2001
Cahiers de psychologie clinique
Entretien
Entretien avec Antonino Ferro
Diana Messina Pizzuti
[1]
Antonino Ferro nous livre dans cet entretien son point de vue original sur la conception de l’analyse comme œuvre ouverte. L’apport de Bion avec sa théorisation d’un inconscient en continuelle formation et transformation, de l’identification projective comme fondement de l’échange émotionnel, constitue un point central de la réflexion de cet auteur.
Les notions de champ analytique comme véritable lieu de rencontre émotionnelle, et par là des transformations psychiques, ainsi que les notions de pensée onirique de la veille, sont au centre de ses recherches. Elles sont discutées dans leur articulation avec le travail de l’analyste, sa « capacité négative », son contretransfert. Du champ analytique et des transformations qui s’y opèrent, des narrations qui permettent aux protoémotions d’être pensées, de l’unisson entre inconscient de l’analyste et inconscient du patient naîtra la possibilité de léguer la méthode au patient, à savoir de lui permettre de développer son appareil à penser les pensées.
Mots-clés :
Bion, psychanalyse comme œuvre ouverte, champ analytique, pensée onirique de la veille, introjection.
In this interview, Antonino Ferro gives us his original point of view on the conception of analysis as an « open work ». Bion’s contributions, his theory of an unconscious in constant formation and transformation and of projective identification as the basic emotional exchange, are the central points of reflection of this author. These ideas about the analytic field as a real emotional meeting place and so a place of psychic transformation, as well as his ideas about daydream thoughts are at the centre of his researchs. These are discussed in their connections with the analyst’s work, his « negative capacity », his countertransference. The analytic field and the transformations which happen there, the stories which enable protœmotions to be thought, the unison between the analyst’s unconscious and the patient’s unconscious, all create the possibility of bequeathing the method to the patient, so he can know how to allow himself to develop his own capacity to think thoughts.
Keywords :
Bion, psychoanalysis as an « open work », analytic field, daydream thoughts, introjection.
Il y a des auteurs, il y a des rencontres qui marquent parce qu’elles enrichissent nos élaborations théoriques. En cela, elles sont précieuses.
Il y a aussi des rencontres qui, de plus, ouvrent de nouvelles perspectives du processus analytique, offrant ainsi de nouveaux jalons dans notre cheminement clinique.
Elles sont incontournables.
Antonino Ferro est un de ces auteurs, une de ces rencontres.
À travers ses différents ouvrages, il nous convie dans son cabinet d’analyste où, avec rigueur, clarté, cohésion théorique et originalité de pensée, il partage sa vaste expérience clinique et nous livre ses conceptions théoriques.
Le lecteur trouvera dans l’interview quelques-unes des notions et thèmes chers à l’auteur.
En guise d’introduction, je voudrais évoquer quelques points clés de son élaboration théorico-clinique. Toutefois, le risque de simplifier est grand et pour cela, je ne peux qu’encourager le lecteur à lire les ouvrages de l’auteur auxquels l’interview sert aussi d’initiation ou de complément.
L’écoute du matériel selon une perspective, un vertex classique, historique, à savoir la névrose infantile avec sa réédition dans le transfert, la lecture du matériel selon un vertex fantasmatique, à savoir le monde des objets internes projetés sur l’analyste, se voient enrichis, tout en reconnaissant leur pertinence, d’un autre vertex, celui du champ analytique, où prennent forme et voix des personnages, des narrations, sorte de production onirique du couple analyste-patient, premier niveau de symbolisation partagée.
Sans reprendre ici la conceptualisation riche et articulée des personnages, je dirais qu’ils donnent une voix, à travers une infinité de narrations possibles, à ce qui se joue dans le hic et nunc du champ analytique, qu’il ne cessent de créer et de transformer.
Le champ analytique est l’espace-temps où les deux appareils psychiques, celui de l’analyste et celui du patient, créent par leur rencontre émotionnelle profonde, des fantasmatisations, des transferts, des turbulences émotionnelles, des identifications projectives croisées.
Ici, la notion même d’interprétation s’élargit et s’étend à toutes les interventions de l’analyste. Celui-ci n’est pas en position d’interprète, à la recherche d’un sens caché, déjà existant. Il œuvre non pas tant à décoder le sens, mais à promouvoir les sens, les devenirs potentiels.
L’attention est portée sur les microprocessus qui ont lieu en séance car ils sont le véritable siège des transformations.
L’impasse thérapeutique, les attaques du cadre, les déchirures dans la communication seraient, entre autres, le témoin du dysfonctionnement du champ, le signal du ratage des processus de symbolisation.
Mais, par ce fait même, ils seraient également la source de nouvelles ouvertures du champ, l’origine de nouvelles perspectives, par la recherche d’un ajustement, voire d’un accroissement de l’accordage émotionnel avec le patient.
