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Arnaud (Robert), La folie apprivoisée, l’approche unique du Professeur Collomb pour traiter la folie, Paris, De Vecchi, 2006, 414 pages
Henri Collomb est connu des cliniciens avertis de l’anthropologie en raison de son travail de pionnier, pratiquant une ethnopsychiatrie sérieuse et conséquente à Dakar, dans le courant des années 1960-1970. Il reste au nombre d’un des très rares soignants à avoir su habilement se faire se rencontrer, et non se rejoindre, les savoirs de la psychiatrie et les connaissances des « tradipraticiens », sans idéaliser, ni péjorer l’un et l’autre de ses deux apports, sans tenter d’en opérer une vaine fusion non plus. En effet, il fut un témoin averti et irremplaçable des mutations culturelles que connaissait déjà l’Afrique et qui faisaient des patients d’origine Wolof, Lébou et autres, des sujets en rupture et en transition par rapport aux structures de conduites décrits par les ethnologues.
2 Robert Arnaud est producteur à Radio France et écrivain. Fin connaisseur de l’Afrique, il a sillonné ce continent, fasciné souvent par sa tradition orale et ses procédures ancestrales de charme et de magie. En novembre 1971, sa rencontre avec Collomb, facilitée par le sociologue René Bureau, semble avoir été déterminante pour lui, même s’il ne l’évoque que très sobrement.
3 Sur le mode vivant et élégant d’une biographie qui brosse de l’homme un portrait épique et détaillé, sans trop verser dans une hagiographie toujours factice et fastidieuse, Arnaud s’attarde comme il se doit au long épisode de la fondation de l’« École de Dakar », de ses périodes fastes et de ses rares tensions (expression qui désigne la mise en place d’une psychiatrie communautaire, qui fut aussi le point de départ de recherches anthropologiques et psychologiques d’importance). Il sait tout autant explorer l’amont et l’aval du parcours de Collomb.
4 Récapitulons. En janvier 1939, Collomb, médecin-lieutenant de l’École de la Marine, part, affecté au 2e bataillon de santé de la Marine, pour Djibouti. Ce timbre poste sur la carte de l’Afrique de l’Est est un noeud stratégique d’importance : principal débouché de l’Éthiopie, grâce au chemin de fer, selon un traité de 1897. À ce moment-là, les éléments point trop amorphes de la colonie française de Djibouti vont se diviser sur la question de choisir entre l’ordre pétainiste et la France libre, et, en même temps, la guerre de résistance éthiopienne contre les troupes dépêchées par Mussolini, surprend par sa détermination. Churchill aidera grandement les troupes éthiopiennes, ordonnant l’afflux de renforts sud-africains. Collomb choisit les forces de la liberté. Une fois Djibouti libre, il va continuer jusqu’en Éthiopie son travail de médecin, allant, auprès des plus défavorisés, combattre paludisme, bilharziose et la redoutable maladie du sommeil, véritable explorateur sanitaire des régions les plus secrètes, les moins hospitalières et les moins salubres. C’est en même temps qu’il rationalise, de la façon la plus moderne, une politique de prévention et de soin, qu’il rencontre aussi les guérisseurs, assez impuissants à soulager les patients atteints de la sorte, et se fait un devoir d’atteindre aux compréhensions des représentations coutumières de la santé et de la maladie. C’est ainsi, sur le vif du réel du terrain qu’il se fait, de surcroît, anthropologue ; il se passionne alors pour ces restes de cosmogonies, appauvries et erratiques qui sont invoquées dans les procédures de guérissage traditionnelles. Mais, encore, ses longues avancées dans des territoires abandonnés et interlopes, où la maladie plus vite et plus rudement qu’ailleurs déchaîne ses cavales, font de lui un familier des nomades et des contrebandiers rebelles ou marlous. Charme, compétence, une force que rien de ce qui est mollement raisonnable ne vient freiner, tels sont des atouts qui ont peut-être joué en sa faveur en haut lieu, car le voici alors médecin du Souverain de l’Éthiopie, de ce Roi des rois, plus tard destitué. Autant dire que Collomb connaît déjà l’Afrique au terme de cette première immersion.
5 Puis, toujours militaire, il est nommé chef de service de santé du corps expéditionnaire au Vietnam. Il suit cette longue chronique des charniers annoncés et inévités. Incessantes visites d’inspection. Des troubles ailleurs ignorés et qui touchent l’équilibre psychique des indigènes retiennent toute son attention. L’amok avec son agitation anxieuse, le koro, cette panique résultant de la conviction que se rétracte le pénis. De tels désordres « ethniques » auraient pu distraire Collomb des troubles que causent l’opium ou la syphillis et qui n’épargnent guère le petit monde autiste des expatriés jouisseurs. Mais c’est la guerre, la surdité, l’absence d’anticipation, l’honneur avec l’arrogance confondu qui marquent la passion coloniale. En face, des combattants, pour la plupart d’entre eux, galvanisés par Ho-Chi-Minh. Déterminés, efficaces. Du sang, des tripes de la cervelle partout. Puis l’indépendance.
