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Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin

2010/1 (N° 31)

  • Pages : 206
  • Éditeur : IRICE


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Le 29 août 2005, l’ouragan Katrina [1]  Cet article est le compte rendu du mémoire réalisé... [1] de catégorie 3 s’abattait [2]  L’échelle de Saffir-Simpson, définie en 1969, offre... [2] sur les côtes américaines du nord du golfe du Mexique. Affectant cinq États, la Floride, la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama et la Géorgie, il y eut près de 1 800 morts, les dégâts ont été estimés à près de 81 milliards de dollars et environ 1,2 million de personnes furent déplacées [3]  Chiffres tirés de l’ouvrage de : Richard D. Knabb,... [3] . De plus, le passage de Katrina à l’est de la Nouvelle-Orléans provoqua une inondation de la ville à près de 80%.

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Mais cet événement est surtout remarquable par les défaillances qu’il a mises en lumière. Les autorités et les organismes chargés de secourir les victimes se sont révélés inefficaces et désorganisés. Plusieurs jours se sont écoulés avant que les opérations de sauvetage et d’évacuation ne débutent. Pendant cette période, les habitants se retrouvèrent démunis, sans eau potable, sans vivres et sans électricité, avec des forces de l’ordre trop peu nombreuses. Des violences éclatèrent, monopolisant les équipes d’intervention. Les premiers soins ne pouvant être assurés, le nombre de morts augmenta dramatiquement. Face à ce constat d’échec, l’événement prit une autre tournure et des crises de plusieurs types se sont succédé : perturbations économiques inquiétantes ; remises en question sociale et dégâts écologiques ; critiques politiques dans lesquelles l’image du gouvernement fédéral, du président des États-Unis, George W. Bush, et de son administration a été sérieusement entachée.

Même si les analyses sur l’ouragan Katrina ont été nombreuses, celles qui se sont spécifiquement intéressées au traitement de ce drame fait par la presse ont été plus rares – ce qui est l’objet de nos recherches. L’intérêt de ce travail s’est fondé également sur les caractéristiques du regard français porté sur les États-Unis et les Américains. Ceux-ci étant « mal connus, mal aimés, mal compris » [4]  André Kaspi, Les États-Unis d’aujourd’hui : mal connus,... [4] , une analyse de la presse par un regard événementiel a permis une observation des considérations et des perceptions nationales. L’idée centrale a été de comprendre comment la catastrophe et ses conséquences ont été présentées dans la presse. Quels discours ont été employés pour transmettre l’information ? Quelles représentations collectives peut-on déduire de ceci ?

Un événement inscrit dans une pluralité de contextes

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Il a d’abord été nécessaire de replacer l’événement dans les différents contextes auxquels il se rattache. Étudier un événement à travers le regard de la presse nécessite de le positionner dans le cadre de l’histoire des médias. Le secteur de l’information et de l’audio-visuel est très lucratif aux États-Unis. La déréglementation mise en œuvre dans les années 1980 a favorisé la concentration des médias en de grands groupes. Cela a entraîné un certain nombre de conséquences sur les choix d’objectifs réalisés par les médias. Dans une recherche permanente du sensationnalisme, la violence a été mise en avant [5]  André Kaspi, François Durpaire, Hélène Harter, Adrien... [5] . Les médias entretiennent, depuis longtemps, une relation spécifique avec les organes du pouvoir. Entre les écoutes de Joseph McCarthy en 1954, l’opposition politique lors de la guerre du Vietnam, le Watergate en 1973 ou le rôle de la CIA dans les années 1980 en matière de restriction de libertés, les médias – et la presse en particulier – ont véritablement joué un rôle de quatrième pouvoir. En dénonçant des pratiques politiques jugées illégales ou en rupture avec les aspirations populaires, ils ont fait pression sur les gouvernements en place, ce qui mena à la démission de Richard Nixon en 1974. Aussi, dans la semaine qui a suivi le passage de Katrina, la presse a-t-elle tenu un rôle déterminant comme relais d’informations, d’images et de témoignages, mais également ensuite comme moyen d’expression des critiques et des demandes d’explications.

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L’histoire des États-Unis a connu nombre de catastrophes humaines et naturelles. Qu’il s’agisse d’attentats ou de désastres naturels, les antécédents sont nombreux sur ce territoire. Récemment, le 11 septembre a été une étape considérable dans l’histoire américaine, mais il y eut, auparavant, d’autres attentats terroristes, comme celui de 1995 en Oklahoma. En termes de catastrophes naturelles, l’histoire américaine est indissociable des ouragans qui s’abattent régulièrement au sud, et de la faille de San Andrea qui menace une partie de la Californie en permanence. La Louisiane a connu également de lourdes catastrophes, entre les crues du Mississippi en 1927 et les cyclones, dont Betsy en 1965. Katrina est donc venu s’inscrire dans cette veine de désastres.