Parce que le centre d’intérêt s’est déplacé sur les possibilités de favoriser la transformation des expériences, des éprouvés émotionnels trop intenses, terrifiants, primitifs, sorte de matériel psychique non digéré, et par là même, de permettre au patient la progressive introjection des outils et des qualités psychiques qui ont permis cette transformation.
Antonino Ferro est psychiatre, psychanalyste, titulaire à la Société Psychanalytique Italienne.
Il dirige le Centre Psychanalytique de Milan.
Il est l’auteur de trois ouvrages en italien, dont deux ont déjà été traduits en français :
« L’enfant et le psychanalyste », « La psychanalyse comme œuvre ouverte », ainsi que de plusieurs articles en italien, en anglais, en espagnol et portugais.
La pensée originale et féconde d’Antonino Ferro s’appuye sur ses connaissances étendues, non seulement des auteurs psychanalytiques parmi lesquels Bion est une des sources principales d’inspiration, mais aussi sur celles de la littérature et de la sémiologie.
DM : Depuis la recherche de facteurs étiologiques, les causes, qui sont à l’origine des symptômes, les effets, à la conception qui est la vôtre de l’analyse comme œuvre ouverte, le saut épistémologique est considérable.
AF : Ce fut vraiment un tournant décisif en psychanalyse et je crois que nous en sommes redevables à la pensée et à l’œuvre de Bion. La conception historique qui privilégie la reconstruction d’un vécu existentiel, d’une réalité externe, puis la conception fantasmatique qui privilégie le fonctionnement interne et vise à découvrir le monde interne du patient, se sont considérablement enrichies grâce à l’apport de Bion. Celui-ci a ouvert la perspective qui met en exergue la déconstruction d’une part, et l’ouverture à une infinité de mondes possibles d’autre part, à une infinité d’histoires imprévisibles, à une infinité de récits, de reconstructions, voire à des histoires encore à venir.
Cela, je crois, nous le devons à l’importance que Bion a accordé à la pensée onirique de la veille
[2], en tant que travail qui advient de façon ininterrompue à l’intérieur de nous et qui est la matrice même de l’inconscient.
Donc, un inconscient considéré non pas comme une instance constituée une fois pour toutes, qui sera connue au fil de son exploration, mais plutôt comme un des éléments de la psyché qui est en continuelle formation, qui connaît de perpétuelles transformations, et par laquelle la rencontre avec l’inconscient de l’analyste constitue le point focal.
DM : Comment percevez-vous l’évolution de la psychanalyse ?
AF : Je pense à cette évolution comme à une échelle où diverses marches ont déjà été construites et qui s’appuie sur des piliers absolument fondamentaux qui constituent en quelque sorte notre histoire analytique et qui sont par là même incontournables.
L’incontournable Freud, l’incontournable Klein, …
J’aime penser à la psychanalyse comme à une échelle en voie de constitution, toujours en attente de nouvelles marches et non pas comme à une échelle complète et fine. Chaque nouvelle marche nous conduira un pas plus loin, nous permettra de nouvelles connaissances.
Il y a, je crois, un paradoxe de la psychanalyse, à savoir que le couple analyste-patient depuis l’origine même de la psychanalyse effectue des opérations bien plus nombreuses que celles qu’il est en mesure de concevoir.
Je veux dire par là que l’identification projective existait déjà au temps de Freud, la pensée onirique de la veille était déjà opérante au temps de Klein.
Il s’agit donc de décrire toutes ces opérations que nous, analystes, nous effectuons depuis toujours et qui, peu à peu, se laissent découvrir afin de permettre à l’analyse de véritablement remplir son but fondamental, qui est de permettre de mieux vivre et de mieux être.
DM : Pensez-vous que le travail des analystes hors les murs soit important ? Je pense en particulier au travail en institution où l’analyste baigne dans une culture non analytique.
AF : Je pense à deux choses antinomiques. Dans un sens, le travail de l’analyste hors les murs non seulement est utile mais aussi est extrêmement riche et constructif. Il suffit de penser au travail en institution psychiatrique, en institution psycho-pédagogique, et ce justement en regard de ces qualités mêmes que l’analyste a introjetées, et qui lui permettent de se relationner aux autres, de participer à la vie institutionnelle, enrichi de modalités d’écoutes spécifiques, de tolérance, d’ouverture mentale.
Ceci constitue la première partie de la réponse. Oui, cela est vraiment important : une personne qui, par l’analyse, a été capable de traverser, d’accepter des transformations profondes, peut assurément être utile dans toute une série de contextes où il travaille.
Par ailleurs, je pense aussi à autre chose, peut-être étrange d’ailleurs.
A savoir que pour qu’il y ait un analyste, il faut que se trouvent réunis un analyste, un patient et un setting.
Ainsi, un analyste, sans analysant et hors cadre, redevient une personne comme tout un chacun.
