Accueil Revue Numéro Article

Cahiers d'économie Politique / Papers in Political Economy

2002/2 (n° 43)



Article précédent Pages 153 - 159 Article suivant
1

L’originalité et la richesse des cinq études que A. Berthoud nous propose frapperont le lecteur à plusieurs égards.

2

A. Berthoud prend à partie chacun de ces auteurs que sont Platon, Aristote, Hobbes, A. Smith, Marx auxquels il pose une même question. Celle-ci est identifiée comme émanant spécifiquement de préoccupations se rapportant à la philosophie-économique : qu’est-ce qui, dans le domaine des activités humaines, peut être identifié comme économique ? Plus généralement, quels objets de pensée spécifient en propre un savoir économique ?

3

A. Berthoud engage ainsi son lecteur à considérer deux choses :

  1. D’une part, la nature du problème qui, à travers la question posée, est visé. Ce problème est qualifié de spécifiquement philosophico-économique : il faut comprendre pourquoi.

  2. D’autre part, le point de vue que chaque auteur déploie en réponse à la question posée : il faut comprendre comment.

Abordons le premier point.

4

Le problème à propos duquel A. Berthoud interpelle les cinq auteurs précédemment cités est celui de la délimitation d’une sphère propre de l’économique. Élucider ce problème revient à identifier ce qui, dans l’ensemble des activités humaines, peut être qualifié comme étant ’spécifiquement économique’. Cette identification participe de l’élaboration d’une pensée de philosophie-économique dans la mesure où le thème principal de cette dernière, ainsi que le rappelle A. Berthoud, est de saisir "l’essence de l’économie" (p. 10). Qu’est-ce que cela signifie ?

5

L’objectif premier de la philosophie économique, nous explique A. Berthoud, est de saisir, par delà "les formes multiples et transitoires des histoires humaines", la forme universelle du domaine d’activités se rapportant à l’économique. En cela, la philosophie économique suit une démarche purement théorique et non pas empirique [2]  La philosophie économique n’est pas empirique : elle... [2] . L’enjeu qui l’anime est de délimiter les conditions de possibilité d’un savoir économique ou encore de mettre en valeur la nature spécifique d’une connaissance se rapportant à l’économique. La philosophie économique constitue donc une discipline de pensée réflexive et non pas technique : elle procède par analyse de notions, celles-là mêmes qui sont convoquées par l’économiste dans ses modèles ou plus largement dans ses théories [3]  Pour le dire autrement, comme discipline réflexive,... [3] .

6

A. Berthoud nous montre alors brillamment qu’en répondant à la question posée les cinq auteurs se révèlent être chacun des philosophes-écoonomistes exemplaires. Mais une difficulté surgit immédiatement : chacun des auteurs étudiés apporte une définition spécifique de l’économie : comment alors, par delà les particularités d’auteurs, saisir ce qu’il y a d’invariant dans la notion d’économie et ce qu’il y a de spécifique dans l’idée d’un savoir économique ? C’est là qu’intervient le travail d’interprétation du philosophe-économiste qu’est A. Berthoud. A travers les cinq auteurs évoqués, il nous présente la philosophie-économique comme étant une quête, un processus dynamique de réflexion qui accompagne l’évolution de la pensée économique et plus, qui la travaille de l’intérieur. Cette quête s’appuie sur des référants majeurs, ceux-là mêmes que nous livrent les grands auteurs de l’histoire de la pensée, parmi lesquels Platon, Aristote, Hobbes, A. Smith et Marx.

7

Venons-en au second point.

8

Pourquoi a-t-on besoin, pour répondre à la question de la philosophie-économique, de convoquer les grands auteurs ? Parce que, répond implicitement A. Berthoud, la délimitation d’une sphère propre de l’économie est problématique.

9

Le problème vient de ce que cette délimitation suppose d’envelopper les trois acceptions communes du terme économique ; or, ces trois acceptions recoupent des réalités ou des domaines de réflexion si ce n’est divergents, du moins différents, à savoir :

  1. l’économique comme qualité de l’acteur introduisant dans sa délibération un calcul d’économicité ou d’optimisation ;

  2. l’économique comme "aspect de la vie sociale marquée par la lutte contre la pauvreté et l’enchaînement d’actes de production, de distribution et de consommation d’objets considérés comme des biens ou des richesses" (p.9) ;

  3. enfin, l’économique comme domaine de connaissances se rapportant aux objets définis en a) et b).

