Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694145
144 pages

p. 3 à 3
doi: en cours

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Volume 36 2003/2

2003 Archives juives

Éditorial

André Kaspi
Notre dossier porte sur les intellectuels juifs. Quelques explications sont nécessaires. Dans un numéro antérieur, nous avons traité de l’art juif. Des lecteurs se sont étonnés. Qu’est-ce que l’art juif ? Comment le définir ? Faut-il affirmer que tout artiste juif produit de l’art juif ? Sinon, quelles sont les caractéristiques qui permettent de cerner la notion ? Bref, beaucoup de questions, et des réponses malaisées, voire impossibles. Avec les intellectuels juifs, nous voici replongés dans le même océan de perplexités.
Il n’est pas facile de dire qui est un intellectuel et qui ne l’est pas. On sait que le terme est relativement récent, car, à l’aune de l’histoire de l’humanité, un peu plus d’un siècle correspond à une période courte. De plus, de bons esprits qui interviennent, par leur pensée et leur plume, dans le débat politique, culturel, idéologique, refusent d’être classés parmi les intellectuels. D’autres bons esprits revêtiraient volontiers le manteau de l’intellectuel, sous prétexte qu’ils écrivent des chroniques dans la presse, qu’ils manifestent dans la rue ou qu’ils ne laissent passer aucune occasion de donner leur opinion sur tous les sujets.
La deuxième difficulté tient à l’adjectif. À supposer que le consensus s’établisse sur la définition de l’intellectuel, encore conviendrait-il de savoir à quel moment il est juif, à quel moment il ne l’est pas, s’il peut, s’il veut choisir entre les termes de l’alternative. En un mot, nous nous demandons ce qui exprime la judéité d’un individu, lorsqu’il écrit, parle ou réfléchit. Inutile d’ajouter que dès lors nous entrons dans les arcanes de la réflexion et du comportement. Rien ne prouve que nous en sortions armés de certitudes. Enfin, à une époque où l’on débat sur la disparition des intellectuels chrétiens, à quoi sert un intellectuel juif ? Qu’apporte-t-il à la société dans laquelle il vit et pense ?
Dans ces circonstances, l’histoire offre une planche de salut. Des exemples précis permettront de faire avancer notre investigation. Spinoza, Jean-Richard Bloch, Émile Durkheim, Marcel Mauss, Henri Bergson, autant de cas singuliers, parfois très éloignés du judaïsme, persuadés qu’ils ne doivent rien, ou presque rien à leurs origines juives, mais tout de même… C’est là la première partie de l’enquête. Dans un numéro à venir, nous poursuivrons au plus près de notre temps. En dépit du flou qui marque le concept, des questions que nous posons et auxquelles nous ne répondons que partiellement, notre conviction repose sur une intuition, partagée par beaucoup, évidente. Les intellectuels juifs tiennent une place primordiale dans la société française. Il arrive même qu’ils soient désignés en tant que juifs plus qu’en tant qu’intellectuels. Ils tiennent aussi une place primordiale dans l’histoire des Juifs, de France et d’ailleurs. C’est cette conviction qui justifie, à nos yeux, la démarche que nous avons entreprise. À nos lecteurs d’approuver ou de nous contredire. En ce sens, nous aurons lancé le débat et contribué à faire de chacun d’entre nous un intellectuel, juif ou non.
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