2001
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau
Prévention de la chronicité en psychosomatique : approche systémique de l’asthme infantile
L. Onnis
[1]
A. Di Gennaro
[1]
G. Cespa
[1]
R.C. Dentale
[1]
P. Benedetti
[1]
F. Forato
[1]
F. Maurelli
[1]
L. Businco
[2]
C. Vazzoler
[2]
L. Bernardini
[2]
F. Sera
[3]
Les auteurs présentent une recherche destinée à vérifier l’utilité d’un
traitement intégré, multidisciplinaire et orienté dans une perspective systémique,
pour l’amélioration de la symptomatologie et dans la prévention de la chronicité de
l’asthme infantile.
Vingt enfants souffrant d’asthme bronchial ont été divisés en deux groupes :
un groupe expérimental qui a reçu un traitement pharmacologique et une
psychothérapie familiale, et un groupe contrôle qui a bénéficié uniquement d’une
thérapie pharmacologique. L’évaluation de l’efficacité des différentes interventions
a été établie tant sur base des paramètres cliniques que relationnels.
Les résultats montrent que les patients du groupe expérimental présentent
une amélioration clinique (réduction des crises asthmatiques et de la thérapie
pharmacologique) nettement supérieure à celle du groupe contrôle.
L’étude de validité statistique confirme la signification des résultats.Mots-clés :
Asthme, Chronicité, Traitement intégré, Thérapie familiale, Approche systémique.
Authors present a research focused on testing the value of an integrated,
multidisciplinary and systems oriented therapeutic intervention aimed at improving
clinical symptoms and preventing chronicity of infantile asthma.
Twenty children suffering from chronic bronchial asthma were divided into
two groups : an experimental group, which received pharmacological treatment
and family psychotherapy and a control group which received only pharmacological
treatment. Outcome has been measured in regard to two sets of parameters: clinical
parameters as well as relational parameters.
The obtained results indicate a clear improvement of the symptoms (reduction
of the number of the crisis and of the pharmacological treatment ) in the patients of
the experimental group compared with the control one.
The statistical validation confirms the significance of the results.Keywords :
Asthma, Chronicity, Integrated treatment, Family therapy, Systemic approach.
1. Prémisses théoriques : des modèles
réductionnistes à une optique de la complexité
Dans la maladie psychosomatique, de manière encore plus évidente
que dans les autres formes de souffrance humaine, la co-participation d’une
multiplicité de composantes émerge : biologiques, psychologiques,
interpersonnelles, environnementales. Pourtant, la plupart des modèles qui
ont été appliqués à la psychosomatique sont influencés par les tendances
dichotomiques d’inspiration cartésienne qui caractérisent notre culture, et
ont fragmenté le phénomène psychosomatique en le réduisant à une seule de
ses parties.
Mais dans ces modèles réductionnistes, la maladie psychosomatique
ne trouve ni des hypothèses interprétatives adéquates, ni des résultats
cliniques satisfaisants, puisque dans un grand pourcentage des cas, le trouble
évolue vers la chronicité. En effet, une de nos recherches précédentes (Onnis,
1989; Onnis et al., 1985; 1986) orientée dans une perspective systémique,
avait mis en évidence deux aspects fondamentaux :
- D’une part l’existence de corrélations significatives et importantes
entre le symptôme psychosomatique et les réactions psycho-émotionnelles du patient, et entre ces dernières et les caractéristiques
typiques de son système d’appartenance – la famille – tant en ce qui
concerne le niveau des relations observables [classables en quatre
modèles interactifs simultanément présents : l’enchevêtrement, la
surprotection, l’évitement du conflit et la rigidité, comme déjà indiqué
par Minuchin et al., 1978] qu’en ce qui concerne un niveau plus
profond et caché que nous pourrions appeler « mythique », qui
renvoie souvent à une histoire trigénérationnelle.
- D’autre part l’absence, dans les prestations thérapeutiques offertes
habituellement par les services d’assistance, d’interventions destinées
à affronter ces composantes psycho-émotionnelles et relationnelles
qui caractérisent le système familial; la tendance, en fait, à négliger
un tel contexte et à « réduire » encore une fois le trouble
psychosomatique à sa seule composante biologique, en se limitant à
traiter cette dernière.
