2004
Archives juives
Εditorial
Andre Kaspi
Les dossiers que publient Archives Juives sont parfois classiques. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne renouvellent pas notre connaissance et qu’ils ne suscitent pas notre curiosité. Bien au contraire. Mais certains sujets sortent de l’ordinaire. Ils reposent sur une réflexion originale, sur des recherches peu fréquentes, sur des conclusions inattendues. C’est le cas du dossier que nous proposons sur l’espace mental et géographique des Juifs. Il est vrai que l’histoire des Juifs occupe une place prépondérante, voire obsédante. Nous ne cessons pas de nous interroger sur la succession des époques, sur les changements qu’a entraînés le passage des siècles, sur les bouleversements qui ont frappé, en bien ou en mal, les communautés juives. Dans une large mesure, c’est le temps qui domine notre réflexion. Au risque, comme nous le fait remarquer Y. H. Yerushalmi, de mettre en relief la division, voire l’hétérogénéité plutôt que l’unité et la communauté.
Cette fois-ci, c’est à l’espace, donc à la géographie que nous faisons appel. Non pas seulement les lieux que les Juifs ont habités et qui comportent leur spécificité, mais aussi les espaces imaginaires. En quoi se distinguent-ils des lieux et des espaces qu’occupent les autres ? Dans le même temps, une autre question surgit. Les espaces juifs ne sont nullement identiques. Au delà de leur diversité revient pourtant la même impression. Pourquoi devine-t-on la présence juive, avant même de rencontrer les habitants d’un quartier, d’un village ou d’une petite ville, et d’en découvrir les bâtiments ?
Voilà quelques-unes des questions, auxquelles répondent les études d’Aline Benain, d’Anne Zink, d’Évelyne Oliel-Grausz et de Georges Weill. Ce voyage merveilleux, minutieusement reconstitué, n’exclut pas la référence au temps. Il la complète, l’illustre et l’enrichit. De Bayonne à l’Alsace en passant par Paris, du Moyen Âge au siècle que nous venons à peine de quitter, nos auteurs nous dépaysent et, dans le même temps, nous font prendre conscience de ce qui fut, des racines elles-mêmes qui éclairent l’histoire des Juifs de France. Somme toute, la représentation des mondes juifs est plus complète, plus saisissante lorsqu’elle repose sur l’histoire et la géographie, avec tous les ingrédients culturels que supposent l’une et l’autre de ces aires intellectuelles.
Ce numéro d’Archives Juives nous livre d’autres richesses. Comme d’habitude, nous donnons une large place aux Mélanges et aux notices biographiques qui entreront dans un dictionnaire à venir. Et quel que soit le domaine de la recherche, nous entendons réserver une place importante aux jeunes chercheurs. Nous leur offrons la possibilité de publier leurs travaux aux côtés de chercheurs chevronnés. C’est un grand avantage pour les uns et pour les autres. C’est aussi ce qui fait la spécificité de notre revue. Oserais-je ajouter que c’est ce qui en fait l’une des qualités principales ? Il y a aujourd’hui, tout particulièrement dans le domaine des études juives, une vitalité, une originalité qui témoignent de leur dynamisme et de leur renouvellement.