2001
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau
Enfant, famille et psychothérapie Introduction
Edith Goldbeter-Merinfeld
[1]
Dans ce numéro, nous avons voulu parcourir les modèles d’intervention
et de recherche que proposent des thérapeutes familiaux actuels dans le
domaine allant de la petite enfance à la fin de l’adolescence.
Avant d’entrer dans le contenu de ce numéro, nous souhaitons évoquer
quelques moments clés du travail conjoint parents/enfants dans l‘histoire de
notre champ.
Voici une anecdote qui nous semble intéressante : Lyman Wynne
[2]
raconte que c’est après avoir visité la clinique de Tavistock (Londres) dans
les années 1952-53, et y avoir rencontré Bowlby qui travaillait alors sur le
concept d’attachement, que John Bell, de retour à Palo Alto, a introduit le
travail avec les familles sur la côte ouest des États-Unis. Il semblerait qu’il
ait été mal informé sur le travail de Bowlby qui, lui-même, ne fit qu’imaginer
une intervention portant sur l’ensemble de la famille.
Selon Gurman & Kniskern ( 1991), c’est à partir de cette mésinformation
que Bell décida de tenter l’expérience avec un garçon de 13 ans qui avait été
exclu de son école à cause de « problèmes comportementaux violents ». Il
rencontra l’enfant avec ses deux soeurs et ses parents, et se rendit vite compte
que « le problème de base impliquait l’unité familiale toute entière », et que
« c’est avec cette unité entière » qu’il fallait travailler. Suite à cela, Bell a
souvent été désigné comme le « père de la thérapie familiale » (Bell, 1961).
Au début de l’année 1953, il fit un premier compte-rendu devant des
collègues psychologues, décrivant l’utilité de la nouvelle approche familiale
dans ce cas et dans neuf autres situations (selon Gurman & Kniskern, 1981).
Malheureusement, le texte présenté à cette occasion ne fut jamais publié.
D’un autre côté, le pédopsychiatre psychanalyste Nathan Ackerman
tenta très tôt d’intégrer ses observations dans un travail clinique original
(Ackerman, 1938).
En 1937, Nathan Ackerman était psychiatre chef de la Child Guidance
Clinic à Topeka (Kansas), et dès le milieu des années 40, il concevait qu’un
psychiatre puisse voir les familles, ce qui jusque-là avait été réservé aux
assistants sociaux. Il utilisait cette pratique dans sa consultation privée et
découvrit ainsi indépendamment de Bowlby, qu’un entretien familial pouvait
constituer une aide exceptionnelle pour sortir d’une impasse avec un enfant
difficile ( cf. Gurman & Kniskern, 1991). Il commença à voir la famille
comme une unité en soi à laquelle on pouvait attribuer un diagnostic et un
traitement (Ackerman, 1958) et se mit à envoyer les membres de son équipe
en visite à domicile, pour étudier les familles ( cf. Guérin, 1976).
Dès 1952, la plupart de ces pionniers avaient intégré à leur pratique la
thérapie familiale conjointe en tant qu’approche thérapeutique, et en 1961,
ils se rencontrèrent et constituèrent un corps pour préparer le premier livre
de référence donnant l’état des lieux de ce nouveau domaine (Ackerman,
Beatman & Sherman, 1961) et pour fonder une revue scientifique qui parut
pour la première fois en 1962 sous le titre de Family Process.
Ackerman influença de nombreux thérapeutes, dont Israel Zwerling
pour qui il fut consultant dans son équipe de l’Albert Einstein Medical
School, et Salvador Minuchin lorsque ce dernier vint travailler à la Wiltwyck
School de New York et entreprit ses recherches sur les familles d’adolescents
délinquants issus de milieu défavorisés (Minuchin et al., 1967; Goldbeter,
1995).
Créant le modèle structural, le pédopsychiatre Minuchin poursuivit ses
réflexions sur les caractéristiques familiales concomitantes à la présence de
symptômes psychosomatiques chez leurs enfants (Minuchin, 1974; Minuchin
et al., 1978). Il recadre par exemple l’enfant porteur d’un symptôme
anorexique comme un « enfant rebelle » qui détient le pouvoir que les
parents, divisés dans leurs fonctions parentales, n’arrivent pas à conserver
(Minuchin et al., 1978). Il proposera dès lors d’aider les parents à récupérer
la direction exécutive de la famille, ce qui favorisera la disparition du
symptôme de l’enfant/adolescent.