Cette première recherche qui reportait le thérapeute à l’intérieur de
son champ d’observation [selon les indications de ce que von Foerster ( 1981)
appelle « Cybernétique de second ordre »] soulignait donc l’influence d’une
intervention thérapeutique réductionniste comme facteur potentiel de
chronicité. Elle se concluait par une question : l’ainsi dite « intraitabilité »
des troubles psychosomatiques n’est-elle pas en réalité, un « manque de
traitement », l’« incurabilité » n’est-elle pas plutôt une « absence de cure »
(Onnis, 1988a)?
Cette interrogation ouvrait la voie vers une nouvelle recherche qui
s’est à peine conclue : la tentative d’élaborer une stratégie thérapeutique plus
articulée qui consente d’arrêter et, si possible, de prévenir l’évolution
chronique aussi fréquente dans les troubles psychosomatiques.
Il nous paraissait essentiel qu’une telle stratégie se base non pas sur
des modèles réductionnistes de type linéaire, mais sur des modèles
d’orientation systémique dont les principes de circularité qui les inspirent
proposent immédiatement l’émergence d’une corrélation de toutes les
composantes en jeu dans le phénomène psychosomatique.
L’approche systémique à laquelle nous faisons référence ne doit donc
pas être vue comme une « technique de thérapie familiale », ce qui retomberait
directement dans le réductionnisme; elle prend plutôt le sens d’une orientation
méthodologique qui permet de retrouver les connexions entre des multiples
niveaux systémiques, qui restitue à la maladie psychosomatique la
caractéristique de point d’intersection entre facteurs biologiques et
psychosociaux, et qui donc lui permet de réacquérir la physionomie d’une
« réalité » complexe. En ce sens alors, l’approche systémique ouvre la voie
vers une optique de la complexité (Morin, 1977).
C’est cette optique de la complexité qui a, en particulier, inspiré notre
recherche.
Deux aspects essentiels en dérivent en effet (Onnis, 1988b, 1989).
Un premier aspect est que cette optique propose une vision de la réalité
humaine comme une articulation complexe de niveaux multiples qui se
présentent comme complémentaires et en corrélation entre eux. Elle marque
donc le passage d’une logique d’oppositions disjonctives de type ou/ou
(biologique ou psychologique, individuel ou familial) typique des modèles
réductionnistes, à une logique d’intersections dialectiques de type et/et
(biologique et psychologique, individu et famille, famille et milieu).
Mais de cette optique de la complexité dérive également un second
aspect, tout aussi essentiel : ces multiples niveaux dont se compose la réalité
humaine, sont non seulement articulés et complémentaires, mais chacun
d’eux présente une autonomie irréductible. Maturana & Varela ( 1980),
parlent de cette « autonomie » comme d’une des propriétés essentielles des
systèmes vivants.
En ce qui concerne le trouble psychosomatique, une optique de la
complexité présuppose alors, qu’il serait le résultat de la corrélation de
multiples composantes– biologiques, psycho-émotionnelles, relationnelles,
familiales – mais qui chacune, conserve aussi une spécificité et autonomie
propre et peut donc nécessiter d’une modalité d’intervention spécifique.
Quelle influence ces considérations théoriques ont-elles, sur
l’élaboration d’une stratégie thérapeutique qui se veut non réductionniste ?
Il nous semble évident que si l’on veut donner une réponse thérapeutique
non réductionniste à un phénomène complexe comme la maladie
psychosomatique, cette réponse thérapeutique ne peut être
qu’interdisciplinaire; il est donc nécessaire de prévoir une co-présence et
une co-participation de figures professionnelles multiples comme le médecin
(ou le pédiatre), le psychologue, le thérapeute familial.
Ce sont ces prémisses théoriques qui ont inspiré notre recherche
actuelle.
2. Aspects psychosociaux et thérapeutiques
de l’asthme
Comme dans la recherche précédente (Onnis, 1988a, 1989; Onnis et
al., 1985,1986), le trouble psychosomatique que nous avons choisi pour
effectuer notre enquête est l’asthme infantile. Deux types de motifs au moins
justifient un tel choix.
Avant tout, l’asthme bronchial est, encore aujourd’hui, la maladie à
caractère chronique la plus fréquente pour les patients d’âge pédiatrique [ 5-10% dans les pays à haut développement économique selon Burr et al
( 1989)] et présente tant un accroissement de l’incidence que de la mortalité
[ Elliot ( 1983), Benatar ( 1986) indiquent un risque fatal élevé, de l’ordre de
1-2% dans les formes sévères d’asthme].
