2002
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseau
La fonction des alliances extra-familiales.
(L ’Aïn, Tkaf et S’hour) pour le maintien de
l’homéostasie
Leïla Gharbi
[1]
La famille en tant que groupe naturel s’organise autour de valeurs, construit
son histoire, et élabore ses règles à partir de son mythe fondateur qu’elle protège
jalousement. À chaque étape du cycle vital, son équilibre est remis en cause. Son
parcours est un réajustement permanent qui exige énergie, créativité, et qui lui fait
courir des risques. Dès que son mythe est menacé, elle œuvre pour se protéger et
utilise pour sa survie, entre autres, des alliances extra-familiales puisées dans le
registre socioculturel. L’Aïn, Tkaf et S’hour vont fonctionner comme des liens
métaphoriques qui ramènent le membre dissident aux valeurs du groupe
d’appartenance.
Dans une perspective systémique, ces alliances apportent un éclairage sur
l’organisation relationnelle de la famille dans ses interactions avec le monde
extérieur et notamment avec les familles d’origine. La transmission générationnelle
appartient à l’histoire de la famille, son apport est intéressant dans le processus
thérapeutique.Mots-clés :
L’Aïn, Tkaf, S’hour, Système, Famille, Homéostasie, Cycle vital, Loyauté familiale, Mythe, Symptôme, Culture.
From its founding myth, the family as a natural group organizes itself, built
its history and elaborates its rules. At each stage of its vital cycle, its equilibrium is
calling into question.
Its development is a permanent adjustment, which requires energy and
creativity. Through its evolution, family goes through different levels of equilibrium
and potential adjustments. When its myth is threatened, it seeks available means to
protect itself using extra family alliances such as l’Aïn, Tkaf and S’hour.
These alliances mainly serve as a metaphorical link to bring harmony back
to the original family values. In a systemic approach, these same alliances clarify
family structures within relational behaviors of its members with outside world and
families of origin. Affiliations can only be understood through the family history.
Besides, these affiliations greatly assist the therapeutic process.Keywords :
L’Aïn, Tkaf, S’hour, System, Family, Homeostasis, Life cycle, Family loyalty, Myth, Symptom, Culture.
J’ai toujours été intriguée par la facilité avec laquelle certaines
familles trouvaient une réponse sereine à la grande souffrance portée par l’un
de ses membres. Dans ma pratique professionnelle, je rencontre assez
fréquemment des familles qui montrent beaucoup de bonne volonté pour
aider l’un des leurs bloqué ou en situation d’échec à un moment de sa vie,
mais elles se sentent parfois impuissantes devant une force mystérieuse.
Suivant l’âge du patient désigné, le symptôme et le contexte dans lequel il
apparaît, elles vont parler de l’Aïn (mauvais œil), Tkaf (lien) et S’hour
(sorcellerie) qui peuvent intervenir séparément ou simultanément. D’après
les croyances populaires, l’Aïn, Tkaf ou S’hour sont des modes d’explication
des problèmes individuels ou familiaux qui font appel au surnaturel et à la
sorcellerie.
Dans un premier temps, il m’a semblé intéressant de vous présenter
l’histoire de la famille Lbaraka, afin d’exposer les concepts de base qui
éclairent mon analyse et qui légitiment ma méthodologie de travail. Le
cheminement thérapeutique de la famille m’amènera à décrire mon
intervention thérapeutique qui s’inscrit dans une perspective systémique.
2. Présentation de la famille Lbaraka
C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui se sont rencontrés et
qui ont projeté de vivre ensemble, c’est-à-dire de fonder une famille dans le
cadre institutionnel du mariage régi par la loi musulmane. Ils m’ont été
adressés par la sœur aînée de Mme Lbaraka qui était en traitement chez moi
à l’époque. La famille comporte deux enfants (Amr et Marwan).
Le père est âgé de 50 ans, il est issu d’un milieu modeste, mais
« chérifa »
[2]. Sa famille a joué un rôle politique important dans sa région et
a compté dans l’histoire du Maroc. Elle possède une « Zaouïa »
[3] où tous les
descendants sont unis par le coffre de la « Ziara »
[4]. La famille a subi un
déclin économique progressif depuis trois générations, lequel est étroitement
lié à celui de la famille élargie. La famille nucléaire du père est restée près
du marabout, animée par la croyance profonde que l’ancêtre ne les oubliera
jamais. C’est ce qui explique qu’elle vit à la campagne.
M. Lbaraka est le seul de sa fratrie à avoir fait des études supérieures.
Il occupe actuellement un poste de responsabilité et a pu bénéficier de
plusieurs promotions dans sa compagnie. En 1987, il a eu un accident
neurologique et beaucoup de chance de récupérer assez rapidement. Il n’en
garde aucune séquelle.
