Les rétrécisseurs de sexe. Chronique d’une rumeur sorcière
Jean-Jacques Mandel
Dans la rue, sur un marché, un inconnu, un « sorcier », vous touche et immédiatement votre sexe disparaît. Il y a juste dix ans cette rumeur terrible traversa l’Afrique de l’Ouest à la vitesse d’un cyclone et fit les mêmes ravages : près de trois cents morts, plus de trois mille blessés, victimes expiatoires de la vindicte populaire. La peur des « réducteurs de sexe » plongea tour à tour les États traversés dans un chaos indescriptible. Et, dans un décor de crise économique mâtinée de séquelles de guerre régionale, la peur de l’Autre trouva sa vraisemblance et sa justification dans la montée du nationalisme sur fond d’accroissement des inégalités sociales. Question : comment une rumeur locale peut-elle devenir l’expression sanglante d’une angoisse globale ? Retour en 1997 à Bamako. Analyse d’un fait divers avec policiers et magistrats, témoins et victimes, médecins et psychiatres.Mots-clés :
Afrique de l’Ouest, rétrécisseur de sexe, rumeur, sorcier.
Penis Shrinkers. The Story of a Sorcerous Rumour.
In the street or in a market, a stranger—a sorcerer—touches you and your penis immediately disappears. Ten years ago exactly, this horrifying rumour spread across West Africa like a hurricane, and with comparable damages: almost 300 dead, more than 3,000 wounded—all expiatory victims of people’s prosecution. The fear of "penis shrinkers" gradually plunged all West-African countries into a state of indescribable chaos. And in the context of an economic crisis and the aftermath of the regional war, the fear of the Other found a justification in the surge of nationalism against the background of growing social inequalities. One question remains: how can a local rumour become the bloody expression of general terror? Based on interviews with members of the police, magistrates, witnesses, victims, doctors and psychiatrists, this article sheds a light on this incident which, in Bamako, started in 1997.Keywords :
West Africa, penis shrinkers, rumours, sorcerers.
• Dimanche 26 octobre 1997, 19 h
• Bamako, dimanche 26 octobre, 21 h
• Lundi 27, fin de matinée. En face du marché du Ra ïlda
• Mardi 28, 9 h, quartier de l’hippodrome. À la rédaction de Kabako
• Mercredi 29, 17 h, Missira. À côté du Marché de Médine
• Jeudi 30, 10 h du matin, dans le bar du Grand Hôtel
• Vendredi 31, 9 h du matin, Quinzambougou. Commissariat du troisième arrondissement
• Samedi 1er novembre, 14 h. Point G. Faculté de médecine
• Épilogue
• BIBLIOGRAPHIE