En second lieu, alors qu’il existe de nombreuses recherches qui
traitent de l’influence des facteurs psychosociaux sur l’asthme et sur son
évolution, celles qui sont centrées sur les aspects thérapeutiques et sur
l’évaluation contrôlée des résultats obtenus par l’utilisation d’une approche
systémique, sont plutôt rares.
En ce qui concerne l’importance des composantes psycho-émotionnelles dans l’apparition des crises asthmatiques, les travaux sont
nombreux et documentés : Purcell et al. ( 1969) soulignent l’influence des
réactions anxieuses du patient, en particulier en coïncidence avec des
événements de séparation du noyau familial; Miller ( 1987) met en évidence
des états dépressifs, Godfrey & Silverman ( 1973) relèvent que des facteurs
émotionnels sont souvent responsables de l’aggravation et de la persistance
de l’asthme; d’autres études rétrospectives mettent en évidence le rôle joué
par les composantes psychologiques et psychosociales méconnues dans de
nombreux cas d’asthme dont l’issue fut fatale (Fritz et al., 1987; Strunck,
1984).
Il existe également une ample littérature sur l’influence des dynamiques
familiales : Minuchin et al., ( 1978) mettent en évidence que, dans les
familles des patients souffrant d’asthme chronique grave, on peut identifier
des patterns d’interactions redondants et dysfonctionnels, classifiés dans les
catégories de l’enchevêtrement, de l’hyperprotection, de la rigidité et du
manque de résolution des conflits. Les données de cette recherche importante
et pionnière ont été confirmées successivement par les études d’Onnis et al.,
( 1986) et de Gustafson et al., ( 1987).
Di Blasio et al., ( 1990) ont mis en évidence, même dans les familles
de patients dont l’asthme est modéré, la présence de dynamiques
dysfonctionnelles qui empêchent une utilisation positive des ressources pour
affronter la maladie.
Plus récemment, Wamboldt et al. ( 1995) ont souligné l’importance
des traumatismes psychologiques subis dans le passé par les parents d’enfants
présentant des formes graves d’asthme : l’impact de la maladie de l’enfant
provoquerait une ré-exacerbation du traumatisme et induirait des réactions
anxieuses dont l’influence serait négative sur le patient.
En ce qui concerne le travail thérapeutique avec les familles, et la
vérification des résultats, les recherches contrôlées et méthodologiquement
rigoureuses sont plutôt rares : des études cliniques de cas, souvent conduites
brillamment (Liebman et al., 1974; Gustafsson et al. 1986 ), mais les travaux
qui, sous le profil méthodologique, permettent une évaluation des résultats
sont bien peu nombreux; une des rares recherches controlées est celle de
Lask & Matthew ( 1979) qui ont soumis un groupe expérimental de patients
asthmatiques à des séances de thérapie familiale et ont obtenu une amélioration
des conditions respiratoires des patients qui n’était pas vérifiable dans le
groupe contrôle (ces résultats sont significatifs si on tient compte que
l’intervention en famille, limitée à six heures sur une période de quatre mois,
avait plus les caractéristiques d’une consultation que celles d’une thérapie
proprement dite).
En outre, les travaux qui explorent l’utilité d’une approche intégrée,
comprenant la collaboration interdisciplinaire entre médecin et
psychothérapeute sont très rares. Bien que le manque d’efficacité des
interventions exclusivement médico-biologiques pour les cas d’asthme
grave, ait été démontré, celles-ci finissant au contraire par devenir un facteur
potentiel de chronicité (Onnis et al., 1986; Onnis, 1988a; Town, 1994), peu
d’études ont vérifié l’efficacité d’une stratégie thérapeutique intégrée qui
associerait la compétence des diverses figures professionnelles. Weinstein
et al. ( 1971) soulignent l’utilité d’un travail intégré entre pédiatre et
psychologue ou psychiatre dans le traitement des patients asthmatiques
hospitalisés, avec l’objectif de réduire la fréquence des hospitalisations :
l’intervention sur la famille est de type psycho-éducationnel et se limite
exclusivement à améliorer la compliance des parents. Godding et al., ( 1997)
décrivent une expérience intéressante de co-consultation menée conjointement
par un pédiatre et un neuropsychiatre infantile, avec des enfants asthmatiques
graves et leurs familles ; ils considèrent que ce traitement intégré donne une
dimension bio-psycho-sociale à la maladie, améliore les résultats
thérapeutiques, et prévient les hospitalisations successives. Mais cette
recherche, comme la précédente, n’est pas validée par une évaluation de
contrôle.
