2001
Cahiers de psychologie clinique
Causalités multiples
Au-delà du manifeste : la cause voilée de la demande de l’enfant
Barbara Crommelinck-De Henau
[1]
Dans les consultations avec l’enfant et sa famille, le psychothérapeute est d’emblée confronté à la pluralité des demandes qui sont énoncées. L’auteur propose d’analyser à partir de vignettes cliniques et de concepts psychanalytiques, ce qu’il en est de la position subjective de l’enfant et de l’émergence de ses demandes dès le premier entretien. Prendre en compte la prise de parole de l’enfant suppose un repérage attentif de ses dires pour exprimer sa souffrance, ses questions et ce qu’il attend de la démarche en tenant compte des éléments de la relation transférentielle.
Mots-clés :
demande de l’enfant, position subjective, premier entretien, relation transférentielle, causalité.
During meetings with the child and his family, the psychotherapist is immediately confronted with the many demands expressed. The auther proposes to analyse at front, with the help of clinic and psychanalytic concepts, the subjective position of the child and his different expectations. One needs to take into account the way the child expresses his suffering, his questions and what he expects, considering the elements of the transferal relation.
Keywords :
demand of the child, subjective position, first meeting, transferal relation, causality.
Lorsque nous recevons en consultation l’enfant et sa famille, nous sommes bien souvent confrontés d’abord à l’urgence subjective de l’adulte qui consulte pour l’enfant. La crainte de l’entourage, son épuisement, ses plaintes et ses demandes se déploient au fil des rencontres avec le thérapeute.
Mais qu’en est-il de l’enfant ?
Sa position face à la démarche de consultation et ce qu’il en attend éventuellement paraissent plus opaques. Au-delà d’être l’objet du discours parental, manifeste-t-il, cet enfant, à l’occasion d’un premier échange, un désir de sujet ? Comment le thérapeute peut-il y être d’emblée attentif ? Comment repérer, dès la première rencontre, ce qu’il en est de sa position subjective ? Qu’est-ce qui motive ses dires ? Qu’est-ce qui cause son mal-être ? Le cœur a ses raisons…
Le suivi psychothérapeutique d’individus en souffrance nous apprend toute l’importance que revêt le premier entretien. Il s’agit d’un moment privilégié au cours duquel se noue la relation du thérapeute au sujet qui consulte et se définissent les enjeux de cette rencontre et le devenir d’un traitement
[2]. Ce premier échange est l’occasion pour la famille de laisser émerger de manière spontanée ce qui la préoccupe et la dynamique en jeu
[3]. Beaucoup d’éléments ainsi amenés se révèlent être, par la suite, extrêmement révélateurs des processus relationnels et intrapsychiques à l’œuvre dans la problématique évoquée. Le premier entretien est également riche parce qu’il permet à l’enfant, souvent réticent à venir ou pas demandeur du tout, de saisir l’offre qui lui est faite d’exprimer son mal-vivre.
Dans le présent article, nous reprendrons quelques concepts théorico-cliniques d’orientation psychanalytique concernant la demande. Nous tenterons ensuite, à partir de cinq vignettes cliniques, de mettre en exergue comment, dès le premier entretien, l’enfant se positionne par rapport au motif de consultation évoqué : ce qu’il choisit de dire ou justement de taire, ce qu’il met en scène à travers le jeu, ce qu’il adresse au thérapeute dans la relation transférentielle. Dans certains cas, l’enfant semble aller « dans le sens » de l’énoncé parental alors que dans d’autres situations, il sera d’emblée porteur d’un savoir autre le concernant.
Tenant compte des diverses modalités de liens entre souffrances, demandes et transferts de l’adulte et de l’enfant, notre souci sera de dégager la position subjective de celui-ci, sa part de créativité et de réappropriation éventuelle face au discours parental dont il fait l’objet. De l’explicite à l’implicite, nous rendrons compte de ce que nous avons pu entendre de ses énonciations, « au pied de la lettre » et « entre les lignes ».
1. Les différents strates de la demande
1.1. Ce qui cause les demandes
Le sens commun fait de la demande une démarche adressée à un autre à la recherche d’une réponse. Ce que la psychanalyse radicalise dans la notion de la demande c’est le sens spécifique que lui donne la théorie élaborée par J. Lacan, suite aux concepts freudiens. Celui-ci introduit la notion de
demande en l’opposant à celle du
besoin
[4]. Dans ce sens, le besoin, présent dans le monde animal, trouve satisfaction lorsqu’il atteint son objet. Alors que la demande, propre à l’humain, est toujours plurielle et équivoque de par son inscription dans le langage. Même si la demande peut porter au départ sur un objet, elle reste insatisfaite et tributaire de la dynamique désirante du sujet qui parle et qui s’adresse à autrui.
Pour illustrer cette articulation complexe entre besoin, demande et désir, il est intéressant de reprendre l’exemple des premières expériences de satisfaction du nouveau-né. «
Lorsque l’enfant, encore incapable de parole, stimulé par quelque besoin, quelque manque organique par exemple, crie en présence de sa mère, première présentification de l’autre, en tant que lieu de la parole, la mère répond bien au-delà de ce que ces cris signifient. Elle entend ces cris, non seulement comme une injonction à faire taire un besoin, à combler le manque organique, mais aussi comme une parole, comme une demande de présence, un appel à son amour »
[5].