DM : Quelles sont les spécificités, si elles existent, de la psychanalyse italienne ?
AF : Dans le passé, il n’y a pas eu de véritable spécificité de la psychanalyse italienne. Il y a eu des auteurs tels Gaddini, Fornari, Corrao, Luciana Nissim qui, sans avoir fait école, sont néanmoins d’illustres représentants du mouvement psychanalytique italien. La psychanalyse italienne en effet a été ouverte aux échanges et surtout jusqu’à il y a quelques années, aux influences étrangères. En Italie ont été traduits une multitude d’auteurs d’orientations et de nationalités différentes. Le Brésil et le seul pays qui devance l’Italie en nombre de traductions d’auteurs étrangers.
L’influence des auteurs francophones a été certainement prépondérante jusque dans les années ’60-’70. Après les années ’70, grande a été l’influence, à partir de Rosenfeld, de l’école anglaise.
Je crois qu’actuellement diverses perspectives existent en Italie : les freudiens orthodoxes, les kleiniens et post-kleiniens, les kohuttiens, les intersubjectivistes de l’école américaine.
Et, ce qui est vraiment fondamental, c’est le maintien des échanges au travers des divers groupes. Il n’y a pas eu de fermeture en « chapelles » mais bien au contraire un échange, surtout clinique, a pu continuer à exister.
J’ajouterai que, depuis quelques années, s’est créé, surtout à Milan, un groupe dont la spécificité est de promouvoir les travaux articulés autour du concept de champ en psychanalyse. Ceci, selon des axes divers et des orientations complémentaires, à savoir la clinique infantile, adulte, groupale.
Le concept de champ
[3] dérive du travail des Baranger et de celui de Bion. Il s’est modifié, enrichi par les travaux des analystes italiens, tels que Francesco Corrao de Palermo, qui a également exercé une fonction de formateur à Rome.
Depuis, à Milan en particulier, s’est développé ce qui a été nommé par Di Chiara « l’école milanaise ».
DM : Quel sera l’objet de vos prochaines recherches ? Quels sont vos projets ?
AF : J’aimerais approfondir l’étude de la fonction onirique de la veille. C’est en effet le thème qui me passionne le plus. À cela, j’ajouterai l’ensemble des retombées techniques qui découlent d’un tel énoncé. Quelles variations techniques cette perspective amène-t-elle ?
Quelles transformations produit-elle dans notre clinique ?
En outre, quelque chose qui me tient particulièrement à cœur depuis quelques années, est l’échange avec des collègues d’autres sociétés psychanalytiques.
J’ai l’agréable sensation, après chaque rencontre scientifique, de rentrer avec des valises remplies de points de vue neufs, de questionnements intéressants et tout ceci est source pour moi d’un grand enrichissement et de nouvelles inspirations.
DM : Antonino Ferro, vous êtes un analyste qui ne craint pas le voyage. Dans la psyché humaine, parce que vous prenez en charge des pathologies sévères, parce que vous vous occupez d’enfants, d’adolescents et d’adultes. Et vous ne craignez pas davantage la confrontation avec les diverses écoles analytiques. Nombreuses sont vos interventions, vos publications sur la scène internationale.
AF : Je ne voudrais pas vous décevoir en vous disant qu’en réalité, j’ai très peur du voyage. Chaque voyage est en soi un petit traumatisme. J’ai peur du voyage analytique, de même que je crains le voyage concret. Tout en les aimant profondément. Il y a donc certainement deux composantes en présence. La peur en soi constitue d’ailleurs, me semble-t-il, un levier important. Bien souvent, je me suis promis de sélectionner avec le plus grand soin les patients à venir, afin qu’ils soient bien « névrotiques ». Je me suis retrouvé en fait à prendre soin de patients souffrant de pathologies sévères.
Il en est de même pour le voyage à travers le monde. La peur cède le pas à la fascination pour de nouvelles rencontres, de nouvelles amitiés, de nouveaux liens. Et ceci m’a considérablement enrichi. Ces expériences ont pris naissance de manière excentrique par rapport à l’Europe. Elles ont d’abord commencé en Amérique du Sud, tout particulièrement au Brésil où j’ai retrouvé une passion commune pour l’œuvre de Bion qui a constitué le terreau pour la construction de liens qui, au fil du temps, se sont étendues à l’Europe.
DM : La notion de champ analytique est vraiment fondamentale pour comprendre le cadre théorique de vos recherches.
« Dans la rencontre analytique, nous sommes en présence de deux fonctions α : le récit du patient, composé d’anecdotes, de faits, de souvenirs, met fortement à l’épreuve la fonction α de l’analyste, qui va se trouver engagé dans le processus d’alphabétisation/sémantisation des propos du patient ; dans le champ analytique, nous dirons que l’essentiel du travail est effectué par deux moulins, l’un à vent (pour les paroles), et l’autre à eau (pour les identifications projectives), moulins auxquels sont amenés de grands sacs de blés à moudre (éléments β), qui deviendront ensuite de la farine (éléments α), puis qui devront être pétris et cuits (pensées oniriques) ».