Dans notre recherche, nous essayons de combler cette lacune. Nous
avons tenté de vérifier l’utilité d’une approche intégrée d’orientation
systémique dans le traitement des formes chroniques d’asthme, en comparant
ces résultats avec ceux d’un échantillon contrôle.
Nous exposerons maintenant de manière détaillée les hypothèses, la
méthodologie et les résultats de la recherche.
3. Hypothèses de la recherche
La recherche est, comme la précédente, le fruit d’une collaboration
entre le Service de Thérapie Familiale du Département des Sciences
Psychiatriques de l’Université « La Sapienza » de Rome et la Clinique
Pédiatrique de la même Université (en particulier le Centre pour les Maladies
Allergiques dirigé par le professeur Luisa Businco).
L’hypothèse de la recherche est, donc, qu’une approche thérapeutique
intégrée et multidisciplinaire qui aborde la maladie psychosomatique à une
multiplicité de niveaux systémiques, biologique, psycho-émotionnel,
relationnel-familial, est plus efficace qu’une intervention restrictive, médicopharmacologique, pour favoriser la guérison du trouble et en prévenir la
chronification.
A. Sélection des échantillons
En ce qui concerne la composition des échantillons, nous avons
sélectionné les 20 enfants les plus atteints de la population des patients (âge
variant entre 2 et 15 ans) souffrant d’asthme bronchial évalué comme
« chronique », qui étaient suivis au Centre d’Allergologie de la Clinique
Pédiatrique ( dirigé par le professeur Luisa Businco ). Nous devons préciser
qu’en accord avec les pédiatres, nous avons établi les critères suivants pour
définir la chronicité de l’asthme :
- incidence des crises aiguës en nombre égal ou supérieur à 5 par an;
- symptomatologie variable dans les périodes intercritiques ;
- réponse insatisfaisante aux traitements médicaux habituels : asthme
pour ainsi dire « intraitable » .
B. Protocole expérimental
Le protocole expérimental se compose de blocs randomisés : les 20
enfants atteints d’asthme bronchial chronique grave ont été regroupés en 10
« couples » homogènes composés chacun de deux unités expérimentales.
Les couples sont homogènes par rapport aux variables suivantes : sexe, âge
des enfants, composition du noyau familial et extraction sociale ( pour les
moyennes de telles variables voir tableau 1).
Deux traitements ont été assignés au hasard aux deux unités de chaque
couple expérimental, en obtenant ainsi deux groupes homogènes de 10
enfants chacun :
- les enfants du premier groupe ( échantillon expérimental) sont traités
par une thérapie pharmacologique établie par les pédiatres, associée
à une psychothérapie familiale pratiquée par le Service de Thérapie
- Familiale du Département des Sciences Psychiatriques et de Médecine
- Psychologique ;
- les enfants du second groupe (échantillon contrôle) reçoivent
exclusivement un traitement médicamenteux analogue à celui des
enfants de l’échantillon expérimental.
Les critères d’homogénéité des deux échantillons ont été les suivants :
sexe, âge des enfants, composition du noyau familial et extraction sociale
(pour les caractéristiques des échantillons voir tableau 1).
Tableau 1.
Caractéristiques d’homogénéité des échantillons
Tableau 1. Caractéristiques d’homogénéité des échantillons
Sexe
Âge
Composition noyau familial
Extraction sociale
50%M 50% F
de 6 à 13 ans (âge moyen 9 ans)
de 1 à 3 enfants (50 % avec enfants,
dans 2 cas présence des grands-parents)
moyen bas (dans 2 cas moyen haut)
C. Méthodes d’évaluation
En ce qui concerne la méthodologie d’évaluation des résultats, c’est
à dire l’évaluation du changement obtenu à la fin de la thérapie qui, dans
l’échantillon expérimental, associe le traitement pharmacologique à la
psychothérapie familiale, elle est effectuée selon deux ordres de paramètres :
-
paramètres cliniques, c’est à dire strictement liés au symptôme
asthmatique;
-
paramètres relationnels, c’est à dire référés aux dynamiques
interactives familiales.
En ce qui concerne les paramètres cliniques, l’évolution de la maladie
asthmatique est suivie à l’aide du relevé d’un « score » de gravité évalué
avant, durant et après la psychothérapie (les paramètres cliniques pris en
considération sont ceux qui indiquent habituellement un degré de gravité de
l’asthme; ils sont décrits dans le tableau 2 : parmi eux, nous avons donné une
importance particulière, en accord avec les pédiatres, à la fréquence des
crises et à la dépendance au traitement pharmacologique ).
Tableau 2.
Paramètres cliniques de gravité de l’asthme
Tableau 2. Paramètres cliniques de gravité de l’asthme
A. Fréquence des crises par an
B. Fréquence des hospitalisations et interventions d’urgence par an
C. Présence d’une réponse rapide aux broncho-dilatateurs (en 24-48 heures) sans
recours aux corticostéroïdes oraux
D. Présence de symptomatologie dans les périodes intercritiques
E. Interférence de la symptomatologie avec les activités journalières normales (jeu,
fréquentation scolaire)
F. Altération des radiographies du thorax dans les périodes intercritiques
G. Epreuves de fonctionnalité respiratoire (degré d’altération dans les périodes
intercritiques)
H. Positivité de l’asthme à l’exercice physique
En ce qui concerne les paramètres relationnels, les dynamiques
interactives de ces familles ont été cataloguées (suivant les caractéristiques
apparues dans la recherche précédente) en quatre modèles dysfonctionnels
qui, habituellement, coexistent :
-
l’enchevêtrement, c’est-à-dire la labilité des frontières entre les
individus et les générations, avec une tendance à l’intrusion dans les
espaces, non seulement physiques, mais aussi psycho-émotionnels de
chacun, ce qui limite fortement l’autonomie;
-
la surprotection, c’est à dire l’habitude constante des membres de la
famille à se manifester réciproquement sollicitude, préoccupation et
soin ;
-
l’évitement du conflit, c’est-à-dire la tendance à ne pas expliciter ou,
en tout cas, à ne pas résoudre les tensions conflictuelles, par rapport
auxquelles le symptôme asthmatique agit, souvent, comme un
mécanisme homéostatique de couverture et donc de protection
implicite;
-
la rigidité, qui consiste en la redondance avec laquelle ces modèles
interactifs dysfonctionnels tendent à se répéter; ce qui justifie cette
image stéréotypée de « pseudo-harmonie » que ces familles proposent
d’elles-mêmes, ainsi que la négation nette de n’importe quel autre
problème qui ne concerne pas la maladie de l’enfant.
Certains de ces paramètres relationnels, en particulier la surprotection
et l’évitement du conflit, ont été subdivisés en sous-paramètres, par commodité
d’analyse et d’étude, comme l’indique le tableau 3.
Tableau 3.
Paramètres relationnels indicatifs des dynamiques familiales
Tableau 3. Paramètres relationnels indicatifs des dynamiques familiales
dysfonctionnelles
A. Enchevêtrement
B. Surprotection de type 1 : requête de surprotection
C. Surprotection de type 2 : offre de surprotection
D. Évitement du conflit de type A: évitement absolu du conflit
E. Évitement du conflit de type B: suppression précoce du conflit émergé
F. Évitement du conflit de type C: conflit émergé mais non résolu
G. Rigidité
Évaluation par la méthode des tâches familiales: Wytwyck Family Task, modifié.
Tous ces paramètres relationnels ont été soigneusement testés, codifiés
et quantifiés par la méthode des tâches familiales [version Wyltwick Family
Task (Onnis et al., 1985) que nous avons modifiée] administrées aux
familles de l’échantillon expérimental avant et après la psychothérapie
familiale.
En essayant de standardiser autant que possible le parcours
thérapeutique, chaque famille de l’échantillon expérimental a été soumise à
un cycle de 10-15 séances de thérapie familiale avec une fréquence
hebdomadaire, pendant 3-4 mois.
Dans le même laps de temps, les patients correspondants à l’échantillon
contrôle, suivis uniquement par traitement médicamenteux, ont été soumis,
avec le même rythme et les mêmes intervalles, à l’évaluation des paramètres
cliniques indiqués.
Nous avons prévu que les résultats seraient vérifiés lors d’un followup à 6 mois, à 1 an et à 2 ans de distance.
D. Le modèle de thérapie familiale utilisé
Nous n’avons pas standardisé le protocole thérapeutique, ce qui nous
semblait trop rigide par rapport aux exigences de flexibilité que chaque
situation thérapeutique spécifique requiert, mais nous avons toujours articulé
le processus thérapeutique en 3 phases :
-
Phase initiale : le travail structural. Dans la phase initiale nous
recueillons habituellement des informations sur l’aire symptomatique
et sur les modalités avec lesquelles la famille s’est organisée autour
d’elle. Nous explorons les modèles interactifs familiaux et appliquons
des interventions structurelles, qui tendent à renforcer les limites entre
sous-systèmes générationnels et entre individus, et à limiter les
processus de triangulation du patient.