L’enfant n’a pas au départ conscience que ses manifestations corporelles ont valeur de message. « […]
si ces manifestations font immédiatement sens pour l’autre, cela implique que l’enfant est placé d’emblée dans un univers de communication où l’intervention de l’autre se constitue comme une réponse
à quelque chose qui a d’abord été supposé une demande »
[6].
La réponse de la mère, sa présence, ses gestes, ses mots, vont enrichir cette expérience primaire de l’enfant et en faire bien plus qu’une simple satisfaction du besoin. C’est «
l’en plus de la jouissance »
[7]. Sa trace mnésique sera réactivée à l’occasion d’une nouvelle excitation pulsionnelle de privation. L’enfant, inscrit dans le jeu des signifiants, parviendra progressivement à formuler une véritable demande adressée à l’Autre, en attente de revivre cette expérience première et unique, à jamais perdue. «
Par cette demande, l’enfant témoigne de son entrée dans l’univers du désir dont il apparaît, comme le formule Lacan, qu’il s’inscrit toujours entre la demande et le besoin
. Si la demande est avant tout expression du désir, elle est immédiatement double. Par delà la demande de satisfaction du besoin, se profile la demande de « l’en plus
» qui est avant tout demande d’amour », écrit encore J. Dor
[8].
1.2. Dans le champ psychothérapeutique
Le souci du thérapeute sera d’être à l’écoute de la demande du patient qui s’adresse à lui. Nous savons par ailleurs que « l’offre crée la demande ». Il revient effectivement au praticien d’offrir un cadre qui permette l’émergence d’une demande qui se décale d’une simple satisfaction d’un besoin. Il aura à être attentif à laisser advenir, au-delà d’une première demande transitive, avec objet, une autre demande intransitive, sans objet
[9]. Une demande «
vide », une demande d’être entendu, une demande de demander, une demande qui laisse place à un désir nécessairement manquant. Le rôle du clinicien, dans le nouage du transfert, sera de repérer cette succession d’autres demandes, plus inconscientes, qui invitent le sujet à
se dire. Comme l’a développé X. Renders : «
Il y a toujours, en psychanalyse, ubiquité de la demande
. Elle se situe en plusieurs lieux. Le patient s’adresse consciemment à l’analyste et croit lui demander soulagement, compréhension, changement ; mais il s’avère que la demande est ailleurs, que la première en cache une autre, plus inconsciente, entre ses lignes : l’attente par exemple d’être déclaré malade, celle de directives magiques, celle de l’échec de l’autre. C’est le transfert. Et l’analysant, au fil de la cure, est amené à reconnaître ces demandes à multiple fond et leur donner sens en référence à son histoire »
[10].
Si c’est au cours d’un travail thérapeutique que le patient se met à déployer ce qui l’habite inconsciemment, il n’empêche que le premier entretien reste primordial pour « donner le ton ».Toute demande se doit d’être accueillie et traitée sans pour autant donner lieu à une réponse de manière explicite. L’enjeu de cette première rencontre est de créer un espace-temps qui appelle à autre chose.
1.3. La demande de l’enfant
La particularité du travail clinique avec l’enfant et sa famille tient à la pluralité des demandes qui sont énoncées. Il y a «
polyphonie sinon cacophonie »
[11] des souffrances, demandes et transferts. Le psychothérapeute, « au carrefour » de ces adresses multiples, aura à repérer qui demande quoi, à partir des trois questions de Balint
[12] :
Qui est présenté comme malade ? Il est rare que ce soit l’enfant qui, au départ, se présente comme souffrant et énonce une plainte en consultation. Le plus souvent il est amené par ses parents, ou d’autres personnes de son entourage comme l’école ou l’institution par exemple. Ce sont eux qui se font porteurs de la demande.
Qui est réellement malade ? Ou encore à qui appartient le symptôme présenté ? Est-ce un symptôme de l’enfant ou plutôt celui du système familial ? Alors que dans certaines situations c’est directement de la souffrance de l’enfant qu’il s’agit, dans d’autres cas le motif de consultation concernant l’enfant n’est qu’un prétexte pour amener les adultes à parler d’eux-mêmes. Comme nous l’ont enseigné Fr. Dolto et M. Mannoni, le symptôme présenté par l’enfant est toujours à considérer aussi comme le reflet d’un mal-être qui n’est pas seulement le sien. Le travail à mettre en place devra tenir compte de cet enchevêtrement des souffrances intrapsychiques d’une part et relationnelles inconscientes d’autre part.
Qui est soignable ? Pour reprendre les mots de M. Mannoni : «
L’enfant ne peut s’engager dans une analyse pour son propre compte à lui que s’il est assuré de servir ses intérêts et non ceux des adultes »
[13]. Dans le cas où l’enfant présente de réelles difficultés, encore faut-il qu’il soit prêt à venir parler de lui-même. Rares seront les situations où l’enfant exprime clairement une demande de ce type. Bien plus souvent même, il semble ne rien demander. Peut-être avant tout parce que sa position spécifique le rend dépendant des adultes. Peut-être encore parce que l’enfant s’exprime plus spontanément par un « faire » que par des mots. Il y aura alors à entendre certaines attitudes et gestes comme des paroles adressées, d’entendre les agirs comme un « dire ».
Que considérer comme une demande de la part de l’enfant ?
Depuis les pionnières de la clinique psychanalytique avec les enfants jusqu’à nos jours, diverses positions théoriques et cliniques ont été tenues où la demande peut être articulée à la souffrance, au symptôme ou au transfert.
Demande et souffrance : certains partent de la présence ou non du sentiment de
souffrance chez l’enfant. L’enfant souffre-t-il de ce qu’il vit ? En est-il gêné ? Souhaite-t-il changer ? S’étant penchée sur ces différentes questions, Anna Freud s’est toujours opposée à l’idée que l’enfant puisse ressentir au départ sa souffrance, formuler une demande et transférer sur l’analyste comme pourrait le faire l’adulte
[14]. Le travail préliminaire à toute cure est bien celui d’obtenir de l’enfant un « accord » conscient. Les conditions de possibilités d’une prise en charge sont déterminées par une alliance solide au moi de l’enfant, permettant de gagner sa confiance et le rendant sensible à sa maladie et désireux de guérir.
Demande et symptôme : d’autres se demandent si les difficultés amenées le concernant,
font symptôme pour l’enfant. C’est-à-dire si son symptôme, comme formation de l’inconscient, lui pose question, fait énigme pour lui et le rend curieux de savoir ce qu’il cache. Le symptôme se présente-t-il comme quelque chose d’incomplet, qui appelle un complément
[15] ? Fr. Dolto, dans ce sens, explicite d’emblée où se situe la visée de l’analyse, c’est-à-dire dans la recherche d’un savoir enfoui en soi
[16]. La demande de l’enfant est, comme celle de l’adulte, une demande de parole vraie, le reconnaissant comme sujet à part entière. Pour l’analyste, il n’est pas question de répondre pour apporter complétude et bien-être. Il s’agit plutôt de maintenir sa quête de sens et relancer la dynamique de son désir.
Demande et transfert : d’autres cliniciens, enfin, mettent l’accent sur le
transfert qui se noue avec l’enfant. «
Il y a toujours, au début d’un travail psychanalytique [avec l’enfant],
une certaine provocation au transfert. Provocation pour qu’il y ait surprise, rencontre et étonnement qui peut mettre en éveil la curiosité de l’enfant, curiosité de lui – même et de l’autre [l’analyste]
qui est présent pour lui, mais sans demande », écrivent D. Elbhar-Kohen et S. Sausse
[17].
R. Neuburger nous met cependant en garde de ne pas verser du côté d’un forçage du transfert qui n’aide en rien l’individu à être sujet de sa demande. «
Au mieux, cela entraîne un conflit de loyauté entre fidélité au groupe familial et la dépendance au désir de l’analyste trop tôt dévoilé »
[18].
Rappelons par ailleurs que pour Fr. Dolto, le transfert n’est autre que la succession des demandes non satisfaites et non symbolisées du passé
[19]. Le processus thérapeutique est un travail de l’inconscient, la demande consciente n’étant que la calotte extérieure de demandes plus cachées où se terre le désir. C’est ainsi qu’un enfant qui dit non peut être fortement engagé dans une relation transférentielle et preneur inconsciemment d’une démarche d’analyse. Parfois davantage qu’un enfant qui aurait été amené à donner son approbation explicitement.
2. D’une demande à l’autre dès le premier entretien
2.1. Marine : parler seule pour être entendue
C’est à la demande insistante de Marine, dix ans, que Madame D. accompagne sa fille chez un pédopsychiatre. Madame situe le contexte de séparation parentale sans expliquer davantage. Très rapidement, ce qui ne va pas sans susciter chez nous un effet de surprise, mère et fille se mettent d’accord pour que le reste de l’entretien se déroule en l’absence de la mère. Bien que nous proposons à Madame d’en dire plus, la voilà partie… « Elle parlera mieux si je ne suis pas là », dira-t-elle.
Une fois seule, Marine s’exprime en effet avec facilité. Elle amène ses questions restées sans réponse concernant la séparation de ses parents et son souhait, gardé secret, qu’ils revivent ensemble un jour… Marine nous décrit d’autre part, son impression de ne pas être reconnue pour ce qu’elle est. Elle revendique son droit d’avoir la tête qu’elle veut lorsqu’elle est de mauvaise humeur. Elle souhaite par ailleurs attirer l’attention quand elle fait des efforts. Elle aimerait qu’une réunion avec ses frères et sœurs soit organisée au sein de la famille afin que chacun soit entendu.
C’est ainsi que Marine, apparemment demandeuse de parler en l’absence de sa mère, se met à évoquer son désir d’être justement entendue par celle-ci.
Derrière cette demande explicite, en « accord parfait » entre mère et fille, voilà qu’émerge une position subjective de l’enfant en décalage avec l’énoncé initial. Sa demande consciente de parler seule semble laisser place à une demande plus inconsciente d’être entendue par sa mère.
En fin d’entretien, lorsqu’il est question de fixer le rendez-vous suivant, la mère évoque sa difficulté à prendre en compte la parole de sa fille qu’elle qualifie de trop théâtrale. « Je comprends qu’elle trouve que je ne suis pas très à son écoute », dira-t-elle d’ailleurs.
