2003
Archives juives
Dossier : Intellectuels juifs (I). Le savoir et la cité
Durkheim et Mauss lecteurs du comte de Saint-Simon : une voie française pour le socialisme
Christophe Prochasson
Christophe PROCHASSON est directeur d’études à l’EHESS. Spécialiste de l’histoire culturelle et politique de la France aux XIXe et XXe siècles, il est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels Les Intellectuels et le socialisme, XIXe-XXe siècles (Plon, 1997) et Paris 1900. Essai d’histoire culturelle (Calmann-Lévy, 1999). Il a récemment dirigé en collaboration avec Vincent Duclert le Dictionnaire critique de la République (Flammarion, 2002).
By the end of the nineteenth century, a new conception of socialism took shape in France. Confronted to the growing success of marxism in its various trends, many intellectuals tried to outline new ways. Among them, Émile Durkheim and his nephew Marcel Mauss, and also many students of the first one such the ethnologist Robert Hertz and the economist François Simiand. The social disturbance which, they thought, was striking the French society, preyed on the minds of these sociologists who thought it right to rely upon science as a mean to reform it. Prior to them, Saint-Simon, whom Durkheim brought back to mind through a serie of lectures at Bordeaux University, had taken a similar step, looking for a way to give birth to a social science which could bring to its end the crisis ensuing the French Revolution. This renewal of Saint-Simon a man who had been overshadowed for more than fifty years, thanks to one of the main founders of the French sociology must be seen as offering a political and scientific meaning which this article wishes to analyze.
Émile Durkheim
Coll. Société des Amis du Centre d’études sociologiques.
Marcel Mauss
Coll. Société des Amis du Centre d’études sociologiques.
Après sa disparition, un auteur se survit dans les multiples appropriations dont son œuvre devient immédiatement l’objet. Telle est l’une des règles que met régulièrement en évidence le meilleur de l’histoire culturelle. À l’encontre d’une histoire linéaire et généalogique qui préside encore bien souvent à l’histoire des idées, ce qui retient aujourd’hui davantage l’intérêt des historiens est l’hétérogène, le discontinu, les lectures rivales et contradictoires d’une même œuvre. Ils aiment les « trahisons », plus encore peut-être que les « fidélités »
[1]. Ils savent apprécier le rôle des fils indignes dans la publicité d’une œuvre qui, avec le temps, et pour reprendre à peu près le mot de Marc Bloch, est davantage fille de son époque que de son auteur. Cette loi générale, et pour tout dire devenue presque banale, ne s’applique pas seulement au cas de Saint-Simon dont il sera ici question. Il est pourtant des œuvres dont la forme appelle davantage l’examen des réceptions tant celle-ci sont constitutives de la doctrine elle-même. Celle de Saint-Simon en relève bel et bien
[2]. Œuvre informe, parfois faite de bribes, tissée de ressassements, éclairés d’éclats visionnaires comme d’éléments bien ordinaires, tout à la fois très originale et extraordinairement commune, elle offre immédiatement le flanc à l’interprétation et à ses dérives. Qu’a voulu dire et faire Saint-Simon dans ses écrits ? Est-il d’abord marqué par la nostalgie éprouvée par une classe sociale – l’aristocratie – en voie de déréliction après la Révolution ? Se présente-t-il au contraire comme la figure du « premier socialiste » comme il est le plus communément évoqué ? S’apparente-t-il à la catégorie des âmes embrasées par le romantisme naissant ou bien faut-il l’intégrer à l’histoire du progrès et de l’esprit scientifique que le XIX
e siècle put incarner ? Quelles lectures donc ? La fin du XIX
e siècle et le début du suivant sont de bons points d’observation pour tenter de saisir comment on a pu lire Saint-Simon. En fonction de l’environnement intellectuel d’un temps, en fonction aussi des besoins et des usages. Il y eut un bref « moment saint-simonien » entre les années 1890 et les années 1910 qui vit les socialistes, en quête doctrinale, se retourner vers celui dont ils firent un « vieil ancêtre ». Discrédité dès son temps, refoulé par Marx et ses disciples, certes parfois avec une bienveillante indulgence, Saint-Simon retrouva soudain, fugitivement, une actualité intellectuelle et politique dont il convient de rendre compte. Émile Durkheim et ses principaux disciples ont joué un rôle important dans ce processus. Ils reconnurent en Saint-Simon une figure utile au développement d’une pensée sociale et à la légitimation du socialisme en quête de racines intellectuelles.
