2001
Cahiers de psychologie clinique
Causalités traumatiques
Survivant
Annette Bool
[*]
Être confronté à un événement traumatique peut entraîner un bouleversement considérable dans la vie d’un sujet. Si depuis toujours, la psychanalyse s’est intéressée au traumatisme, l’étude de la névrose a montré que l’origine des symptômes se trouvait dans un conflit psychique de nature inconsciente. Dans la névrose traumatique, les symptômes ne sont pas liés à un conflit inconscient. L’introduction de la notion de réel permet d’aborder l’expérience traumatique comme celui d’une rencontre, d’une « mauvaise rencontre ». L’effraction traumatique ne fait que réactualiser le trauma initial, lié à la première menace, celle de la détresse consécutive à la séparation de l’objet primordial. Tout trauma est donc structuré sur le mode de l’après-coup. Une rencontre de hasard, une mauvaise rencontre, n’est rien d’autre qu’une rencontre du réel. Ce réel qui est la cause même du sujet.
Mots-clés :
névrose traumatique, le Réel, fantasme, détresse originaire, angoisse, rêve traumatique.
To be exposed to a traumatic event can be a very big disruption in somebody’s life. If the psychoanalysis has always been interested in traumatism, the study of neurosis has shown that the origine of symptoms can be found in an unconscious psychic conflict. In a traumatic neurosis, symptoms are not related to an unconscious conflict. The introduction of the concept of reality allows us to speak about the traumatic experience like an « unfortunate encounter ». The traumatic experience only turns the first trauma, which is linked to the first threat, the one of distress consecutive of the separation from the primal object, into a reality. Every trauma is structured in an afterward way. An unfortunate encounter is nothing else but an encounter with reality. This reality is the cause of the subject.
Keywords :
traumatic neurosis, real, fantasy, primary distress, anxiety, traumatic dream.
Antoine se retrouve enfermé dans un cagibi à peine plus grand qu’un débarras. Autour de lui, cinq autres visages. Dans tous ces regards se lit le même effroi. L’homme s’approche. Ses yeux s’immobilisent sur Antoine. Il le fixe droit dans les yeux. D’un geste nerveux, il lui fait signe de se relever. L’arme pointée vers lui, Antoine se lève. Il se met en marche comme un automate. Cet homme n’a rien à perdre, Antoine le sait. Au bout de l’allée, l’homme lui dit de s’agenouiller. Antoine s’exécute. L’arme descend lentement. Elle est maintenant pointée sur sa tempe. Antoine ferme les yeux. En une fraction de seconde, il revoit son existence défiler devant ses yeux : ses parents, sa femme, ses enfants, sa petite fille décédée il y a peu, à l’aube de sa vie…
L’homme arme son revolver. « Ça y est, la mort est là ! » Le froid du métal glacé de l’arme appuyée contre sa tempe envahit son corps entier. La mort est là, elle lui colle à la peau. Antoine pense à sa fille : il va la rejoindre. L’homme appuie sur la gâchette…
Le traumatisme constitue un choc violent pour celui qui le subit. Il a toujours lieu au moment où le sujet s’y attend le moins. Effet de surprise laissant le sujet aux prises avec l’irreprésentable. L’événement se passe en une fraction de seconde. Ce n’est qu’après-coup que le sujet réalise que sa vie est brisée, son histoire arrêtée. Après l’instant fatal, plus rien n’est comme avant.
Si la psychanalyse, dès le début, s’est intéressée au traumatisme, l’étude de la névrose a montré que l’origine des symptômes se retrouvait dans les traces d’un conflit infantile très souvent de nature sexuelle. Au début, Freud pense qu’un traumatisme réel est à l’origine des symptômes névrotiques. Ce traumatisme est celui de la séduction d’un enfant par un adulte. Mais au fil du temps, Freud doit réélaborer sa conception de la névrose car il ne croit plus à sa théorie. C’est à ce moment qu’il substitue le fantasme au réel du traumatisme. Le véritable noyau de la névrose devient le complexe d’Œdipe.
