Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux
De Boeck Université

I.S.B.N.2804138704
210 pages

p. 193 à 194
doi: en cours

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no 28 2002/1

2002 Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau

Guide philosophique pour penser le travail éducatif et médico social

Alain Boyer
 
TOME 1. La loi de l’échange TOME 2. L’institution et la violence Toulouse, Éditions Érès, novembre 2001, 310 p. + 298 p.
 
 
Comme le souligne Éric Trappeniers dans sa préface, ce texte s’est élaboré à partir des questions des étudiants en formation, professionnels du travail éducatif et médico-social engagés dans des pratiques cliniques ou d’intervention sociale.
Chaque situation de travail est tout à la fois singulière, unique, et communicable, commune, puisqu’elle est humaine, nous rappelle l’auteur.
Ainsi sommes-nous invités à penser notre action, à repérer les éléments qui peuvent guider notre réflexion et nous permettre d’articuler le général et le particulier dans notre propre contexte d’intervention.
Les mots de ce livre nous transportent à travers l’espace, dans d’autres sociétés, d’autres us et coutumes, comme ils sont rapportés par les anthropologues ou les poètes, et à travers le temps de la pensée, des mythes grecs à Merleau-Ponty, en s’arrêtant à Sophocle, Aristote, Hegel, Castoriadis ou Lacan.
Des mots. Nous en avons bien besoin quand il s’agit d’accompagner, de ponctuer ou d’élucider les phénomènes relationnels qui nous questionnent. Le détour par la généralité, les modèles venus d’ailleurs, nous ouvrent à d’autres manières de voir et de comprendre.
À plusieurs reprises, nous avons eu l’occasion d’entendre Alain Boyer lors des séances philosophiques qui ponctuent les journées de travail à l’Institut de la famille de Toulouse ou de Lille : à chaque fois, l’écoute est tendue, chacun est suspendu aux lèvres du conteur (voir le chapitre « La métaphore ») alors que la tragédie d’Électre nous introduit au rôle médiateur : comment mettre fin au cycle de la malédiction ? Comment acquitter notre dette symbolique ? Qu’est-ce qu’une dette imaginaire ? Comment les jeunes des banlieues pourraient-ils, aujourd’hui, se situer dans un circuit de réciprocité positive ?
Et voilà comment, de la dette, nous ricochons vers la notion de bien commun ou vers celle de la place que l’on occupe dans le jeu des échanges.
C’est ainsi qu’il est confortable d’aborder la lecture des deux tomes du guide philosophique : l’entrée est libre ! Il y aura fort probablement un titre parmi les 26 chapitres qui accrochera votre attention. Laissez-vous glisser dans la lecture, vous serez subtilement mis en appétit pour ne plus décrocher, et vous passerez ainsi de la violence à la relation, du corps à la vérité. Un simple coup d’œil à la table des matières suffira à éveiller l’intérêt du lecteur.
Assurément, le patient travail de l’auteur rappelle le minutieux travail du scribe : de précieuses notations, et surtout un ancrage permanent dans l’actualité de nos questions, ici et maintenant, comme elles se présentent à nous et nous embarrassent. Nous commençons alors à déceler les confusions de niveau et les contradictions, à mettre en évidence le tissu même de la complexité et à ouvrir les perspectives : il y a comme une bouffée d’air et de bon sens qui traverse ces pages, jamais ennuyeuses à parcourir.
Contre toute attente, cette épreuve de lecture (car a priori on n’envisage pas de prendre un guide philosophique comme livre de chevet !) est « reposante » : elle nous permet de nous poser et de déposer les questions qui nous embarrassent, de partir du « tout relationnel » par un détour interactif vers ce qui fonde nos paradigmes et, enfin, de mieux saisir d’où l’on parle. Dire « je » – voyez en page 74 ce que nous en dit ce philosophe impertinent.
Il y a urgence à feuilleter, potasser, user de ce guide philosophique pour notre santé morale, car il a une manière subtile, parfois un peu trop succincte à notre goût, de mettre les idées en place et en lien. Et pour clore cette note, nous vous invitons à rejoindre l’auteur quand ils nous parle de la métaphore, à laquelle nous sommes si souvent confrontés : « la logique de la métaphore est ce qui nous garde de prendre le monde, les gens, et nous- même pour ce qu’ils ne sont pas en nous rappelant qu’ils ne sont jamais réductibles à ce que nous en savons ou à ce que nous en croyons, aux définitions dans lesquelles nous les figeons. » (Tome II p. 269)
C. Vander Borght.
N.B. : Les Belges apprécieront en p. 267 du tome II le néologisme « vielworde », lieu-dit qui fit beaucoup parler de lui lors de l’affaire Renault (Vilvoorde).
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