Le socialisme comme objet de science
S’étant toujours tenu à l’écart du Parti socialiste, Émile Durkheim n’en fut pourtant jamais très éloigné. Selon son biographe, Steven Lukes, Durkheim arrivait souvent à son cours avec
L’Humanité sous le bras
[3], « il “ sympathisa ”, comme on dit maintenant, note Marcel Mauss, avec les socialistes, avec Jaurès, avec le socialisme. Il ne s’y donna jamais
[4]. » Une discrète amitié et une forte estime intellectuelle liaient vraisemblablement Durkheim et Jaurès, qui n’ignorait rien des principaux développements intellectuels de la sociologie nouvelle. Il arrive à Jaurès de citer élogieusement Durkheim
[5]. C’est la relation à la politique qui séparait les deux hommes. L’un s’y engouffra sans réserve. L’autre se donna tout entier à la science tout en acceptant de prendre parti quand les enjeux lui semblaient suffire à motiver (toujours provisoirement) une sortie du laboratoire. C’est en savant qu’il conçut surtout ses rapports au socialisme dont il fit d’abord un objet d’étude et qu’il aurait aimé voir devenir un jour une doctrine entièrement soumise aux lois intellectuelles dégagées par la sociologie. Cette attitude, qu’on retrouve chez plusieurs de ses élèves, commande la relation du maître avec la pensée de Saint-Simon et l’intérêt qu’il y trouva. Il y reconnut comme un précurseur de lui-même
[6].
Tel est le registre dans lequel il convient d’interpréter les lectures durkheimiennes de l’œuvre de Saint-Simon. Elles ont été formulées au cours de l’année universitaire 1895-1896 à l’université de Bordeaux. Émile Durkheim y entama une réflexion consacrée tout à la fois à l’histoire et à la définition du socialisme, l’une et l’autre, d’ailleurs, absolument liés dans l’esprit de Durkheim car ce qui le frappe d’abord c’est le régime d’historicité du socialisme : « le socialisme est tout orienté vers le futur. C’est avant tout un plan de reconstruction des sociétés actuelles, un programme d’une vie collective qui n’existe pas encore ou qui n’existe pas telle qu’elle est rêvée, et qu’on propose aux hommes comme digne de leurs préférences. C’est un idéal. Utopique donc ? Assurément si l’on oppose l’utopie à la science. Et aux yeux de Durkheim, le « socialisme n’est pas une science », ni, hélas, semble-t-il presque ajouter, « une sociologie en miniature » mais « un cri de douleur, et, parfois, de colère, poussé par les hommes qui sentent le plus vivement notre malaise collectif ». Cette ferme définition semble avoir convenu, si l’on en croit Mauss, et à Jaurès, et à Jules Guesde. Reste que Durkheim ne néglige nullement, mais pour les contester, les prétentions scientifiques du socialisme qui « jusque sous ses formes les plus utopiques » ne dédaigna jamais « l’appui des faits » et affecta « de plus en plus […] une tournure scientifique » : « Il est incontestable que, par là, il a rendu à la science sociale plus de services peut-être qu’il n’en a reçu. Car il a donné l’éveil à la réflexion, il a stimulé l’activité scientifique, il a provoqué des recherches, posé des problèmes, si bien que, par plus d’un point, son histoire se confond avec l’histoire même de la sociologie
[7]. »
Parce que le socialisme est tourné vers le futur, il se trouve saturé d’histoire. La bonne méthode pour l’étudier n’est donc pas philosophique mais historique. Le socialisme dépend étroitement des coordonnées sociales et culturelles qui l’enserrent. Sa vision du futur traduit les aspirations, les représentations, les possibles et les rêves des milieux sociaux qui l’expriment. Sans plus avancer sur le chemin de ce qui pourrait passer pour une définition scolastique du socialisme, remise sans cesse sur l’établi des docteurs de la foi, Durkheim s’engage dans la voie de l’examen des doctrines socialistes. Saint-Simon est le premier convoqué, parce que « l’on s’accorde à [le] regarder comme le fondateur du socialisme. » Il faut bien reconnaître qu’il est quelque chose de fondamentalement insuffisant dans cette justification et dans la méthode même choisie par Durkheim : « Il existe un certain nombre de doctrines qui concernent les choses sociales. Observons-les et comparons-les. Classons ensemble celles qui présentent des caractères communs. Si, parmi le groupe de théories ainsi formées, il en est un qui, par ses caractères distinctifs, rappelle suffisamment ce qu’on désigne ordinairement par le mot de socialisme, nous lui appliquerons sans la changer cette même dénomination. Autrement dit, nous appellerons socialistes tous les systèmes qui présentent ces caractères, et nous aurons ainsi la définition cherchée
[8]. » Ainsi donc, Saint-Simon peut-il être qualifié de socialiste parce que des traits de sa pensée s’apparentent à ce que l’on reconnaîtrait communément comme « socialiste ».
On comprendra mieux pourquoi Durkheim place Saint-Simon dans les rangs socialistes en s’arrêtant sur le cœur de la définition qu’il finit par proposer du socialisme : « une tendance à organiser
[9] », lance-t-il. Il complète cette proposition, finalement bien maigre, mais implicitement opposée à celle du libéralisme, en la détaillant : « On appelle socialiste toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d’entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société
[10]. » Dès lors, Saint-Simon tombait à pic.