Comment lier ces trois définitions en une seule ? Quelles en sont les conséquences philosophiques et épistémologiques ? Tels sont les objets d’une réflexion de philosophie économique.

10

Comme A. Berthoud le montre à travers ses études d’auteurs, cette réflexion engage en chacun d’eux l’ensemble de son système de pensée, la délimitation d’une sphère propre de l’économique se faisant par référence aux autres domaines d’activités humaines et de manière exemplaire par rapport au politique et à l’éthique. A. Berthoud nous dresse alors un tableau des réponses différenciées que chacun des auteurs apporte à la question posée. Il nous montre comment en chacun d’eux c’est un aspect spécifique de l’économique qui est mis en valeur dans la notion d’économie retenue : il nous fait voir les conséquences que les auteurs eux-mêmes en tirent sur le plan politique et moral mais aussi quant aux conditions de possibilité d’un savoir spécifiquement économique.

11

A. Berthoud nous livre ainsi un matériau précieux et nous suggère que la réponse à la question de la philosophie-économique se situe dans l’horizon d’une élucidation des relations entre les différentes définitions proposées.

12

On l’aura compris : l’ouvrage d’A. Berthoud, parfois aride mais toujours exaltant, appelle une lecture riche non seulement par son contenu mais aussi par la pluralité des manières d’entrer dans le texte.

13

On dénombre au moins quatre manières différentes d’aborder l’ouvrage, lesquelles, loin de s’exclure, s’impliquent mutuellement. C’est sur ces quatre modalités de lecture que nous voulons à présent nous arrêter.

14

I. Première manière : La manière la plus immédiate de lire l’ouvrage d’A. Berthoud est de considérer chaque étude en elle-même. Le livre se présente alors comme une enquête portant sur la philosophie économique de chacun des cinq auteurs convoqués : il s’agit d’identifier, pour chacun d’eux, la notion d’économie qu’il avance et le rôle crucial que celle-ci joue dans l’architecture globale de son système de pensée.

15

Par exemple, A. Berthoud montre que si la philosophie économique est au cœur des pensées de Platon et d’Aristote, c’est parce que tous deux lient directement la question de l’économie à la question spécifique de la mesure et de la démesure du désir de richesse et, plus généralement, à la question politique et éthique du bonheur dans la cité.

16

En ce qui concerne la pensée de Hobbes, A. Berthoud fait voir le rôle décisif que joue, dans l’élaboration de sa philosophie politique, le lien que Hobbes fait entre l’économie et la menace de la guerre. Le Léviathan est alors conçu comme une gigantesque machine destinée à neutraliser cette menace.

17

D’une façon tout aussi exemplaire, A. Berthoud montre que le cœur de la pensée d’A. Smith émane d’une réflexion de philosophe-économiste soucieux d’articuler, "sans confusion" l’économie et la morale (p. 130).

18

Enfin, pour ce qui est de la pensée de Marx, A. Berthoud insiste sur la complexité de la notion marxienne d’économie : il s’agit d’une notion universelle qui perdure par delà les formes historiques de la société capitaliste et qui se rapporte à celle de travail. Sans cette notion, il est impossible, nous montre A. Berthoud, de comprendre non seulement la critique marxienne de l’économie politique mais, plus généralement la philosophie de l’histoire de Marx.

19

II. Seconde manière : Une autre manière de lire l’ouvrage d’A. Berthoud est de le considérer comme un récit thématique retraçant, à grands traits, l’histoire de l’idée d’économie.Cette histoire nous est décrite à travers l’évocation de cinq grandes figures de la pensée occidentale.

20

Cette histoire, nous dit A. Berthoud, est indissociable d’une interrogation sur les modalités de la vie en commun et sur la place de l’économique dans cette vie : cette place est-elle une menace ou un salut ? — telle est la question qui oriente toute l’histoire de l’idée d’économie.

21

Cette histoire commence avec Platon : "ce que nous apprend Platon dans La République est que l’économie contient à l’état naturel quelque chose de dangereux ou de menaçant pour la vie des hommes." (p. 10). Cette menace est celle de la démesure du désir de richesse, démesure dont Aristote nous dit qu’elle peut être contenue sous certaines conditions définies d’un point de vue éthique. Ces dernières se rapportent au commerce de l’argent ou encore à la bonne chrématistique.