Très proche de Salvador Minuchin au début, Jay Haley a également été
intéressé par les adolescents, mais il a proposé un modèle différent (modèle
stratégique). Selon cet auteur, comme on observe que l’enfant-problème
stabilise la dyade conjugale, l’unité de base en thérapie familiale devrait être
les parents et l’enfant. Il ajoute qu’en thérapie de couple, tout se passe comme
si le thérapeute prenait la place de l’enfant et stabilise ainsi la dyade
conjugale (Haley, 1976, pp. 153-154).
Il est à remarquer qu’avec une réflexion assez proche au départ,
Maurizio Andolfi aboutit de son côté à la conclusion que les enfants
devraient participer aux thérapies de couple, leur place dans la famille leur
permettant d’être des consultants efficaces (comme nous le verrons aussi
dans l’article qu’il propose dans ce cahier), apportant une aide précieuse au
thérapeute (Andolfi & Haber, 1994, pp. 83-88).
Dans le prolongement de l’approche stratégique de Haley, lequel
insiste sur l’importance de restaurer dans la famille une pyramide de pouvoir
cohérente, Cloé Madanes souligne l’importance du respect de la hiérarchie
intra-familiale, en particulier avec les adolescents (Madanes, 1981).
Mara Selvini-Palazzoli et ses collègues ( 1978) ont abordé également
les problématiques d’enfants et d’adolescents, soit psychotiques soit présentant
des troubles alimentaires. Cette équipe intervenait au niveau du système
familial au complet, avec l’objectif d’en changer l’organisation relationnelle
à l’aide de connotations positives, de rituels familiaux et d’un recadrage
paradoxal du jeu familial en cours à l’issue de la séance ( cf. Selvini-Palazzoli, 1995). Dans un deuxième temps, avec l’aide d’une équipe
renouvelée (S. Cirillo, M. Selvini et A.M. Sorrentino), ces mêmes pathologies
d’enfants ou d’adolescents furent comprises comme étant « enracinées dans
les déceptions graves éprouvées par leurs parents », (Selvini-Palazzoli,
1995, p. 289; Selvini-Palazzoli et al., 1990). À partir de cette hypothèse,
Mara Selvini-Palazzoli élabora avec ses collègues un mode d’intervention
sensible aux jeux familiaux, reflets de ces blessures passées ; ces dernières
pouvaient être enfin identifiées et exprimées, permettant dès lors aux
familles de se dégager des frustrations anciennes.
D’autres auteurs actuellement se sont spécialisés dans les troubles
présentés par les enfants, notamment à Rome avec par exemple Andolfi,
Saccu, Nicolo, d’une part, Onnis et Cancrini d’autre part; outre les
contributions d’Andolfi et d’Onnis dans ce présent cahier, les lecteurs
gagneraient à consulter l’ouvrage de Mony Elkaïm ( 1995) pour élargir leur
information …
Lorsqu’on aborde l’enfant en famille, on est amené à réfléchir de façon
complémentaire à la fonction de parents et la manière dont se constitue le
triangle père/mère/enfant. Jusqu’ici, Elisabeth Fivaz-Depeursinge, Antoinette
Corboz-Warnery et leur équipe de Lausanne, avaient étudié les modes
d’interaction entre parents et bébé à différents âges de ce dernier, à l’aide de
la microanalyse (Corboz-Warnery, 1991; Stern & Fivaz-Depeursinge,
1997; Fivaz-Depeursinge & Corboz-Warnery, 1999).
Dans le texte qu’elles nous offrent ici, Antoinette Corboz-Warnery et
Elisabeth Fivaz-Depeursinge se penchent sur les effets possibles du type
d’alliance parentale sur le devenir de la familleà partir de l’observation de
la manière dont de futurs parents répondent à la consigne de jouer leur future
rencontre avec le bébé en utilisant une poupée. Cette tâche qui est filmée, fait
appel à leur créativité et met en jeu des émotions très profondes. Ces auteurs
suivent le protocole rigoureux qu’elles ont déjà détaillé ailleurs, dans son
application au triangle père/mère/enfant (Fivaz-Depeursinge & Corboz-Warnery, 1999). Elles aboutissent ici à la conclusion qu’il existe des
configurations interactives prénatales prédictives de l’alliance familiale.
Les travaux de Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery mettent les deux
parents (futurs ou actuels) sur le même plan : les pères et les mères se voient
proposés une série de tâches similaires, chaque membre du triangle étant
observé dans ses interactions avec les deux autres.