Saint-Simon, père de la sociologie
Au moment où Durkheim se lance dans l’étude de Saint-Simon, ce dernier a presque disparu de l’horizon des socialistes. Victime des prétentions comtiennes qui lui avaient ôté toute espèce d’originalité pour mieux isoler le génie propre d’Auguste Comte, fondateur du positivisme, Saint-Simon se trouvait écarté de l’histoire légitime de la philosophie comme de celle des sciences sociales
[11]. L’aspect désarticulé de son œuvre, composée des remarques les plus diverses, parasitée parfois par d’extravagantes digressions, textes, qui plus est, recousus à la hâte et avec quelque abus par ses disciples, avait achevé de vieillir Saint-Simon, plus encore, de le discréditer. Durkheim s’employa ainsi à reconstituer la fortune de Saint-Simon, tout à la fois comme socialiste utile à la revitalisation d’une doctrine socialiste en quête de contenu à la fin du XIX
e siècle et comme pré-sociologue ayant deviné, grâce à de fulgurantes intuitions, quelques lois sociologiques fondamentales. Mieux, le génie de Saint-Simon reposait sur son intuition de l’existence d’une science des sociétés adossée sur le modèle des sciences de la nature. Dans une lettre d’avril 1900 adressée à son neveu Marcel Mauss, Durkheim épouse encore et toujours l’idée d’un Saint-Simon placé aux origines de la sociologie. S’invitant dans la
Grande Encyclopédie, il propose de contribuer à un article sur la sociologie : « Il y a donc là une besogne que je pourrais faire : origines de la sociologie, Saint-Simon, Comte, Spencer
[12]. »
Voilà bien le double talent de Saint-Simon que Durkheim ne cessa jamais de souligner. Les lois de l’imitation qui animent vigoureusement l’histoire intellectuelle nous conduisent immédiatement à interpréter cette reconnaissance comme une volonté d’illustrer la propre démarche de Durkheim et de la légitimer par une référence érudite (puisque Saint-Simon n’est plus au goût du jour) au passé. Comment ne pas voir la recherche d’un modèle pertinent pour la fin du siècle dans cette définition puisée dans la Science de l’Homme – traité rédigé à son début (1813) –, et reprise par Durkheim : « Le philosophe se place au sommet de la pensée ; de là, il envisage ce qu’a été le monde et ce qu’il doit devenir. Il n’est pas seulement observateur, il est acteur ; il est acteur du premier degré dans le monde moral, car ce sont ses opinions sur ce que le monde doit devenir qui règlent la société humaine » ?
Saint-Simon sociologue et socialiste ? Telle est donc la lecture faite par Émile Durkheim. Le comte de Saint-Simon est aussi par là-même l’une des premières figures modernes de l’intellectuel. Toutes les citations mobilisées par Durkheim, dont beaucoup sont tirées de la
Science de l’Homme, abritent des thèmes qui viennent illustrer cette interprétation générale de Saint-Simon. Du côté de la sociologie, Durkheim salue en Saint-Simon la volonté d’aligner les sciences humaines sur les sciences de la nature, de travailler à l’élaboration d’une physiologie sociale : « Les sciences humaines doivent être construites à l’imitation des autres sciences naturelles, car l’homme n’est qu’une partie de la nature. Il n’y a pas deux mondes dans le monde, l’un qui relève de l’observation scientifique, et l’autre qui y échappe
[13]. » S’il eut bien quelques précurseurs à ce titre, reconnaît volontiers Durkheim, Saint-Simon fut le premier à afficher aussi nettement un tel programme scientifique. Prenant position dans la querelle de paternité qui opposait depuis longtemps les comtiens aux saint-simoniens, c’est à Saint-Simon que Durkheim attribue la part la plus grande de l’invention.