(La psychanalyse comme œuvre ouverte, p. 20)
« Dans le moment même où le champ prend forme, il devient l’espace-temps d’intenses turbulences émotives, de tourbillons d’éléments β qui, stimulant et activant les fonctions α, commencent à être transformés en éléments α, c’est-à-dire, principalement, en images visuelles (Bion, 1962), peu importe où, ces dernières se manifestent, que ce soit dans le récit du patient, dans la rêverie de l’analyste ou dans son contretransfert ».
(Ibidem, p. 20)
« Le personnage (qu’il faut entendre au sens narratologique de protagoniste prépondérant, qui peut donc être aussi bien un objet du monde animal ou du monde inanimé), outre ses caractéristiques de « personnage réel extérieur » ou de « personnage du monde interne » a valeur de « nœud narratif syncrétique » qui concrétise, contextualise, donne forme et nom à ce qui se passe dans le champ, dont il permet la visualisation tridimensionnelle. C’est là la façon dont le texte émotivo-linguistique de la séance va exprimer des émotions, des affects, sous une forme travaillée, transformable, racontable, partageable ».
(Ibidem, p. 21)
« Un autre aspect que je voudrais souligner est celui de la nécessité d’une grande perméabilité du champ afin que les aspects les plus primitifs de la psyché puissent y avoir accès et se transformer »
(Ibidem, p. 97)
« Le lieu de la connaissance est la réalité du monde interne et de l’histoire ; le lieu des transformations est la réalité émotionnelle de la relation dans le champ ».
(Ibidem, p. 98)
AF : Le champ a donc une étendue sur le plan horizontal. Mais il existe également un vecteur vertical qui est défini par la temporalité. C’est ainsi qu’entre dans le champ, non seulement le transgénérationnel propre au patient mais aussi le transgénérationnel propre à l’analyste et au savoir analytique. Le voyage à travers ces différents plans et vecteurs est constitutif même du champ.
Je crois qu’on pourrait visualiser l’analyse comme cet appareil surprenant qui nous permet de réaliser des voyages dans l’espace et le temps, espace et temps qui sont en définitive également présents au sein même de la séance et du cabinet d’analyse.
« Ce qui compte, ce n’est pas l’explicitation des besoins mais, comme l’affirme Bion, la « réalisation » de « préconceptions »
[4] qui attendent d’être vécues dans une actualité relationnelle. Tout cela peut avoir lieu si se réalise une expérience émotionnelle significative, unique et non répétable, prenant vie du travail mental (rêverie
[5]
) à l’intérieur du couple, en dehors de tout schématisme et de tout code, qui signifieraient seulement la mise à disposition « d’instruments » et non d’espaces mentaux et d’émotions ».
(L’enfant et le psychanalyste, p. 54)
DM : Pourriez-vous préciser la différence entre la pensée et la pensée onirique de la veille ?
AF : Je pense que la pensée onirique de la veille est la matrice même de la pensée. Elle constitue l’étape antérieure, la configuration précédant les pensées existantes en tant que telles.
Imaginons la pensée onirique de la veille, comme la pâte qui transforme l’ensemble des stimulations sensorielles, protoémotives en images, en « pictogrammes visuels ».
Ces images, ces photogrammes formeront à leur tour, par leur mise en séquence, la pensée.
La séquence de telles images constitue ce que Bion appelait la barrière de contact
[6].
« Une des caractéristiques de cette image ou élément α est d’être pictographié en temps réel et synthétisé de manière absolument imprévisible, c’est-à-dire que sa formation n’a pas lieu en utilisant des symboles préfixés mais constitue à chaque fois une œuvre poétique et picturale unique et qui ne peut se répéter ».
(Conférence, ULB – juin 2000)
DM : Est-ce la barrière de contact qui permet de différencier le conscient de l’inconscient ?
AF : En effet, la barrière de contact est constituée par cette séquence ininterrompue, dont nous n’avons aucune conscience, d’images qui séparent effectivement le conscient de l’inconscient.
Ce dernier est donc bien en perpétuelle formation et en continuelle transformation.
Les pensées seront consécutives à la pensée onirique de la veille car elles en sont des dérivés.
Les pensées nécessitent à leur tour un « appareil à penser les pensées » (Bion), tout comme la pensée onirique nécessite la fonction α.
« Je rappelle qu’à côté de la fonction α (et de sa capacité de transformer les éléments β en éléments α et donc de mener à la pensée onirique de la veille et aux pensées), Bion postule la nécessité de l’existence d’un “appareil pour penser les pensées” qui, même s’il est de toute façon inadapté dans l’espèce humaine, est toutefois nécessaire pour traiter, organiser, utiliser les pensées une fois que celles-ci ont été produites. Si cet appareil fait défaut, les pensées sont évacuées comme si elles étaient des éléments β «.