22

Cette histoire se poursuit dans les temps modernes avec Hobbes et surtout A. Smith. Le premier prolonge la critique platonicienne de l’économie tandis que le second renoue avec "la sobriété d’Aristote". Hobbes considère que la seule manière d’endiguer la menace mortelle que constitue la démesure du désir de richesse est de confiner l’économie au "domaine des relations des hommes à la nature régie par la seule technique et sans l’éthique". Au contraire, pour A. Smith l’économie est au fondement de cette harmonie que l’être humain trouve à l’état naturel : "Il y a l’économie qui sert de socle à la vie morale. Il y a la vie morale qui est une éducation à l’amour de soi et à l’amour des autres. Il y a enfin l’amour que la nature se voue à elle-même, qui est la cause finale de l’économie et de la morale." (p. 13).

23

Plus précisément, pour A. Berthoud, si la notion d’économie que A. Smith forge est historiquement décisive, c’est parce qu’elle se situe à "un carrefour entre plusieurs directions" (ib.). En effet, chez A. Smith, l’économie et la morale ne sont pas encore séparées mais déjà l’économique est abordé sous l’angle du mécanisme. Les directions alors prises dans l’analyse de la notion d’économie marquent l’histoire récente de la théorie économique avec :

  • d’une part, les tenants d’une séparation entre économie et morale (dont Lionel Robbins pourrait être une figure illustrative), l’économie se confondant avec la seule instrumentation des choses ;

  • d’autre part, les tenants —économistes du bien-être et socio-économistes— d’une "obscure confusion entre l’économie et la morale" (ib.).

Mais, à côté de ces directions, il faut ajouter une troisième voie d’analyse. C’est celle du socialisme, nous-explique A. Berthoud, celle qui relie la notion d’économie à celle â’utopie. Cette troisième voie se distingue assurément des deux autres dans la mesure où elle constitue un véritable renversement de la problématique platonicienne : loin de constituer une possible menace politique ou morale, l’économie y représente au contraire une véritable voie de salut.

24

III. Troisième manière. A. Berthoud nous invite à aller au-delà de cette seule histoire thématique portant sur la notion d’économie. Il nous montre qu’il est possible, à travers l’histoire générale de la pensée occidentale, de reconstituer plus spécifiquement une histoire de la philosophie économique. Il identifie ainsi deux grands types de philosophie économique.

  1. Une philosophie économique de tradition grecque : elle saisit la notion d’économie à partir de l’idée de désir. En conséquence, elle considère la consommation comme l’acte économique prédominant, c’est-à-dire l’acte qui détermine l’enchaînement de tous les autres [4]  Des auteurs étudiés par A. Berthoud participent de... [4] . Dans cette tradition, le problème de l’économie étant rapporté à celui de la mesure d’un désir spécifique, la sphère de l’économique est délimitée par référence à celle de l’éthique et du politique.

  2. Une philosophie économique de tradition judéo-chrétienne : elle saisit la notion d’économie à partir des idées de peine et de récompense et fait, en conséquence, du travail l’acte économique fondamental [5]  Dans cette tradition, A. Berthoud situe, de manière... [5] . Dans cette tradition judéo-chrétienne, l’économie se rapportant au calcul et à l’attente internes au temps de travail, la sphère de l’économique est identifiée à partir du principe d’espérance. Or, l’espérance étant une vertu théologale, la critique de l’économique se fait, non plus par référence à une pensée de l’éthique et du politique, mais par référence à une pensée du social et du religieux.

Ce dernier point est sans doute l’un des plus difficiles de l’ouvrage de A. Berthoud, mais c’est aussi l’un des plus stimulants. En effet, il illustre le fait que la philosophie-économie nécessite un engagement de la part de celui qui la pratique. De quelle nature est cet engagement ? —tel est le fond de la question que pose A. Berthoud en nous présentant cette typologie. Cet engagement est-il de nature morale ou politique, comme le veut la tradition grecque ? Ou peut-on aller jusqu’à dire qu’il est de nature religieuse ? En invoquant la distinction entre deux traditions de pensée philosophico-économique, A. Berthoud répond à cette dernière question par l’affirmative. Cette réponse suscitera sans doute chez le lecteur maintes interrogations. Parmi celles-ci, nous en évoquerons deux.

25

Premièrement, plutôt que d’envisager, pour faire court, l’opposition entre les philosophes-économistes du travail et les philosophes-économistes de la consommation sur le terrain de la tradition de pensée morale et religieuse, ne pourrait-on pas l’envisager plus simplement et plus spécifiquement sur le terrain de la philosophie politique recoupant ainsi l’opposition idéologique entre les traditions de pensée libérale et socialiste ? En ce cas, "l’utopie" qui animerait l’économique resterait d’abord et avant tout politique et la délimitation de l’économique se ferait d’abord pas référence au politique quelle que soit les traditions de pensée évoquées.