D’autres aspects de la science saint-simonienne ne pouvaient manquer de retenir le sociologue dont les ambitions hégémoniques sur les sciences sociales sont bien connues. Avant même les premières escarmouches entre histoire et sociologie qui illustrèrent les relations entre les deux disciplines au début du XXe siècle, Émile Durkheim se réjouit déjà de la critique saint-simonienne exercée contre l’histoire savante de son temps. Il découvre encore dans la Science de l’Homme une proposition susceptible d’armer une critique plus actuelle de l’histoire universitaire contemporaine : « l’Histoire est, dit-on, le bréviaire des rois ; à la manière dont les rois gouvernent, on voit bien que leur bréviaire ne vaut rien ; l’histoire, en effet, sous un rapport scientifique, n’est pas encore sortie des langes de l’enfance. Cette importante branche de nos connaissances n’a encore d’autre existence que celle d’une collection de faits plus ou moins constatés. Ces faits ne sont liés par aucune théorie ; ils ne sont point enchaînés dans l’ordre des conséquences ». S’appuyant sur une autre citation bien choisie de Saint-Simon, celle-ci extraite du Système industriel (1821), il souligne à quel point l’histoire de Saint-Simon ne peut être qu’une histoire sociale. Il n’est que de lire cette brève interprétation de la Révolution française que Saint-Simon, rappelle Durkheim, jugea avec plus de nuances qu’on ne l’écrit souvent : « Cette grande crise n’a point eu sa source dans tel ou tel fait isolé […]. Il s’est opéré un bouleversement du système politique, par la seule raison que l’état de société auquel correspondait l’ancienne société avait totalement changé de nature. Une révolution civile et normale qui s’exécutait graduellement depuis plus de six siècles a engendré et nécessité une révolution politique […]. Si l’on veut absolument assigner une origine à la Révolution française, il faut la dater du jour où a commencé l’affranchissement des communes et la culture des sciences d’observation dans l’Europe occidentale. »
La science des sociétés que promeut Saint-Simon s’appuie sur cette hantise souvent décrite habitant la plupart des hommes de pensée au sortir de la Révolution. Si cette dernière avait justement renversé un ordre du monde inadéquat aux nécessités du développement historique, elle s’était arrêtée en chemin. Le monde de Saint-Simon est celui du désordre social. La science sociale présidera à la reconstruction de sociétés bouleversées. Durkheim reconnaît là sans doute une configuration qui lui est familière. La fin du siècle était, elle aussi, marquée par une crise sociale et morale non sans analogie, aux nuances historiques près, avec celle de son début. La sociologie durkheimienne naquit aussi de l’observation d’un environnement social en proie aux désordres et aux dysfonctionnements. Sans engagement politique, Durkheim, davantage encore peut-être les durkheimiens, à l’instar de Saint-Simon, mais moins sans doute que les saint-simoniens, aspirent à changer le monde, tout en respectant les lois qui le gouvernent. Dans son Saint-Simon, Durkheim dessine un autre lui-même : « Comme c’est une crise sociale déterminée qui a éveillé sa réflexion, c’est exclusivement à la dénouer que tendent tous ses efforts. Tout son système a par suite un objectif pratique et prochain qu’il a hâte d’atteindre et il ne fait de la science que pour se rapprocher de ce but. Aussi, quoiqu’il ait eu le premier une conception très nette de ce qui devait être la sociologie et de sa nécessité, il n’a pas fait à proprement parler une sociologie. Cette méthode dont il avait si fermement posé les principes, il s’en est servi non pour découvrir les lois de l’évolution sociale en général, mais pour répondre à une question très spéciale et d’un intérêt tout actuel, qui peut se formuler ainsi : quel est le système social que réclame l’état des sociétés européennes, au lendemain de la Révolution
[14] ? »
Le socialisme de Saint-Simon
On mesure donc ici à quel point Durkheim, s’il enracine Saint-Simon dans la tradition de la réforme sociale dont il fait même l’un des pionniers en lui assignant la qualité anachronique de « socialiste », terme dont l’usage ne se répandra que dans les années 1830, après sa mort, le dégage aussi des horizons de l’utopie. Saint-Simon rompt, selon lui, avec les utopistes du XVIII
e siècle. En aucun cas, il ne s’applique à inventer un « système nouveau, créé de toutes pièces ». C’est le réalisme historique de Saint-Simon qui frappe surtout le sociologue, notamment quand celui-ci distingue dans l’ancien état des choses les germes d’un nouvel ordre social. Si Durkheim range, assez conventionnellement, Saint-Simon du côté des visionnaires (il évoque évidemment ses « anticipations » puisqu’il en fait un genre de pré-socialiste et une espèce de pré-sociologue – dans l’œuvre de Saint-Simon, écrit Durkheim, on trouve « le germe de tous les grands courants qui se sont produits dans le cours du XIX
e siècle » –), il réaffirme à plusieurs reprises son sens de l’histoire, sa conscience des contraintes et des normes qu’elle impose. Si Saint-Simon « anticipe » sur le mouvement international contemporain, son projet européen est « loin d’avoir le même caractère utopique que celui de l’abbé de Saint-Pierre. » « Il y a utopie, ajoute Durkheim, au sens propre du mot, quand un idéal désirable, mais complexe et d’une réalisation évidemment laborieuse nous est présenté comme exécutable en un tour de main et à l’aide de procédés d’une simplicité enfantine
[15]. »
Quel socialisme ? Celui sans doute dont rêve Durkheim et les durkheimiens, plus utopistes en la matière qu’on ne l’imagine souvent. Les sociologues n’aspirent-ils pas à une démocratie confiée aux plus compétents, sagement régulée par les lois sociologiques et dans le respect des cadres édictés par l’intérêt général ? Ne croit-on pas lire, dans la description des principes animant la nouvelle société saint-simonienne, l’expression d’un projet politique que le petit groupe des durkheimiens portaient à l’intérieur même du Parti socialiste, jusqu’aux oreilles de Jaurès lui-même, souvent par l’intermédiaire d’Albert Thomas : « Ce ne sont plus des hommes qui dirigent des hommes. C’est la vérité qui seule parle, et elle est impersonnelle et rien n’est moins arbitraire
[16]. » Tel devrait être aussi le socialisme des sociologues. Ce socialisme-là est de nature libérale. Il rejette toute tentation autoritaire. Durkheim établit ainsi fortement, contre ceux qui apparentent le socialisme à la tyrannie, que celui-ci, au contraire, s’évertue à dissoudre les pouvoirs gouvernementaux dans un grand tout social. Chez Saint-Simon mais chez d’autres aussi, prétend Durkheim, chez Fourier, Proudhon, voire Marx, le socialisme est « essentiellement anarchique » au sens où il ne constitue que l’espace politique qui permettra aux lois sociales de se déployer quasi naturellement.
