Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694218
144 pages

p. 3 à 3
doi: en cours

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Volume 39 2006/1

2006 Archives juives

Éditorial

Catherine Nicault Catherine NICAULT, professeur à l’université de Reims et rédactrice en chef d’Archives Juives, est spécialiste de l’histoire des relations internationales et des Juifs au XXe siècle. Elle a notamment publié La France et le sionisme 1897-1948. Une rencontre manquée ? (1992), et Jérusalem 1850-1948 (Autrement, 1999).
Fidèles à notre volonté de varier autant que possible les approches, nous proposons un dossier sur le « réveil juif » des années 1920, autant dire un dossier d’histoire culturelle, au sens large que donnent aujourd’hui à ce terme les spécialistes. Un sujet qui, pour avoir été abondamment traité en ce qui concerne l’Allemagne de Weimar, reste peu exploré dans le cadre français, en attendant la thèse de Catherine Fhima et la publication de celle de Nadia Malinovich qui nous a fait l’amitié de coordonner l’ensemble.
Loin de se borner à dégager les seules représentations véhiculées par ces créations, les articles sur la littérature « juive », le théâtre « juif », l’art pictural « juif » mettent ainsi l’accent sur les conditions de leur production, en particulier les réseaux littéraires et artistiques comme les débats internes et externes qui agitent public et critiques, et surtout les conditions, particulièrement instructives, de leur réception. On s’est bien gardé, en outre, de dissocier ce phénomène du contexte historique, politique, identitaire dans lequel il baigne, notamment la bulle d’optimisme que constituent ces années entre les horreurs de la Première Guerre mondiale et les désastres en série des années trente, le déclin de l’antisémitisme et les progrès du sionisme, certes librement interprété dans un sens universaliste, mais également affirmation confiante d’une spécificité identitaire dans la sphère publique. Nous parions que cette lecture bousculera quelques idées reçues sur le manque de vitalité et la « discrétion » des israélites français, même si le « réveil juif » y reste modeste comparé à celui dont l’Allemagne est alors le théâtre.
Cet ensemble d’études rompt enfin avec l’habitude, peu pertinente parfois, de mettre l’accent dans la périodisation de l’histoire contemporaine des Juifs de France sur un « entre-deux-guerres » qui finit par être teinté en son entier par les sombres années trente, annonciatrices de la catastrophe. Plus sans doute que pour leurs concitoyens, les années vingt furent pour les Juifs de France une – courte – période faste, dans la mesure où, outre les perspectives de paix que l’on croit assurées, ils purent croire en la disparition de l’antisémitisme tout en se réjouissant – quelques Cassandre mises à part – de l’intérêt soulevé dans l’espace public par la condition et les valeurs juives plus que jamais parées d’une portée universelle. Reste, malgré tout, qu’interroger en profondeur cette « renaissance juive », c’est découvrir aussi des ambigüités, voire des manipulations inquiétantes qui invitent à moduler le constat du déclin de l’antisémitisme.
Par ailleurs, le reste de cette livraison présente les rubriques habituelles – Mélanges, Dictionnaire etc. – à l’exclusion de celle intitulée selon les cas « Archives » ou « Recherches », sacrifiée exceptionnellement pour laisser un peu plus de place aux varia, un élément de diversité très apprécié par nos lecteurs. Nous aimerions en tout cas que ceux-ci trouvent autant de plaisir à découvrir que notre équipe à composer ce numéro où, une fois n’est pas coutume, l’Histoire échappe, quelques années durant, au tragique.
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