-
Phase intermédiaire : le travail avec les « sculptures du temps ».
- Dans la phase intermédiaire ( 5e - 6e séances), nous introduisons
l’utilisation thérapeutique du langage analogique, qui est plus semblable
au langage non verbal du symptôme et aux modalités de communication
de la famille. Nous utilisons le modèle des sculptures du « présent »
et du « futur » que nous avons élaboré (Onnis et al., 1990 , 1994,1988c).
- Celles-ci explorent la dimension diachronique du temps familial en
mettant en évidence le bloc évolutif de la famille, laquelle est
accrochée de manière rigide à des « mythes d’unité » qui rendent
difficiles, jusqu’à les empêcher, les processus d’autonomisation et de
croissance.
-
Phase finale : le travail sur les sous-systèmes et les histoires
trigénérationnelles. Dans la phase finale de la thérapie, nous travaillons
séparément avec les deux sous-systèmes des enfants et des parents.
- Avec ce dernier en particulier, nous reconstruisons les histoires
trigénérationnelles, à la recherche d’événements qui peuvent avoir
favorisé le bloc évolutif familial (Onnis et al., 1990,1994). Nous
renforçons la cohésion des parents et tentons également de favoriser
une définition plus claire de la relation conjugale, par le biais
l’explicitation et la résolution des conflits voilés et non écoutés.
La recherche s’est terminée récemment. Les résultats complètent
ceux que nous avions obtenus de façon préliminaire ailleurs (Onnis et al.,
1993; Onnis, 1994), même s’il manque encore la totalité des évaluations
catamnestiques, lesquelles n’ont été effectuées (dans les trois temps prévus)
que dans sept des dix cas traités.
Mais, dans tous les cas suivis, nous avons obtenu à l’aide de la
psychothérapie, une modification des modèles dysfonctionnels d’interactions
familiales, qui se manifeste par une amélioration des paramètres relationnels.
Cette progression est accompagnée d’une rémission significative des
manifestations asthmatiques, décelable dans l’amélioration des paramètres
cliniques, ce qui confirme notre hypothèse initiale; la rémission n’a pas été
constatée (du moins dans les mêmes proportions) parmi les cas contrôles
traités uniquement par médicaments. Ceci apparaît nettement dans les
tableaux relatifs aux cas traités de 1 à 10.
Analysons les résultats de manière plus détaillée : les tableaux A 1/
A 10 montrent comment, dans toutes les familles traitées par thérapie
familiale, les paramètres relationnels évalués avec la méthode des tâches
familiales avant et après la thérapie, présentent une nette amélioration.
Les tableaux B 1/B 10 mettent en évidence qu’à ces paramètres
relationnels correspond, chez tous les patients traités par thérapie familiale
et pharmacologique ( expérimentaux), une réduction de la fréquence des
crises asthmatiques, réduction qui, au contraire, chez les patients du groupe
contrôle, se vérifie en bien moindre mesure, dans la même période de temps.
En outre, les tableaux C 1/C 10 montrent qu’au terme de la
psychothérapie familiale, les cas expérimentaux peuvent voir se réduire la
thérapie pharmacologique ; au contraire, dans les cas contrôles
correspondants, la quantité nécessaire de médicaments ne se modifie presque
pas.
Les cas traités ont déjà été soumis à un follow-up au bout de 2 ans pour
les sept premiers, d’un an pour les trois autres et la catamnèse indique une
stabilisation des améliorations obtenues.
L’analyse statistique des données a été réalisée avec le programme
SPSS/Windows.
Dans le groupe expérimental, pour chacun des paramètres relationnels,
la comparaison entre la distribution avant et après la thérapie a été réalisée
à partir du test non paramétrique de Wilcoxon pour les échantillons appariés.
Le tableau 4 met en évidence une amélioration statistiquement significative
pour tous les paramètres (p<0,05).