Il est un autre élément de séduction bien compréhensible de la pensée de Saint-Simon, élément où Durkheim découvre des antécédences, des intuitions, des anticipations : non seulement Saint-Simon installe la société au cœur de ses préoccupations politiques, ce qui aux yeux du sociologue est la position la plus tenable, mais il refuse aussi de s’en tenir à la seule considération des mobiles économiques dans l’examen des ressorts sociaux ; la problématique durkheimienne du lien social semble déjà bel et bien en place chez Saint-Simon. Ainsi Durkheim se félicite-t-il de voir Saint-Simon si bien comprendre « que l’organisation sociale ne pouvait pas se transformer sans qu’il en résultât une transformation morale
[17] », et il suit sans mal le Saint-Simon qui se penche sur le rôle social de la religion en développant des propositions qui lui sont propres : « Sa véritable mission n’est pas de détourner l’espèce humaine de la réalité temporelle pour l’attacher à quelque objet supra-expérimental, mais simplement de lui donner le sentiment de l’unité du réel. Et voilà précisément ce qui fait qu’elle est appelée à fournir le lien spirituel qui doit rattacher les uns aux autres les membres de la société humaine. C’est qu’elle donne à cette dernière conscience de son unité
[18]. » Il faut aussi citer ce passage extrait d’une lettre que Saint-Simon adresse à son neveu Victor pour comprendre quelle put être la force d’attraction de la pensée saint-simonienne sur Durkheim à ce niveau de réflexion : « La religion, mon neveu, a toujours servi et servira toujours de base à l’organisation sociale. Cette vérité est incontestable, mais elle n’a rien de plus certain que cet axiome : pour l’homme il n’y a rien de positif dans le monde, il n’existe pour lui que des choses relatives. De ces deux principes combinés, je déduis la conséquence que la religion a toujours existé et qu’elle existera toujours, mais qu’elle s’est toujours modifiée et se modifiera toujours ; de manière qu’elle a toujours été proportionnée et le sera toujours à l’état des lumières
[19]. » La lecture sociologique que Durkheim fit du
Nouveau Christianisme (1825) ou d’autres écrits saint-simoniens à résonance religieuse s’accordait avec une lecture socialiste qui eût pu être gênée par de telles thèses qui, pour certains – comme au demeurant cela avait été le cas chez plusieurs premiers disciples – semblaient encourager un retour pur et simple du religieux comme mode de régulation sociale. Le syndicaliste Maxime Leroy, très attaché à défendre la qualité socialiste de Saint-Simon, propose une toute autre interprétation, « durkheimienne », pourrait-on dire, mettant en garde contre toutes les lectures religieuses de Saint-Simon. On se trompait en se figeant sur les mots « religion » et « christianisme » : « Il nous paraît que le sens profond, admirablement original de ce livre, est expliqué par notre temps et, à la vérité, n’a pu être expliqué que grâce aux grands phénomènes sociaux de notre temps
[20]. »
Reste que, parmi les rares réserves que formule Durkheim à l’encontre de Saint-Simon, on relève à côté de son pan-industrialisme la tentative finale d’instituer une nouvelle religion dans
Le Nouveau Christianisme. Durkheim y décèle des erreurs ou des naïvetés qui atténuent au demeurant bien faiblement le véritable enthousiasme qui émane de son analyse de la pensée de Saint-Simon. Selon Durkheim, Saint-Simon eut raison. Et notamment contre les économistes libéraux, avec lesquels il semble pourtant partager le même « industrialisme », point faible de la doctrine. Entre les deux pensées réside pourtant une différence majeure qui pousse Durkheim à prendre parti et dès lors à s’afficher ostensiblement comme socialiste : « Si donc on considère comme établie la proposition fondamentale sur laquelle reposent ces deux doctrines, les thèses socialiste et saint-simonienne s’imposent logiquement. Si les intérêts économiques ont la suprématie qu’on leur attribue ; si c’est à eux, par conséquent, que se ramènent les fins humaines, le seul but que puisse se proposer la Société c’est d’organiser l’industrie de manière à lui faire obtenir le maximum de rendement possible, et, ensuite, le seul moyen pour elle de s’attacher les individus, c’est de répartir les produits ainsi obtenus de telle façon que tout le monde, du haut en bas de l’échelle, en ait en suffisance, ou, mieux encore, en reçoive le plus possible