6 Débute alors la grande aventure de Collomb. Dakar et l’hôpital psychiatrique de Fann. Là où il trouvera sa stature et composera sa statue. Cet homme qui se tient immobile, fixant et figeant l’assitance des colloques sous le feu d’un regard qu’aiguisent ses paupières coupantes, dérange et intrigue, fascine. Mais il est facile et donc faux de réduire Collomb à sa prestance, comme on le fait encore si piteusement d’un Lacan, par exemple ! Encore faut-il préciser sa pensée, sa politique comme psychiatre, médecin-chef. Ce que Arnaud réussit fort bien. De façon précise et sans pédantisme.
7 Le point de départ de la « révolution Collomb » semble n’être rien d’autre qu’un constat de bon sens : compte-tenu de l’importance de la vie sociale et groupale des patients africains, ne pas les traiter dans le grand enfermement de l’asile, mais faire fonctionner l’asile comme un groupe thérapeutique. On connaît, dès qu’un peu habitué à la psychiatrie en Afrique de l’Ouest, le grand héritage que laissa le psychiatre : hospitalisation de personnes accompagnant le malade et qui servent d’interprètes au besoin, réunion de patients sous forme des palabres, écoute et respect des théories étiologiques propres à telle communauté culturelle, mais toujours entendue dans son expression singulière, tentatives de « fusion » entre les règles occidentales du psychodrame et les expressions de théâtre populaire, etc.
8 Rien de tout cela ne se fit en un jour. C’est progressivement que Collomb a attiré vers lui, puis formé, des cliniciens et des psychologues, ou qu’il a favorisé, autour de lui, le développement de recherches ethnographiques de premier plan. Les noms de Rabain, Zempleni, Martino, Le Guérinel, Valentin, surgissent presque immédiatement lorsqu’on évoque Fann. Mais aussi Collignon qui a contribué à la création de l’éminente revue Psychopathologie africaine basée à l’hôpital de Fann, à Dakar donc, et qui est toujours vivante. Il y eut aussi tous ces psychiatres africains, par lui formés et promoteurs d’une psychiatrie à visage humain, au Sénégal comme au Mali (Momar Gueye et Baba Koumaré, surtout). Ses initiatives ne manquent de faire écho aux entreprise des psychothérapies institutionnelles et on pense surtout aux expériences d’un Fanon à Blida (espaces culturels au sein de l’hôpital), même si le regard sur les rapports entre colonisateurs et colonisés, au sein d’une institution soignante, n’avait pas, chez Collomb, l’acuité ni le tour militant qu’il avait pour Fanon.
9 Aujourd’hui, un tel livre permet aussi de fixer quelques idées. La fibre d’anthropologie clinique qui vivait chez Collomb l’a mené à porter la plus vive des considérations à certains guérisseurs, à les fréquenter souvent. Il voulait, d’eux, apprendre. Et, par eux, il fut enseigné. Mais jamais il n’a imposé à ses équipes la tâche, au demeurant impossible, de se muer en guérisseurs traditionnels. Et les deux « tradipraticiens » dont il voulu, un temps, s’assurer les services au sein de l’hôpital, ne purent y rester, pris qu’ils étaient dans des rapports conflictuels avec des soignants ou des soignés. De plus, le lieu de l’hôpital de soin ne pouvait être tenu comme une « terre » acceptable pour un commerce avec les ancêtres et les forces occultes.
10 Tout à fait conscient du fait que, causant avec les guérisseurs casamançais, il se faisait témoin de la fin d’un monde traditionnel, il n’avait pas ambition de créer une nouvelle classification des troubles, en les nommant d’un verbiage approximatif et semi folklorique. La catégorie de l’enfant-ancêtre, nom très répandu en région parisienne, de l’enfant « qui part et qui revient », appartenait surtout à l’observation anthropologique. Elle ne constituait pas un diagnostic clinique. Psychiatre, Collomb a su le rester jusqu’au bout, en tant que penseur de l’institution et réformateur d’exception. Aussi pouvons nous situer son audace institutionnelle dans la lignée de ces psychiatres qui, travaillant dans un contexte colonial, surent repenser l’institution. La figure de Fanon revient ici. Pas plus que son illustre prédécesseur, Collomb fit l’impasse sur ce que représentait d’imposition coloniale l’institution psychiatrique occidentale. Mais cela ne se fit pas dans une condamnation factice de la psychiatrie et de ses institutions laïques. Il s’agissait aussi d’accueillir des sujets en rupture, jamais totalement codifiés par les dispositifs culturels qui régissaient les mondes traditionnels. Il fallait, enfin, donner la parole à de telles ruptures et à de telles errances, ce qu’aucun soin « traditionnel » ne sait, ne veut ni ne peut faire. Aussi l’expérience de Dakar qui, plus qu’aucune autre, se fixa comme objectif un dialogue entre clinicien du soin psychique et praticien de l’observation ethnographique, permit-elle aussi de situer les limites d’un tel dialogue. Il n’est en rien sûr que l’anthropologie puisse permettre de soigner. Dire que dans un tableau clinique il y a du culturel, c’est une banalité, supposer qu’il n’est plus autre chose à faire qu’à remonter à l’ordre de la culture pour comprendre le symptôme et le soigner, c’est une absurdité, n’en déplaise aux amateurs d’exotisme.