Tableau 4
Variable
Tableau 4
Variable
Enchevêtrement
Surprotection type 1
Surprotection type 2
Évitement du conflit type
Évitement du conflit type
Évitement du conflit type
Rigidité
Avant la thérapie
Moyenne
39,3
7,8
10,3
2,4
7,3
15,4
32,6
Après la thérapie
Moyenne
21,5
2,0
3,6
0,2
1,8
6,5
13,4
Wilcoxon rank test
P-Value
0,001
0,005
0,005
0,028
0,001
0,007
0,005
Nous avons utilisé le test non paramétrique de Mann-Whitney pour
échantillons indépendants afin de comparer les résultats du groupe
expérimental avec ceux du groupe contrôle, tant avant qu’après la thérapie,
par rapport aux deux paramètres qui décrivent la gravité du cadre clinique
(fréquence des crises asthmatiques et dépendance du traitement
pharmacologique ).
Le tableau 5 montre la comparaison entre le groupe expérimental et le
groupe contrôle par rapport aux paramètres qui définissent le cadre clinique,
avant et après la thérapie. Avant la thérapie, il n’existe pas de différence
significative tant par rapport au nombre de crises asthmatiques ( 6,4 envers
6,1 p=0,350) que par rapport au paramètre qui décrit la dépendance aux
médicaments ( 4,6 envers 4,5 p=0,661) ; après la thérapie, le groupe
expérimental présente un cadre clinique nettement meilleur, avec un nombre
de crises d’asthme plus bas ( 1,2 contre 4,6 p=0,000) et un paramètre qui
décrit la dépendance aux médicaments plus bas ( 0,9 contre 3,7 p=0,001). La
différence est statistiquement significative.
Tableau 5
Variables
Tableau 5
Variables
Nb. crises
Indice de
traitement
pharmaco-
logique
Avant la thérapie
Groupe Groupe Mann expérim. contrôle Whitney test
N=10 N=10 P-value
Moyenne Moyenne
6,4 6,1 0,350
4,6 4,5 0,661
Après la thérapie
Groupe exp Groupe Mann N=10 contrôle Whitney test
Moyenne N=10 P-value
Moyenne
1,2 4,6 0,000
0,9 3,7 0,001
Ces résultats confirment, avant tout, la corrélation entre la persistance
du trouble asthmatique et l’influence de certaines dynamiques interactives
dysfonctionnelles typiques observables dans la famille, corrélation qui avait
déjà été mise en évidence dans notre recherche précédente, mais qui peut
maintenant, être clairement éclaircie, comblant ainsi une carence
méthodologique des recherches systémiques précédentes, relevée par Wood
( 1993).
Ces résultats semblent donc plaider en faveur d’un travail
psychothérapeutique avec la famille nucléaire dans les cas d’asthme chronique.
Il reste pourtant nécessaire de se poser une question : pouvons-nous
affirmer que la clé de voûte des résultats obtenus est l’efficacité de la thérapie
familiale ?
Nous croyons qu’évaluer les résultats en ces termes signifie, de
nouveau, tomber dans une approche réductionniste.
Nous pensons au contraire, que ce qui a influencé positivement les
résultats thérapeutiques, n’est pas seulement le travail avec le système
familial, mais plutôt l’intégration entre la psychothérapie familiale et le
traitement médico-pharmacologique, la collaboration des compétences du
psychothérapeute avec celles du pédiatre.
Dans notre expérience du reste, il est très difficile qu’une psychothérapie
puisse être efficacement menée si le pédiatre, qui reste le référent principal
de la famille, ne croit pas à son utilité, c’est-à-dire s’il n’existe pas cette
confiance réciproque et une coopération réelle qui se créent dans une longue
habitude de travail en commun [ voir sur cet aspect les considérations très
claires de Bloch ( 1988) ].
Voilà pourquoi dans notre pratique professionnelle, nous avons pris
l’habitude d’inviter le pédiatre (ou l’interniste) à la première séance de
thérapie familiale : c’est lui qui présente le patient et la famille, qui nous
informe des caractéristiques et du décours de la maladie, qui explique
pourquoi il considère opportun d’explorer une autre sphère, celle émotionnelle
et psychologique qui, avec la composante biologique, peut concourir au
développement et à la persistance de la maladie.
Et c’est justement dans la présence simultanée des deux figures
professionnelles qu’on transmet à la famille l’idée de la continuité de leur
travail respectif. A cela s’ajoute également une communauté de langage
fréquente, même si elle se traduit dans des acceptions métaphoriques
différentes, propres aux deux disciplines : ainsi, le pédiatre parle de « réduction
des défenses » au sens immunologique, le psychothérapeute peut faire
allusion à une réduction des défenses et des limites dans un sens psycho-relationnel.