[21]. »
Les leçons consacrées par Durkheim à Saint-Simon s’achèvent sur une actualisation de sa pensée. Le détour par cet étrange personnage n’était pas une perte de temps. Le sociologue et le socialiste de la fin du XIX
e siècle y trouvent leur compte. Les analogies sont fortes entre les deux moments historiques et il était urgent de « revenir » à Saint-Simon quand d’autres, comme Georges Sorel, lançaient un « retour à Marx ». Il est bien clair que pour Durkheim l’œuvre de Saint-Simon dispose de bien plus de pertinence et de vérité que celle du socialiste allemand. Le saint-simonisme, que Durkheim ne distingue guère de Saint-Simon, « présente, à certains égards, un intérêt tout actuel. Son étude est propre à nous faire mieux comprendre les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons aujourd’hui. Les analogies, en effet, sont frappantes entre la période que nous venons d’étudier et celle où nous vivons. Ce qui caractérise la première au point de vue intellectuel, c’est que les trois idées suivantes s’y sont simultanément produites : l’idée d’étendre aux sciences sociales la méthode des sciences positives, d’où est sortie la sociologie ; l’idée d’une rénovation religieuse ; enfin, l’idée socialiste. Or, il est incontestable que, depuis dix ans environ, nous avons vu ces trois courants se reformer avec la même simultanéité et prendre de plus en plus d’intensité
[22]. » Après la mort de Durkheim, son neveu Marcel Mauss inscrivit explicitement Durkheim dans le sillage de l’invention sociologique saint-simonienne, même s’il condamnait, comme son oncle, les dérives mystiques : « C’est seulement à partir de 1880 que la sociologie un peu déconsidérée en France commença à s’élaborer, avec Espinas d’abord, puis avec Durkheim principalement. Saint-Simon n’a eu que l’intuition de ce qu’elle devait être. Mais cette intuition fut géniale
[23]. »
Il n’est pas indifférent de relever que, plus de cinquante ans après, un autre sociologue, Georges Gurvitch, se lança, à son tour, dans une série de cours, prononcés à la Sorbonne durant l’année universitaire 1952-1953, au cours de laquelle il traita des « fondateurs de la sociologie contemporaine », au premier rang desquels, il plaça Saint-Simon et Proudhon. S’appuyant sur les analyses de Durkheim, il y défendit lui aussi l’idée que Saint-Simon avait « bien plus contribué à la constitution de la sociologie comme science que ne l’a fait son père officiel, Auguste Comte
[24] » : « Saint-Simon joue le rôle d’un Jean-Baptiste par rapport à la sociologie moderne. Sous un certain aspect, ses ouvrages la contiennent tout entière, mais seulement en germe. C’est pourquoi, si l’on ne réussit pas à saisir le sens exact de ses allusions et si l’on exige de Saint-Simon des réponses trop précises sur des questions qui ne sont pas au centre de son intérêt, on se sent facilement déçu
[25]. » À l’instar de Durkheim, c’est d’ailleurs bien Saint-Simon qui éveille l’intérêt de Gurvitch et non les saint-simoniens qu’il accuse d’avoir contribué à faire dévier la doctrine du côté de l’utopie ou, pire, de l’excentricité. Le génie de Saint-Simon tient à sa situation historique le rendant tout à la fois insatisfait de l’individualisme révolutionnaire qui mine tout effort collectif et peu prêt à admettre l’existence d’un ordre transcendant – à la recherche duquel étaient partis ses contemporains, Bonald ou Chateaubriand – susceptible de remédier à l’anomie léguée par la Révolution. Ce qui retient le sociologue Gurvitch, c’est la mise en évidence par Saint-Simon d’une société « en acte ». Et, comme Durkheim encore, c’est le
Mémoire sur la Science de l’homme qui le retient tout particulièrement. Il y puise ses citations les plus efficaces, parfois communes d’ailleurs avec celles de Durkheim.
Georges Gurvitch
Coll. Société des Amis du Centre d’études sociologiques.