La mère a 49 ans, sa famille est modeste, son père, « chérif »
campagnard et pauvre, a fait un mariage avec une citadine issue d’une grande
famille ayant cependant fait faillite. Elle a accepté ce mariage de convention
et d’intérêt pour sauver la face et élever sa famille d’origine ; en effet, pour
une jeune-fille orpheline et appauvrie, un chérif campagnard même pauvre
lui-aussi, est le meilleur parti auquel elle peut aspirer pour répondre aux
attentes des siens et leur éviter la « honte » de rester vieille fille. Mme a fait
des études supérieures brillantes dans le même établissement que son mari.
M. et Mme se sont rencontrés à la fin de leurs études. Il avait repéré
que la jeune fille était sérieuse, droite, et « beldiya » (traditionnelle, avec une
connotation négative par rapport à la modernité de couleur occidentale, et en
même temps, un aspect positif lié à la tendance conservatrice des valeurs).
Il l’a même surveillée de loin pendant deux ans, puis l’a demandée en
mariage.
Les relations avec les familles d’origine s’organisent autour de ce qui
est profitable ou non pour l’éducation des enfants. Le respect du travail, le
profit économique et l’ascension sociale sont des valeurs omniprésentes
dans le quotidien.
3. Élaboration des hypothèses
La famille Lbaraka se trouvait à cette étape de son cycle de vie où les
parents sont confrontés au « démarrage » de ses jeunes. Le symptôme aurait
ainsi pour fonction de protéger le couple parental : en situation d’échec, le
jeune homme resterait plus longtemps à la maison, ce qui repousserait
l’échéance d’un tête-à-tête. Le second fils, qui manifeste de la violence à la
maison, a senti sans doute que la première carte n’a pas joué, il est venu à la
rescousse de la famille.
La seconde fonction du symptôme, qui n’apparaît pas d’emblée mais
qui est tout aussi importante, est de ramener la famille nucléaire vers les
familles d’origine.
L’hypothèse de la « prise d’otage » (Evequoz, 1984) par les familles
d’origine est posée. Les enfants, en tant que patients désignés, seraient
« commandités », et leur principale tâche est de freiner, voire arrêter
l’évolution et l’émancipation de la famille nucléaire qui va à l’encontre de
la règle proscrivant l’émancipation.
Aux yeux de la famille d’origine de M., ce dernier serait allé trop loin,
son ascension sociale a été rapide (deux déménagements avec acquisition de
biens, achat d’une deuxième voiture, et réussite scolaire des enfants qui
annoncent d’autres promotions). C’est trop pour les membres de la famille
élargie qui sont restés à la campagne. L’hémiplégie de M. en 1987 coïncide
avec le premier déménagement. C’était un premier signal d’alarme, mais il
n’a pas eu le même effet que la chute des résultats scolaires et la violence des
enfants. On pourrait supposer que pour la famille de Mme, c’est le non-
respect de la règle de non-différenciation qui représente le changement. Son
mariage est beaucoup plus une fuite qu’un processus d’autonomisation. Il y
a redondance par rapport au mariage de ses parents.
D’autre part, il y a un trop grand déséquilibre entre les deux familles.
La famille de M. est connotée négativement, comme n’ayant rien à apporter
aux enfants, sinon une mauvaise influence par la biais des pratiques culinaires
qui influencent les habitudes alimentaires ; ces références socioculturelles
sont vues comme dépassées, voire même erronées. La fréquence réduite des
visites en témoigne, en particulier celles de Mme et des enfants.
La famille d’origine de Mme est surimpliquée dans la vie quotidienne.
Seul son frère est repoussé et porte l’étiquette « d’échec social », sinon,
toutes les femmes de la famille ont un droit de regard sur la gestion
économique intrafamiliale et les relations parents-enfants des Lbaraka.
Chez ces derniers, le mythe fondateur affirme la filiation au prophète
et confère de ce fait des privilèges particuliers à tous ceux qui ont été
« choisis et élus » pour cette filiation.
On peut émettre l’hypothèse que par loyauté à l’égard de sa famille
d’origine, en particulier envers la règle qui interdit l’autonomie, M. s’empêche
d’investir plus dans son couple ; d’une certaine manière, en s’éloignant de
la Zaouïa et en vivant en ville dans le déni de ses origines, il a rompu son
engagement-héritage envers l’ancêtre et ce qu’il représente. La loyauté est
un lien très fort, qui lie l’individu par devoir à ceux qui lui ont donné la vie
(lien biologique) et qui lui ont dispensé les soins pour grandir. Elle assigne
la qualité de membre à chacun. C’est une dette envers tout le groupe
d’appartenance. Elle est inhérente à l’existence même de la famille, c’est ce
qui explique la fidélité et la « mise à disposition de soi » que chaque membre
est potentiellement capable d’offrir à la famille en cas de danger pour
l’ensemble du système (d’après Heireman, 1989). Au cours de son existence,
l’être humain est confronté à des choix entre les exigences des deux sous-
systèmes les plus significatifs pour lui, sa famille d’origine et sa famille
nucléaire, auxquelles il est lié par loyauté. Le mythe de la bénédiction
( « Rdâ ») vient renforcer ce lien, il a pour fonction de le réactualiser et de
réactiver la loyauté, la dette envers la famille. C’est un lien très fort, consacré
et renforcé par le cadre religieux. Il modèle les structures mentales et les
représentations, conditionne les motivations, les aspirations, et inhibe ou
stimule les compétences individuelles et celles de la famille. C’est plus
qu’une récompense, c’est une reconnaissance. Si on ne gagne pas « Rdâ »,
on risque la punition, et elle est terrible car cela signifie la perte des racines,
de l’identité, le fait d’être renié par le groupe d’appartenance, et par-là, le
risque même de perdre l’appartenance à la Oumma (Nation) musulmane.