Toutefois, une approche particulière – urbaine – est à prendre en compte pour la Nouvelle-Orléans. Ville multiculturelle qui a vu cohabiter des Français, des Anglo-Américains, des Espagnols, des Caribéens et des Noirs, esclaves et libres, ville qui a vu naître le Jazz, ville portuaire de rang international, la Nouvelle-Orléans a conservé une diversité culturelle et ethnique ainsi que des vestiges architecturaux uniques. Elle fut également le lieu de la débauche et du vice [6]  Kevin Lamour, Katrina et la Nouvelle-Orléans : autopsie... [6] , dans laquelle des Américains allaient consommer de l’alcool dans les rues de Bourbon Street. C’est l’endroit des États-Unis qui enregistre encore l’un des plus hauts taux de criminalité, de corruption, de familles monoparentales et de pauvres. La détresse financière et sociale des Africains américains y a toujours été frappante – ils constituent d’ailleurs une part importante de la population. Katrina s’est donc déployé sur un terrain déjà « dévasté », socialement, ce que n’a pas manqué de souligner la presse.

Difficultés de définitions

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Pour mener notre étude, il n’était pas question, évidemment, de faire une analyse de tous les périodiques américains et français, mais bien d’en sélectionner certains, selon trois critères déterminants. Le premier – ne relevant pas d’un choix méthodologique –, a été celui de la disponibilité des sources. Le second a concerné l’audience – qui donne du poids aux discours tenus. Le dernier critère correspondait à une volonté d’obtenir une représentation la plus large possible des opinions et des discours nationaux et régionaux. Aux États-Unis, nous avons retenu le New York Times, avec 3 752 000 de lecteurs [7]  Données tirées du site Scarborough.com, http://www.scarborough.com/press_releases/Scarborough%20Newspaper%20Audience%20Ratings%20Report%20FINAL%20April%202007%20links.pdf,... [7] , second quotidien en termes de tirages, et le Time, premier des hebdomadaires, avec environ 4 026 000 lecteurs par semaine en 2004 [8]  Données issues du site journalism.org, [consulté le... [8] . Le New York Times n’est pas le journal le plus distribué aux États-Unis, mais il présente l’intérêt d’offrir des analyses approfondies, assurant une importante base pour notre étude. Il convenait également d’étudier le Times-Picayune, journal local de Louisiane qui rythme davantage le quotidien des Louisianais. D’une part, les journalistes de ce périodique ont fait, bien avant Katrina, des travaux sérieux sur le risque encouru par la région en matière de cyclone et d’inondations. Malgré les dommages de leurs locaux lors de l’ouragan, ils ont continué à faire paraître les éditions par le biais d’internet. D’autre part, la ligne éditoriale et la démarche des journalistes ont présenté un certain nombre de caractéristiques qui n’ont pas été développées par les autres périodiques. En France, on peut distinguer deux grands hebdomadaires d’information nationaux : l’Express et le Nouvel Observateur [9]  Données du site audipresse.fr, [consulté le 23 novembre... [9] , dont les lignes éditoriales sont sensiblement différentes. Notre choix s’est porté sur le second, qui propose des opinions plus affirmées. En ce qui concerne les quotidiens, nous avons retenu Le Monde, avec 1 851 000 lecteurs par jour, Le Figaro, avec 1 186 000 lecteurs et Libération, avec 801 000 lecteurs. Ces quotidiens répondaient à une diffusion plus faible que les quotidiens régionaux comme Ouest France [10]  2 308 000 lecteurs par jour pour l’année 2006, données... [10] , mais ils proposaient des points de vue variés, plus appuyés, permettant donc des analyses davantage étoffées.