Lorsque que l’on travaille avec des familles à partir de problématiques
d’enfants ou d’adolescents, les parents, comme les thérapeutes, sont
inévitablement amenés à réfléchir aux composantes et au contenu de chaque
rôle parental et à la spécificité du modèle de coopération parentale (co-parentage) qu’ils créent ensemble.
Matteo Selvini (appartenant à l’école de Milan) s’interroge plus
spécifiquement sur l’évolution de la fonction de père au cours de ce siècle;
il souligne combien la thérapie familiale qui, à l’inverse de la psychanalyse
de l’après-guerre, tient compte de l’importance des pères puisqu’elle les
invite à collaborer au traitement, a en même temps pris en compte les
mutations de leur fonction et contribué à bousculer des rôles stéréotypés
préétablis.
Cet auteur discute des apports et des risques de ce type de changement,
tout en n’hésitant pas à s’impliquer personnellement en tant que nouveau
père confronté à des surcharges, et souffrant de l’absence de repères.
Si le rôle de père est une notion importante à redéfinir, l’identité
sexuelle de l’enfant ne s’établit pas nécessairement de façon simple et
évidente. Elle n’est pas seulement liée à une composante intra-psychique,
mais se construit dans les échanges intrafamiliaux. Rappelons à ce propos la
recherche publiée dans un cahier récent, sur le génogramme de patients
adultes, transsexuels ou présentant des dysphories de genre (Vermeilen,
Lallemand & Linkowski, 2000).
S’appuyant sur une lecture de la « carte des intimités » dans la famille,
Hervé Sitbon tente de cerner les éléments qui interviennent dans la
différenciation sexuelle de l’enfant. Il souligne que le sentiment subjectif
d’être un garçon ou d’être une fille se conçoit comme « l’acquisition d’une
croyance sur soi et la validation d’une appartenance ». Il aborde en particulier,
à l’aide d’un cas clinique, la thérapie d’un enfant souffrant d’un trouble de
l’identité de genre. Le sexe du thérapeute, indique-t-il, est également un
paramètre à prendre en considération dans l’approche de ce type de
problématique. Il propose un mode d’intervention orienté vers la recherche
d’un équilibre entre les différentes intimités reconnues dans la famille, avec
l’objectif de favoriser la différenciation sexuelle de l’enfant et de l’aider à se
sentir en harmonie avec son sexe de naissance.
Nous avons donc abordé jusqu’ici la manière dont les enfants prennent
place dans le triangle père/mère/enfant et l’émergence de leur identité
sexuelle. D’autres éléments contribuent à la construction de leur individualité :
la place qu’ils occupent dans leur fratrie. Rappelons ici que Sulloway ( 1999)
a publié les résultats d’une recherche très fouillée à propos de l’influence
prise par le rang de l’enfant dans sa fratrie, sur ses manières d’aborder la vie
ultérieurement.
Un autre ouvrage a traité de la fratrie dans les différentes dimensions
dont il est utile de tenir compte en thérapie (Tilmans-Ostyn & Meynckens-Fourez, 1999). L’un des auteurs ayant collaboré à ce dernier livre, Maggy
Siméon, aborde ici la difficulté d’assumer la place d’aîné lors des séparations
et recompositions de famille; elle tente de définir aussi une approche
thérapeutique qui aiderait à clarifier cette place après les changements
structuraux de la famille. Cet auteur souligne combien il est fondamental de
créer un espace de confiance au contenant très clair, pour maintenir un
engagement suffisant dans les processus thérapeutiques dont elle recommande
la brièveté, ce dernier aspect étant isomorphe au caractère instantané des
changements de rôle des aînés.
Maggy Siméon relève encore que « les aînés en souffrance et itinérants,
se soucient pour eux-mêmes et leur fratrie de la sécurité des lieux de vie et
des relations ». L’intervention thérapeutique devrait dès lors permettre le
transfert d’informations concernant les dispositions légales et les recours
possibles au réseau social, afin de rétablir des conditions de sécurité sur base
d’une anticipation d’un futur maintenant rendue possible et donc maîtrisable.
En même temps, il est important que l’enfant puisse vivre son enfance
quelles que soient les crises par lesquelles passent les familles. Andolfi
souligne d’ailleurs qu’un enfant est véritablement un enfant lorsqu’il n’a
plus besoin de penser pour ses parents, lorsqu’il n’est plus absorbé par ce
qu’ils font ou ne font pas, parce qu’alors, les adultes montent à « l’étage
supérieur » et l’enfant parle de sa voix propre (Andolfi & Haber, 1994, pp.
89). Toujours sensible au rôle joué par l’enfant dans les problématiques
familiales et de couple, cet auteur relève que l’expérience clinique montre
l’importance de l’enfant dans la vie relationnelle de la famille et par
conséquent sa place centrale dans la thérapie. En effet, les problèmes d’ordre
somatique ou psychologique de l’enfant vont motiver les parents à demander
une aide. Face à une crise conjugale ou à une séparation conflictuelle,
l’enfant devient souvent un arbitre, et de là, un interlocuteur d’extraordinaire
importance. Andolfi pointe également que dans les familles dites reconstituées,
adoptives ou d’accueil, les émotions, les vides existentiels, ainsi que les
espoirs des adultes, circulent autour de l’enfant. Ceci amène cet auteur à
penser que la collaboration active de l’enfant au travail thérapeutique,
représente la meilleure façon, d’une part, de prendre soin de lui, et d’autre
part, d’évaluer le degré de flexibilité du système envers le changement.
Valoriser l’enfant en thérapie a comme effet de restituer, indirectement,
compétence et responsabilité aux parents.
Il conclut en encourageant l’intervenant à penser l’enfant symptomatique
en tant que voie pour atteindre les dilemmes existentiels et évolutifs de la
famille. Ceci est une manière de reformuler un concept élaboré antérieurement
entr’autre par lui (Andolfi et al. 1985; Andolfi & Angelo, 1989; Andolfi,
1995) où l’enfant était considéré comme la porte d’entrée dans le système
familial et où il était considéré comme le régulateur du processus
thérapeutique.
Raymond Traube et Christine Progintentent de leur côté d’aborder les
problématiques d’enfants au cours de thérapies familiales en se référant aux
trois dimensions interactive, symbolique et éducative. Ils proposent, à l’aide
d’une illustration clinique, de se concentrer sur l’interaction particulière
entre l’enfant et le thérapeute, écho des interactions familiales conflictuelles,
sur les jeux psychodramatiques familiaux, reflets de l’histoire familiale, et
de s’appuyer sur l’encadrement du comportement de l’enfant, lié aux valeurs
familiales.
Ces auteurs soulignent qu’en mettant en évidence la pluralité des
niveaux à prendre en considération dans les suivis des enfants avec leurs
familles, ce type de prise en charge fait figurer l’enfant tout autant comme
sujet en développement, fille ou fils que des parents encadrent, que comme
patient dans un espace thérapeutique.
Yveline Rey et Jean-Paul Gaillard proposent un mode d’intervention
basé sur des concepts différents : l’esprit de famille et la conscience de soi.
Prenant appui sur leur étude de la phobie scolaire, ils pointent que dans de
tels cas, « attachement » et « exploration » s’avèrent incompatibles. Ils
soulignent que bien souvent, l’adolescent patient désigné, comme une
sentinelle, semble veiller à la bonne transmission d’un mythe familial. Ils
proposent une intervention basée sur un rituel thérapeutique, tel le blason
familial, qui permet de soutenir le sentiment d’appartenance tout en favorisant
l’exploration et l’individuation.
Les enfants ne sont pas que sujets à des symptômes dont le déchiffrage
systémique demande une prise en charge familiale complexe. Certains sont
ouvertement victimes d’agressions de la part de leurs parents. Charles Heim
s’interroge sur l’opportunité et le sens de maintenir le lien entre parents et
enfants dans de tels cas. En particulier, cet auteur réfléchit aux rôles de la loi
et de la psychothérapie dans les cas d’inceste. Rappelons aux lecteurs
intéressés que d’autres aspects de ce thème ont déjà été abordés dans les
numéros 17 et 24 des Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques
de réseaux ( 1996; 2000).
Charles Heim pour sa part, constate que l’affluence des affaires
d’incestes et d’agressions sexuelles sur mineurs, oblige les Juges des Enfants
et tous les professionnels qui travaillent avec mandat, à mettre au point des
techniques d’intervention adaptées. En même temps, la société redécouvre
l’importance du lien parents / enfants, et de la conservation de ce lien quoi
qu’il arrive. La restauration de ce lien ne semble pas devoir être posée comme
un objectif a priori, mais elle demeure cependant un but éventuel, faisant
partie d’un ensemble de traitements familiaux complexes ; si elle était
obligatoire, elle risquerait de devenir une nouvelle contrainte imposée à
l’enfant, car, souligne l’auteur, l’acte illégitime d’emprise d’une personne
sur une autre que représente l’inceste, ne peut être reproduit par ceux-là
même qui veulent aider l’enfant victime.
