Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694188
144 pages

p. 4 à 6
doi: en cours

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Dossier : L'affaire Finaly : pistes nouvelles

Volume 37 2004/2

2004 Archives juives Dossier : L’affaire Finaly : pistes nouvelles

Introduction

Catherine Poujol Catherine Poujol a publié Aimé Pallière, itinéraire d’un chrétien dans le judaïsme, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, et prépare un ouvrage sur l’affaire Finaly.
Les enfants Finaly visitant une étable du kibboutz de Nevé Ilan, prés de Jérusalem en 1953IMGIMGLes enfants Finaly visitant une étable du kibboutz...IMGIMF
Arch. Centre de documentation juive contemporaine, Paris.
Ce dossier sur l’affaire des enfants Finaly répond à une opportunité : de nombreuses archives sont devenues accessibles en 2003, exactement cinquante ans après l’évènement. Leur ouverture a permis de découvrir de nombreux champs de recherche peu visibles jusqu’à ce jour et de dépasser le seul affrontement Église / Synagogue, qui en a constitué jusqu’à présent la lecture traditionnelle, faute de sources. Que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah soit ici remerciée non seulement pour le soutien qu’elle a bien voulu m’apporter dans la préparation d’un ouvrage complet sur ce sujet, mais pour m’avoir permis de constituer ce dossier préparatoire avec l’aide de divers spécialistes sollicités dans leurs champs de compétences particuliers. La lecture des articles qui vont suivre montre l’intérêt de la démarche.
On a jugé indispensable de débuter par une chronologie détaillée ; le lecteur s’y reportera facilement ; elle permet aux auteurs d’éviter de trop fréquents rappels factuels ; elle remet en mémoire les méandres de cette affaire célèbre concernant deux petits Juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale, convertis au catholicisme par leur tutrice en 1948 bien que réclamés dès 1945 par leur famille installée en Israël.
L’affaire éclate publiquement et trouve sa solution entre janvier et juillet 1953, mais on constatera qu’elle a débuté bien plus tôt. En la situant dans son véritable contexte, celui de l’immédiat après-guerre, Katy Hazan pose en général le problème de la récupération des enfants juifs placés chez des chrétiens (familles, nourrices ou institutions). L’ardeur combative mise par les institutions juives à les retrouver est ici soulignée, ainsi que les dissensions internes qui handicapent cette action.
Alors qu’avec la création du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF), le judaïsme français, dont la dimension se voulait naguère strictement confessionnelle, semblait vouloir adopter une définition politique nouvelle, cette affaire est pour le grand rabbin Kaplan l’occasion d’imposer sa médiation à l’Église catholique et de prendre en main les rênes de la négociation. Il a su fédérer autour de lui les diverses associations juives, surveiller la presse juive et diriger dans l’ombre la partie serrée qui se jouait pour retrouver les enfants. Ses archives privées déposées au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) révèlent l’importance de son rôle de négociateur, de guide et de porte parole. Sa correspondance, particulièrement précieuse, est la source principale de l’article que je lui consacre.
Mais, homme de droite, il ne lit et ne conserve pour ainsi dire que les articles du Figaro. Il restait donc à interroger L’Aurore et Le Populaire, mais dans le champ offert par la presse de gauche, il a paru plus intéressant de demander à Chantal Thoinet, spécialiste des anticléricaux et de la libre-pensée, de dépouiller ces journaux militants, souvent outranciers, que sont La Calotte ou Le Canard enchaîné. Les caricatures qu’on y découvre surprennent par leur férocité tout en permettant de mesurer à quel point la Quatrième République était en déliquescence en ce début des années 1950.
Renée Dray-Bensousan a privilégié, elle, dans la presse de province celle de Marseille car l’affaire concerne particulièrement cette ville scandalisée par l’arrestation de nombreux religieux qui y sont bien connus. Elle nous propose sa lecture du Méridional-La France (démocrate chrétien), du Provençal (dirigé par le socialiste Gaston Defferre) et de la communiste Marseillaise, tout en soulignant l’activisme d’une poignée de notabilités juives locales.
Si le régime en place est incapable de faire appliquer les décisions de justice, c’est aussi que les gesticulations de la diplomatie française se heurtent d’un côté à l’indépendance des prêtres basques et de l’autre au veto de Franco qui refuse de rendre les enfants qu’il considère comme des réfugiés politiques. Anne Dulphy s’est essayé, à travers les archives du Quai d’Orsay, ouvertes sur dérogation, de démêler les enjeux et les forces en présence d’une affaire qui fut aussi, on l’oublie bien souvent, franco-espagnole. On constatera cependant que les sources officielles révèlent peu de choses des tractations officieuses pourtant fort actives qui se déroulent en parallèle. L’Église et ses membres, organisation internationale, utilise en effet pour négocier des voies différentes de celles des États, voies que les diplomaties des pays concernés ignorent.
De nombreux points, sans doute attendus, ne sont pas abordés dans le dossier : certes on aurait pu étudier la presse chrétienne (Esprit, Réforme, Études), comme les articles de François Mauriac qui font débat, ou, dans l’autre camp, la presse antisémite ; de l’antisionisme qui affleure à la faveur de la polémique, on ne trouvera que des mentions éparses. Presque toute la presse non-juive s’interroge pourtant sur ce mode : Que veut le jeune État d’Israël, à peine créé ? Récupérer tous les enfants juifs et les envoyer au kibboutz ? De quel droit ! Et quel manque de reconnaissance pour les chrétiens qui les ont sauvés ! Peu de chose aussi dans les pages qui suivent sur la réactivation du réseau de résistants catholiques qui s’est employé à remonter les maillons de la filière des religieux organisateurs du rapt des enfants vers l’Espagne : Germaine Ribière, le père Chaillet, le père Braun… Quid du cardinal Gerlier et des prélats du Vatican ? Enfin, gros problème que nous avons laissé en suspens, quel est le degré d’implication de l’ordre de Notre-Dame de Sion ? Individuel ou collectif ?
C’est qu’il n’est pas encore temps de creuser ce sujet qui demande plus de recul. Les religieuses viennent tout juste du reste de m’autoriser, pour la première fois, l’accès de leurs archives. Aussi ai-je préféré placer la lorgnette sur des sujets moins rebattus, moins religieux, moins judéo-chrétiens, et montrer plus largement l’affaire des enfants Finaly comme un révélateur du sort des enfants juifs cachés, convertis ou non au christianisme, ainsi que des affrontements politico-religieux d’une France qui se vivait comme écartelée, illustrant bien l’expression du général de Gaulle : « La République est laïque, la France est chrétienne [1]. »
 
NOTES
 
[1]Du général de Gaulle au cardinal Grente, 17 septembre I958, cité par Émile Poulat, Notre laïcité publique, Paris, Berg international, p. 15.
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Du général de Gaulle au cardinal Grente, 17 septembre I958,...
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Les enfants Finaly visitant une étable du kibboutz de Nevé Ilan, prés de Jérusalem en 1953