26

Deuxièmement, A. Berthoud met Marx et E. Bloch au centre de la philosophie économique du travail. Plus exactement, il nous montre que le principe espérance que E. Bloch thématise est au cœur de la notion de travail que Marx défend. E. Bloch insistant sur l’espérance comme vertu théologale, c’est par elle, en conclut A. Berthoud, que se fait le lien entre économie et religion. Mais, plutôt que de suivre E. Bloch dans sa philosophie religieuse implicite, ne pourrait-on pas considérer que E. Bloch reconstitue un mythe —celui de l’espérance présente dans le travail ? Par ce mythe, il nous fait voir l’impossibilité, pour une pensée économique, de se dégager de la réflexion éthique, c’est-à-dire de la réflexion sur les valeurs et sur les vertus de l’agent économique. Pour le dire autrement, E. Bloch découvre l’aspect implicite de la philosophie économique de Marx, à savoir la présence d’une éthique spécifique : une morale de l’espérance. En ce cas, l’opposition entre les traditions de philosophie économique grecque et judéo-chrétienne ne se fait plus par rapport à une pensée de l’éthique ou du religieux, mais à l’intérieur même d’une philosophie de l’éthique, entre une morale de l’espérance et une éthique des désirs.

27

De telles considérations ouvrent ainsi à discussion : car elles impliquent, d’une manière alternative à celle de A. Berthoud, de considérer qu’en toute philosophie économique, l’économique se délimite par rapport au politique et s’identifie exclusivement à l’intérieur d’une pensée de l’éthique. Tel est un autre aspect de l’ouvrage de A. Berthoud : il invite le lecteur à la réflexion et ouvre au débat de philosophie économique.

28

IV. Quatrième manière : Cette dernière façon d’entrer dans la lecture du livre d’A. Berthoud est la plus délicate. Il s’agit d’aborder chaque chapitre avec la question centrale qui anime tout le livre, à savoir : Quid de la philosophie économique ? Pourquoi, pour qui et comment ?

29

Par la richesse du matériau qu’il lui livre, A. Berthoud pousse clairement son lecteur à prendre position face à cette question. C’est ce que nous nous proposons de faire dans les paragraphes qui suivent.

a - Première interrogation : pourquoi la philosophie économique ?

30

Tout d’abord parce qu’elle est utile : pas seulement du point de vue de l’historien des idées ou du philosophe de la connaissance, soucieux de saisir l’unité des systèmes de pensée d’auteurs du passé ; pas seulement du point de vue de l’épistémologue, soucieux d’identifier la nature des savoirs que renferment ces différents systèmes. Elle est utile pour comprendre l’évolution passée et récente de la théorie économique elle-même : en cherchant à mettre à nu les fondements des savoirs constitués à travers elle et en cherchant à déployer les conditions de leur extension, elle aide l’économiste à mieux saisir les enjeux de sa pratique scientifique et à cerner l’horizon politique et moral de ses analyses.

b - Deuxième interrogation : la philosophie économique pour qui ?

31

La philosophie économique, suggère A. Berthoud, s’adresse, de manière centrale, à l’économiste d’aujourd’hui. En laissant entrevoir l’actualité des thèmes abordés par les grands auteurs du passé, elle pousse l’économiste d’aujourd’hui à chercher dans le passé des clés pour comprendre et éclairer les problèmes qu’il se pose. Des économistes tels que Sen, Haranyi et même Arrow témoignent de cette emprise de la philosophie-économique sur la théorie économique contemporaine.

32

Plus généralement, ce que les philosophes-économistes du passé rappellent sans cesse à leurs lecteurs, c’est que l’usage des concepts, en théorie économique, n’est pas neutre, tant sur la plan politique qu’éthique. Le philosophe économiste d’aujourd’hui retient la leçon des Anciens et cherche à la faire valoir aux yeux de ses contemporains. Il témoigne ainsi de ce que le savoir en économie participe de la constitution d’une connaissance pratique et non pas technique : c’est-à-dire une connaissance qui suppose à la fois analyse et réflexion, mise en relation entre des concepts et justification de l’usage de ces derniers.

c - Troisième interrogation : comment pratiquer la philosophie économique ?