Le mythe de « Rdâ » est renforcé par les croyances religieuses comme
l’atteste le hadith
[5] du prophète suivant : « Al Jannatou tahta Akdami al
oummahat »
[6].
Mme subit aussi des pressions similaires de la part de sa propre
famille.
On pourrait donc considérer que M et Mme sont tous deux piégés par
leurs propres familles d’origine vis-à-vis desquelles ils ont encore des
comptes à régler qui risquent de se transmettre de génération en génération.
Entre les deux partenaires, « un grand livre de compte » est ouvert,
métaphore que j’emprunte à Boszormenyi-Nagy (1973) : Mme a tout sacrifié
– sa jeunesse, son argent – pour construire et protéger le « nid »… M de son
côté, a sacrifié sa famille d’origine, sa filiation… Ils restent ensemble pour
les enfants…Qui à leur tour…
4. Contexte social et familial
a) Définition de la nature de la relation
dans le couple Lbaraka
Selon les croyances, un « chérif » ou une « chérifa » jouit d’une
bénédiction inconditionnelle à vie. Il/elle possède la « baraka » qui l’enveloppe
dès la naissance, et bénéficie de la protection divine qui lui octroie dignité,
générosité et ascétisme mais sans trop verser dans la religion. Un « chérif »
n’a pas besoin de travailler, la baraka l’accompagne, elle est toujours
présente sous son toit. Là où « il pose sa main, toutes les portes s’ouvrent ».
Il apporte l’abondance et peut transmettre ses qualités à ceux qui lui
reconnaissent et respectent cette filiation. Il n’a pas à fournir beaucoup
d’efforts, il y a toujours quelqu’un dans son entourage qui reconnaît
implicitement cet état avec déférence. La filiation au prophète est un fait
immuable, impossible à remettre en question, car ce serait mettre en doute
le choix divin. Servir un « chérif » est un honneur, une promesse de paradis,
et signifie qu’on gagne sa protection. Vivre dans son ombre, le côtoyer et le
servir, c’est aussi bénéficier de son rayonnement.
La définition de la relation avec un chérif ne peut être que
complémentaire, car hiérarchique, mais rigide aussi puisque la sur-efficience
allouée d’office au « chérif » amène la non-efficience de ceux avec qui il
interagit.
Nous avons donc :
- La famille de M. où ce type de transaction relationnelle est dominant,
implicite, et connoté négativement. Mais le mythe rappelle à l’ordre.
- La famille de Mme où ces représentations sont les plus valorisées du
patrimoine familial ; mais en même temps, elles sont liées aux images
négatives du père et de l’homme en général, en vertu de la règle : « les
hommes sont des incapables ».
Ces représentations fondent la transmission d’un modèle relationnel
qui est donc adopté par la famille nucléaire. La définition de la relation
stipule qu’un membre doit servir l’autre (et réciproquement) puisqu’ils sont
tous deux chérifs.
Par ailleurs, cette définition subit d’autres influences. Les modifications
socio-économiques et politiques auxquelles est soumis le pays dans ses
échanges avec le monde extérieur (de la période coloniale à la mondialisation),
et celles qui relèvent de sa structure et de son organisation interne exercent
sur les familles des pressions qui ont transformé ses structures et ses
fonctions depuis quelques décennies.
Parmi ces transformations, on peut citer :
- Celles qui touchent aux liens familiaux.
- Les structures socio-démographiques : les membres de la famille sont
plus mobiles pour des impératifs socio-économiques, et donc s’ouvrent
davantage à l’extérieur.
- En plus de sa fonction de formation et d’accompagnement des
membres plus jeunes, la famille est devenue une “ agence d’emploi »,
en réponse à la crise du chômage.
- Soumise à des contraintes socio-économiques, elle a abandonné
certains idéaux traditionnels, comme l’honneur, l’entraide, la solidarité
et le respect des ancêtres. Malgré les temps de crise, la famille essaye
pourtant de conserver, avec beaucoup de difficultés, ses valeurs, et
l’on assiste à une plus grande solidarité entre familles nucléaires et
familles d’origine.
- Le modèle « patriarcal hiérarchisé élargi » n’est plus la référence
unique. Il a été éclipsé par d’autres institutions comme l’école, « le
parti politique, le syndicat, la coopérative ou l’ONG » (Chekroun,
1996).