Discussion : Marine a demandé la consultation et emmène sa mère. Elle a un rôle moteur dans la prise de rendez-vous et s’affirme spontanément en toute harmonie avec le parent qui l’accompagne. Au-delà d’exprimer une demande en imbrication avec celle de sa mère, profite-t-elle de l’entretien et de la relation transférentielle qui se noue avec le thérapeute pour se décaler quelque peu de ces paroles partagées ?
Nous avons vu comment Marine introduira une certaine
discordance par rapport à la demande initiale. Derrière sa revendication d’autonomie et d’affirmation de soi, elle amènera son souhait d’être précisément entendue et reconnue par ses parents. Pour cette jeune fille à l’aube de l’adolescence, c’est le moment de «
remettre en chantier toute la texture des liens familiaux »
[20]. Ce qu’elle met en scène dans la relation transférentielle et ses demandes d’être sans sa mère et à la fois entendue par celle-ci, s’inscrit dans un travail de séparation. Comme le décrit A. Masson, pour qu’il y ait séparation et différenciation, l’adolescent est amené à prendre distance tout en établissant un nouveau type de lien, un autre mode de contact avec les origines. C’est la rupture qui permet de faire lien autrement et de garantir une possible transmission. Il semble que Marine profite de cet espace de consultation pour venir interroger l’impact de ses tentatives d’individuation. Sa demande n’est pas tant du côté d’une prise de distance, autorisée d’ailleurs par sa mère. Sa demande est bien plutôt celle de questionner la difficulté pour sa mère de « faire lien autrement » avec sa fille.
Notons en passant que cette « autre demande » n’a pu se déployer que dans la mesure où sa première demande, d’être reçue en individuel, fut rendue possible.
2.2. Jonathan : d’une parole en écho à l’ouverture d’une énigme
Jonathan, qui a pourtant neuf ans, ne sait pas pourquoi il vient consulter. C’est sa mère qui prend la parole et explique sa vision de la situation. Si elle a pris un rendez-vous pour son fils, c’est parce que celui-ci présente des difficultés à s’adapter à sa nouvelle école. Il ne se sent pas aimé par son institutrice et perd confiance en lui. Quand nous invitons Jonathan à donner son avis, il confirme les dires de sa mère. Tout au long de l’entretien, il y a véritablement, entre la mère et le fils, résonance de leurs discours, demandes et transferts. Jonathan s’est laissé emmener par sa mère, sans poser de question, et ne semble pas pouvoir se décaler facilement de la place dans laquelle il se retrouve mis.
Au-delà de la première plainte évoquée par la mère, Madame parle de ce qui l’inquiète surtout dans l’attitude de son fils. Il lui arrive d’être agressif envers sa petite sœur et de s’opposer à l’autorité parentale. Bien qu’elle ne comprenne pourquoi Jonathan lui refuse de parler de tout cela, elle ne manque pas d’hypothèses à ce sujet. Selon elle, Jonathan vit très mal une série d’événements familiaux comme la naissance de sa petite sœur, la grossesse actuelle de sa mère qui attend un troisième enfant, ou encore le futur voyage à l’étranger de celle-ci. « C’est l’horreur, ça va l’angoisser » précise Madame, bien qu’elle reconnaisse ne pas l’avoir entendu comme tel de la bouche de Jonathan. S’appuyant sur ses intuitions, elle craint qu’il ne souffre et se sente mal dans sa peau. Son souhait serait de voir son fils heureux et prêt à lui faire des confidences Elle parle de sa déception actuelle face au silence de Jonathan malgré les moments privilégiés qu’elle lui consacre lors du coucher. Nous soutiendrons l’idée que, peut-être, est-ce un choix de la part de Jonathan qui grandit, de ne pas « tout raconter » à sa mère. C’est alors que le visage de Jonathan s’éclaire un moment. Madame dira qu’elle et son mari se posent beaucoup de questions concernant leur parentalité. Jonathan est leur fils aîné et ils apprennent comment « être parent » au fur et à mesure qu’il grandit. En fin d’entretien, Madame insiste pour que Jonathan bénéficie d’une thérapie individuelle. « En écho » aux paroles de sa mère, il dira vouloir venir seul au prochain entretien.
Mais qu’entendre de la demande explicite de cet enfant ? Est-ce pour autant le reflet d’une demande plus inconsciente d’être entendu en individuel ? N’a-t-on pas à tenir compte, dans un premier temps, de cette difficulté, pour la mère comme pour le fils, de sortir de l’indifférenciation ? On peut aussi se demander à quelle place nous met cette maman qui « prescrit » une thérapie individuelle pour son fils. Attend-elle qu’un thérapeute sauvegarde une fonction de confidente auprès de Jonathan et restitue une relation duelle imaginaire qu’elle semble perdre pour sa part ? N’a-t-on pas à partir de la revendication de Jonathan du côté de sa tentative, dans ses silences, de faire énigme aux interprétations de sa mère à son égard ?
C’est dans un souci de travailler la question d’une relation triangulée avec ouverture d’un espace psychique propre pour Jonathan que nous avons préféré post-poser un entretien individuel pour lui et inviter son père à l’entretien suivant.