33

En centrant sa réflexion sur une étude d’auteurs, A. Berthoud nous donne en exemple une façon spécifique de faire de la philosophie économique. Cette façon est celle d’un historien de la pensée mû par une double préoccupation :

  1. le souci de rendre compte de la singularité du point de vue que chaque auteur, en tant que philosophe économiste déploie ;

  2. et, la volonté de mettre en rapport les différents systèmes de pensée de sorte à établir des typologies possibles et à reconstituer, par delà l’histoire de l’idée d’économie, une histoire de la philosophie économique.

Le but du philosophe-économiste est alors de montrer, à travers cette histoire, en quoi des traditions de pensée marquent de leur empreinte l’élaboration actuelle du savoir économique. Ainsi, l’économie du bien-être s’inscrit dans une histoire de la philosophie morale et politique qui commence avec Platon et Aristote et se poursuit avec Kant et les utilitaristes. De même, l’usage généralisé de modèles formalisés dans la théorie économique contemporaine s’inscrit dans une histoire du constructivisme pratique, épistémologique et politique que Hobbes inaugure dans sa philosophie.

34

Mais, A. Berthoud nous laisse entrevoir l’autre façon de faire de la philosophie économique —celle qui consiste à se saisir des problèmes spécifiques rencontrés par la théorie économique contemporaine. Il ne s’agit plus alors, pour le philosophe-économiste, d’aller des Anciens vers les Modernes mais de parcourir le chemin inverse. Dans cet ordre d’idée, le développement actuel des théories économiques de la justice offre un terrain exemplaire pour une telle pratique de la philosophie économique. Mais, ce n’est pas le seul.

35

Pour résumer, la pratique de la philosophie économique tient dans ce va-et-vient incessant entre l’analyse des théories économiques constituées et leur critique, c’est-à-dire la mise en valeur de leur enracinement dans des traditions de pensée qui mobilisent des usages différents de la notion d’économie. En cherchant ainsi à délimiter le contenu philosophique des concepts que l’économiste convoque dans ses théories et le mode de justification que celles-ci impliquent, le philosophe-économiste éclaire les enjeux moraux, politiques et épistémologiques que ces théories recèlent. De fait, on modulera quelque peu l’affirmation d’A. Berthoud selon laquelle la philosophie économique n’est pas la science économique (p. 11).

36

Certes, la philosophie économique n’est pas le tout de la connaissance économique ; mais la philosophie économique participe de l’élaboration de cette connaissance : son objet est précisément non seulement de cerner la nature et le contenu de la science se faisant devant elle, mais aussi d’en délimiter l’horizon. Parce que cet horizon n’est pas neutre axiologiquement, la philosophie-économique, comme réflexion et engagement, se trouve au cœur de la constitution du savoir économique : c’est ce qu’A. Berthoud nous donne à voir de manière exemplaire à travers ses cinq essais.

Notes

[1]

École Normale Supérieure de Cachan, IDHE et European University Institute, Robert Schuman Centre, f_kandil@ hotmail. com

[2]

La philosophie économique n’est pas empirique : elle se distingue d’une psychologie mais aussi d’une histoire ou encore d’une sociologie économiques.

[3]

Pour le dire autrement, comme discipline réflexive, la philosophie économique se distingue d’une pensée purement technique, c’est-à-dire d’une détermination d’objet menée indépendamment de toute interrogation portant sur les notions utilisées et leur justification.

[4]

Des auteurs étudiés par A. Berthoud participent de cette tradition : Platon, Aristote, Hobbes et A. Smith. Mais A. Berthoud situe également, dans le prolongement de cette dernière, du côté des économistes, les néoclassiques et du côté des philosophes des auteurs tels que Rawls.

[5]

Dans cette tradition, A. Berthoud situe, de manière exemplaire, Hegel, Marx, Weber, E. Bloch et S. Weil.

Titres recensés

  1. Première interrogation : pourquoi la philosophie économique ?
  2. Deuxième interrogation : la philosophie économique pour qui ?
  3. Troisième interrogation : comment pratiquer la philosophie économique ?

Pour citer cet article

Kandil Feriel, « Arnaud Berthoud, Essais de philosophie économique Platon, Aristote, Hobbes, A. Smith, Marx, Arras-Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2002 », Cahiers d'économie Politique / Papers in Political Economy 2/ 2002 (n° 43), p. 153-159
URL : www.cairn.info/revue-cahiers-d-economie-politique-2002-2-page-153.htm.


Article précédent Pages 153 - 159 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback