Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136191
260 pages

p. 159 à 173
doi: en cours

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Causalités multiples

no 16 2001/1

2001 Cahiers de psychologie clinique Causalités multiples

Deux paradigmes de la thérapie

Thierry Melchior  [*]
Deux paradigmes différents semblent possibles en thérapie, l’un qui privilégie les causalités linéaires, le passé et la vérité, l’autre plus constructiviste qui privilégie les causalités circulaires fonctionnant actuellement. Mots-clés : causalité linéaire, causalité circulaire, effet Pygmalion, suggestion, recadrage. Two different paradigms seem available in therapy : one which emphasizes linear causalities, the past and the truth, the other one, more constructivist, which emphasizes actual circular causalities Keywords : linear causality, circular causality, Pygmalion effect, suggestion, reframing.
Quelle attitude adopter face à un patient qui se plaint d’anxiété et d’insomnies ? Ou qui présente des troubles alimentaires ? Ou qui fait état de sentiments dépressifs ? Ou qui se déclare paniqué à l’idée de prendre les transports en commun ou les ascenseurs ?
 
Le paradigme classique
 
 
La réponse qu’une tradition remontant à Freud nous inspire pourrait se laisser décrire sommairement comme suit : ces difficultés (une fois toute éventualité de causes organiques exclues) sont à comprendre essentiellement comme résultant d’une forme de méconnaissance. Des désirs n’ont pas été acceptés par une partie de l’individu (son « Moi ») à un moment précoce de son histoire, ils ont été refoulés, sont devenus inconscients et font retour sous une forme déguisée, cryptée, en l’occurrence, sous la forme de symptômes. Le travail du thérapeute reviendra à aider le patient à verbaliser ce qui est, de près ou de loin, en relation avec ces symptômes, en lui permettant de se laisser aller à associer librement ce qui lui vient à l’esprit, et ainsi à peu à peu prendre conscience de ses désirs infantiles sous-jacents. En prenant conscience de ces désirs, le patient supprimera la cause sous-jacente de ses symptômes et pourra ainsi s’en libérer.
Cette conception classique s’est cependant, comme on sait, considérablement complexifiée au fil du temps. Parmi ces complexifications, nous épinglerons les trois plus importantes.
  • Dès les début de la psychanalyse (à l’époque où il n’était encore question que de méthode cathartique), Freud fit intervenir une notion de « résistance » : le patient coopérait bien moins au traitement que ce que l’on aurait pu espérer. Il résistait au travail de prise de conscience. Cette résistance, toutefois, loin de mettre en question la validité de la méthode et de la théorie qui la justifiait, témoignait au contraire de sa justesse : elle était à comprendre, en effet, comme n’étant rien d ‘autre que l’expression des mêmes forces qui avaient œuvré au refoulement des désirs infantiles. Autre implication de cette théorie de la résistance : les dénégations d’un patient sont à première vue irrecevables. Elles ne peuvent amener le thérapeute à revoir son interprétation, elles seraient même plutôt l’indice de la justesse de celle-ci.
  • En raison même des forces qui sont en jeu dans le refoulement et la résistance et qui réalisent une censure inconsciente, le matériel inconscient ne peut se manifester qu’indirectement, sous une forme cryptée par différents mécanismes. La tâche du thérapeute sera donc non seulement d’inciter le patient à verbaliser, associant librement ce qui lui vient à l’esprit, mais aussi de l’aider de temps à autre en le mettant sur la voie du refoulé par son art de l’interprétation. Il sera à même d’effectuer ces interprétations notamment par sa connaissance du type de mécanismes susceptibles d’être à l’œuvre (déplacement, condensation, renversement dans le contraire…).
  • La censure inconsciente ne contribue pas seulement au cryptage du matériel émergeant par l’association libre ou à la résistance. Elle explique également que se manifeste un autre phénomène qui n’était, si l’on peut dire, pas prévu dans le programme psychanalytique initial : le « transfert ». Au fur et à mesure que se développe la relation analytique le patient manifestera en effet inévitablement et toujours plus nettement une série de comportements, d’affects, d’attitudes vis à vis de l’analyste qui viendront perturber une tranquille remémoration du matériel refoulé. Ces comportements seront à comprendre (et à interpréter) comme la répétition de comportements infantiles adressés aux figures parentales.
Le paradigme qui s’est ainsi constitué à partir des travaux de Freud repose sur une série de présupposés qui ne vont pas sans poser question.
Le plus fondamental est sans doute celui selon lequel les symptômes d’aujourd’hui seraient nécessairement dus à des causes rendues inconscientes remontant, pour l’essentiel, à l’enfance. Cette idée dérive principalement de plusieurs sources : la première se trouve chez Charcot. Celui-ci considérait en effet que certaines formes d’hystérie résultaient d’un choc psychique (par exemple la frayeur éprouvée lors d’un accident) et pouvaient donc être considérées comme des hystéries traumatiques. D’autre part, le travail de Joseph Breuer avec Anna O. semblait témoigner du fait que les symptômes de la patiente étaient liés à des souvenirs non accessibles à l’état conscient, souvenirs qui, une fois remémorés avec toute leur charge émotionnelle, permettaient la levée de ces symptômes [1]. Dans le cas de Charcot comme dans celui de Breuer, cette manière de voir s’articulait à la croyance qu’en hypnose des souvenirs non accessibles à la conscience peuvent être agissants, ainsi que semble le manifester notamment le phénomène de la suggestion post-hypnotique. Même si Freud abandonna une conception traumatique de l’étiologie des névroses en 1897, on peut considérer que ce sont toujours les grandes lignes de ce modèle qui continuent à dominer les thérapies d’inspiration analytique. Le trauma d’origine externe a simplement été progressivement remplacé par des vécus infantiles plus ou moins difficultueux, en articulation avec une conception intrinsèquement traumatique de la sexualité humaine [2].
Cette idée que les difficultés d’aujourd’hui remonteraient nécessairement à des vécus infantiles refoulés tire de toute évidence une bonne partie de sa force argumentative de la croyance selon laquelle si des souffrances actuelles se produisent sans raison apparente, elles ne peuvent s’expliquer que par des causes profondément cachées. Et si ces souffrances sont importantes, les causes qui les ont produites doivent l’être également. Il s’agira donc pour le thérapeute d’aider le patient à les débusquer là où elles se cachent, et les vécus plus ou moins confus de la petite enfance constituent bien une zone de l’existence propice à leur servir de cachette.
Il ne fait pas de doute qu’un travail thérapeutique selon ce paradigme peut très fréquemment aboutir à des résultats satisfaisants. La question se pose, toutefois, de savoir à quoi de tels résultats sont dus. Il est en effet largement admis, y compris par nombre de psychanalystes [3], que les « causes » qui seront mises en lumière par le travail thérapeutique seront largement dépendantes des conceptions théoriques du thérapeute. Si plusieurs clones d’un même patient se rendaient par exemple chez un freudien, un kleinien, un lacanien, un reichien ou un jungien, il est clair que ce qu’ils « découvriraient » concernant l’origine de leurs troubles serait sensiblement différent, même si l’on peut admettre que certains événements marquants de leur histoire (par exemple, l’autoritarisme excessif d’un père ou le décès de la mère à l’âge de cinq ans…) occuperaient probablement une place relativement centrale dans tous les cas.
Il est donc loin d’être évident que le ressort thérapeutique d’un travail orienté vers le passé relève de quelque chose comme une « prise de conscience » ou un « insight ». On voit du reste assez mal comment une pure « prise de conscience », indépendante de toute influence du thérapeute, pourrait se produire dans un travail thérapeutique alors que de l’aveu même de Freud celui-ci s’effectue dans une très large mesure grâce à la suggestibilité augmentée du patient sous les espèces du transfert positif (Freud, 1916-17).
On peut en revanche faire l’hypothèse que le fait de lier les symptômes d’aujourd’hui à des vécus difficiles d’autrefois permet de modifier leur signification, et, partant, permet au patient de modifier son attitude vis à vis d’eux et dans la vie en général. A ce titre, la mise en relation des événements du passé (ou de ce qui est tenu pour tel) avec les troubles actuels pourrait se comprendre comme une forme de recadrage (Watzlawick, 1975) dans lequel il s’agit bien moins de vérité ou de réalité (fut-ce de « réalité psychique ») que de création, avec le patient, de significations nouvelles [4].
Si de telles modifications de sens concernant le passé peuvent assez fréquemment résoudre les symptômes et permettre une meilleure qualité de vie, elles ne vont pas non plus sans inconvénients potentiels. Cette stratégie impose, en effet un assez long détour dans les méandres de l’enfance, détour dont rien n’oblige à considérer qu’il soit toujours indispensable. La durée de la thérapie risque donc d’en être sérieusement affectée. Par ailleurs, la manière dont ces vécus infantiles seront abordés revient nécessairement à privilégier tout ce qui dans ce passé peut comporter une valeur négative. Puisqu’il s’agit de rechercher les causes (négatives) des effets (négatifs) que sont les symptômes et autres difficultés de vie, thérapeute et patient chausseront inévitablement des lunettes aptes à détecter les souffrances, les angoisses, les manques, les carences, les traumas, petits ou grands, supposés s’être produits dans l’enfance. Cette réalité floue et ambiguë que constituent nos souvenirs d’enfance, se prête évidemment bien – un peu comme les taches d’encre du Rorschach [5] – à trouver ce que l’on recherche, quoi que cela puisse être. Et si l’on recherche du négatif, on le trouvera immanquablement, toute la question étant bien sûr de savoir dans quelle mesure on l’aura seulement découvert ou dans quelle mesure on l’aura produit. Il y a là un risque non négligeable d’aggraver les difficultés du patient en arrimant ses difficultés présentes à de (supposées, à tort ou à raison) difficultés passées.
Par ailleurs, la thèse selon laquelle ce qui vient à l’esprit du patient [6] en train « d’associer librement » ne saurait venir par hasard mais reste constamment soumis à un déterminisme inconscient, thèse solidaire d’un conception causaliste linéaire, pose également question. Et cette question est loin d’être sans importance puisque c’est elle qui légitime la pratique interprétative. Or, une analyse extrêmement détaillée des conceptions freudiennes (et lacaniennes) relatives aux processus primaires, au déplacement, à l’allusion, à la condensation, et aux divers procédés de transformation à l’œuvre dans le mot d’esprit, dans le rêve, les lapsus, processus qui constituent pour ainsi dire la mécanique du déterminisme psychique, montre, selon le sémiologue Tzvetan Todorov (1977), que Freud n’a guère fait autre chose que retrouver diverses figures ou tropes de la rhétorique classique.
Il leur a souvent donné d’autres noms, il les a aussi classés de manière originale, quoique souvent un peu confuse, mais il n’a pas découvert autre chose que ce que la rhétorique avait déjà décrit et codifié.
La spécificité de Freud est surtout qu’il a considéré que ces différentes opérations rhétoriques étaient en réalité des « mécanismes inconscients ». Il fallait bien, d’ailleurs, qu’ils les considère comme tels. En effet, dès lors qu’à partir d’un rêve, par exemple, il encourage son patient à associer, intervenant de temps à autre pour l’encourager dans une direction ou une autre, ou interprétant ce que veut dire en réalité telle ou telle chose, et aboutissant ainsi, par une suite de transformations progressives au « contenu latent », à la signification réelle du rêve, il est évident que le travail de l’analyste n’aurait aucune valeur de découverte s’il avait statut de transformations de sens purement arbitraires.
Il ne peut prendre toute sa valeur que s’il est compris comme refaisant en sens inverse le travail que l’inconscient lui-même avait effectué pour fabriquer le rêve. Il faut donc nécessairement supposer que ce « travail du rêve » a procédé en utilisant les mêmes opérations que celles par lesquelles analyste et patient ont dérivé du « contenu manifeste » au « contenu latent ».
La psychanalyse ne peut donc fonctionner qu’à condition de réifier, de substantialiser les processus qui sont l’inverse de ceux accomplis par le travail analytique d’interprétation.
Autrement dit, l’interprétation analytique ne peut acquérir le statut d’interprétation qu’à condition que l’on tienne pour acquis que les chaînes associatives qu’elle remonte existaient préalablement dans l’inconscient qui les aurait élaborées en utilisant des mécanismes qui lui seraient propres. Sans une telle supposition, l’« interprétation » n’aurait aucune raison d’être considérée autrement que comme une dérive ou une construction gratuite. Ce qui reviendrait à reconnaître que les chemins sur lesquels le psychanalyste entraîne son patient son très largement imaginés, construits, inventés, fabriqués en fonction des croyances particulières du premier, sans qu’il soit fait usage d’autre chose que des figures et tropes de la rhétorique, figures et tropes qui appartiennent à la pensée discursive en général et non à l’« inconscient » en particulier.
À ce propos, un exemple cité par Viderman (1982) montre bien à quel point l’analyste (ici, en l’occurrence, Wilhelm Reich) entraîne le patient dans des directions qui correspondent à ses croyances (à lui, analyste). Un patient raconte à Reich un rêve dans lequel il voit avec plaisir que son analyste est au cinéma en même temps que lui. L’analyste est en fait installé devant, au tout premier rang. Bien des interprétations semblent possibles. Reich choisira celle-ci : le premier rang est au cinéma, la plus mauvaise place. Le rêveur exprime donc ainsi ses sentiments hostiles par rapport à l’analyste. Même si cette interprétation est possible, « il est difficile cependant, fait remarquer Viderman, dans le cas de W. Reich, de ne pas avoir aussitôt présente à l’esprit la préconception théorique qui fonde son analyse du caractère : l’agressivité ». De tous les analystes des années vingt, Reich était, en effet, sans conteste, l’un de ceux qui insistaient le plus sur l’importance du transfert négatif.
Il est plus que probable que Freud lui-même aurait trouvé un autre sens, Jung un autre encore, sans parler de Ferenczi, Mélanie Klein ou Lacan.
On ne s’étonnera donc pas qu’à la fin de son analyse de la rhétorique de freudienne, Todorov conclue : « Que le symbolisme inconscient, s’il existe, ne se définit pas par ses opérations, cela est une constatation aux conséquences multiples. Je n’en retiendrai ici qu’une. Une stratégie interprétative peut codifier soit son point d’arrivée : (le sens à découvrir), soit le trajet qui relie texte de départ et texte d’arrivée : elle peut être soit « finaliste », soit « opérationnelle ». Freud présente l’interprétation psychanalytique, en accord avec ses exigences scientifiques, comme une stratégie qui ne préjuge pas du sens final mais le découvre. Or, nous savons maintenant que les opérations interprétatives décrites par Freud sont, à la terminologie près, celles de tout symbolisme. Aucune contrainte opérationnelle particulière ne pèse sur l’interprétation psychanalytique ; ce n’est donc pas la nature de ces opérations qui explique les résultats obtenus. Si la psychanalyse est réellement une stratégie particulière (ce que je crois), elle ne peut l’être au contraire que par la codification préalable des résultats à obtenir. La seule définition possible de l’interprétation psychanalytique sera : une interprétation qui découvre dans les objets analysés un contenu en accord avec la doctrine psychanalytique » (nous soulignons).
Ceci revient clairement à dire que l’interprétation analytique n’a d’autre but que celui de confirmer les croyances théoriques préalables de la psychanalyse. Autrement dit encore, selon Todorov, l’analyste ne trouvera, avec son patient, que ce qu’il s’attendait à trouver. En ce sens la stratégie d’élargissement de Freud (selon laquelle « tout a à voir avec tout ») risque malheureusement de ne servir qu’un objectif de rétrécissement complet : retrouver toujours les mêmes vécus infantiles, sexuels de préférence, refoulés.
Cela implique que si autre chose est « trouvé » (ou inventé ?), le mérite n’en reviendra certainement pas aux opérations interprétatives en tant que telles, mais uniquement au fait que, ce jour là, l’analyste s’est permis, pour des raisons totalement étrangères à la théorie et/ou à la technique analytique elles-mêmes, de s’écarter de son cap habituel, de sortir un peu des sentiers battus, en produisant une interprétation nouvelle.
Que l’on ait pu « découvrir », après Freud, diverses choses, souvent intéressantes, d’ailleurs, telles que la « position schizo-paranoïde » et la « position dépressive », l’« identification projective », l’« identification adhésive », les « éléments alpha et bêtas », l’« attaque contre les liens » ou le « moi-peau », n’est donc pas un effet de la théorie ou de la pratique analytique ; cela s’est produit dans leur contexte, mais, fondamentalement, en dépit de la pure répétition du Même que ce contexte prescrivait.
Il est probable que le « tout a à voir avec tout » de Freud comporte une certaine part de vérité. Il est bien possible, autrement dit, que l’une ou l’autre partie de nous même, se tenant temporairement ou en permanence à l’arrière-plan, qu’on l’appelle l’inconscient ou d’un autre nom, utilise spontanément les opérations rhétoriques exactement comme notre partie consciente est susceptible de le faire. Si tous les lapsus, les oublis de mots, les actes manqués, les rêves, ne sont pas nécessairement « significatifs », il faut bien reconnaître que certains semblent l’être de manière relativement criante. C’est le mérite de Freud d’avoir mis en évidence cet aspect des choses.
Mais quand une partie de nous utilise spontanément les opérations de la rhétorique, il est extrêmement douteux toutefois, que ce soit avec le degré de sophistication que Freud croit découvrir dans l’analyse de rêves comme, par exemple, celui de l’Homme aux Loups.
De toutes façons, jusqu’à quel point ce genre de phénomènes peut se développer spontanément est probablement le type même de question insoluble.
Ce qui importe le plus dans le travail thérapeutique est sans doute de reconnaître la part inévitable, dans la plupart des cas, du travail de co-construction du thérapeute. Les significations qu’il « découvre » sont le plus souvent autant construites que trouvées, et elles le sont notamment en fonction des croyances théoriques auxquelles il adhère. Il s’agit donc que ces croyances restent suffisamment ouvertes pour ne pas tomber dans un autoritarisme de savoir et pour ne pas imposer des significations préconçues au patient.
Car il faut bien constater que le « tout a à voir avec tout » rendu possible par la rhétorique de Freud (« mécanismes inconscients ») permet à l’analyste de pouvoir interpréter ce que le patient apporte d’une manière telle que soient retrouvées intactes ses croyances analytiques fondamentales (« le stade sadique-anal », « l’Œdipe », « l’envie du pénis », « la pulsion de mort », etc.).
L’inconvénient majeur de cette stratégie est, à nos yeux, le risque d’embarquer le patient dans une direction qui lui est fondamentalement étrangère (mais qui confirme la théorie du thérapeute).
Cela étant, il est tout à fait probable que la stratégie d’élargissement pratiquée par Freud présente certains avantages.
Parmi ceux-ci, il y a le fait qu’elle offre au thérapeute une carte blanche pour recadrer. Elle sera d’autant plus utile qu’elle sera vraiment blanche, autrement dit, que le thérapeute ne cherche pas à recadrer dans des directions trop orientées d’avance par ce qu’une doctrine imagine être les « causes » des symptômes et des problèmes. Le recadrage est utile moins pour « comprendre », que pour ouvrir le champ des possibles, en favorisant de nouvelles attitudes.
Un autre avantage nous paraît être la prise de distance par rapport au symptôme : il est clair que beaucoup de patients défendront d’autant plus farouchement leurs symptômes que l’on fait mine de s’y attaquer. Et si, dans de telles conditions, ils l’abandonnent temporairement, ce sera peut-être pour mieux le réactiver peu de temps après, sous la même forme ou sous une autre. Il y a donc lieu d’éviter de lutter d’une manière trop directe contre le symptôme ou le problème. C’est évidemment là une des raisons d’être essentielle des stratégies d’indirection (langage allusif, métaphores…) de l’approche éricksonienne. De la même façon, abondamment parler d’autre chose que ce qui concerne directement le symptôme ou le problème, comme on le fait dans l’approche analytique, peut être une stratégie intéressante. Un de ses grands inconvénients est bien sûr qu’un problème qui pourrait éventuellement être résolu assez rapidement, risque, si l’on s’embarque dans de trop longs détours que l’on imagine indispensables, de n’être résolu qu’après un temps considérable.
 
Le paradigme constructiviste
 
 
Sous l’influence des travaux de Bateson et de l’Ecole de Palo Alto, une attention nouvelle s’est portée sur la notion de causalité circulaire : dans les réalités humaines, il arrive très souvent qu’un phénomène Y ne soit pas seulement causé par un phénomène X, mais qu’il rétroagisse sur ce dernier (boucle de feedback) (Watzlawick, 1975). Cette notion est devenue courante dans le champ des thérapies familiales systémiques. Il semble qu’elle ait encore un certain mal à s’imposer dans le champ des thérapies individuelles peut-être en raison de la prégnance du paradigme interprétatif dans notre culture. Sa prise en considération est pourtant de nature à imposer un changement radical de paradigme en thérapie.
Dès lors en effet que l’on admet que des comportements ou des vécus, et notamment quand ils sont problématiques ou sources de souffrance pour le sujet, peuvent s’expliquer par des boucles de rétroactions actuelles, l’attention traditionnellement accordée au poids du passé perd une bonne partie de sa légitimité.
Trois notions élaborées par la psychologie sociale ou par la sociologie peuvent en revanche devenir de première importance tant pour la compréhension des symptômes que pour leur résolution.
  • L’effet Rosenthal (ou Effet Pygmalion). Il a été mis en évidence lors d’expériences au cours desquelles des instituteurs (de qualité pédagogique équivalente) se voyaient confier des classes (de valeur scolaire équivalente). Selon qu’on leur annonçait préalablement qu’ils auraient affaire à des élèves doués et travailleurs ou au contraire à des élèves médiocres et paresseux, les instituteurs développèrent des comportements et des attitudes qui eurent effectivement pour effet d’amener leurs élèves à se conformer aux prédictions. Les classes d’élèves réputées bonnes devinrent ainsi meilleures que celles réputées mauvaises.
  • La prédiction auto-réalisante (selffulfilling prophecy de Merton) est un phénomène qui traverse de part en part les réalités humaines. Dans le domaine financier, par exemple, si un analyste boursier réputé annonce publiquement que le prix de telle catégorie d’actions va augmenter, cette information peut amener de nombreux investisseurs en acheter, ce qui entraînera effectivement la hausse annoncée. Il en va de même si des rumeurs circulent concernant un risque de pénurie d’un produit : les consommateurs en faisant des provisions créeront cette pénurie. L’Effet Pygmalion peut être considéré comme un cas particulier de la prédiction auto-réalisante, et dans le domaine médical, il en va jusqu’à un certain point de même pour l’Effet placebo. Notons en passant à quel point ce genre de phénomènes, dont on peut penser qu’ils jouent sans cesse dans les relations humaines, met à mal la catégorie de la vérité : si des actions montent suite à un article du Wall Street Journal, dira-t-on que cet article a fait une prédiction vraie ? Il est clair que si vérité il y a, dans un tel cas de figure, il s’agit d’une vérité pragmatique qui ne fait coïncider un énoncé et son référent que par la grâce de son énonciation. Il y tout lieu de penser que la « vérité » des théories thérapeutiques (ou des interprétations du thérapeute) sont du même ordre.
  • L’Effet de gel mis en évidence par Kurt Lewin se manifeste quand des sujets sont amenés à poser des actes qui vont dans un certain sens. Les probabilités qu’ils soient suivis par d’autres actes allant dans le même sens sont alors augmentées. Ainsi, par exemple, une expérience réalisée par Lewin pendant la guerre était destinée à étudier comment convaincre les ménagères américaines de changer leurs habitudes de consommation alimentaire (en consommant davantage les bas morceaux de viande). Quand on les soumettait à une conférence de trois-quart d’heure destinée à les convaincre, elles se déclaraient convaincues par les arguments, mais seulement 3% changeaient effectivement leurs habitudes.
Lewin en conclut qu’une conférence pouvait, par delà les informations données, faire naître les motivations et les attitudes attendues mais que ces nouvelles motivations et attitudes ne débouchaient pas sur de nouveaux comportements.
Lewin chercha alors le lien entre attitudes et motivations d’une part, et comportements de l’autre ce qui le mena à réaliser une deuxième expérimentation : après avoir reçu les mêmes informations, les ménagères étaient invitées à en discuter ensemble. L’animateur leur demandait ensuite de lever la main si elles étaient d’accord pour cuisiner autrement au cours de la semaine suivante. Résultat : 32% des ménagères, soit dix fois plus, changèrent effectivement leurs comportements.
Le lien recherché par Lewin entre motivation et action était mis en évidence : la décision.
Lewin écrit : « La décision relie la motivation à l’action et semble avoir en même temps un « effet de gel » qui est dû en partie à la tendance de l’individu à « adhérer à sa propre décision » et en partie à son « engagement vis-à-vis du groupe » ».
Joule et Beauvois (1998) commentent : « (…) cet effet de gel qui conduit l’individu à concrétiser sa décision, c’est-à-dire à faire ce qu’il a décidé de faire, et éventuellement ensuite à persévérer dans le même cours d’action (…), est imputable à l’acte même de décision et non pas aux raisons qui ont pu le conduire à décider. Tout se passe donc comme si un déterminisme nouveau apparaissait, dont l’acte de décision constituerait en quelque sorte le seul antécédent. (…) ce déterminisme nouveau n’a strictement rien à voir avec les raisons ayant pu motiver la décision. Que ces raisons soient bonnes ou mauvaises n’importe pas ici ; dans les deux cas, celui qui a décidé aura tendance à s’en tenir à sa décision et à ne plus en démordre. »
D’autres expériences instructives valident cette conception par exemple celle de Staw (1981, citée par Joule et Beauvois) sur « l’escalade de l’engagement » : 1° on demande à des managers de prendre une série de décisions pour la gestion d’une entreprise virtuelle (business game). Les sujets prennent de bonnes décisions. 2° Ensuite, en se situant fictivement deux ans plus tard, on leur présente des résultats catastrophiques et on leur demande d’y réagir : ils persistent dans leur décision initiale au lieu d’en changer, ce qui ne fait qu’aggraver les choses. À l’inverse, les sujets d’un groupe contrôle à qui on présente d’emblée la situation en 2° prennent une décision correcte. La seule explications possible est qu’ils n’ont pas été influencés par une décision préalable qu’ils ont prise [7].« Les gens adhèrent plus au choix qu’ils ont fait qu’aux raisons ayant présidé à ce choix », concluent Joule et Beavois. « Et ils y adhèrent au sens d’une adhérence et non pas au sens d’une adhésion. Qu’importe alors si le monde changera au point de rendre ce choix déraisonnable, l’effet de gel les poussera néanmoins à persévérer dans leur décision. » [8]
La causalité circulaire peut dès lors intervenir de multiples façons dans la compréhension des difficultés de vie et dans la façon dont elles peuvent se résoudre.Ainsi dans le cas d’une phobie, par exemple un phobie des transports en commun, il n’est pas indispensable de postuler une série d’événements plus ou moins anciens pour comprendre sa formation : on peut aussi bien se contenter de penser qu’à un moment ou à un autre, le patient a cherché à atténuer une sensation de malaise (éventuellement relativement banale) en développant une stratégie d’évitement : quitter le métro, par exemple, et remonter à la surface. Le simple fait de prendre une telle décision peut favoriser une effet de gel augmentant les probabilités d’une stratégie d’évitement ultérieure. Peut-être pourrait-on expliciter le phénomène dans ces termes : en évitant le métro parce que j’éprouve de la peur, je m’adresse à moi-même un message implicite par lequel je donne raison à ma peur, je la ratifie, je l’entérine, je la légitime. Sinon, à quoi bon pratiquer l’évitement ? Tous ces efforts d’évitement n’ont de sens que sur base du postulat selon lequel, spontanément je ne puis que ressentir de la peur dans le métro Dès lors, je la renforce et j’augmente encore par là-même ma propension à éviter. Une même conception peut rendre compte des stratégies de contrôle telles qu’elles peuvent se développer dans des problématiques de type obsessif-compulsif : plus je contrôle, plus je légitime et je renforce ma peur, et pire encore, plus je m’adresse à moi-même des messages m’incitant à douter de la fiabilité de ma mémoire et de mes perceptions. Des troubles tels que la peur de rougir en public peuvent s’expliquer simplement par un tel type de logique. La peur de rougir, par exemple, semble un des moyens les plus efficaces pour effectivement rougir fréquemment dans les situations redoutées. Plus l’individu fait des efforts pour que cela ne se produise pas, plus il entérine sa crainte et donc sa croyance que spontanément cela se produira sûrement.
Cette manière de voir peut également aider à comprendre ce qui se passe dans les cas où le patient vit son existence à l’ombre d’un anti-modèle, c’est-à-dire en essayant de ne surtout pas ressembler quelqu’un, que ce soit par exemple à son père excessivement autoritaire, ou que ce soit à sa mère constamment dépressive : chacun de ses efforts pour ne pas devenir semblable à un tel anti-modèle revient à s’adresser à lui-même un message implicite selon lequel il est évident que spontanément, il ne peut que lui ressembler. Le patient va alors se vivre comme s’il était habité par un ennemi de l’intérieur qu’il aura à toujours soumettre à un contrôle rigoureux, un ennemi constitué par sa propre spontanéité qui ne peut, s’il n’y prend constamment garde, que le trahir en l’amenant à se comporter comme son anti-modèle abhorré. Son attitude le mène ainsi à créer un fossé entre lui et lui, une division, une crise de confiance de plus en plus intense, coûteuse en énergie et vouée à l’échec. Plus il fait des efforts, plus ce contre quoi ceux-ci sont dirigés se renforce, dans une bi-polarisation sans cesse croissante.
Ces logiques d’anti-modèles sont loin d’être rares et peuvent fréquemment comporter des implications interactionnelles systémiques : c’est ainsi qu’une femme de 34 ans, divorcée, mère de deux garçons de respectivement cinq et six ans, se plaignait (entre autres) abondamment de difficultés qu’elle rencontrait avec eux. Ils se disputaient sans cesse et lui reprochaient constamment de faire preuve de favoritisme. Cette femme se plaignait par ailleurs d’avoir eu une enfance assez peu heureuse : elle avait été la mal aimée, sa mère ayant toujours préféré sa sœur. Elle se souvenait très clairement avoir pensé, vers la fin de son adolescence, qu’elle ne supporterait pas que les enfants qu’elle pourrait avoir puisse un jour lui reprocher quelque iniquité. Il s’agissait pour elle de ne surtout pas ressembler à cette mère détestée pour son injustice. La logique des anti-modèles étant ce qu’elle est, il n’est donc pas étonnant que les efforts intenses de cette femme pour persuader ses enfants qu’ils étaient traités équitablement, sa focalisation extrême sur une parfaite égalité de traitement (mais bien sûr pondérée par l’âge, ce qui compliquait encore les choses) les ait menés à faire une affaire d’Etat de la moindre différence, la moindre miette de gâteau en plus ou en moins devenant dès lors casus belli. Ces réactions à leur tour ne pouvaient que la mener à tenter de ressembler encore moins à sa mère, de se montrer encore plus juste, et inévitablement, l’enfer étant, comme on sait, pavé de bonnes intentions, à susciter toujours davantage de protestations de la part de ses enfants.
On pourrait aussi évoquer le cas des personnes qui ne veulent surtout pas être abandonnées par leur partenaire comme l’un de leurs parents l’a été. Ainsi, cette femme dont la mère avait été quittée, non seulement par son père, mais par plusieurs beau-pères successifs, ne voulait quand à elle surtout pas devenir une femme délaissée. Il s’agissait de tout faire pour éviter qu’une telle mésaventure ne lui arrive. Comme on peut s’y attendre, ce fut inévitablement son lot, raison pour laquelle elle vint chercher l’aide de la thérapie. Vouloir ne pas être quitté revient en effet à vouloir dompter un cheval : de quel genre de cheval a-t-on besoin dans un tel but ? Il est clair qu’un brave cheval de manège habitué à la selle depuis quinze ans ou plus ne saurait faire l’affaire. Pour que les efforts pour « garder » le partenaire puissent se développer, il faut un partenaire qui s’inscrive dans l’imaginaire que ces efforts présupposent : de préférence un partenaire ambivalent, et s’il ne l’est pas suffisamment, une série d’attitudes et de messages, verbaux et non-verbaux, aptes à le rendre tel. Et ces attitudes et messages ne requièrent aucune procédure spéciale : il suffit au sujet d’être dans un doute profond quand à sa capacité de garder son partenaire (il suffit, autrement dit, d’être persuadé qu’on ne le gardera pas) pour que les messages que l’on émet le suggèrent efficacement.
 
Conclusion
 
 
Il s’agit bien dans tous ces cas, d’une sorte de conflit intra-psychique, mais, comme on le voit, d’une nature assez différente de celle à laquelle nous a habitué le modèle interprétatif hérité de Freud.
On pourrait dans tous ces exemples parler d’autosuggestion, et, en l’occurrence d’autosuggestion implicite négative. Ce terme « autosuggestion » est certes un peu vieillot, mais il indique assez bien que dans ce genre de processus, sans s’en aviser, l’individu auto-alimente, rétro-alimente, par cela même que ses efforts impliquent ou présupposent, un imaginaire pathogène. Il se programme, sans s’en rendre compte et par les tentatives mêmes qu’il déploie en sens inverse, pour aboutir là où il ne veut pas aller. Nous retrouvons là une idée – assez vieillotte, elle aussi – développée par la seconde École de Nancy (Baudouin, Coué…) qu’on nomme parfois Loi de l’Effet inverse, selon laquelle lorsque l’imagination et la volonté sont en conflit, c’est l’imagination qui l’emportera. Ce paradigme est également congruent à la notion d’auto-hypnose négative (Araoz, 1985), qui n’est pas sans évoquer « les états hypnoïdes » chers à Breuer et dont Freud n’avait pas voulu. Dans ces causalités circulaires entre les actes et les vécus, dans ces cercles vicieux engendrés par autosuggestion, c’est en effet d’une sorte d’auto-hypnose négative dont souffre le patient, puis qu’elle le mène à développer un imaginaire de plus en plus intense et imperméable au changement, coupé de toute réalité.
