2001
Cahiers de psychologie clinique
Notes de lecture
Stratégie de la thérapie brève
Sous la direction de Paul Watzlawick et Giorgio Nardone, Seuil, Paris, 2000
Grégory Lambrette
[1]
Pour peu que l’on prenne la peine d’y bien regarder, il n’est nul individu qui ne vit et construit sa propre réalité. L’expérience de chacun résulte ainsi d’interactions successives et constantes entre une vision du monde et la connaissance résultant de son application. Voilà ce que nous disent en substance les divers textes rassemblés sous la direction de Paul Watzlawick et Giorgio Nardone, représentants s’il en est de la désormais célèbre Ecole de Palo Alto.
Cet ouvrage nous amène ainsi à considérer que de toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité, la nôtre. C’est que toute proposition (qu’elle soit thérapeutique ou autre), pour reprendre Wittgenstein, n’est jamais qu’une transposition de la réalité telle que nous la pensons et non pas telle qu’elle est, « réellement ».
Le constructivisme clinique auquel cette somme d’articles contribuent s’appuie sur le postulat épistémologique selon lequel aucune explication n’est vraie en soi. C’est seulement du rapport entre un message et son contexte qu’émerge une signification.
En regard de cela la thérapie brève, qu’introduisent à leurs manières Nardone et consort autour de thématiques parfois forts diverses, incarne en ses applications une logique du changement dont la pragmatique repose sur un ensemble de méthodes résolument axées sur la résolution de problèmes d’ordres relationnels. L’intervention y est placée sous le sceau de la brièveté par souci d’efficacité mais d’abord et surtout parce que les objectifs y sont sciemment limités. La stratégie clinique qui y est alors employée consiste en la co-construction, entre le client et le thérapeute, d’un problème accessible à une solution, ici et maintenant. Et ce parce que ce sont les solutions qui maintiennent et renforcent le problème que l’on essaie de résoudre, et que même si ce dernier peut s’expliquer par des événements du passé, seul le présent en détient les clés.
Tout l’art de la thérapie consiste ainsi à conduire le patient à créer une situation à l’intérieur de laquelle le changement de ses perceptions et réactions n’est pas seulement souhaitable mais inévitable
[2].
Loin des considérations normatives et/ou pathologisantes, la thérapie brève esquissée au travers des textes réunis autour de Watzlawick et Nardone se propose ainsi d’« expliquer » le comportement humain comme la résultante d’un processus co-évolutif entre l’individu et l’environnement.
Le changement de paradigme que cette lecture suppose requiert l’adhésion aux prémisses posées par Bateson et adoptées à sa suite par la pensée systémique où l’interaction devient l’objet d’analyse, et où l’attention du thérapeute se porte davantage sur « Comment le problème fonctionne-t-il ? » que sur « Pourquoi existe-t-il ? » afin de créer une rupture dans le système des réactions circulaires qui entretiennent le problème.
Nardone nous propose à ce titre des protocoles d’intervention pour quelques types de pathologies ainsi que ses résultats cliniques.
Reste, peut-on lire en filigrane, que l’humilité est souvent la meilleure des stratégies en thérapie, qu’elle soit brève ou non, et que rien n’est plus pratique, comme aimait à le déclarer Bateson, qu’une bonne théorie.
[1]
Psychologue, psychothérapeute 162, Rue du Maitrank – Bte. 3, 6700 Arlon.
[2]
Nardone G.,
Des modèles généraux aux protocoles spécifiques de traitement, in
Stratégie de la thérapie brève, Seuil, Paris, 2000, 243-261.