Archives Juives
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694226
144 pages

p. 3 à 3
doi: en cours

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Volume 39 2006/2

2006 Archives juives

Éditorial

André Kaspi
Casquettiers, marchands de tissus, tailleurs, maroquiniers, voilà quelques-uns des métiers qui ont fait vivre les Juifs immigrés en France dans la première moitié du xxe siècle. Est-ce pour autant des activités spécifiquement juives ? Certainement pas. L’histoire de la France et des autres nations, qu’elles soient européennes ou non, montre que les nouveaux venus ont souvent exercé ces métiers, qu’ils y ont puisé d’indispensables moyens de subsistance, qu’ils ont ainsi engagé leur marche vers l’intégration. Dans la plupart des cas, ils n’ont pas construit de grosses fortunes, du moins pour la première génération.
Bien entendu, tous les Juifs n’étaient pas des artisans. Mais dans certains secteurs, la présence juive était forte. Elle a servi de prétexte à un renforcement de l’antisémitisme. Avant même que le régime de Vichy ne prenne les mesures discriminatoires qui annoncent et facilitent la Shoah, une concurrence exacerbée, une propagande aussi efficace que mensongère alimentent le débat : les Juifs ne sont-ils pas trop nombreux dans les métiers du vêtement et de la mode ? N’ont-ils pas arraché aux « vrais Français » leur travail, leurs revenus, leur mode de vie ? Ne contribuent-ils pas à « enjuiver » des secteurs entiers de l’activité économique ?
Archives juives fait le point. De jeunes historiens ont dépouillé les archives, interrogé les derniers témoins, parcouru la presse pour savoir ce qu’il en était. Au fil de la lecture, on découvre un monde hétérogène, dynamique, survivant tant bien que mal tandis que la France plonge dans la crise des années trente. Voilà pour la période de l’entre-deux-guerres. Mais notre enquête ne s’arrête pas en 1940. Elle met au jour les effets de la spoliation telle qu’elle a été définie et pratiquée par Vichy et l’Occupant. Elle se poursuit après la Libération, avec la reconstruction de l’artisanat juif à laquelle l’ORT participe activement. Elle aborde la période la plus contemporaine en soulignant les transformations et les innovations des années soixante. La métamorphose est parfois impressionnante. Peut-on comparer, par exemple, l’atelier de confection dans lequel travaillent trois ou quatre tailleurs avec les maisons de renommée internationale qui ont pour nom Sonia Rykiel, Ted Lapidus ou Daniel Hechter ?
C’est dire combien le dossier est riche, nouveau et instructif sur les processus de l’intégration. Là ne s’arrête pas l’originalité du présent numéro. Les mélanges portent sur les écoles primaires en Alsace au xixe siècle, sur la campagne antisémite de 1932 dans L’Ami du Peuple, sur le rapport des Juifs français à Israël dans la seconde moitié du xxe siècle. À cela s’ajoutent la rubrique des notices biographiques, des comptes rendus de lecture nombreux et des informations.
La diversité, la qualité des analyses font de notre revue un instrument de travail indispensable pour celles et ceux qui cherchent à mieux connaître l’histoire des Juifs de France. Bien des ouvrages ne manquent pas de faire référence à notre revue et de citer certains de nos travaux. Et puis, il faut le répéter, la liste des thèmes que nous avons traités est impressionnante. Nous avons en préparation des dossiers d’un intérêt comparable. Oui, Archives juives a pris sa place parmi les revues d’histoire. Nous entendons la conserver. Nous poursuivrons nos efforts pour faire encore mieux.
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