Discussion : tout comme Marine, Jonathan exprime une envie d’être entendu en entretien individuel et ce, dans le sens de la demande maternelle. Sa position subjective contraste cependant à plusieurs niveaux. Alors que Marine se montre actrice dans la démarche, Jonathan ne sait pas pourquoi il vient et se laisse emmener par sa mère. Il confirme les dires de celle-ci. Ses paroles résonnent « comme un écho ». Exprime-t-il un désir qui lui est propre ? Tente-t-il, à sa manière, d’être entendu dans ses attentes plus inconscientes ?
Nous avons développé ci-dessus comme il est difficile pour Jonathan de se ménager un espace psychique propre différencié de celui de sa mère. Et c’est ce processus douloureux de séparation-individuation dans lequel il est pris, qu’il semble rejouer dans le cadre de l’entretien. Au-delà du manifeste cependant, nous avons souligné son choix de ne pas en dire plus. Comme à la maison, il préférera ne pas se confier. Son visage s’éclairera quand son silence sera entendu comme une tentative de créer une brèche dans le savoir de sa mère. Par l’énigme qu’il ouvre de la sorte, le voilà qui échappe quelque peu aux identifications projectives dont il fait l’objet.
Jonathan paraît ainsi venir interroger le manque maternel et se décaler d’une place identifiée à ce qui pourrait venir la combler. C’est bien en reconnaissant sa mère comme manquante, par l’intervention de la métaphore paternelle, que l’enfant peut advenir comme sujet désirant. Nous nous référons ici à la Castration Symbolique décrite par J. Lacan comme nécessaire à l’inscription du sujet dans l’ordre du langage. Pour reprendre « les trois temps de l’Œdipe », rappelons qu’il y a une première étape phallique primitive où l’enfant «
s’identifiera en miroir à ce qui est l’objet du désir de la mère »
[21]. Le deuxième temps suppose l’intervention d’un tiers qui prend valeur de père symbolique privateur et interdisant l’inceste auprès de la mère comme auprès de l’enfant
. Tu ne réintégreras pas ton enfant. Tu ne jouiras pas de ta mère (ou avec ton père). Le troisième temps mène à la résolution du complexe d’Œdipe dans la mesure où le père réel se révèle être pour l’enfant celui qui a le phallus et devient modèle d’identification. La castration implique donc pour l’enfant de renoncer à « être » le phallus de sa mère mais également à « avoir » ce qui pourrait la combler.
Jonathan, aux prises avec son statut d’être parlant, met en scène ses interrogations « d’être ou ne pas être » et de « l’avoir ou pas ». Par ses paroles en écho sans pour autant en dire plus, il semble renvoyer sa mère sur la question de sa propre incomplétude et de l’inadéquation de prendre son fils comme objet de son désir.
2.3. Sébastien : son silence comme une invitation à l’énonciation de ses parents
Nous sommes interpellés par l’attitude de Sébastien dès les premières minutes de l’entretien. Ce jeune garçon de dix ans est manifestement au courant du pourquoi de la consultation et peut dire que la démarche émane d’une décision prise en concertation par sa mère et son institutrice. Mais il est dans l’incapacité d’expliquer davantage. Il semble très mal à l’aise, fuyant du regard, et insiste pour que ses parents parlent. La mère dira qu’à l’école et à la maison « ce n’est pas le même enfant ». Sébastien présente de gros problèmes de comportement à l’école et ses résultats chutent. Il revient régulièrement avec des punitions pour impertinence. L’institutrice se plaint de devoir sans cesse se justifier auprès de Sébastien lorsqu’elle tente de mettre des limites et exercer son autorité. Les parents, pour leur part, s’étonnent de ce qui est reproché à Sébastien qui ne leur fournit par ailleurs aucune explication.
Au fil de l’entretien, ils expriment leurs propres difficultés à faire confiance au fonctionnement de l’école et à lui déléguer un rôle éducatif. La peur que leur enfant soit soumis à la tyrannie des adultes et n’ait pas droit à la parole les pousse dans une demande incessante de justifications auprès des professeurs. « Qu’est-ce qui justifie les punitions ? » Et au-delà de cela : « Qu’est-ce qui justifie votre position d’autorité ? » Monsieur et Madame évoquent alors leur vécu. Tous deux ont beaucoup souffert d’une autorité abusive et arbitraire tant dans leur milieu familial que professionnel. Ils avouent cependant avoir réussi tout récemment à rompre le silence et tenté de se dégager de cette place de soumission.
Les comportements de Sébastien à l’école et son refus de l’autorité nous semblent dès lors bien complexes. Qu’est-ce qui appartient à Sébastien ? Qu’est-ce qui appartient à ses parents ? Dans le silence obstiné de Sébastien en consultation, n’avons-nous pas à entendre sa tentative de faire émerger la confusion des enjeux et son souhait de se dégager de ce qui appartiendrait davantage à l’histoire de ses parents et à leur vécu infantile ? En fin d’entretien, les parents de Sébastien repartent avec des questions comme « peut-être, écoutons-nous trop nos enfants ». « Peut-être avons-nous un peu de mal avec l’autorité ».
Discussion : cet enfant refuse de parler en entretien, bien que sachant exactement pourquoi il vient en consultation. La démarche chez un pédopsychiatre semble être l’occasion pour lui de mettre ses parents au travail sur des questions aussi importantes que celles de l’autorité, la filiation, la différence des générations. Des questions que par ailleurs Sébastien ne cesse de poser à l’école dans ses oppositions farouches avec ses professeurs. Il y a donc un double mouvement qui s’opère, d’appropriation d’une part, de scission d’autre part.