11 Les merveilleux enseignements qu’il retira de son histoire africaine, Collomb voulut ensuite, une fois retrouvée la France, les appliquer à l’hôpital psychiatrique de Nice et ce fut un combat qui recommençait pour un homme déjà au bout de ses forces. Voilà que cette histoire nous est restituée et ce livre mène à des débats, à propos de politique institutionnelle et d’épistémologie de la recherche, qui sont loin d’être obsolètes.
12 Olivier Douville
Bergès Bounes (Marika), Calmettes-Jean (Sandrine), La culture des surdoués ? (ouvrage collectif), Ramonville, Éditions Érès, 2006
13 Ce livre répond à des préoccupations ayant déjà fait l’objet d’une journée d’études organisée, au centre hospitalier Sainte-Anne, par l’Unité de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, dans le cadre du Journal français de psychiatrie (no 18). Il se propose de poursuivre la réflexion entamée alors sur le thème de « La culture des surdoués », dans la même ligne de pensée, et donne la parole à des théoriciens et à des praticiens qui tentent de « redonner une dynamique à ce signifiant dictatorial » : le surdoué, « qui a l’art d’arrêter la pensée ».
14 L’ouvrage a pour objectif d’examiner, à partir de différents points de vue, la question des surdoués, aujourd’hui très médiatisée, incontournable pour les spécialistes de l’évaluation intellectuelle, et pour ceux de l’éducation, très sollicités, et même sommés d’y répondre.
15 L’éditorial, signé conjointement par Marika Bergès-Bounes et Sandrine Calmettes-Jean, définit le cadre des interrogations fondamentales soulevées par ce nouveau motif de consultation pour « surdouance » (un néologisme de circonstance), des points de vue théorique, clinique, éthique…
16 Comment les psychologues pourraient-ils déjouer les pièges tendus par cette prétendue nouvelle catégorie nosographique, dont les médias, les parents, et l’Éducation nationale, elle-même, se sont emparés ?
17 Notons d’emblée le caractère paradoxal du titre choisi. Culture, opposée à Nature, car aucun vocable n’est plus entaché d’innéité que celui de don, (a fortiori le surdon… De la fortune ? Du hasard ? De Dieu ?)
18 Cette référence à la notion de Nature qui renverrait à un ordre naturel, d’inspiration platonicienne, et classerait les individus dans la société selon une hiérarchie « naturelle », est longuement analysée et critiquée dans le texte du philosophe Hubert Vincent titré simplement : « Les surdoués ».
19 Et que dire de Culture, ce terme hautement polysémique ? Faut-il l’entendre dans le sens de « civilisation » ? Ce qui renverrait au social et à l’époque actuelle ? Ou bien le lire dans le champ de l’agriculture ? Alors, culture de type intensif ou extensif ? Ou encore, Culture compris comme « entretien », voire « développement » et « exploitation » ? Et, en effet, alors que, jadis, l’enfant prodige se distinguait par son unicité, sa rareté, de nos jours, l’espèce des surdoués, semble-t-il, croît et se multiplie irrésistiblement : le surdoué s’accorde au pluriel.
20 Le livre peut se lire dans le désordre, au fil des intérêts et au gré des humeurs du lecteur. Il s’adresse aux professionnels. De nombreux textes seraient, cependant, d’un enseignement profitable au plus grand nombre.
21 Il rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs, théoriciens et/ou praticiens travaillant surtout dans le champ de la psychologie (recherche, clinique, scolaire), de la psychanalyse (d’obédience lacanienne, les références à la pensée de Jean Bergès et de Charles Melman se retrouvent sous de nombreuses plumes), et de l’éducation. Ils nous livrent des textes plutôt brefs, divers autant dans leur forme que dans leur contenu, qui vont de la réflexion au récit de cas cliniques, jusqu’au témoignage et à l’interview. Les articles qui constituent ce volume sont distribués en quatre rubriques.
22 Dans la première, « Panorama, mise en place de la question », le propos est de situer le problème, celui des définitions : « Surdoués et sous-doués, rappel de quelques notions de base » (Claire Meljac), « Surdoué » (Evelyne Lenoble), de la symptomatologie invoquée : « L’ennui » (Jean Bergès et Marika Bergès-Bounes), les difficultés graphiques : « Mon cerveau va plus vite que ma main : le surdoué et son écriture » (Marie-Alice Du Pasquier et Michèle Schnaidt) et rappelle deux textes de loi, promulgués en 1994, par l’Unesco et le Conseil de l’Europe (Déclaration de Salamanque, recommandation 1248, relative à l’éducation des enfants surdoués).