Que vaut ce paradigme ? Est-il susceptible de davantage de validité que le paradigme interprétatif classique ? Si c’est à l’aune de la vérité qu’il s’agit de l’évaluer, la réponse ne peut être que problématique. En revanche, si c’est en terme d’utilité, d’efficacité thérapeutique qu’il s’agit de l’apprécier, il est, à tout prendre moins coûteux en implications indésirables, et peut, dans les causalités circulaires qui ne peuvent manquer de se produire entre le thérapeute et son patient [9], jouer un rôle souvent fort satisfaisant, complémentairement au paradigme interprétatif.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ARAOZ D. L. The new hypnosis, Brunner Mazel, New York, 1985.
·  ELLENBERGER H. F., A la découverte de l’inconscient, SIMEP, Paris, 1974.
·  FREUD S., (1916-17) Conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, Paris, 1999.
·  HIRSCHMÜLLER A., Joseph Breuer, PUF, Paris, 1991.
·  JOULE R.-V., BEAUVOIS J.-L., La soumisson librement consentie, PUF, Paris, 1998.
·  LEYENS J.-P. Psychologie sociale, Mardaga, Bruxelles, 1979.
·  MELCHIOR Th., L’absence de l’hypnose, Cahiers de psychologie clinique, N° 8, 1997.
·  MELCHIOR Th., Créer le réel, hypnose et thérapie, Le Seuil, Paris, 1998.
·  ROUSTANG Fr., Elle ne le lâche plus, Ed. de Minuit, Paris, 1980.
·  ROUSTANG F., Influence, Ed. de Minuit, Paris, 1990.
·  TODOROV T., Théorie du symbole, Gallimard, Paris, 1977.
·  VIDERMAN S,. La construction de l’espace analytique, Gallimard, Coll. Tel, Paris, 1982.
·  WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J., JACKSON D. D. Une logique de la communication, Le Seuil, Paris, 1972.
·  WATZLAWICK P., WEAKLAND J., FISCH R., Changements, paradoxes et psychothérapie, Le Seuil, Paris, 1975.
 
NOTES
 
[*] Psychologue, 17 av. Constant Montald, B–1200 Bruxelles
[1] Il y aurait beaucoup à dire sur l’affaire Anna O. dont on sait que chaque fois qu’il retrace l’historique de la psychanalyse, Freud s’y réfère comme le cas et le traitement princeps de tout ce qu’il élaborera par la suite. On se bornera ici à rappeler, à la suite d’Ellenberger et de Hirschmüller, que le travail de Breuer par tentatives de levées d’amnésie sous hypnose (auto-hypnose spontanée d’abord, hypnose induite, ensuite) n’a nullement permis de supprimer les symptômes, contrairement au récit qu’en fait Freud à de multiples reprises à chaque fois qu’il cherche à fonder la légitimité de la démarche analytique. C’est ce qui explique peut-être certaines réticences de Breuer à publier le cas. (Melchior, 1998)
[2] Il semble qu’on retrouve encore certains éléments de cette conception jusque dans les évolutions relativement récentes de la pensée analytique : l’œuvre de Bion, par exemple, s’articule en grande partie autour d’une métaphore digestive selon laquelle la santé implique de métaboliser les vécus bruts, non mentalisés, non contenus, et pour cette raison plus ou moins traumatiques, pour qu’ils s’intègrent au fonctionnement du sujet.
[3] Notamment par Serge Viderman et François Roustang.
[4] Nous avons proposé ici même un exemple clinique illustrant ce point en hypnothérapie (Melchior, 1997)
[5] Ce n’est probablement pas par hasard que les thérapies interprétatives privilégient les réalités floues ambiguës que sont, comme les symptômes, les rêves, les fantasmes, les créations artistiques, les oublis de mot, les lapsus, les actes manqués, les éprouvés corporels et les souvenirs de la petite enfance plus ou moins soumis à l’amnésie infantile. Plus une réalité est floue et ambiguë, plus elle se prête à la création de sens ; et plus également elle amène celui qui tente d’y donner sens à être influençable, ainsi que le montrent les travaux de L. Festinger (Leyens, 1979, Melchior, 1998).
[6] Ou à l’esprit du thérapeute, si l’on admet, comme le fait la psychanalyse actuellement, que le contre-transfert est largement induit par le patient.
[7] Joule et Beauvois font remarquer, à propos de cette expérience : « (…) passons de l’entreprise à l’hôpital. Nous n’osons pas imaginer ce que pourrait être une escalade d’engagement dans le diagnostic médical et les thérapies qui en découlent. » Propos qui, pensons-nous, ne sauraient laisser indifférents les psychothérapeutes
[8] La psychologie sociale confirme ainsi les intuitions de l’Ecole de Palo Alto qui tient les « tentatives de solution » pour la cause principale des problèmes ou, en tous cas pour la cause principale de leur maintien ou de leur aggravation (Watzlawick, 1972, 1975))
[9] Circularité que la thérapie systémique familiale réfère souvent en termes de « cybernétique de deuxième ordre ».
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