Ne s’agit-il pas là de cet entre-deux du symptôme de l’enfant qui vient répondre à la problématique de la structure familiale
[22] ? Il est vrai que Sébastien reprend à son compte la question brûlante de ses parents et l’adresse sur une autre scène que la famille, à l’école. Il y fait là une expérience d’appropriation. Par contre Sébastien préfère s’effacer en entretien. Peut-être est-ce sa façon à lui de se dégager de ce qui appartient davantage au discours parental.
Pour Fr. Dolto, même si l’enfant, par son symptôme, se fait « bande magnétique » ou « porteur de dettes » du couple de ses parents, il ne peut en aucun cas être considéré comme simple prolongement du fonctionnement parental
[23]. L’enfant est toujours animé d’un désir propre qui ne peut se confondre avec celui de son père ou de sa mère.
Le symptôme à multiple facettes de Sébastien semble être une construction de réponse à ce qu’il est amené à expérimenter au niveau relationnel d’une part, intrapsychique d’autre part. Il refuse de parler pour dire ce qu’il a à dire. Lors de ce premier entretien, son attitude résolument silencieuse pourrait être entendue comme une demande de se positionner de manière singulière face à la dynamique familiale dans laquelle il est pris.
2.4. Marc : du savoir supposé au savoir dévoilé
Madame vient consulter avec son fils sur le conseil du pédiatre. « C’est à cause de son caractère », dit-elle. Marc, qui a bientôt quatre ans, veut faire la loi à la maison et ne supporte pas la moindre contrariété. Il présente par ailleurs des difficultés de séparation, notamment lorsqu’il va à l’école ou lors de l’endormissement. La mère parlera également du contexte problématique du couple parental qui tente de reconstruire un projet de vie commune après une séparation d’un an.
Lorsque nous les recevons en entretien, nous sommes saisis par Marc qui d’emblée est très présent et investit tant le lieu de consultation que la relation transférentielle avec nous. Dans le couloir qui mène au cabinet de consultation, il tousse à plusieurs reprises. La mère s’étonne, puis, fait le lien avec le discours qu’elle lui a tenu avant l’entretien. « S’il tousse, c’est sans doute parce que je lui ai annoncé que nous allions chez un docteur pour lui ».
Déjà là, nous pouvons souligner le savoir supposé de cet enfant envers le « docteur » et sa spontanéité à se prêter au jeu. S’il est là aujourd’hui, ce n’est pas par hasard… Est-ce parce qu’il tousse ? Est-ce pour autre chose ? Il y a là un savoir, non encore dévoilé.
Durant l’entretien, Marc utilise rapidement le matériel à disposition. Très vite, il se met à jouer avec des voitures qu’il percute en simulant des accidents. « C’est cassé », dit-il. Puis, s’étant assis aux côtés de sa mère : « Ton ancienne voiture, elle est cassée ». Madame s’étonne à nouveau de ce qu’amène Marc. Il est vrai, précise-t-elle, que quelques mois auparavant, Marc a vécu un accident de voiture, au moment précis où les parents réemménagent sous le même toit. Depuis, il en parle sans arrêt et s’inquiète de savoir si le véhicule a pu être réparé. C’est aussi à cette période qu’est apparue sa peur de s’endormir et de quitter sa mère.
Que pouvons-nous donc penser de cet « accident de voiture » évoqué par Marc ? Il semble qu’il y ait là un élément-clef pour cet enfant. Il suscite une cascade de questions qui viennent se répéter dans le cadre de l’entretien. La demande et l’attente de cet enfant vis-à-vis de la démarche chez ce drôle de « docteur-psychologue », ne sont-elles pas en train de se dire à travers le savoir qu’il y amène personnellement, au grand étonnement de sa mère ?
A l’entretien suivant, Marc emportera de plein gré deux petites voitures de chez lui. « Quand je lui ai dit qu’on venait vous voir, il a été chercher ça », dira Madame.
Discussion : nous pouvons dire que cet enfant ne manque pas de créativité pour exprimer ses préoccupations. Il s’implique à la première personne dès les premières minutes de notre rencontre. Il se met à tousser en sachant qu’il vient chez le docteur. Il amène ensuite très vite sa question du « cassé ou pas cassé » en manipulant le matériel de jeu. Il se sent manifestement concerné par l’histoire complexe du couple de ses parents. Ce qui n’est pas sans effet sur sa structuration psychique de petit garçon de presque 4 ans. C’est sans hésiter que Marc utilise l’espace thérapeutique pour remobiliser, dans une chaîne de nouvelles questions, ce qui risquait de se fixer pour lui.