(La psychanalyse comme œuvre ouverte, p. 29)
« “L’appareil pour penser les pensées” est constitué par les oscillations PS <-> D
[7] et ♀♂
[8]
. L’introjection suffisante de cet appareil est, à mon sens, un point clé d’une telle signalisation. Cette introjection ne passe pas, au cœur de l’analyse, par des découvertes ou par davantage de savoir, mais par l’introjection progressive de qualités mentales de l’analyste, l’introjection de la méthode que l’analyste utilise pour traiter des manifestations émotives, des passions, des pensées (Bianchedi, 1971) ».
(Ibidem, p. 30).
DM : Et durant le sommeil, qu’advient-il de la barrière de contact ?
AF : Cette question nous conduit au cœur même du mystère du sommeil, du mystère de l’activité onirique durant la nuit. Nous avons vu que l’activité onirique de la veille est cette activité incessante qui nous permet de transformer notre sensorialité en images. Et ceci survient de façon originale, poétique et à notre insu.
Dans l’activité du rêve nocturne, quelque chose de différent semble se produire.
Doit-on, à la suite de Bion, postuler l’existence d’un appareil à rêver les rêves, tout comme nous conceptualisons un « appareil à penser les pensées » ?
L’activité onirique de la veille pourrait être imaginée comme un enregistrement continu, en temps réel, du vécu actuel. Cet enregistrement, ou fonction α, produit toute une séquence d’images.
Par contre, au niveau du rêve de la nuit, il y aurait l’intervention d’une sorte de méta-fonction α, qui, en l’absence de stimuli, choisirait certains éléments α en fonction de leur pertinence.
Ceci évoque donc un travail de montage où le metteur en scène (travail de la nuit) sélectionne, assemble les images fournies par le cameraman (travail de la veille) et crée ainsi un rêve parmi une infinité de narrations possibles.
DM : Le contretransfert indique-t-il une incapacité de l’analyste à être en contact avec son activité onirique de la veille ? Signale-t-il un dysfonctionnement du champ ?
AF : D’après Bion, une des fonctions vitales de l’écran
β
[9] est celle de donner naissance au contretransfert de l’analyste (Bion, 1962), lorsque l’environnement thérapeutique est insuffisant. J’entends par là qu’il est nécessaire d’activer des identifications projectives massives pour donner lieu au contretransfert.
Dans un champ qui fonctionne, l’attention de l’analyste (l’attention est bien l’un des facteurs de la fonction α) signalera les microdysfonc-tionnements du champ et empêchera par là l’activation de l’écran β. Ainsi, l’analyste devient le garant de la narration transformative, transformative en regard des protoémotions (les faits non digérés que le patient amène en séance). Le champ lui-même, le récit du patient à l’intérieur de celui-ci recouvrent diverses fonctions, y compris celle de contretransfert.
L’analyste peut donc porter son attention au niveau même des gradients de transformations β -> α qui se réalisent en séance. Mais les choses ne se déroulent pas toujours ainsi, il existe des situations de dysfonctionnements du champ. Parmi celles-ci, celle qui signalera le dysfonctionnement non pas dans le champ mais dans un lieu particulier de celui-ci, est le contretransfert.
Je pense que le contretransfert, comme le souligne Bion, ne nous est pas connu car il est totalement inconscient. Je conçois plutôt l’ensemble des émotions, des sentiments, des éprouvés de l’analyste, non pas tant comme l’expression du contretransfert mais bien plus comme l’expression du travail que l’analyste effectue pour accueillir et transformer sur l’instant les identifications projectives du patient.
Dans une situation clinique où le champ fonctionne, l’analyste peut effectuer des transformations à partir de signalisations du patient, sans se sentir envahi par les identifications projectives de celui-ci.
Lorsque l’analyste se sent envahi par les identifications projectives massives du patient, il y a là un deuxième niveau de garde. Pour ainsi dire, le niveau de l’eau a monté, c’est la marée haute. Le champ à marée haute risque d’être inondé mais ceci n’est pas un mal en soi, cela est même inévitable avec certains patients. Tout comme le sont les débordements hors murs, lorsque l’analyste continue à porter avec soi, dans ses préoccupations, dans ses rêves, le patient.
Il s’agirait à chaque fois de la submersion des digues, du débordement de la ligne Maginot, le patient ayant dépassé ce qui constituerait le seuil d’une « analyse idéale ». J’entends par là la situation où le fonctionnement du couple analyste-patient à l’intérieur du cabinet d’analyse permet au champ lui-même de vivre, respirer, se transformer, sans qu’il soit nécessaire de faire appel à ces deuxième, troisième, quatrième et cinquième niveaux, quoique cela advienne inévitablement dans certains cas.
DM : Est-ce cela que vous entendez par champ en tant que médium ?
AF : J’emploie ce terme pour désigner le champ comme le lieu où surviennent des microtransformations sans passer par des interprétations actives de la part de l’analyste. Cela évoque la conception d’Abadi, un analyste argentin, qui nommait la situation analytique comme un contexte auto-interprétatif, en ce sens que c’est le champ lui-même qui évolue, qui chemine.
Je parle souvent de la fonction α de l’analyste. Il serait peut-être préférable de parler de la fonction α du champ. Dans cette fonction α du champ, une part prépondérante revient à l’analyste et une moindre part au patient. Les deux concourent à cette transformation des éléments protoémotionnels, sensoriels, des éléments β, en images, et successivement en émotions et pensées. Il y a néanmoins une asymétrie dans les fonctions respectives.
DM : Vous avez fait allusion à la nécessaire asymétrie qui existe entre l’analyste et le patient.
Vous écrivez dans « La psicoanalisi come letteratura e terapia » que parmi les possibles narrations qui peuvent naître dans le champ, l’analyste privilégie celles qui sont cohérentes avec l’histoire et le monde interne du patient, celles qui naissent du transfert, celles qui permettent l’alphabétisation des éléments β, celles qui naissent véritablement des protoémotions en attente d’être pensées. Les interprétations, les interventions ne sont pas tout aussi heureuses ! Je pense notamment aux interventions rigides, saturées ou celles qui ne visent en fin de compte qu’à confirmer l’analyste du bien fondé de sa théorie.
Vous suggérez notamment l’importance de la « capacité négative » (Bion), à savoir la capacité de tolérer la non compréhension, le doute du non savoir.
AF : Oui, l’asymétrie concerne aussi la responsabilité de l’analyste en séance vis-à-vis de son patient, vis-à-vis du projet thérapeutique à son égard.
Je crois qu’il ne faudrait jamais perdre de vue qu’un patient ne demande pas une analyse afin de mieux se connaître mais il nous consulte car il est en souffrance et il porte l’espoir d’une vie meilleure.
Je dirais en outre que le processus analytique doit toujours favoriser les transformations des éléments β en éléments α, des protoémotions en pensées. Mais surtout, je considère qu’il est de la plus grande importance de permettre au patient d’introjeter la méthode.
En cela, l’interprétation brillante, les décodifications savantes ne me semblent pas importantes. Par contre, il est capital de pouvoir léguer la méthode au patient. Cette méthode qui nous permet, petit à petit, jour après jour, de nous occuper des émotions, de les reconnaître, de les nommer, de les contenir et de les penser.
« Nous ne trouvons pas chez Bion l’idée de quelque chose à découvrir ou à interpréter mais plutôt l’idée de quelque chose qui doit être construit dans la relation à partir de cet “unisson” qui permet une expansion de la psyché et de la capacité de penser (de la “pensabilité”) ».
(L’enfant et le psychanalyste, p. 26).
Être à « l’unisson » avec le patient veut dire « être avec lui non pas à la recherche de vérités objectives ou historiques, mais sur la même tonalité affective, en lui offrant un modèle de relation mentale qu’il puisse introjecter et qui ne passe pas par l’acquisition de données, mais par l’acquisition de qualités … ».
(Ibidem, p. 26)
DM : Cette capacité d’être à l’unisson renvoit-elle à O
[10] ?
AF : Oui, en effet. J’acquiers la conviction que le développement de (contenant), qui annonce et permet l’émergence de nouveaux (contenu), survienne au travers de séquences de « micro-être » en O, de micro-O avec le patient.
DM : Freud, dans son travail de conception et d’interprétation de l’inconscient, a émis des hypothèses sur les notions du temps au sein de la vie psychique. L’intemporalité de l’inconscient est l’une d’elles. Quelle théorie de la temporalité se dégage dans votre conception du psychisme humain ?
AF : J’aime considérer différents points de vue autour de cette question de la temporalité.
Je reprendrai d’abord l’image de Bion d’un big-bang à l’origine de la naissance de la vie psychique.
Je crois que le temps entre en séance sous forme de temporalités bien diverses. Il y a l’infinité des mondes possibles qui naîtront de la rencontre entre analyste et patient à partir des narrations futures, du présent de la communication, du passé personnel du patient.
Bion suggère que seul le présent peut être une donnée consciente. Le champ peut être connu d’après la narration qui prend forme en séance mais celle-ci est déjà dépassée au moment même où elle s’accomplit. En effet, de nouveaux personnages, de nouvelles forces émotives sont continuellement en attente d’être mises en forme, en attente d’auteurs.
La gestalt qui prend forme est absolument neuve mais elle ne peut être décrite ou appréhendée que dans l’après-coup.
La genèse des troubles, bien sûr, doit être prise en compte mais à condition d’être immédiatement placée à l’intérieur du champ.
Nous voici donc dans l’articulation temps-espace.
DM : Antonino Ferro, vous aimez les images pour faire part de votre compréhension du matériel clinique. Est-ce parce que le visuel et les dérivés narratifs du visuel ouvrent à une infinité de sens possibles ?
AF : Les images, comme les tableaux, ont, je crois, un caractère polysémique qui leur est intrinsèque. Il me semble aussi que les patients eux-mêmes, lorsqu’ils recourent au visuel, semblent percevoir avec intensité ce que nous leur communiquons. Il arrive qu’une image puisse être plus efficace et puisse communiquer davantage que ne le peut un long discours.
« C’est ainsi que je découvre la nature de ma peinture verbale, des agencements de tons, de certaines particularités de mes couleurs, et je vais à “l’école de peinture” de la patiente qui m’apprend à faire des tableaux toujours plus en accord avec ce qu’elle éprouve et ressent en séance ».
(L’enfant et le psychanalyste, p. 72).
AF : Il a toutefois une donnée qui me semble fondamentale et cela vaut aussi bien pour les images que pour les narrations. C’est qu’elles ne doivent pas être prêtes à l’emploi, programmées à l’avance, en dehors donc de l’espace-temps de la séance. Bien au contraire, elles doivent naître réellement dans le hic et nunc, surgir des protoémotions, éclore à partir de toutes les afférences que nous recevons du patient et qui par là même, sont vraiment en lien étroit avec le transfert, avec le monde interne, avec les identifications projectives. Une image, donc, née de la rencontre partagée, construite à quatre mains.
DM : Et la pulsion de mort ? Quelle place a-t-elle dans votre conceptualisation ?
AF : Je pense que le patrimoine psychanalytique est incontournable. La pulsion de mort fait partie de ce patrimoine. Je pense aussi néanmoins que le changement de modèles théoriques impose un travail de deuil par rapport aux conceptualisations inhérentes aux modèles précédents. Parfois, la césure s’impose.
Dans le modèle de Bion, la pulsion pourrait représenter un ensemble d’éléments β qui attendent d’être alphabétisés, qui pressent et poussent à la représentation.
Il ne s’agirait pas tant de représentations psychiques de la pulsion, comme dans la théorie d’Isaac, mais de la transformation des afférences provenant des pulsions qui donneront naissance à un élément α unique, tout à fait personnel, un pictogramme émotionnel.
Ainsi, la destructivité même, dans un modèle inspiré de Bion, ne peut être pensée, je crois, comme une destructivité originaire, une destructivité liée à la pulsion de mort mais davantage comme le résultat d’un raté relationnel qui est à l’origine d’une introjection insuffisante de la fonction α et d’une introjection insuffisante de l’appareil à penser les pensées.
DM : Antonino Ferro, votre conception de la psyché et de la psychanalyse me portent à penser à l’identification projectives comme à la voie royale de la communication.
AF : Si nous entendons par identification projective ce processus, tel que Bion le conçoit, toujours à l’œuvre, fondement même de la communication humaine, je réponds sans aucun doute par l’affirmative.
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FERRO, A., From Ranging Bull to Theseus : the Long Path of a Transformation. Int.J.Psycho-Anal., 1991, 72, 3, 417-425.
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FERRO, A., Carla’s Panic Attacks : insight and transformations : what comes out of the cracks : monster or nascent thoughts ? Int.J.Psycho-Anal., 1996, 77, 997-1011.
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FERRO, A., L’enfant et le psychanalyste. La question de la technique dans la psychanalyse des enfants, Erès, 1997.
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FERRO, A., La psicoanalisi come letteratura e terapia, Milano, Raffaello Cortina Editore, 1999.
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FERRO, A., La psychanalyse comme œuvre ouverte, Erès, 2000.
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Psychologue, Psychothérapeute analytique, 27, av. des Mûres, B-1180 Bruxelles.
Service de Neurologie Pédiatrique, ULB, Hôpital Erasme, route de Lennik, 808, B – 1070 Bruxelles
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Pensée onirique de la veille : la pensée est une potentialité de la psyché qui n’est pas présente d’emblée. Elle est le fruit de divers processus que l’on pourrait schématiser ainsi : éléments bêta (
β) → éléments alpha (
α)→ pensée onirique de la veille → pensée. Les éléments
β, à savoir les données sensorielles et les émotions dénuées de sens, peuvent être évacuées par identification projective en tant que « vécus bruts » mais ne peuvent être disponibles à la pensée. Pour cela, il est nécessaire que la fonction
α les transforme en éléments
α, leur donnant un sens. Cela est possible pour le nourrisson grâce à la rencontre avec une mère qui, par sa capacité d’élaboration mentale et affective, reçoit, contient et donne sens aux expériences. Ces éléments
α pourront être mémorisés, devenir inconscients, servir aux matériaux du rêve. Ils constituent par leur mise en séquence la pensée onirique de la veille. A. Ferro considère ces éléments
α comme les éléments psychiques élémentaires, sorte de briques de la pensée inconsciente de la veille et de briques des pensées tout court. La pensée onirique de la veille, constituée par cette mise en séquence des éléments
α, s’effectue, instant par instant, lors de toute activité diurne. Cette pensée onirique de la veille n’est pas formée à partir de symboles préfixés mais elle est conçue comme une synthèse en images (essentiellement visuelles), unique, poétique, du perçu-vécu, propre à chaque instant de relation à soi et au monde.
