son cercueil sera transféré après la guerre dans le caveau familial du cimetière israélite de Pfaffenhoffen.
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