23 Claire Meljac introduit le sujet par une formule malicieuse : « Le triptyque des surdoués » (ennui, papier, surdoué, formule à décliner sous toutes ses combinaisons), puis donne un historique de la notion de QI, de ses métamorphoses successives, selon Binet (1904), il s’agit pour lui de définir un âge mental, Stern(1912), Wechsler(1940). Elle retient le terme d’« indicateur » pour qualifier le QI, plutôt que celui de chiffre, et nous signale que, contrairement à la légende, « Einstein a été un excellent élève et ne s’est jamais ennuyé en classe. »
24 Le questionnement théorique essentiel cherche les articulations possibles entre le « Cognitif et les théories sexuelles infantiles », pour reprendre le titre d’un texte de Jean Bergès, et traite de « l’ennui », qui tourmente tous les candidats à « l’appellation surdoué », notion que l’on retrouve comme un fil rouge sous la plume de plusieurs auteurs.
25 L’enfant s’ennuie-t-il parce qu’il sait déjà tout (la question de l’autodidactie est posée) ou plutôt parce que son questionnement hypomane et revendicateur du savoir de l’adulte ne peut qu’échouer ? Par ses questions incessantes, il ferait « une enquête portant sur ce que l’autre ne sait pas » et qu’il ne lui communique pas… et pour cause ! Puisque le savoir sexuel est objet du refoulement et reste frappé d’ostracisme par le non-dit ! L’ennui, dont l’étymologie renvoie à la haine, serait le retournement contre soi de cette haine éprouvée envers l’autre (le parent) qui ne répond pas. La pensée se mettrait comme en veille, ou tomberait en panne, « en ce sens, il (l’ennui) a à faire avec un dispositif phobique mais peut, parfois, évoquer les effets d’un déni ». La levée de l’attente signerait peut-être la fin de l’ennui et permettrait l’émergence du désir propre de l’enfant.
26 La seconde partie intitulée « Confrontation théorico-clinique », commence par reprendre un manifeste écrit et signé par neuf psychologues cliniciens, enseignants et chercheurs, spécialistes de l’examen psychologique et intellectuel de l’enfant, et publié dans Le journal des psychologues, no 230, de septembre 2005. Ce texte constitue une mise en garde « Gare au QI » contre les risques de dérives des usages faits du quotient intellectuel, de son statut social, clinique, et même juridique, et appelle à la prudence, à la déontologie, comme à la responsabilité des professionnels de l’évaluation intellectuelle et mentale de l’enfant.
27 Sandrine Calmettes-Jean dans un texte joliment titré : « Surdoués : quels pensements ? » interroge les mots : de « l’enfant prodige », qui se place dans le merveilleux, en passant par « l’enfant-vieillard », traduction du médiéval oxymoron puer senex à « l’enfant précoce », qui introduit un paradoxe logique analogue, puis à « l’enfant brillant », elle en arrive à « l’enfant à hautes potentialités intellectuelles ». Quelle serait l’inscription symbolique de l’enfant dont la « taille » du QI sert de référence essentielle ? « L’intelligence supposée à un enfant vient malmener l’ordre des générations et en retour sa propre place d’enfant. » À quelle plaie, quelle blessure, quelle maladie, quelle mort cet enfant viendrait-il « faire pensement » ?
28 Laurence Vaivre-Douret, psychologue, chercheuse à l’Inserm, trace du point de vue développemental « Les caractéristiques précoces des enfants à hautes potentialités ». En bas âge, le petit surdoué ne présente, en général, aucun problème particulier, bien au contraire. La synchronie de la précocité dans les différents secteurs du développement est remarquable (psychomotricité, langage, cognition, socialisation, affectivité). L’enfant, qui, jusque là, n’est qualifié que de « précoce », satisfait ainsi aux fantasmes parentaux de l’enfant idéal : il est curieux et intuitif, possède « mémoire d’éléphant » et « œil de lynx ». Ce n’est qu’au moment de la scolarisation qu’apparaîtrait la notion de dyssynchronie entre l’intelligence et les fonctions psychoaffectives et relationnelles, avec son cortège de souffrance psychique, troubles du comportement et de l’apprentissage éventuels. Dégradation dont la responsabilité incombe au social, en l’occurrence la famille et surtout l’école.
29 Citons encore une réflexion collective de l’Unité de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Sainte-Anne, reprise par Marika Bergès-Bounes, sur ce « Que nous apprend la demande de l’enfant et de sa famille dans une consultation hospitalière ? », un article du psychanalyste Jean-Marie Forget au titre inquiétant : « Les surdoués ont-ils encore père et mère ? » et deux textes du philosophe Pierre-Christophe Cathelineau ? Le premier pose la question : « Le surdoué fait-il “sinthome” ? » Le second, très bref, y fait écho et évoque le cas de William Chester Minor, paranoïaque de génie que décrit l’ouvrage de Simon Winchester : « Le fou et le professeur ».
30 Au fil des lectures, apparaît un profil composite, polymorphe, et contrasté, de l’enfant dit « surdoué », dont la symptomatologie se présente comme énigmatique.