Le cyclone Katrina a frappé l’est du golfe du Mexique. Les États qui ont connu des dommages sont la Floride, la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama et la Georgie. La Nouvelle-Orléans, pour de nombreuses raisons, a été particulièrement touchée par le cyclone et a été la cible principale du traitement médiatique. Cette étude a donc essentiellement porté sur la Louisiane et, plus précisément, sur la ville de la Nouvelle-Orléans et la paroisse d’Orleans. Par ailleurs, Katrina a heurté les côtes américaines le 29 août 2005, ce point de départ a donc été retenu. La date du 6 septembre 2005 – comme date limite de cette étude – m’est apparue légitime à divers niveaux. Les corps exécutifs et législatifs demandaient la mise en place de commissions d’enquêtes séparées quant à la réponse fédérale proposée. Les opérations de pompage de la Nouvelle-Orléans commençaient. Les rues étaient déclarées officiellement sécurisées et le maire, Ray Nagin, autorisait les expulsions obligatoires [11]  Expression traduite de l’américain « mandatory evacuation... [11] . Enfin, le Congrès s’apprêtait à débloquer des fonds supplémentaires pour venir en aide aux victimes [12]  Chronologie tirée de brookings.edu, [consulté le 27... [12] . En ce qui concerne les hebdomadaires, les articles dépouillés ont été ceux de la première parution après l’ouragan, le 12 septembre 2005 pour le Time, le 8 septembre 2005 pour le Nouvel Observateur. Cependant, indiquer une date de fin pour un désastre comme Katrina, se révèle être une tâche bien délicate, car cet événement continue de faire l’objet d’une couverture médiatique, en raison des problèmes liés à la reconstruction ou à l’hébergement des personnes déplacées. Nous nous sommes donc également intéressés aux trois anniversaires de commémoration de l’ouragan, en 2006, 2007 et 2008.

Références et principes de travail

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Ce travail s’est fondé sur des ouvrages de référence afin d’appréhender les différents contextes dans lesquels s’est inscrit cet événement. Ils peuvent être regroupés en six catégories : les médias, l’histoire contemporaine américaine, la société américaine, la géographie, les catastrophes naturelles et la gestion de Katrina. En ce qui concerne la gestion, l’on citera notamment The Journal of American History, dont le dossier « Through the Eyes of Katrina: The Past as Prologue? » [13]  The Journal of American History, « Through the Eyes... [13] traite de l’histoire de la Nouvelle-Orléans et de sa population [14]  Ary Kelman, « Boundaries Issues: Clarifying New Orleans’s... [14] . Dans une perspective organisationnelle, l’ouvrage de Sally Forman, Eye of the Storm. Inside the City Hall during Katrina [15]  Sally Forman, Eye of the Storm. Inside the City Hall... [15] , est particulièrement intéressant. Sally Forman était alors adjointe au maire de la Nouvelle-Orléans, Ray Nagin. Elle livre donc un témoignage unique à propos de la gestion de la crise, des rivalités entre le maire et la gouverneur de Louisiane, Kathleen Blanco. Dans sa revue Analyses of Social Issues and Public Policy [16]  Society for the Psychological Study of Social Issues,... [16] , la Société pour l’étude psychologique des questions sociales met l’accent sur les inégalités raciales de la Nouvelle-Orléans et leur manifestation lors de l’ouragan. Certains articles sont également consacrés à l’aide et à l’action des volontaires, aux médias et aux problèmes à venir issus de Katrina.

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D’autre part, dans le cadre de l’hypothèse raciale, Michael Dyson expose dans son livre Come Hell or High Water. Hurricane Katrina or the Color of Disaster [17]  Michael Dyson, Come Hell or High Water. Hurricane Katrina... [17] , les conséquences du cyclone comme étant un révélateur des inégalités ethniques qui divisent la ville. Il convient, enfin, de noter la qualité et la grande diversité des analyses proposées par le site Understanding Katrina [18]  Social Science Research Council, Understanding Katrina:... [18] . Celles-ci traitent des questions de vulnérabilité des populations et de la Nouvelle-Orléans, de la politique et de la gestion de la ville, des impulsions et des directions prises par l’administration Bush, de la charité et de l’aide, de la dépendance énergétique au pétrole, de l’environnement ou des questions d’ordre législatif. Afin de fixer des points de repères fiables en matière de chiffres ou de statistiques, cette étude s’est également fondée sur des rapports du Congrès [19]  U.S. House of Representatives, A Faillure of Initiative,... [19] et de l’État de Louisiane [20]  Terrell Dek, Bilbo Ryan (eds), A Report on the Impact... [20] .