La famille a pour charge de transmettre les valeurs, les idéaux et les
modèles relationnels. Or, actuellement au Maroc, elle n’est plus la seule
dépositaire des valeurs. Ses transformations ont vu ses fonctions se modifier
brutalement, elle n’a pas eu le temps de se forger de nouvelles valeurs du fait
de l’accélération des changements socio-politiques et économiques.
Au Maroc, il y a toujours eu des familles nucléaires, mais elles étaient
insérées dans un réseau de parenté où la famille élargie jouait un rôle
important. D’après Chekroun (1996), l’ancien système arabo-berbère de
parenté endogamique est toujours présent, et les valeurs morales du passé
tentent de survivre. S’ajoute à cette donnée socio-économique et politique le
cadre juridique et religieux. Le mariage est régi par la loi musulmane, c’est-
à-dire que le religieux et le juridique sont confondus. La distribution des
tâches et des rôles, les engagements et les responsabilités, les devoirs et les
droits des deux époux sont prescrits et définis dans le « code de statut
personnel et des successions », la « Moudawana »
[7] , (Blanc et Zeidguy,
2001).
Ces textes de loi agissent comme des commandements, peut-être
parce que le religieux et le juridique sont intriqués et ont un impact constant
sur la gestion quotidienne des relations interpersonnelles.
Si on revient à la famille Lbaraka, on peut poser l’hypothèse qu’ils
sont « hors la loi » car les clauses juridiques et religieuses ne sont pas
respectées.
Selon Bargach (1997 ; 2000), l’abandon trop rapide des valeurs
traditionnelles pousse à en rechercher de nouvelles, très souvent au sein de
cultures politiquement et économiquement dominantes mais minoritaires au
Maroc. On assiste ainsi à des tentatives d’adaptation des familles à de
nouvelles références, dans un contexte socio-économique et dans un cadre
juridique qui ne suivent pas cette évolution au même rythme. L’énergie
mobilisée est partagée entre la fermeture du système par le maintien des
valeurs ancestrales et l’ouverture dans une quête de différentes formes
d’adaptation s’inspirant parfois de valeurs empruntées à d’autres cultures,
mais dont la signification est perdue.
La famille Lbaraka est prise dans cet enchevêtrement de représentations.
Elle est acculée à se trouver des règles qui pourraient assurer sa durée et sa
reproduction.
b) Définition de l’Aïn, Tkaf et S’hour
et leurs représentations
Pour l’Aïn, la personne ou le groupe visé est « mis dans une situation »
où il se trouve piégé par une force maléfique extérieure qui conduit et
commande les événements. Cette force a pour but de freiner la progression
et d’empêcher l’émancipation de la « cible ». Pour se protéger de l’Aïn, le
fonctionnement de la famille se plie à la règle implicite et explicite interdisant
de « s’exposer au regard de l’autre », ou du moins encourageant à l’éviter,
c’est-à-dire exigeant de ne pas donner d’information sur soi directement ou
indirectement. Cette démarche participe activement elle-même à maintenir
l’équilibre de la famille, et renforce la fonction du symptôme quand il
apparaît.
La famille Lbaraka a toujours craint de se trouver dans cette situation.
Mme affirme avoir toujours ressenti la présence de ces forces dans toutes les
relations établies par la famille avec l’extérieur. En général, ce sont des
personnes proches qui sont soupçonnées d’être une menace. Le « nid » ne
pouvait que susciter l’envie et la jalousie de l’entourage. Ce n’est cependant
pas toujours facile de le déclarer tout haut, ni d’accuser ouvertement des
personnes auxquelles on est lié.
La règle de la non-différenciation, commune aux deux familles
d’origine, et reprise par la famille Lbaraka, signifie qu’on doit rester « pétri »
ensemble. Donc, toute tentative pouvant rendre un membre différent est
dangereuse pour la cohésion du groupe, lequel aura pour tâche de le rappeler
à l’ordre. Ainsi, ce sujet se trouve freiné ou arrêté dans son élan. On pourrait
penser qu’il y a une victime, mais en fait, on est en présence d’une dynamique
qui émane du groupe où tous les protagonistes, la cible comprise, oeuvrent
dans le même sens : le maintien de l’homéostasie ; en effet, le mythe
d’appartenance qui assure identité et cohésion est en danger. La « cible »
n’est jamais passive, elle permet de soutenir l’échafaudage du système
familial. Le patient désigné est un acteur loyal envers son groupe
d’appartenance, et sa fonction est de sauvegarder l’équilibre et l’unité de la
famille. C’est un jeu interactif qui répond aux règles de la famille. D’ailleurs,
on dit dans le langage courant : « aïnit Rassi bi di », c’est-à-dire que l’acteur
principal est bien impliqué dans cette transaction relationnelle du moment
qu’il peut subir son propre mauvais œil, ce qui témoigne de son implication
dans cette construction.
