2007
Archives juives
Éditorial
Editorial
André Kaspi
Le présent numéro d’Archives juives est consacré au judaïsme libéral. Voilà qui mérite des explications. Notre revue ne nourrit pas l’ambition de prendre une place privilégiée dans l’histoire religieuse. Mais il est évident que l’histoire religieuse fait partie de l’histoire tout court. On passerait à côté de l’essentiel de l’histoire des Juifs de France, si nous tenions pour négligeables les croyances, les pratiques et les courants qui ont marqué le xixe et le xxe siècle. Notre démarche témoigne de notre fidélité à notre mission : livrer les résultats des recherches les plus récentes sur notre passé.
Le judaïsme libéral a de quoi susciter l’intérêt des historiens. Il rappelle, s’il en était besoin, que le judaïsme n’est pas monolithique, qu’il n’est pas défini, une fois pour toutes, par une autorité centrale qui imposerait ses vues et réprimerait les dissidences. Ce mouvement traverse les frontières. Né en Allemagne à la fin du xviiie siècle, il franchit l’Atlantique pour devenir une force principale aux États-Unis. On le retrouve en Europe, notamment en France. Minoritaire sans doute, il prend racine, suscite à son tour une contestation, tantôt rigoriste, tantôt laxiste, ne laisse en tout cas indifférent aucun Juif. Il est au cÅ“ur de la réflexion sur la modernité. Pour certains, il offre aux Juifs la voie la plus courte, la plus indispensable pour entrer de plain-pied dans la société qui les accueille. Pour d’autres, il fait perdre aux Juifs l’essentiel, le respect des traditions les plus profondément établies, l’obéissance à la Halakha. Il ne nous appartient pas de trancher, du moins dans le cadre d’une revue consacrée à l’histoire. Notre rôle est de montrer les enjeux du débat. Et ce qui frappe l’observateur, c’est que le débat ne se limite pas à une période courte. Il se prolonge au-delà de la Seconde Guerre mondiale, au point qu’aujourd’hui encore, nous n’avons pas fini de l’affronter.
Comme d’habitude, nous ajoutons au dossier principal les rubriques qui touchent à d’autres sujets et à d’autres périodes. Outre le dictionnaire dont nous poursuivons l’élaboration et la publication, nous avons rassemblé plusieurs articles sur la place des Juifs dans la France contemporaine. Des années trente aux années soixante du vingtième siècle, des études, fort intéressantes, nous éclairent sur la personnalité de René Cassin, gaulliste de la première heure, président de l’Alliance israélite universelle, sur l’antisémitisme de l’avant-guerre, sur le deuxième commissaire général aux questions juives, Louis Darquier de Pellepoix. Un document nouveau nous éclaire sur les relations, complexes et souvent incomprises, entre de Gaulle et les Juifs.
Bref, Archives juives propose à ses lecteurs un numéro riche par son originalité et sa diversité. La revue ouvre ses colonnes à des chercheurs confirmés et à d’autres qui ne le sont pas encore. Elle remplit son rôle. Nous souhaitons, bien entendu, que nos lecteurs nous fassent part de leurs réactions et de leurs suggestions, qu’ils nous indiquent éventuellement de nouvelles pistes. Que serait une revue qui refuserait le dialogue avec celles et ceux qui la lisent ?