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Ce mémoire s’est appuyé sur des méthodes d’analyse de sources qu’il convient de préciser. Obtenues à la Bibliothèque de Documentation internationale contemporaine, les données existaient dans un format numérique. La sélection a consisté à considérer tous les articles traitant de Katrina dans les sources et la période choisies. Cela a représenté une grande quantité d’articles, près de six cents. Pour chacun d’entre eux, un thème représentatif a été attribué, correspondant aux victimes, aux dégâts, aux aspects économiques, à l’aide ou aux crises. Ce classement peut présenter de nombreuses possibilités de critiques quant à la simplification qu’il implique, ou à la part d’arbitraire que supposent les choix de répartition. Cependant, il a permis de réaliser une base de données, et ainsi d’effectuer des analyses comparatives en matière thématique, de temps ou de lieu. De plus, la lisibilité sur les évolutions et les grandes tendances développées dans les sources en fut améliorée. Grâce à cette méthode, se sont révélés les choix éditoriaux et il est devenu possible d’avancer une analyse du traitement fait par la presse. Une fois ce travail réalisé, les articles ont été dépouillés dans le détail pour comprendre les spécificités qu’ils apportaient à ces tendances globales. Une seconde méthode a consisté à réaliser des recherches lexicométriques, assez simples, afin de comparer les sujets traités dans nos sources. À titre d’exemple, ce procédé a été employé particulièrement pour la recherche des responsabilités, après la catastrophe. Il apparaît que le quotidien Libération cite 52 fois le nom de « Bush » contre une fois celui de « Brown ». De la même façon, le quotidien le New York Times cite 229 fois « Bush » contre 68 fois pour « Brown » [21]  Il a été vérifié, pour chaque récurrence, la correspondance... [21] . Cette méthode a permis d’effectuer des comparaisons supplémentaires et d’avoir un point de repère fiable afin de présenter une analyse valable.

Comme l’expliquait Harold Lasswell dans Structures and Function of Communications en 1848 [22]  Daniel Royot, Les États-Unis, civilisation de la violence... [22] , les médias ont une triple vocation : « enregistrer les événements significatifs de l’environnement, analyser et interpréter l’information, et transmettre les valeurs communes de la société ». C’est cette conception du rôle de la presse que nous avons adopté. C’est pourquoi les sujets développés dans ce mémoire n’ont pas tous exclusivement eu trait à Katrina, mais ont concerné également ceux développés par nos sources. L’idée centrale a été de comprendre comment l’événement et ses conséquences ont été présentés dans la presse et quels discours ont été mis en place pour transmettre l’information.

Afin de réaliser cette étude, nous avons procédé en trois temps. Dans une première partie, nous nous sommes intéressés aux aspects tragiques des discours de la presse, le caractère apocalyptique des destructions, la situation humaine dans la Nouvelle-Orléans pendant la catastrophe, et les répercussions économiques. Dans une seconde partie, nous avons analysé les discours explicatifs développés dans nos sources, à savoir l’aménagement de la ville, les responsabilités politiques et les spécificités de la couverture médiatique de Katrina. Enfin, dans une troisième partie, nous avons étudié l’émotion suscitée par Katrina, les perspectives apportées par cet événement et l’apport du cyclone en matière de gestion des risques.

Quelques résultats

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Les discours développés par les périodiques ont très vite pris une tournure explicative. Ils se sont fondés sur des éléments scientifiques, aussi bien à travers des témoignages d’experts qu’à travers des rapports d’origine universitaire ou fédérale. Leur teneur s’est orientée sur des questions d’ordre géographique pour trouver les explications à l’ampleur des inondations de la Nouvelle-Orléans. Mais il a été question, également, des caractéristiques organisationnelles de l’État fédéral. Ces deux aspects – l’aménagement du territoire et l’organisation de la FEMA – ont fait l’objet de critiques, sévères aux États-Unis au niveau national, et plus superficielles en France et dans le Times-Picayune. Une ébauche des caractéristiques nationales et régionales s’est dessinée ; elle se précisa lorsqu’il s’est agi des remises en question politiques.

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Il est possible de distinguer plusieurs degrés d’incrimination des différents échelons de l’État. Même si elles sont restées limitées, les critiques formulées par les périodiques américains se sont davantage portées sur les élus locaux. En revanche, lors d’une sorte de chasse aux coupables, la tonalité accusatrice s’est faite plus forte et unanime à l’encontre de l’administration fédérale et des plus hauts représentants de l’État. Cette recherche a permis de révéler des erreurs de gestion des agences fédérales et de mettre en lumière les choix politiques faits sous les mandats de Bush. La presse française et le New York Times ont alors effectué une série d’observations et de condamnations contre l’équipe présidentielle – avec des attaques plus ciblées contre le président. Ces critiques se sont principalement focalisées sur ses réactions, ainsi que sur sa politique, intérieure et internationale, avec la guerre en Irak, thème qui semble avoir particulièrement inspiré les quotidiens français. L’ouragan Katrina s’est véritablement inscrit dans l’histoire, et représente désormais un palier dans l’évolution politique et mentale des États-Unis. Toutefois, cette entrée n’a pas concerné exclusivement la crise politique qui a secoué le pays, elle a été aussi déterminante pour le traitement médiatique des catastrophes naturelles relayé par la presse.