La bonne réputation de Saint-Simon élaborée par Durkheim eut-elle quelque écho au sein d’un Parti socialiste, très enclin, semble-t-il, à se dire alors redevable à une histoire intellectuelle plus récente, jonglant davantage avec Marx et Proudhon, mais aussi avec quelques grands républicains ou avec des socialistes de la seconde moitié du siècle, qu’avec ceux qui les avaient précédés et dont les termes et les visées pouvaient paraître désormais étrangers aux exigences du monde contemporain ? Autour de Jaurès, politiquement proche de lui, on peut repérer dans les premières années du siècle un petit groupe de disciples de Durkheim
[26] qui fut sans doute en mesure de souligner tout l’intérêt qu’il y avait à lire ou à relire ces « utopistes » encore si discrédités. Marcel Mauss se compte parmi eux. Beaucoup plus engagé que son oncle, au grand dam de ce dernier qui ne cessa jamais de le presser à donner toujours la priorité à ses études savantes, Mauss eut à plusieurs reprises l’occasion de reprendre les thèses de Durkheim à l’intérieur de la presse socialiste. Il fit en quelques articles une espèce de publicité saint-simonienne. C’est aussi lui, comme on le sait, qui présenta au public les leçons que Durkheim avait consacrées au socialisme et à Saint-Simon en préfaçant l’ouvrage posthume de 1928.
Dans un article de la revue
Le Mouvement socialiste publié en octobre 1899, Mauss attribue à Saint-Simon la première formulation du système socialiste présenté comme « système de l’action sociale ». Dans un chapitre inédit d’un ouvrage qu’il préparait sur la nation (1920), il revient sur cette idée : « C’est Saint-Simon qui est le vrai fondateur du socialisme, et qui de 1803 à 1819 en fut l’infatigable et souvent génial initiateur
[27] ». Ce qui put longtemps, et peut toujours d’ailleurs, paraître discutable ne l’était plus. L’œuvre de Saint-Simon faisait bel et bien partie du patrimoine culturel des socialistes. Et ce socialisme-là est, selon Mauss, à distinguer de celui des « socialistes utopiques » propre à toute une série de penseurs « petits-bourgeois » parmi lesquels Mauss classe sans distinction Louis Blanc, Pierre-Joseph Proudhon, Charles Fourier et ses disciples mais aussi les Cabet, Reybaud, Pierre Leroux et tous les disciples d’Owen. Marx avait eu tort de n’avoir pas su marquer la différence entre Saint-Simon et tous ceux qui le suivirent : « Il est, de la part de Marx, souverainement injuste de n’avoir pas rendu hommage à la profondeur scientifique des vues de Saint-Simon sur l’histoire économique, les liens qu’il soutient avec la politique et le droit. Saint-Simon n’est pas qu’à l’origine du socialisme ; il est un fondateur de la philosophie positive et de la science positive des faits sociaux
[28]. » Immédiatement après le Congrès de Tours, en janvier 1921, contre ceux qui s’en sont allés de la SFIO, plus fidèles aux écrits de Marx qu’à ceux de Saint-Simon, Mauss lance dans la revue
La Vie socialiste : « Nous resterons entre nous dans la virile et glorieuse maison du socialisme français, celle de Saint-Simon, de Proudhon, de Blanqui, de Guesde, de Vaillant, de Jaurès, de Pressensé
[29]. » Ces auteurs se présentent comme autant d’indicateurs idéologiques. Le relèvement de Saint-Simon avait été tenté contre les percées du marxisme sensibles depuis les années 1880. La stratégie intellectuelle se dégage nettement dans ce moment de tension où la rupture politique est en corrélation avec une rupture intellectuelle. L’opposition classique que Durkheim avait établie entre socialisme et communisme trouvait soudain une traduction politique.
On n’a sans doute pas assez souligné le travail théorique fourni par la sociologie durkheimienne à la construction doctrinale du socialisme français. Les historiens se sont davantage penchés sur les apports du marxisme, tout en en critiquant souvent d’ailleurs le manque de saveur. L’hégémonie idéologique de Marx sur le socialisme et le communisme français a ainsi masqué une forte tentative intellectuelle élaborée à partir de la sociologie de Durkheim et de ses principaux disciples au tournant des XIXe et XXe siècles. La destruction d’une partie de cette brillante école pendant le Première Guerre mondiale – la disparition notamment de l’un de ses plus beaux esprits en la personne de Robert Hertz, tué en avril 1915 – et le triomphe du bolchevisme en Russie ont contribué à annihiler cet effort. Après guerre, Marcel Mauss resta presque le seul à tenter de contrer le marxisme par les armes d’une sociologie utile à la conduite d’une politique de réforme sociale. Les relais lui manquèrent mais il serait dommageable d’oublier sa courageuse obstination.