Mais surtout, à travers ces modalités, on transmet implicitement à la
famille un message essentiel : soma et psyché ne sont pas des entités séparées
et non communicantes, mais s’intègrent l’un dans l’autre et se présentent
sous forme d’une unité.
Toutes les indications de la recherche soulignent donc de nouveau, et
confirment l’importance absolue d’une stratégie interdisciplinaire qui ne
reste pas seulement théorique, mais se transforme en pratique réelle.
Mais de quelle interdisciplinarité s’agit-il ? Elle ne peut certainement
pas être une simple mosaïque d’orientations ou de compétences qui continuent
à procéder séparément en renvoyant, dans la meilleure des hypothèses, à un
« lieu » artificiel de synthèse qui, s’il prétend être « omnicompréhensif »,
retombe inévitablement dans le réductionnisme.
Cette interdisciplinarité doit, au contraire, se proposer comme une
articulation dialectique de points de vue multiples, une articulation et une
intégration qui doit, certes, se fonder sur une méthodologie partagée, qui
pourrait utilement être systémique.
Mais ce discours en appelle immédiatement un autre : cette forme
d’interdisciplinarité peut se réaliser uniquement, si elle est garantie par une
formation adéquate des intervenants : si ils sont formés à maintenir ces
ouvertures interdisciplinaires et à éviter de tomber dans le piège de ces
« idées soporifiques » dont parle Bateson ( 1972), c’est-à-dire dans la rigidité
de leurs propres modèles mentaux.
En effet la chronicité rigide de leurs façons de penser et d’agir, est
souvent dramatiquement isomorphe à la chronicité des troubles qu’ils sont
appelés à soigner.
EXPERIMENTAL N. 1
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 66 46
B) SURPROTECTION Type 1 23 2
C) SURPROTECTION Type 2 21 0
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 1 1
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 7 4
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 27 5
G) RIGIDITÉ 56 3
EXPERIMENTAL N. 3
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 49 40
B) SURPROTECTION Type 1 3 0
C) SURPROTECTION Type 2 37 15
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 0 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 7 0
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 29 10
G) RIGIDITÉ 44 12
EXPERIMENTAL N. 2
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 25 13
B) SURPROTECTION Type 1 4 0
C) SURPROTECTION Type 2 4 2
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 1 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 9 1
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 0 2
G) RIGIDITÉ 13 5
EXPERIMENTAL N. 5
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 27 12
B) SURPROTECTION Type 1 3 0
C) SURPROTECTION Type 2 7 2
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 4 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 7 2
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 10 7
G) RIGIDITÉ 11 5
EXPERIMENTAL N. 4
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 53 16
B) SURPROTECTION Type 1 12 2
C) SURPROTECTION Type 2 4 1
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 11 1
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 6 3
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 11 2
G) RIGIDITÉ 22 3
EXPERIMENTAL N. 7
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 28 13
B) SURPROTECTION Type 1 3 0
C) SURPROTECTION Type 2 4 1
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 2 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 10 0
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 21 11
G) RIGIDITÉ 30 14
EXPERIMENTAL N. 6
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 55 37
B) SURPROTECTION Type 1 22 13
C) SURPROTECTION Type 2 14 11
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 3 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 9 5
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 16 9
G) RIGIDITÉ 56 40
EXPERIMENTAL N. 9
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 43 23
B) SURPROTECTION Type 1 2 0
C) SURPROTECTION Type 2 3 1
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 0 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 8 3
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 17 12
G) RIGIDITÉ 47 29
EXPERIMENTAL N. 8
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 21 8
B) SURPROTECTION Type 1 3 2
C) SURPROTECTION Type 2 5 1
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 2 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 4 0
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 14 6
G) RIGIDITÉ 33 22
EXPERIMENTAL N. 10
PRÉ-THÉRAPIE POST-THÉRAPIE
A) ENCHEVÊTREMENT 26 7
B) SURPROTECTION Type 1 3 1
C) SURPROTECTION Type 2 4 2
D) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type A 0 0
E) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type B 6 0
F) ÉVITEMENT DU CONFLIT Type C 9 1
G) RIGIDITÉ 14 1
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[1]
Département des Sciences Psychiatriques et de Médecine Psychologique, Université
« La Sapienza », Rome
[2]
Clinique Pédiatrique, Université « La Sapienza », Rome.
[3]
Institut Dermopathique de l’Immaculée (IDI), Service d’Epidémiologie Clinique,
Rome.