Pour S’hour, les objectifs sont les mêmes avec une nuance : la
personne qui le subit est « possédée », « manipulée » par une tierce personne
malveillante qui la téléguide de loin, malgré elle.
Quant au Tkaf, il immobilise et ligote. Il existe plusieurs types de
Tkaf :
- Relatif au vaginisme
- Pour produire l’impuissance
- Pour empêcher le mariage
- Pour produire l’échec scolaire, professionnel et économique.
urces
sont « hypothéquées ». Amr a subi Tkaf au moment où la famille, ayant
accédé à plusieurs promotions, voyait s’ouvrir de nouvelles perspectives.
Tkaf est lié à une configuration familiale qui règle et définit les rôles,
les fonctions et la place de chacun dans le groupe. C’est une construction sur
plusieurs générations où au moins trois sont impliquées : celle des ascendants,
le sujet et les descendants.
Tkaf intervient quand il y transgression d’une règle, notamment celle
de la non-différenciation, et son objectif est de freiner l’évolution, voire
même l’arrêter. Il est étroitement impliqué dans le legs du patrimoine hérité
des générations antérieures, et exerce de ce fait une fonction homéostatique
dans le système familial dont les interactions reposent sur la famille élargie.
L’Aïn, S’hour et Tkaf fonctionnent comme des liens pour récupérer
le membre « dissident », rappeler à l’ordre ceux qui s’écartent des normes
établies, paralyser celui qui est allé trop loin et qui par loyauté, reviendra
« pour que rien ne change ».
Voici ce qui nous intéresse en vue d’une intervention thérapeutique,
et qui tient compte de l’Aïn, S’hour et Tkaf :
- Repérer le moment d’apparition du problème dans le cycle de vie de
la famille, car c’est une source d’information importante pour le
thérapeute.
- Identifier qui est le porteur du symptôme qui amène la famille à
formuler une demande de psychothérapie ; en effet, la compréhension
du problème constitue la clé de voûte, le patient désigné ayant une
fonction particulière dans la configuration familiale.
- Identifier qui exerce l’Aïn, S’hour et Tkaf contre qui.
- Identifier quelle est la personne intéressée par la levée du S’hour, du
- Tkaf ou de l’Aïn.
Les éléments ainsi obtenus nous apportent quantité d’informations sur
les transactions familiales (famille nucléaire et famille élargie), sur les
fonctions des membres du groupe et les règles de la famille.
5. L’intervention thérapeutique
J’ai rencontré Amr en novembre 98 avec sa tante ; il était en situation
d’échec scolaire et son frère cadet était devenu subitement violent à la
maison. Cela « préoccupait toute la famille », c’est-à-dire, ses parents et la
fratrie de sa mère. Amr étant mineur, j’ai expliqué que pour entreprendre un
traitement psychothérapeutique, j’avais besoin de l’autorisation du père.
Cette interpellation du père en tant que « wali »
[8] de l’enfant, constitue
toujours une source d’informations intéressantes pour la famille et pour le
thérapeute. Elle a un impact thérapeutique indéniable, car elle met en
évidence la hiérarchie entre les sous-systèmes – la famille nucléaire, la
famille d’origine – et celle instaurée au sein même de la famille nucléaire
prise comme sous-système prioritaire compte tenu de l’âge de l’enfant. Cette
démarche de notre part suscite des réactions qui nous conduisent à définir
dans un premier temps qui travaille avec qui, et à la demande de qui.
Passer par l’autorisation verbale ou écrite du père, nous permet aussi
d’évaluer la maturité de la demande et donc le degré de motivation de la
famille à s’investir dans une thérapie.
Il est important de définir et de respecter les cadres juridique et
thérapeutique avant d’aborder les frontières intergénérationnelles.
Un mois plus tard, Mme Lbaraka a pris rendez-vous pour la famille
nucléaire.
Lors du premier entretien avec les parents, Mme s’est démarquée
comme chef de la famille. Elle tient toute la maison en main, veille sur la
scolarité des enfants, leurs activités extra-scolaires, leurs fréquentations, et
sur le personnel ; elle gère aussi les finances familiales. M fait les courses sur
base de la liste dressée par sa femme et se consacre aux tâches ménagères,
alors même qu’il y a du personnel à cet effet. C’est Mme qui tire la famille
vers le haut et qui reproche à son mari sa démission, chose qu’il ne conteste
pas. Il fait preuve de laxisme envers les enfants sur lesquels il n’a aucune
autorité.
Elle est très préoccupée de ce qui arrive à Amr : « Tout allait très bien ;
or voilà que tout d’un coup, c’est la catastrophe. C’était un enfant docile, qui
a toujours été félicité pour son travail. Sa démotivation n’a qu’une seule
explication, car c’est plus fort que lui. Il est
“M’takaf ”
[9]. C’est sûrement le
mauvais œil qui s’abat sur la famille ». Je réponds à la demande explicite des
parents en leur proposant une collaboration étroite entre eux et moi pour
aider Amr.