â—†
[1]
Parmi bien des références possibles concernant ce type d’approche, on pourra se reporter à Roger Chartier,
Au bord de la falaise. L’histoire entre certitudes et inquiétude, Paris, Albin Michel, 1998 ;
Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, 12, 1994, « Ce que le lecteur fait de l’œuvre » ;
Cahiers du Centre de recherches historiques, EHESS, 2003, « Approches d’histoire culturelles ».
[2]
Cf. Paul Bénichou,
Le Temps des prophètes. Doctrines de l’âge romantique, Paris, Gallimard, 1977.
[3]
Steven Lukes,
Émile Durkheim. His Life and Work : A Historical and Critical Study, Allen Lane, 1973.
[4]
Marcel Mauss, « Introduction » à Émile Durkheim,
Le Socialisme. Sa définition. Ses débuts. La doctrine saint-simonienne, Paris, PUF, 1928, réédition Retz-CEPL, 1978, avec une préface d’Annie Kriegel, p. 19.
[5]
Par exemple dans la série d’articles consacrée à « L’organisation socialiste », thème saint-simonien s’il en est, publiée dans
La Revue socialiste, dans laquelle Jaurès évoque
La Division du Travail de Durkheim (« Esquisse provisoire de l’Organisation industrielle »,
Revue socialiste, août 1895).
[6]
Sur la problématique des relations entre science et politique, se reporter à Vincent Duclert, « L’engagement scientifique et l’intellectuel démocratique. Le sens de l’affaire Dreyfus »,
Politix, 48, 1999.
[7]
Émile Durkheim,
Le socialisme…,
op.cit., pp. 25-26.
[8]
Ibid., pp. 35-36.
[9]
Ibid., p. 42.
[10]
Ibid., p. 38. Cf. Christophe Prochasson,
Les Intellectuels et le socialisme, XIXe-XXe siècles, Paris, Plon, 1997.
[11]
Pour une comparaison utile, de ce point de vue, avec Fourier, se reporter à Pierre Mercklé,
Le Socialisme, l’utopie ou la science ? La « science sociale » de Charles Fourier et les expérimentations sociales de l’École sociétaire au XIXe siècle, thèse pour le doctorat de sociologie, sous la direction de Yves Grafmeyer, Université de Lyon 2, 2001.
[12]
Émile Durkheim,
Lettres à Marcel Mauss, présentées par Philippe Besnard et Marcel Fournier, Paris, PUF, 1998, p. 259.
[13]
Émile Durkheim,
Le socialisme…,
op. cit., p. 116.
[15]
Ibid., p. 207. Et il poursuit : « les germes de la méthode qui, avec Augustin Thierry, élève de Saint-Simon, et tous les grands historiens qui ont suivi, devait renouveler la science historique ; de la philosophie positive à laquelle Comte, autre élève de Saint-Simon, devait attacher son nom et qui est en somme la plus grande nouveauté philosophique de notre temps ; du socialisme qui s’y présente déjà sous les formes les plus caractérisées ; enfin de ces aspirations à une rénovation religieuse qui, malgré des périodes d’assoupissement, ne sont jamais restées complètement étrangères à l’esprit du siècle. »
[19]
Citée par M. Ferraz,
Socialisme. Naturalisme et positivisme.
Saint-Simon. Charles Fourier. M. Louis Blanc. Pierre Leroux. Jean Reynaud. Gall. Broussais. Auguste Comte. Littré. Proudhon, etc., Paris, Librairie Académique Didier, «Histoire de la philosophie en France au XIX
e siècle», 1882, pp. 14-15.
[20]
Maxime Leroy,
Le Socialisme des Producteurs. Henri de Saint-Simon, Paris, Marcel Rivière, «Bibliothèque d’Information sociale», 1924, p. 91.
[21]
Émile Durkheim,
Le socialisme…,
op. cit., pp. 210-211.
[23]
Marcel Mauss, « Saint-Simon et la sociologie »,
Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieure, 10 mai 1925, reproduit dans Marcel Mauss,
Écrits politiques, Textes réunis par Marcel Fournier, Paris, Fayard, 1997, p. 727.
[24]
Georges Gurvitch,
Les Fondateurs français de la sociologie contemporaine : Saint-Simon et P.-J. Proudhon, Paris, Centre de Documentation Universitaire, 1955, p. 7.
[26]
Cf. Christophe Prochasson, « Entre science et action sociale : le “ réseau Albert Thomas ” et le socialisme normalien, 1900-1914 » dans Christian Topalov (dir.),
Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, éditions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, 1999, pp. 141-158.
[27]
Marcel Mauss, « Les idées socialistes. Le principe de la nationalisation » dans Marcel Mauss,
Écrits politiques,
op.cit, p. 251.
[29]
Marcel Mauss, « Lettre de province. Effet de la scission »,
La Vie socialiste, 8 janvier 1921, reproduit dans
ibid., p. 373.