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Le traitement médiatique de l’ouragan Katrina a été de trois ordres. D’une part, la presse a particulièrement critiqué le président George W. Bush, sur ses déclarations et son attitude vis-à-vis des victimes. Cela a amené les journalistes à s’intéresser à certaines caractéristiques de sa personnalité : aux États-Unis, il a été présenté comme un homme indécis et faible, alors qu’en France, son portrait a été plus sévère, mettant en cause ses aptitudes intellectuelles. Par ailleurs, le travail – très périlleux et intense émotionnellement – des journalistes a pu expliquer en partie l’absence de polémique dans les articles du Times-Picayune, la priorité étant d’informer les concitoyens. La confrontation des reporters-journalistes avec les victimes et leurs conditions de vie – parfois partagées –, a donné lieu à un sentiment de profonde injustice dans les commentaires télévisés, allant jusqu’à la colère. Ainsi, Katrina a marqué une nouvelle étape dans l’histoire des relations entre les médias et le président, inscrivant la catastrophe dans la lignée des moments de l’histoire américaine à l’occasion desquels les médias ont véritablement joué leur rôle de contre-pouvoir, de quatrième pouvoir. Enfin, dernier des trois points, un jeune média – internet – a gagné sa place auprès des médias traditionnels. Le public y a trouvé de l’information sur les dégats mais également des services nouveaux comme la recherche de proches dont ils étaient sans nouvelle. Avec Katrina, il y eut une demande considérable d’informations spécifiques, d’interactivité, synonyme d’échanges d’opinions, de moyens d’expression démocratisés, libres et gratuits. À travers ces échanges interactifs, le journal Libération retrouva tout à fait l’esprit de sa ligne éditoriale, et il traita alors avec intérêt cet événement dans ses colonnes.

Katrina a donc été un véritable événement historique, comme catastrophe naturelle exceptionnelle, aux innombrables conséquences humaines et dont l’impact chiffré est considérable. Dans une perspective historique plus globale, il a marqué une étape en matière de politique intérieure, correspondant à la première remise en cause nationale et générale de l’administration de George W. Bush. Il s’est également inscrit, plus largement, dans l’histoire des États-Unis, celle des évolutions en matière d’orientation du fédéralisme et des tensions raciales et sociales. Enfin, il fera certainement date comme l’un des événements où internet a pris sa place dans les réseaux d’information, et où les médias ont effectivement joué un rôle de quatrième pouvoir.

Notes

[1]

Cet article est le compte rendu du mémoire réalisé dans le cadre d’un Master 2, sous la direction d’Hélène Harter, « L’ouragan Katrina, une catastrophe “historique” ? Regards croisés français et américains », soutenu en 2009 à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

[2]

L’échelle de Saffir-Simpson, définie en 1969, offre un barème d’intensité des ouragans. Elle va de 1 à 5, c’est-à-dire des vents allant de 118 km/h à plus de 249 km/h.

[3]

Chiffres tirés de l’ouvrage de : Richard D. Knabb, Jamie R. Rhome, Daniel P. Brown, « Tropical Cyclone Report Hurricane Katrina 23-30 August 2005 », National Hurricane Center, 20 décembre 2005, cf : http://www.nhc.noaa.gov/pdf/TCR-AL122005_Katrina.pdf, [mise à jour le 10 août 2006, consulté le 13 février 2010].

[4]

André Kaspi, Les États-Unis d’aujourd’hui : mal connus, mal aimés, mal compris, Paris, Plon, coll. Tribune libre, 1999.

[5]

André Kaspi, François Durpaire, Hélène Harter, Adrien Lherm, La civilisation américaine, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, p. 293.

[6]

Kevin Lamour, Katrina et la Nouvelle-Orléans : autopsie sociale d’une catastrophe « naturelle », mémoire de Master 2, « Sociétés et politiques comparées », Paris, Institut d’études politiques, 2006. Il y est bien montré la réputation de la ville que l’auteur qualifie de Sin City.