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Champ analytique : A. Ferro conçoit le champ comme cet espace-temps où confluent toutes les turbulences affectives activées par la rencontre de deux appareils psychiques en présence. Le champ est une véritable fonction du couple analyste-patient, fonction hautement non saturée, ouverte aux infinités de narrations possibles qui représentent l’alphabétisation progressive des émotions et leurs transformations.
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Préconceptions : Dans la théorie de Bion, la préconception est la première forme de pensée. La préconception est, pour le nourrisson, l’expectative innée du sein. Lorsqu’une préconception ne rencontre pas le sein réel, l’absence perçue de l’objet et le sentiment de frustration qui en découle sont à l’origine de la pensée.
À condition que la mère, avec ses qualités de rêverie et de contenant psychique, ait permis l’introjection d’un bon sein, ce qui rend l’attente possible et la frustration tolérable. Dans le travail analytique, la préconception se réfère donc à un état mental d’attente et d’expectative au regard de l’analyste.
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Rêverie : La capacité de la mère à accueillir en contentant et en transformant les sensations et les éprouvés émotionnels désagréables du bébé, en les lui rendant sous une forme supportable. Cette gratification par la mère des besoins du nourrisson s’accompagne non d’une satisfaction-bouchon, d’une simple suppression, ou encore de l’oubli de la frustration, mais bien d’une transformation de la frustration, expérience psychique qui enrichit et la mère et l’enfant. De cette capacité de rêverie maternelle dépendra, entre autres, la capacité de penser du nourrisson, penser ses propres émotions et ses propres pensées. Par extension, le travail mental de l’analyste en séance, avec sa capacité d’accueillir, de contenir et de transformer les éprouvés émotionnels du patient, lui permettra d’introjeter cette capacité de penser ses propres pensées.
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Barrière de contact : C’est un ensemble en continuelle formation et transformation d’éléments
α, liés et mis en séquence. Elle constitue le contact du conscient et de l’inconscient et leur séparation.
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Oscillation PS <-> D : Cette oscillation entre un état mental capable de supporter patiemment le doute, l’incertitude, l’attente de signification (PS) et un état mental qui découvre le sens avec le sentiment de soulagement et de certitude qui en découlent (D), est inhérente et constitutive de la capacité de penser.
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Oscillation ♀♂ ou oscillation contenant-contenu : Cette oscillation peut être illustrée par la relation primaire où le bébé projette ses éléments émotifs bruts – contenu – dans l’objet maternel – contenant -
C’est l’identification projective normale au sein de la relation qui permet le rapport contenant-contenu.
La mère, par sa rêverie, accueille et transforme les excitations, les émotions dénuées de sens en éléments psychiques (affect, pensée). L’identification projective a été ainsi reçue et transformée. Par delà cette situation, cette oscillation contenant-contenu représente un modèle de toute communication humaine.
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Ecran
β : Il est formé d’éléments
β. Il résulte de l’échec de la fonction
α par une impossibilité de donner sens aux éprouvés émotionnels. Ceux-ci restent sans lien entre eux, sans signification, agglomérés dans une sorte de concrétude, ceci donnant un caractère rigide à l’écran
β. Alors que la barrière de contact, sorte de maille souple, permet une relation normale au monde interne et externe, l’écran
β est à l’origine d’états psychotiques où les distinctions conscient/inconscient, veille/sommeil ne s’opèrent pas. Selon A. Ferro, les écrans
β peuvent « allumer » le contretransfert, celui-ci étant un des lieux possibles appartenant au champ qui signale le dysfonctionnement de celui-ci. Les écrans
β peuvent donner lieu à des actings du patient, de l’analyste, à des maladies psychosomatiques du patient, de l’analyste, voire « dans le corps même du setting ».
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O : O représente ce qu’il y a d’inconnaissable dans l’objet, dans l’expérience émotionnelle et dans la réalité psychique. C’est par le rassemblement de données sensorielles diverses, et encore par l’émergence dans l’après-coup de caractéristiques constantes qui s’y rapportent, qu’il peut être connu. Si donc O, en tant que tel, est inconnaissable, seules ses transformations peuvent être connues.