Cette première consultation comporte un moment intense de surprise. La façon dont cet enfant investit et prend la parole témoigne d’un véritable
« moment sensible » où se noue le transfert
[24]. Comme écrit E.-M. Golder, «
La part que prend l’émotion dans une première consultation est […]
considérable. La surprise de la nouveauté fait également appel à des mécanismes qui font davantage référence à l’émotion qu’à la parole, autant du côté du patient que du côté du praticien. […]
Cette observation du comportement,[…],
nous donne une lecture de l’imaginaire qui, loin d’être un obstacle au travail, illustre la façon dont notre interlocuteur entre en relation transférentielle avec nous. » Ce «
moment sensible » comme révélateur des phénomènes du premier nouage transférentiel fait apparaître «
cette émergence de la singularité d’un sujet en relation avec un autre sujet, au-delà de ce qui est prévisible ». À l’occasion de cette adresse à l’autre, Marc exprime sa demande d’être considéré comme sujet à part entière, auteur de ses attitudes et de ses dires.
2.5. Thomas : de la dispersion à la construction ludique
Madame M. est envoyée par l’infirmière de l’O.N.E. (Office de la Naissance et de l’Enfance) qui a été très interpellée par les crises de pleurs de l’enfant et sa détresse lors d’une visite à domicile. Lorsque nous le rencontrons avec sa mère en consultation, Thomas, deux ans, se montre tout de suite très en souffrance. Il soutient peu le regard, ne cherche pas à établir le contact, ne prononce aucun mot et ne paraît pas entendre lorsque l’on s’adresse à lui. Tout en étant là, il semble ailleurs.
Dès qu’il rentre dans le bureau de consultation, il se met à explorer l’espace, grimpant sur les chaises, allant vers les jouets, ouvrant la boîte de crayons de couleur. Dans son agitation psychomotrice, il prend des attitudes hypertoniques, puis se laisse tomber. La mère relie les problèmes de comportement de son fils à la naissance du second enfant, deux mois auparavant. Pour elle, comme pour le père, Thomas est jaloux de sa petite sœur et ne veut partager sa place d’enfant privilégié auprès de ses parents. Poursuivant le fil de ses pensées, Madame évoque son histoire à elle : enfant unique jusqu’à l’adolescence, elle se retrouve en l’espace de trois années, l’aînée de trois petites sœurs. D’abord dans un discours sans affect, comme anesthésiée, elle émerge progressivement et parle de sa propre souffrance. Elle fait part de son vécu douloureux de mère quand la venue de son second enfant s’impose à elle alors qu’elle ne le désire pas. Elle doit arrêter son travail dès le début de cette deuxième grossesse. Elle se sent à présent débordée avec deux enfants et incapable de mettre des limites à Thomas.
Pendant ce travail où la mère élabore ses hypothèses quant aux problèmes engendrés par la venue de ce second enfant, nous sommes frappés par le changement d’attitude de l’enfant en entretien. Alors que jusque là, Thomas est dans le mouvement et l’exploration du cadre et de ses limites, le voilà qui s’installe couché sous la table basse au milieu du local de consultation. Il se met à jouer avec trois petits bonshommes en bois, il les regarde, les manipule, les fait rouler, les rassemble. Puis, il va chercher un quatrième bonhomme qu’il joint aux autres et recommence à les mobiliser.
Que penser de l’attitude que prend cet enfant ? N’est-il pas en train de nous faire signe ? N’est-il pas là au travail ? Lui qui semblait ailleurs, apparaît soudain bien présent au centre de ce qui se dit.
En parallèle au discours de sa mère, que veut-il dire, lui, face à ce changement familial, passant d’une dynamique de trio à quatuor ? La demande de Thomas n’est-elle pas à entendre au creux de ce qu’il met en scène dans une tentative de symboliser quelque chose de la souffrance familiale ? Notons que lors du second entretien, Thomas viendra rapidement rechercher quatre bonshommes et reproduire le même scénario.
Discussion : l’agitation de Thomas, sa détresse, ses cris lancés dans le vide à sa mère qui ne les entend pas, sont autant de traits qui caractérisent le tableau clinique. Le décor est planté dès la première rencontre. Le symptôme parle, se donne à voir.
Quel est l’impact de la démarche pour cet enfant ? En fait-il quelque chose ? Il est étonnant de repérer comment Thomas se met à jouer, apaisé, au moment précis où sa mère accède à sa propre souffrance. À la manière d’un metteur en scène, Thomas semble illustrer avec des personnages en bois quelque chose du changement de la composante familiale. Changement qui le touche à la fois lui, comme fils aîné, mais aussi sa mère, comme femme et épouse.
Ce premier entretien est utilisé aussi bien par la mère que par l’enfant comme espace de holding, comme contenant, comme réceptacle permettant à la souffrance de s’énoncer. C’est là une des visées du travail analytique décrit par D.W.Winnicott
[25]. L’ouverture d’un espace transitionnel et de jeu est également ce que doit pouvoir offrir le cadre des entretiens. Nous pourrions parler ici d’un «
moment sacré »
[26] où Thomas saisit l’enjeu de cette rencontre et la perçoit comme un lieu possible où aller mieux.
Lors des consultations psychothérapeutiques avec l’enfant, le thérapeute est d’emblée confronté à la pluralité des discours énoncés. À partir des différentes vignettes cliniques, nous avons décrit ce qu’il en est de la complexité des enjeux et comment la parole de chacun tente de s’inscrire, laissant çà et là des zones d’ombre à éclaircir.