[7]

Données tirées du site Scarborough.com, http://www.scarborough.com/press_releases/Scarborough%20Newspaper%20Audience%20Ratings%20Report%20FINAL%20April%202007%20links.pdf, [consulté le 23 novembre 2007, et le 13 février 2010].

[8]

Données issues du site journalism.org, [consulté le 23 novembre 2007, et le 13 février 2010] : http://www.journalism.org/node/406.

[9]

Données du site audipresse.fr, [consulté le 23 novembre 2007, et le 13 février 2010 ] : http://www.audipresse.fr/node.php?id=906&elementid=1276.

[10]

2 308 000 lecteurs par jour pour l’année 2006, données provenant du site tnssofres.com, [consulté le 23 novembre 2007, et le 16 février 2010 ] : http://www.tns-sofres.com/_assets/files/070307_epiq.pdf.

[11]

Expression traduite de l’américain « mandatory evacuation » qui correspond à l’expulsion des résidants de la ville, grâce à un mandat.

[12]

Chronologie tirée de brookings.edu, [consulté le 27 janvier 2009, et le 13 février 2010] : http://www.brookings.edu/fp/projects/homeland/katrinatimeline.pdf.

[13]

The Journal of American History, « Through the Eyes of Katrina: The Past as Prologue? », n° 3, décembre 2007, p. 681-876.

[14]

Ary Kelman, « Boundaries Issues: Clarifying New Orleans’s Murky Edges » et Richard Campanella, « An Ethnic Geography of New Orleans », The Journal of American History, ibid.

[15]

Sally Forman, Eye of the Storm. Inside the City Hall during Katrina, Bloomington, Indiana, Author House, 2007.

[16]

Society for the Psychological Study of Social Issues, Analyses of Social Issues and Public Policy, n° 1, 2006, p. 31-32.

[17]

Michael Dyson, Come Hell or High Water. Hurricane Katrina or the Color of Disaster, New York, Basis Civitas, 2005.

[18]

Social Science Research Council, Understanding Katrina: Perspectives from the Social Sciences, [consulté le 12 mars 2009, et le 13 février 2010] : http://understandingkatrina.ssrc.org/.

[19]

U.S. House of Representatives, A Faillure of Initiative, Final Report of the Select Bipartisan Committee to Investigate the Preparation for a Response to Hurricane Katrina, 2006 : http://www.gpoaccess.gov/katrinareport/fullreport.pdf [dernière consultation le 16 avril 2009].

U.S. Congress, House Select Bipartisan Committee to Investigate the Preparation and Response to Hurricane Katrina, Hurricane Katrina: the Role of Federal Emergency Management Agency, 109th Congress, 2005, Washigton D.C., U.S. Government Printing Office, 2006 : http://katrina.house.gov/hearings/09_27_05/witness_list092705.html, [consulté le 05 novembre 2008, et le 13 février 2010].

U.S. Congress, Senate Committee on Homeland Security and Governmental Affaires, Hurricane Katrina in New Orleans. A Flooded City, a Chaotic Response. Hearings before the Committee on Homeland Security and Governmental Affaires, United States Senate, 109th Congress, 1re session, October 20,2005, Washington D.C., U.S. Government Printing Office, 2006 : http://hsgac.senate.gov/public/_files/102005Bahamonde.pdf, [consulté le 5 novembre 2008, et le 13 février 2010] :

[20]

Terrell Dek, Bilbo Ryan (eds), A Report on the Impact of Hurricane Katrina and Rita on Louisiana Businesses : 2005Q22006Q2, Louisiana State University, Divison of Economic Development : http://lra.louisiana.gov/assets/docs/searchable/Newsroom/2007/PPRL_report_2006Q2_FINAL.pdf, [consulté le 27 avril 2009, et le 13 février 2010].

[21]

Il a été vérifié, pour chaque récurrence, la correspondance : « Bush » pour George W. Bush et non George Bush père. Brown fait référence à Michael Brown, le directeur de la FEMA de 2001 à 2005, qui a démissionné pendant la crise politique qui a suivi le passage de Katrina.

[22]

Daniel Royot, Les États-Unis, civilisation de la violence ?, Paris, Armand Colin, 2003.

Plan de l'article

  1. Un événement inscrit dans une pluralité de contextes
  2. Difficultés de définitions
  3. Références et principes de travail
  4. Quelques résultats

Pour citer cet article

Planchon Sandra, « L'ouragan Katrina, une catastrophe « historique » ? », Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin 1/ 2010 (N° 31), p. 67-78
URL : www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2010-1-page-67.htm.

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