Je prends ainsi la résolution d’aller dans le sens de l’homéostasie
familiale en attendant de créer un contexte thérapeutique pour pouvoir
intervenir, et je prescrits aux parents pris comme co-thérapeutes, dix séances.
Cette prescription de co-thérapie avait les objectifs suivants :
- Faire adhérer la famille à un travail thérapeutique qui s’effectuera
probablement par paliers, en référence à la demande (ils viennent pour
les enfants) ; le temps sera certainement un grand allié thérapeutique.
- Restituer à la famille sa dignité dans la reconnaissance de ses
compétences.
- Confirmer les parents dans la hiérarchie.
- Refléter aux parents qu’ils sont les mieux placés pour évaluer ce qui
est valable et réalisable pour la famille ainsi que pour déterminer le
moment voulu pour initier un changement.
Au bout de huit séances, un bilan a été effectué avec les parents. Entre
temps, la famille a déménagé dans une villa de haut standing. Lors de cet
entretien, il apparut que les difficultés d’Amr ont commencé au début de la
construction de cette maison ; les parents ont fait le lien entre les difficultés
des enfants et leurs propres problèmes relationnels. La réaction à cette séance
a été immédiate : M et Mme ont fait une demande de thérapie de couple, et
un nouveau contrat thérapeutique a été établi.
À titre d’exemple, voici quelques prescriptions faites au cours de la
cure thérapeutique de la famille Lbaraka :
- Mme a eu pour tâche de s’habiller en caftan dès son retour du travail
à la maison.
- Précisons que l’habit traditionnel (Beldi) est connoté négativement
par tous ceux qui adhèrent à la culture occidentale dans un rejet franc
ou mitigé de la culture arabo-musulmane et berbère, et renvoie
simultanément à la représentation de la femme « Wliya »
[10], dépendante
économiquement de son wali et surtout sous tutelle. Accepter cette
prescription était un grand sacrifice pour Mme, en particulier par
rapport à la définition de sa relation avec son mari et avec le
thérapeute ; d’autre part, il a été intéressant de rappeler ces
représentations sur un mode métaphorique pour apporter les
changements nécessaires et rétablir l’équilibre entre ce qui revient à
- M et ce qui incombe à son épouse selon les cadres juridique et social.
- La question ici n’est pas d’être d’accord ou pas avec le contenu des
textes de loi, mais d’identifier les contradictions intra-familiales et de
trouver une voie tenant compte des impératifs de la vie quotidienne,
de ses spécificités, et du cadre juridique.
- Une prescription en deux étapes étalées sur six mois :
- a) Les trois hommes de la famille, M et ses deux fils (différenciation),
ont eu à accomplir avec conviction une Ziara envers le marabout de
la famille, à l’occasion du mois de ramadan.
- b) Deux mois plus tard, une « sadaqa » est suggérée au couple. Il
s’agit d’une offrande à la mémoire de l’aïeul (hiérarchie, appartenance
au groupe et rapport au pouvoir) sollicitant ainsi sa bénédiction
- (acceptation-confirmation) pour toutes les actions antérieures et futures
de la famille
[11]. Cette sadaqa a été concrétisée par l’offrande d’un
couscous préparé par la mère de M dans la maison paternelle, avec les
ingrédients achetés par lui, apportés par son épouse improvisée
assistante de la belle-mère (hiérarchie). Ce couscous a été ensuite
distribué à la Zaouïa par les hommes, sur le tombeau de l’aïeul, à
l’occasion de l’installation dans la nouvelle demeure (filiation et
différenciation et « inscription du couple ») (Neuburger, 1997).
- Pourquoi le couscous ? En dehors du fait que c’est un plat offert lors
des grands événements qui ponctuent le cycle de vie de la famille, il
synthétise toutes les représentations liées au « chorfa » (générosité,
baraka…), à la famille, à la hiérarchie… Ponctuer ainsi le temps à
l’aide des rituels sociaux, nous a aidée à intégrer ces moments
importants de la vie de la famille. Cela a permis aussi de définir la
relation entre la famille nucléaire et les familles d’origine, d’établir la
hiérarchie, de délimiter les frontières et de distribuer les rôles. Les
valeurs des groupes d’appartenance y ont été respectées. Par exemple,
le choix des cadeaux destinés à la mère de M définissait la relation
dans le sens où il contribuait à la prendre en charge, ce qui est
conforme à une obligation sociale et religieuse, et revient beaucoup
plus à l’homme, aux fils. Cette tâche a permis de renforcer les liens,
de conforter et rassurer la famille sur la thérapie, et a contribué à la
construction de la relation (avec la mère représentant les ancêtres) et
sa confirmation par « Rdâ » qui en découle.
Ces prescriptions nous ont aidée à travailler la différenciation, à
inscrire le couple dans les dimensions sociales et le familiales, à confirmer
les hommes de la famille dans leur filiation, et à reconnaître aux familles
d’origine leurs rôles et leurs fonctions par rapport aux enfants. En effet, elles
témoignent de l’histoire de la famille, participent ainsi à la construction de
la personne et ouvrent des perspectives aux individus dans le respect de la
hiérarchie et des frontières intergénérationnelles.
Il est intéressant de souligner que Mme Lbaraka avait exprimé une
demande d’aide au nom de la famille au moment du déménagement (promotion
de la famille) et du départ imminent de l’aîné des enfants.
Le symptôme avait pour fonction de protéger le couple parental, de
masquer les discordances entre les jeux relationnels et les enjeux liés au
mythe de la famille. Il témoignait ainsi de la peur de la famille devant un
changement potentiel lié au départ des enfants (c’est la raison pour laquelle
il était important de respecter l’homéostasie et le rythme familial). Après les
trois premières séances avec le couple parental, l’idée du Tkaf et de l’Aïn
portés par la famille s’est estompée, offrant une nouvelle perspective de la
situation et permettant au couple d’en arriver à exprimer sa demande.
L’information sur « qui fait l’Aïn, S’hour et Tkaf » nous a permis
d’aborder les familles d’origine. Après qu’ainsi se sont « ouvertes les portes
des familles d’origine », nous avons exploré les relations de chacun des
partenaires avec sa propre famille d’origine. Le leadership de la mère dans
la famille nucléaire s’est confirmé à la fin de la huitième séance : M s’est
retiré et Mme a poursuivi seule la thérapie de couple, puis a refusé l’idée de
payer la totalité des honoraires (vu qu’elle venait seule).
Nous l’avons alors poussée encore plus à « tirer » et à prendre sur elle
(prescription du symptôme), ce qui s’est répercuté sur le système familial :
l’aîné a quitté l’école. La séance suivante a permis de restituer une place au
mari dans la thérapie, par le biais du paiement intégral des séances. Six mois
plus tard (en mars), la famille demanda à suspendre les entretiens. Au début
de l’été, Amr obtint son bac en candidat libre.
Il nous a semblé intéressant :
- De nous orienter vers les représentations dominantes et de faire appel
aux rituels sociaux familiers aux membres de la famille Lbaraka. Le
processus thérapeutique ainsi activé les a autorisés à intégrer avec leur
créativité de nouvelles données culturellement plausibles mais pas
trop dangereuses pour l’équilibre du système.
- De travailler avec les familles d’origine, car la passation du « témoin »
n’avait pas eu lieu. La grand-mère paternelle, gardienne du patrimoine,
détenait les « clés » du devenir des hommes Lbaraka (nous sommes
dans une société patriarcale), mais avait été évincée. Il fallait, dans le
respect de la hiérarchie, lui restituer sa place pour lui permettre de
donner à Mme la « bénédiction » (permission et reconnaissance)
indispensable à la fondation de la nouvelle cellule familiale et ainsi
assurer la relève générationnelle. Cela doit se passer entre les femmes,
en référence aux fonctions allouées par la société et institutionnalisées
par les textes de loi qui constituent le cadre officiel de l’union. Pour
son bien-être mental, l’être humain a besoin de régler la transmission
d’une génération à l’autre, c’est le « quitus » octroyé par la famille (lui
compris) qui a des « droits » sur lui, « droit » de donner ou de retirer
l’accès à l’autonomie, matérialisé ici dans la fondation d’une famille.
À la fin de notre intervention thérapeutique, le frère de Mme Lbaraka
a demandé un rendez-vous pour lui. L’occasion s’est ainsi présentée de
renforcer notamment le travail de différenciation et les frontières
intergénérationnelles.
Le choix de nos orientations thérapeutiques s’appuie donc sur le
contexte socioculturel et économique du Maroc actuel.
La sœur de Mme (le référent) qui s’était engagée dans un couple avant
d’entreprendre une thérapie personnelle, a eu l’opportunité d’évaluer ses
« actes » (en tant que femme, en rapport avec sa famille d’origine), de
repenser les enjeux qui avaient orienté son choix, de peser ses gains et ses
pertes dans une union ; elle s’est acheminée vers l’acceptation d’un « mariage
social », tout en négociant dans la dignité un contrat respectant sa personne
en tant que femme.
6. En guise de conclusion…
J’ai beaucoup appris des familles et avec les familles ; notamment, j’ai
découvert leurs compétences inouïes, renouvelables, inépuisables, et évoluant
dans le temps. Ces compétences sont les alliées du thérapeute, elles modulent
le temps thérapeutique et le choix des stratégies d’intervention dans le projet
thérapeutique.
La conjonction des processus biologiques, sociologiques et
psychologiques achemine toujours la famille vers des crises constructives ;
l’énergie qu’elle y consacre consolide les liens entre ses membres.
Pour la famille Lbaraka, les solutions habituelles n’aidaient plus à
répondre aux différentes pressions qui l’assaillaient. Une homéostasie rigide
l’emportait sur la croissance des membres ; les symptômes des enfants sont
venus protéger la famille de la crise imminente, redoutée après le départ des
enfants.
L’échec scolaire d’Amr et la violence du petit frère peuvent être
considérés comme une crise événementielle qui a permis de détourner
l’attention de la crise prévisible qui faisait peur à tous, car elle risquait de
remettre en question tout l’échafaudage familial. Un tel risque ne pouvait
être couru à l’époque par cette famille qui se trouvait dans l’incapacité de
prendre à son compte le problème. Tout s’est passé comme si, pour la
sauvegarde de son homéostasie, elle a établi une alliance avec des phénomènes
extra-familiaux. Nous avons donc eu recours à des explications puisées dans
les registres socioculturels et religieux, familiers et admissibles. L’essentiel
était de respecter la nécessité pour eux de rester ensemble, même si cela
coûtait, du moment que c’était plausible et acceptable socialement.
Parce qu’il est en être social qui transmet son histoire aux générations
qui suivent, l’être humain a besoin de garder des liens avec les familles
d’origine. Ces liens constituent la souche fertile qui participe à
l’autonomisation des jeunes. Chaque génération va transmettre à la suivante
une partie de ce qu’elle a reçu elle-même (modèles relationnels, bagage
socioculturel…).
L’Aïn, Tkaf, S’hour ont ainsi pour fonction le maintien de l’homéostasie
familiale, de son unité et son identité (liées au mythe). L’alliance établie
entre la famille et ces phénomènes la protègent, c’est un recours « désespéré »
mais acceptable pour sa survie.
L’outil puisé dans le registre socioculturel est indéniablement
intéressant et prometteur pour le thérapeute, car il apporte non seulement
l’information indispensable pour la compréhension du symptôme dans sa
fonction au sein de son contexte d’apparition (cycle de vie) et des règles qui
sous-tendent l’organisation de la famille, mais il permet aussi de rassurer le
système (famille nucléaire et famille élargie) ; en effet, il s’appuie sur des
représentations familières et donc inoffensives qui figurent dans le registre
des rituels et participent à la construction des relations intra-familiales et
extra-familiales, contribuant ainsi à l’inscription de la famille dans la
filiation (recherche du quitus). L’intégration et l’assimilation de chaque
étape de la vie de la famille la font mûrir et enrichissent ses compétences. Si
cette compréhension ne fait surgir que des solutions du registre socioculturel,
elle risque de participer activement au maintien d’une homéostasie rigide,
c’est-à-dire au renforcement des résistances au changement, d’où l’intérêt de
l’inscrire dans l’histoire de la famille avec la référence aux événements
importants qui ponctuent son cycle vital. Par ailleurs, la famille reste seule
juge pour évaluer ses capacités à gérer le changement et surtout pour décider
du moment propice pour l’initier.
·
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[1]
Psychologue, thérapeute familial systémique. Rabat, Maroc
[2]
Un chérif est une personne qui aurait une affiliation avec le prophète.
[3]
Les Zaouïas sont des écoles créées autour d’un chef spirituel. Il y a deux types de
zaouïas : les confréries, à vocation religieuse et militaire, et celles qui sont créées
autour d’un saint qui dispense sa « baraka » à des fins thérapeutiques.
[4]
Offrandes et dons des pèlerins, revenant d’office aux chorfas affiliés à la Zaouia par
la naissance.
[5]
Le hadith est un recueil de paroles du prophète qui apporte des explications
complémentaires au Coran. Il représente la deuxième source (après le Coran) du droit
musulman.
[6]
Littéralement, « le paradis est sous les pieds des mères » : ce hadith explique le lien
qui existe entre le devoir du musulman de respecter sa mère, de la prendre en charge
d’une part, et l’accès à sa bénédiction afin d’obtenir la récompense suprême (aller au
paradis) de l’autre.
[7]
Recueil de textes juridiques qui organisent les relations entre les membres de la
famille : mariage, tutelle, divorce, héritage…
D’après l’article 35 de la « Moudawana », « les droits de l’épouse à l’égard de son
mari sont :
• 1°: l’entretien prévu par la loi tel que la nourriture, l’habillement, les soins
médicaux et le logement.
• (…) …/…
…/… • 3°: l’autorisation de rendre visite à ses parents et de les recevoir dans les limites
des convenances ;
• 4°: l’entière liberté d’administrer et de disposer de ses biens sans aucun contrôle
de ce dernier ».
L’article 36 précise que « les droits du mari à l’égard de sa femme sont :
• 1°: la fidélité ;
• 2°: l’obéissance conformément aux convenances.
• (…)
• 4°: la charge de veiller à la marche du foyer et à son organisation ;
• 5°: la déférence envers les père, mère et proches parents du mari. »
[8]
Tuteur légal (Moudawana).
[10]
Mineure, sous la tutelle du mari
[11]
La sadaqa permet aussi à l’aïeul de bénéficier de la bénédiction divine ; en la faisant,
le membre de la famille y contribue et confirme le
lien dans la filiation.