En parallèle à une écoute attentive des parents, il nous semble essentiel de considérer l’enfant comme auteur potentiel d’une demande propre. C’est-à-dire capable d’un « dire » adressé à l’autre ou à prendre comme tel, venant témoigner un désir d’être reconnu dans sa singularité. Comme nous l’avons illustré pour Marine, Jonathan, Sébastien, Marc et Thomas, la position subjective qu’adopte l’enfant peut revêtir une palette de configurations qu’il faudra analyser au cas par cas.
Il est important de repérer avant tout la « cause manifeste » de la prise de rendez-vous, à savoir le motif de consultation évoqué. Face à cet énoncé de départ, l’enfant peut se montrer porteur de la démarche de consultation, « en accord » ou « en écho » au souhait parental. Il peut aussi se laisser parler par l’adulte et choisir de se taire. Entendre cette première position de l’enfant et ce qui la sous-tend suppose une mise en lien avec la dynamique familiale, les points de souffrance, la place assignée à l’enfant ou encore le statut de son symptôme.
Dans un deuxième temps, que nous voyons davantage logique que chronologique, l’enfant peut laisser entrevoir à celui qui veut bien l’entendre, une « cause voilée » qui motive ses paroles et ses gestes. Il s’agit là d’une cause provenant d’une autre scène et qui le guide parfois à son insu. Une cause plus inconsciente, qui peut lui échapper et, en même temps, qui le constitue au plus profond de son être. La consultation devient alors l’occasion pour lui de nous faire part de sa vérité intrinsèque, c’est-à-dire de ce qui le traverse aux niveaux familial et intrapsychique, et comment il tente d’y faire réponse. Cette demande d’être reconnu dans ce mouvement d’énonciation peut venir prendre consistance sous différents modes. Pour certains, la demande s’articule à l’énorme souffrance qui les habite et qui les met au travail dans une tentative d’humanisation et de symbolisation. Pour d’autres, c’est à partir de ce que le symptôme représente d’énigmatique et qui attise chez eux un désir de comprendre, qu’ils expriment une demande. D’autres enfin, sont demandeurs dans leur façon particulière de s’inscrire dans la relation transférentielle.
En guise de conclusion, nous aimerions souligner l’importance d’accueillir chacune des positions adoptées par l’enfant sans défendre le primat d’une cause « voilée » sur une autre plus « manifeste ». L’enjeu est bien plutôt celui de se laisser interpeller par une mise en mouvement du sujet de la demande en tenant compte à la fois de l’imbrication, parfois massive, de son discours à celui de ses parents et du témoignage qu’il fait de sa réalité psychique. Au-delà de ce qu’il donne à voir dans le refus, l’indifférence ou l’adhésion, que peut-il nous faire connaître de son désir inconscient ? Nous avons vu qu’au fil de l’entretien, les moments qui contrastent par un décalage, une discordance, un silence, un étonnement, peuvent venir refléter un processus d’énonciation et de subjectivation. Lors d’une première et parfois unique rencontre, le thérapeute se doit de prendre acte de cette prise de parole, et de signifier à l’enfant que l’authenticité de sa question a été entendue.
Aussi, ne s’agira-t-il pas d’établir un rapport de certitude à propos de ce qui cause, chez lui, telle ou telle souffrance mais bien plutôt d’ouvrir des hypothèses à la recherche de sens. Le cœur a ses raisons … inconscientes et contrastées … que seul le sujet pourra nous dévoiler à condition toutefois de suspendre tout savoir le concernant.
Nous remercions tout particulièrement le professeur X. Renders, docteur en psychologie, psychanalyste, pour son aide précieuse dans l’élaboration de ce travail.
[1]
Médecin assistant candidate spécialiste en pédopsychiatrie, Unité de Psychologie médicale PSME, Clos Chapelle-aux-champs, 30/3047, 1200 Bruxelles, Belgique.
[2]
CASSIERS, L. & Coll., Les premiers rendez-vous,
Recherches en psychiatrie clinique et en psychothérapie, Wavre, Presses Universitaires de Louvain-La-Neuve, 1982.
[3]
HAYEZ, J.-Y., « Les premiers entretiens », dans
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[4]
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[5]
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Les premiers rendez-vous, CASSIERS, L. & Coll., Wavre, Presses Universitaires de Louvain-La-Neuve, 1982, p. 58.
[6]
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[7]
DOR, J.,
Ibid., p. 187.
[8]
DOR,J.,
Ibid., pp. 187-188.
[9]
NEUBURGER, R.,
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[10]
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[11]
MOUGIN-LEMERLE, R., « De la décision de cure avec un enfant. Prolégomènes à toute cure qui voudra se présenter comme analytique. », dans
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[12]
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[13]
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[14]
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[15]
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[16]
DOLTO, F., préface au livre de M. MANNONI :
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[17]
ELBHAR-COHEN, D., SAUSSE, S.,
Ibid., p. 5.
[18]
NEUBURGER, R.,
Ibid., p. 20.
[19]
DOLTO, F.,
Le cas Dominique, Paris, Seuil, 1971.
[20]
MASSON, A., « Jeu des liens et transmission symbolique », dans
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[21]
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[22]
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[23]
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[24]
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[25]
WINNICOTT, D. W.,
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[26]
WINNICOTT, D. W.,
Jeu et réalité. L’espace potentiel, traduit de l’anglais par C. Monod et J.-B. Pontalis, Paris, N.R.F., Gallimard, 1975.