31 Charles Melman, dans un entretien titré : « Surdoué, pour quoi faire ? », trace le portrait d’un enfant qui préfigurerait une humanité désincarnée, mécanisée, presque robotisée. L’enfant surdoué serait un produit fabriqué, programmé pour « répondre correctement à des questions, remplir des QCM ». La parenté existant entre des talents remarquables et l’intelligence selon la définition de Lacan : « la capacité de lire entre les lignes » est, selon lui, loin d’être prouvée. Au contraire, « être surdoué se fait au détriment du bon sens », mieux, « ces cas pourraient être remarquables comme illustration du défaut de pensée ».
32 Dans le troisième chapitre, « Clinique, portraits, société », des praticiens, psychologues consultants, thérapeutes, psychanalystes, etc., nous livrent leurs réflexions et leurs analyses à partir de situations cliniques, fragments de cures, consultations, récits. Angoisse hypocondriaque chez un adolescent poète : « Une tentative de roman familial ? » (Paule Cacciali), anorexie chez une jeune femme, scientifique de haut niveau : « Une lisibilité parfaite », (Christiane Lacôte), étonnant enfant des rues, délinquant récidiviste, mort à douze ans : « Le gamin qui a brûlé », texte traduit du brésilien (Mario Fleig et Conceiçao Beltrao-Fleig), angoisses de perte et de séparation chez un petit garçon manifestant un hyperinvestissement intellectuel : « Mattéo, hypothèses autour d’un bilan psychologique » (Anne-Marie Pecarelo), hyperkinésie et inadaptation scolaire chez un brillant petit garçon, élève de maternelle : « Contre la montre » (Catherine Ferron et Corinne Bernardeau), difficultés scolaires, troubles du sommeil et de l’alimentation, somatisations chez un enfant de huit ans, dont les parents consultent pour un diagnostic : « Être ou ne pas être surdoué : quelles questions ? » (Gilles Lemmel). À cet exemple clinique, extrait de l’article écrit à quatre mains : « Drôles de motifs pour une rencontre », Claire Meljac amène ses « Contrepoints. En avoir ou pas », et cite trois situations édifiantes de consultation pour suspicion de « surdouance », amenée « sous des déguisements divers ».
33 Michèle Dokhan, psychanalyste, cite le roman de l’écrivain américain, Chaim Potok, « The Chosen », l’élu, écrit en 1967, qui retrace le destin de Daniel, enfant remarqué à cinq ans pour ses qualités intellectuelles supérieures, dans sa communauté hassidique de Brooklyn, et auquel son père impose la règle du silence, pour qu’il « regarde dans son âme », et ne tombe pas dans l’orgueil à l’égard des autres (qu’il ne se transforme pas en « sourdoué » ?) Et Daniel finit par « rencontrer » Freud !
34 Autre destin, celui de Blaise, « Pascal une enfance ? » (Catherine Ferron), dont la biographie nous apprend les affres de sa petite enfance. En effet, malade de « langueur » à l’âge d’un an, phobique de l’eau, il ne souffre pas non plus la vue de ses deux parents ensemble ; il ne devra son salut qu’au remède d’une vieille femme… une sorcière ? On connaît la suite de l’histoire… et l’auteur développe la question de « cette difficile triangulation du début de la vie, qui engage pour un sujet une différence entre… le savoir inconscient et la connaissance… »
35 Dans une « Note de lecture », Gilles Lemmel critique le livre de vulgarisation à l’usage des familles, de Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, sur l’enfant surdoué, qu’elle affirme génétiquement programmé et qu’elle affuble du surnom de zèbre, car « le zèbre de la steppe se distingue des autres animaux mais vit néanmoins en harmonie avec la plupart d’entre eux. » Elle victimise l’élève surdoué qui, à l’école, « est pénalisé par le sérieux handicap que lui impose son mode de fonctionnement singulier. »
36 Gilles Lemmel reprend, point par point, les affirmations péremptoires, les mises en garde, les conseils aux parents, pour réfuter des arguments invoqués au nom d’une idéologie douteuse. On pressent qu’à travers ce texte, s’expriment implicitement les réserves de tous les autres acteurs de ce livre collectif, à l’égard de ce parti pris d’une étiquette portée comme un étendard.
37 Enfin, la quatrième rubrique pose la question : « Et l’École ? » Elle mêle aux témoignages de psychologues scolaires : « Échecs et réussites hors du commun. Bonnet blanc ou blanc bonnet ? » (Catherine Princelle), les interviews de spécialistes du traitement de la question à l’Éducation nationale, un inspecteur d’académie et une enseignante, coordinatrice d’une UPI expérimentale et un article de réflexion du psychologue Daniel Charlemaine : « Aux frontières de la courbe de Gauss », dans lequel il relativise le verdict du QI, « cette abréviation au destin si grandiose… » Son propos n’est pas de remettre en question les 2 % de l’extrême-droite de la courbe de Gauss, mais de s’interroger sur le brûlant intérêt qu’on lui porte aujourd’hui, et le nombre croissant de postulants à cette place. Il discute l’opportunité de créer des dispositifs singuliers d’enseignement pour des élèves repérés comme « surdoués ».
38 L’article de Christine Gregorius, psychologue : « Surdoués, pour qui ? » questionne la responsabilité de la société et du système scolaire, qui encouragent de plus en plus l’idée de performance, de réussite et de rentabilité. Il dénonce une école qui se révèle de plus en plus normative, et de plus en plus tôt. Il interroge la place laissée au désir de l’enfant dans cette démarche de reconnaissance d’un « statut de surdoué », portée par les familles. Elle observe que « la précocité peut représenter la réalisation d’un rêve parental », qu’« elle prend parfois la forme d’un trait d’identification familiale », mais hélas ! « pourtant, l’enfant surdoué n’est pas toujours en situation de réussite scolaire ».
39 Dans un long interview Jean-Pierre Delaubier, inspecteur d’académie chargé, par Jack Lang, d’un rapport sur la scolarisation des élèves intellectuellement précoces, en 2001-2002, exprime réticence et prudence face aux étiquettes toujours réductrices, préfère définir les spécificités des enfants en termes de « points forts » et « points faibles », et définit quatre besoins pour cette catégorie d’élèves : reconnaissance, prévention, motivation et équilibre, point de vue qu’il développe. Il reconnaît le risque de la « pré-révélation » faite à l’enfant, et à la famille, d’une éventuelle précocité, par des enseignants face à des difficultés de comportement ou d’apprentissage qu’« ils repèrent sans les identifier ».
40 Geneviève Blaquière, chargée d’une unité expérimentale (UPI), ouverte en 2004 dans un collège parisien, pour des enfants à haut potentiel, en difficulté scolaire, justifie le choix de cette création par la reconnaissance de besoins éducatifs spécifiques pour ces élèves qui relèveraient d’une scolarisation adaptée. Le paradoxe de ce « régime de faveur, pour des enfants mieux lotis que les autres » est souligné.
41 On note que l’enseignement privé a plutôt fait le pari de miser sur le « plus » dont jouissent ces enfants, alors que l’enseignement public se centre sur la difficulté à mettre en œuvre cet avantage.
42 Pour pasticher un ouvrage célèbre paru dans les années 80, écrit par Alice Miller et intitulé « Le drame de l’enfant doué » (mais dont le propos était tout autre), pourrions-nous sous-titrer notre recueil : « Le drame de l’enfant surdoué ». L’auteur, psychanalyste suisse allemande, fort engagée, avait récidivé, en 1996, avec une suite qui traitait, elle, de : « L’avenir du drame de l’enfant doué ».
43 Cette question du « Devenir des surdoués » devrait-on préciser, « surdoués en termes psychométriques », est abordée dans le texte de la psychanalyste Denise Vincent, et son constat nous paraît sombre. Le rêve américain du psychologue Lewis Terman, le premier à identifier une catégorie de super gifted children, dont le QI était supérieur à 170, cohorte qu’on a joliment affublée du nom de « termites » (sic !), semble loin de s’être réalisé. Les enfants sélectionnés alors « n’ont pas rejoint la catégorie des hommes célèbres ». Toutefois, elle parvient à nous en citer un : l’écrivain de science-fiction Ray Bradbury. (Nous avions déjà lu sous la plume de S. Calmettes-Jean : « on sait pourtant que l’élite n’est pas composée des enfants surdoués devenus grands »). Et, si leur réussite professionnelle supérieure n’est pas assurément au programme, que dire de leur vie affective et relationnelle ?
44 Enfin, cet ouvrage polyphonique, d’une grande richesse clinique et théorique, se conclut brillamment par une postface signée Claire Meljac, qui opère un retour à la Culture par le détour de l’œuvre d’art, de la parabole et de l’humour : « Daniel Arasse, Fra Angelico, et les surdoués ». Elle choisit pour métaphore de la consultation pour « surdouance », la représentation du thème de l’Annonciation chez les peintres de la Renaissance italienne : l’ange Gabriel. Le psychologue chargé de transmettre la bonne nouvelle.
45 Le jardin clos de la Vierge ? : le cabinet du psychologue, lieu de l’oracle, plein de mystères et de promesses. La vierge Marie ? Elle est incarnée aujourd’hui par le couple des parents, heureux (?), géniteurs d’un rejeton « hors-normes », et promis comme tel, autant sinon plus, au malheur qu’à la distinction. L’élément architectural central, la colonne divine autour de laquelle la scène s’organise, symboliserait le QI, « édifice-clé », qui fonde et soutient le nouveau scénario de l’annonce faite aux parents.
46 Seul un élément de détail, inattendu, incongru, défiant les lois de la perspective, ignorant l’ambition de l’ensemble, et pourtant là, au premier plan, comme dans le tableau de Francesco del Cossa, apparaît, « invité imprévu… il résiste obstinément, ne se trouve pas où il devrait être et fait tout autre chose que ce qu’on exige de lui. » Un escargot qui fait son chemin, en qui Claire Meljac n’hésite pas à voir l’oublié, le sujet, l’enfant. Auriez-vous dit le surdoué ?
47 Aviva Aimée Cohen
Haddad (Gérard), Le péché originel de la psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, 2007
48 Gérard Haddad a été analysé par Jacques Lacan, analyse dont il a fait le récit dans un ouvrage paru en 2002, sous le titre « Le jour où Lacan m’a adopté » (Paris, Grasset), lui disant : « Je vous aime bien parce que vous êtes un des rares à piger ce que je raconte ».
49 Dans ce livre, sous-titré « Lacan et la question juive », il reprend ou, plutôt, dévoile, ce qu’il a « pigé » de ce que Jacques Lacan a dénommé le « péché originel de la psychanalyse », expression que Gérard Haddad lui a empruntée, à propos de l’interdiction qui lui fut faite, en 1963, par l’Association internationale de psychanalyse, de former des élèves et qui le conduisit à renoncer à traiter intégralement du « Nom-du-Père ».
50 Jacques Lacan s’en montra inconsolable et le manifestera à maintes reprises, donnant, lui-même, une interprétation de ce qu’il a appelé son « excommunication », qu’il compara fait significatif selon Gérard Haddad à celle de Baruch Spinoza, exclu de la communauté juive d’Amsterdam, mais cette interprétation a été négligée, si ce n’est occultée, par ses disciples et épigones.
51 Jacques Lacan attribuera, plus tard, cette exclusion à une « conjuration », car, selon lui, s’il fut « interdit » par l’Association internationale de psychanalyse, c’est à cause de son projet de dénoncer ce « certain péché originel de la psychanalyse […] qu’est le « fait que quelque chose dans Freud n’a jamais été analysé ».
52 Ce « quelque chose », c’est quoi ? Jacques Lacan le précisera : « par quel privilège le désir de Freud avait pu trouver, dans le champ de l’expérience qu’il désigne comme l’inconscient, la porte d’entrée » et il l’explicitera : « Je voulais faire intervenir la tradition juive, pour essayer de reprendre les choses où Freud les a laissées », cette tradition juive, dont Sigmund Freud, « fils d’Israël » (Lacan) avait fait une mise en cause des plus radicales, avec « L’homme Moïse et le monothéisme », quelques années après « Totem et tabou », « produit névrotique », œuvres qui témoignent de son « obsession du judaïsme ».
53 Cette obsession ne serait-elle pas aussi celle de Jacques Lacan ? Gérard Haddad relève que les initiales de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel, surtout lorsqu’elles sont suivies de points de suspension, ISR… forment le début du nom d’Israël et Jacques Lacan, dans « Proposition d’octobre 1967 », prônait, pour déchiffrer l’inconscient, le « savoir textuel » de l’aède, du sophiste, du talmudiste (alias le midrash), art juif de lire la Bible, dans lequel il voyait une similitude avec la psychanalyse
54 Pour lui, la psychanalyse est « une chose juive », qui « ne pouvait naître que dans l’esprit d’un juif » : c’est « un fils du patriarcat juif (qui a) imaginé le complexe d’Œdipe ». C’est pourquoi Jacques Lacan, bien qu’athée affirmé, portera tant d’intérêt à la religion et à la tradition juives, qui le « bouleversent et l’irritent » à la fois : Sigmund Freud étant de culture juive, il était, sans doute, légitime de rechercher, dans la tradition juive, les sources de sa pensée, comme celle d’Ernest Jones, par exemple, seul non juif de l’entourage de Sigmund Freud, après le retrait de Karl-Gustav Jung, dans la tradition protestante. De très nombreuses citations, rapportées dans cet ouvrage, dont un chapitre sur « La judéité de Freud selon Lacan », confirment l’importance et l’intérêt que ce dernier attachait à la culture juive. Selon sa formulation : « La solidarité des trois fonctions RSI (…) trouve son point de concours dans l’existence des Juifs (…) C’est pourquoi la religion des Juifs doit être mise en question dans notre sein ». En d’autres termes, le projet de Jacques Lacan était une déjudaïsation de la psychanalyse.
55 Reprenant « les choses où Lacan les a laissées », ce que lui permet une parfaite connaissance de l’œuvre de Jacques Lacan comme de la culture juive, dont lui-même est issu[1][1] Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le judaïsme. ...
suite, l’auteur s’attelle, dans un premier temps, à montrer comment des concepts fondamentaux de Jacques Lacan et, parmi d’autres, celui du signifiant paternel, du surmoi, de l’objet a, comportent une réflexion sur le judaïsme, sur ses rites, ses textes, son acte d’interpréter ou midrash, son Dieu, devant lequel Freud s’est arrêté (dixit Jacques Lacan).
56 Cependant, Jacques Lacan a-t-il opéré de la bonne façon ? Gérard Haddad s’interroge. En effet, le judaïsme n’est pas un système de pensée. En lui, s’opposent des tendances contradictoires et concurrentes. Comme le montre Gérard Haddad dans un des derniers chapitres de son livre, ce qui unit ces différents courants, ce sont les rites (et, avance-t-il, c’est parce qu’il ne respectait pas les rites de l’Association internationale de psychanalyse, comme la durée et le nombre des séances, que Jacques Lacan en fut exclu). Aussi, est-ce parfois sur des interprétations erronées, mal maîtrisées, unilatérales, comme le développe longuement l’auteur, que Jacques Lacan s’est appuyé et sur un courant d’inspiration kabbalistique (par la lecture, notamment, de Benamozegh), négligeant les autres courants, particulièrement l’interprétation allégorique de la Bible par Maïmonide, « le plus grand penseur juif » (peut-être, estime Gérard Haddad, parce que Jacques Lacan y aurait « découvert d’étranges similitudes entre certaines thèses » de l’auteur du « Guide des égarés » et les siennes, dues, sans doute, à leur même imprégnation par la pensée d’Aristote), qui l’a mené dans des impasses, auxquelles Gérard Haddad attribue les querelles qui divisent aujourd’hui les chapelles qui se réclament de son enseignement, car son projet d’une critique serrée du lest religieux juif qui pèse sur la psychanalyse », l’empêchant de progresser, fut un échec. « En dissolvant son École, instrument de ce projet, Lacan en prit acte ».
57 Mais, « Comment le judaïsme vint à Lacan ? ». Rappelant que Michel de Certeau ou Françoise Dolto ont cru lire, dans la démarche de Jacques Lacan, une tentative de « reconquête chrétienne du champ freudien », Gérard Haddad rapporte la sympathie agissante de Jacques Lacan pour des juifs persécutés pendant l’Occupation (un chapitre, « L’offrande aux dieux obscurs », est consacré à sa dénonciation, par Jacques Lacan, du génocide des juifs) et souligne le choix du prénom Judith (en 1941 !) pour sa fille et le regret, souvent exprimé, par Jacques Lacan, de n’être pas juif, révélateurs de sa sympathie pour « le peuple élu ». Une analyse avec un analyste juif (Rodolphe Löwenstein), une épouse juive, des rencontres privilégiées avec des juifs russes, notamment Emmanuel Raïss, Olga Katunal, qui « ont fourni à Lacan l’essentiel de ses informations sur le judaïsme », sont d’autres indices. Il faut ajouter sa lecture soutenue de la Bible (dans sa traduction anglaise, considérée comme la meilleure), ses fréquents commentaires d’épisodes bibliques, son goût de l’humour juif, son étude des lettres hébraïques, le fait qu’il voit dans le discours biblique l’origine de la science (suivant en cela Alexandre Koyré), pour se convaincre de l’intense réflexion de Jacques Lacan sur le judaïsme. Pour Gérard Haddad, cette réflexion a marqué ses concepts du grand Autre barré, de Loi, de Surmoi, de l’objet pulsionnel a.
58 Tout le livre est une analyse approfondie des spéculations de Jacques Lacan, inspiré par la Bible et la tradition juive, ouvrage dont je ne peux mieux faire que d’y renvoyer le lecteur.
59 Les multiples fragments extraits des écrits de Jacques Lacan et, surtout, des « Séminaires », qui servent de démonstration à Gérard Haddad sont regroupés en des chapitres, qui illustrent l’ample spéculation de Jacques Lacan sur les questions que pose la religion juive et, au-delà, la théorie de la psychanalyse.
60 Il en résulte un livre surprenant, même pour ceux qui ont déjà lu, de l’auteur, « Lacan et le judaïsme » (Livre de poche, 2003, réédition de « L’enfant illégitime », Hachette, 1981 ; Desclée de Brouwer, 1996), mais convaincant, d’une écriture limpide et d’une érudition étincelante, fondée sur une « lecture croisée de Lacan et de Maïmonide[2][2] L’auteur a publié un « Maïmonide », en 1998 (Paris,...
suite », par laquelle il complète (compense ?) l’exégèse de la Bible par Jacques Lacan par l’exégèse de l’œuvre du plus illustre des psychanalystes français on serait tenté d’ajouter, comme André Gide à propos de Victor Hugo poète (qu’il est arrivé, à Jacques Lacan, de comparer à Homère), hélas !
61 En somme, s’il est vrai que chacun a sa névrose, la névrose de Jacques Lacan ne s’appellerait-elle pas, « le judaïsme » ?
62 Marcel Turbiaux
Notes
[1] Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le judaïsme. 
[2] L’auteur a publié un « Maïmonide », en 1998 (Paris, Les Belles-Lettres).
TITRES RECENSÉS
- Arnaud (Robert), La folie apprivoisée, l’approche unique du Professeur Collomb pour traiter la folie, Paris, De Vecchi, 2006, 414 pages
- Bergès Bounes (Marika), Calmettes-Jean (Sandrine), La culture des surdoués ? (ouvrage collectif), Ramonville, Éditions Érès, 2006
- Haddad (Gérard), Le péché originel de la psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, 2007
POUR CITER CET ARTICLE
« À travers les livres », Bulletin de psychologie 2/2007 (Numéro 488), p. 181-186.
URL : www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2007-2-page-181.htm.
DOI : 10.3917/bupsy.488.0181.