Renouer un lien, pardonner, sont des actes que seule une personne
autonome et aussi libre de ses choix que possible – c’est-à-dire un adulte et
non un enfant – peut poser de manière satisfaisante, conclut Charles Heim.
Une autre partie de ce dossier aborde la maladie infantile dans le cadre
de la famille : Luigi Onnis et ses collègues, prolongeant les travaux de
Minuchin et al. ( 1978) dans le domaine des symptomatologies
psychosomatiques, présentent une recherche destinée à vérifier l’utilité d’un
traitement intégré, multidisciplinaire, et orienté dans une perspective
systémique, dans le traitement et la prévention de l’asthme infantile chronique.
Vingt enfants souffrant d’asthme bronchial ont été divisés en deux
groupes : un groupe expérimental qui a reçu un traitement pharmacologique
et une psychothérapie familiale et un groupe contrôle qui a bénéficié
uniquement d’une thérapie pharmacologique. L’évaluation de l’efficacité
des différentes interventions a été établie, tant sur base des paramètres
cliniques que relationnels.
Les résultats montrent que les patients du groupe expérimental présentent
une amélioration clinique (réduction des crises asthmatiques et de la thérapie
pharmacologique ) nettement supérieure à celle du groupe contrôle.
Les auteurs concluent que le trouble psychosomatique pourrait être
compris comme le résultat de la corrélation de multiples composantes –
biologiques, psycho-émotionnelles, relationnelles, familiales – qui chacune,
conserverait une spécificité et autonomie propre, et peut donc nécessiter une
modalité d’intervention spécifique. Il s’avère dès lors nécessaire de prévoir
une co-présence et une co-participation de figures professionnelles multiples,
comme le médecin (ou le pédiatre), le psychologue, le thérapeute familial.
Cette interdisciplinarité, recommandent Luigi Onnis et al., doit donc se
proposer comme une articulation dialectique de points de vue multiples, et
une intégration, fondées sur une méthodologie partagée, qui gagnerait à être
systémique.
Cette optique est illustrée par l’article d’Edith Tilmans-Ostyn et de
Daniel Bachelart, respectivement psychologue et pédiatre, qui nous offre
l’exemple d’une telle collaboration. À l’aide d’exemples cliniques, ces deux
auteurs nous montrent combien la rencontre d’une famille avec son pédiatre
et une psychothérapeute permet, tout en maintenant chaque parti à une place
claire, d’ouvrir une autre parole sur un mal-être d’ordre pédiatrique, de
mettre des mots sur les choses, et donc de manier ce que le silence antérieur
rendait intouchable et non altérable jusque-là. La combinaison des deux voix
professionnelles tout au long de ce texte, nous permet à nous-même, lecteurs,
mis ici à la place des familles, de participer aux échanges au sein d’un couple
thérapeutique qui se respecte, nous respecte, et n’a comme objectif que de
nous ouvrir d’autres champs du possible.
Dans une voie assez proche, le pédiatre Maurice Titran poursuit
depuis de nombreuses années une pratique pédiatrique « ouverte » dans une
région socialement défavorisée du nord de la France. Intégrant les différents
systèmes dont font partie les enfants traités et leurs parents, il a construit un
modèle d’intervention respectant et renforçant les compétences des divers
acteurs en présence : l’enfant, sa famille, et les différents intervenants. Ce
médecin présente ainsi, sous forme de synthèse, le point de vue
complémentaire à celui des psychothérapeutes qui tentent eux-aussi d’aider
les enfants en souffrance physique et leur famille.
L’ensemble de ce dossier souligne l’importance de l’enfant en tant
qu’acteur du système familial, soumis comme les autres membres à ses
crises, et influençant également de façon non négligeable l’équilibre de la
famille. Ajoutons encore que la thérapie familiale demeure la voie royale
pour les problématiques présentées par les enfants si l’on tient également
compte que rares sont ceux qui formulent une attente ou une demande directe
envers un thérapeute. D’autres part, une approche individuelle risquerait de
sous-estimer voire de nier les liens de loyauté qui attachent l’enfant à sa
famille, et font de lui l’une des meilleures sentinelles de la forteresse
familiale. Dans un tel contexte, son évolution personnelle en thérapie risque
d’être freinée, si l’ensemble du systèmefamilial n’arrive pas à acquérir plus
de souplesse et de flexibilité.
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[1]
Institut de la Famille et des Systèmes Humains, Bruxelles.
Consultation de Psychiatrie des Clinique Universitaire de l’Hôpital Érasme, ULB,
Bruxelles.
[2]
Réponse à une interview non publiée.