Comment, dès lors, la psychanalyse peut-elle comprendre et aider les sujets qui ont été victimes d’un événement traumatisant survenu souvent à l’âge adulte ? N’y a-t-il pas une différence essentielle entre l’angoisse devant un danger réel et l’angoisse névrotique ?
Si l’on peut poser qu’un « traumatisme réel » est radicalement différent d’un traumatisme psychique dans la mesure où la vie du sujet a été menacée, cela signifie que l’implication du sujet est exclue et qu’il n’y a donc pas de rapport à l’inconscient ou au fantasme. Peut-on dès lors affirmer que dans le cas d’une névrose traumatique la cause de la pathologie est liée au « traumatisme réel » et que le sujet n’y est en rien impliqué ?
Derrière la question du traumatisme, c’est la question de la cause des symptômes du sujet qui est posée. Répondre à cette question, c’est dire si le sujet est essentiellement victime ou au contraire responsable par son implication subjective. Croire au traumatisme entraîne évidemment une conception précise de la cause : celle de l’événement. Cette croyance peut faire « bouchon » à la recherche d’une autre origine car mettre l’accent sur la causalité traumatique, c’est faire du symptôme le résultat d’un accident de l’histoire, d’une contingence de la vie, dans laquelle le sujet est essentiellement victime, victime du hasard, victime de la mauvaise rencontre.
La question qui se pose, en fin de compte, est évidemment de savoir si un « traumatisme réel » est analysable et dans l’affirmative, quelle serait alors la visée de la fin d’une cure.
Pour Lacan, le trauma est là dès l’origine chez le sujet mais également dans l’histoire de la psychanalyse pour signifier les effets de la rencontre avec le Réel.
La structuration de l’inconscient est conçue comme une série de refoulements attirés par un premier noyau constitutif qu’est le refoulement originaire. « C’est là un vide, lieu d’insertion de la pulsion, un point de réel non réductible par le symbolique, qui gît au cœur du sujet et qui se rattache à l’expérience de détresse la plus primitive ». C’est cette première expérience qui va permettre au « moi névrotique » de se constituer. C’est elle qui permettra également au sujet de reconnaître un danger externe. La détresse, Freud la relie originairement au trauma. Elle est consécutive à la séparation de l’objet primordial, perdu de toujours et impossible à retrouver. Elle entraîne la division du sujet par rapport à l’objet. Lacan parle de la division inaugurale du sujet à l’égard de l’objet en raison de la pulsion sexuelle, ce qui est la thèse de Freud mais aussi, et surtout, en raison du langage.
Le sujet, en s’adressant à l’Autre pour la satisfaction de ses besoins, se trouve assujetti à un ordre tiers qui est l’ordre symbolique. Il en résulte l’aliénation du sujet dans et par le langage ; il y a un assujettissement radical de la vérité de son désir à l’ordre du discours.
Tout du sujet n’est pas assimilable au symbolique. Il y a dans le réel quelque chose qui touche à la pulsion et qui échappe à la symbolisation. En ce sens, on peut dire que le réel, c’est l’impossible à dire. Le réel dans son lien à la pulsion est ce qui revient toujours à la même place dans la répétition.
Lacan, dans le Séminaire XI, parle de la fonction écran du fantasme par rapport à la division inaugurale du sujet. Pour parer à la détresse, le fantasme va tenter de recréer de façon imaginaire le lien à cet objet perdu ; il vient voiler ce vide structural. Le fantasme apparaît alors comme une réponse au trauma : le fantasme comme réponse à la division inaugurale du sujet qui l’instaure dans son manque, est ce qui tente de parer à ce manque et à celui de l’Autre.
Les traumatismes d’origine externe, c’est-à-dire liés à un attentat, un accident, une catastrophe, sont une effraction du réel sur le sujet. Freud souligne que ce qui semble être le plus déterminant dans la névrose traumatique, c’est le facteur surprise, l’effroi. L’effroi étant lié au manque de préparation par l’angoisse. Ce traumatisme peut laisser des séquelles et même entraîner un syndrome de répétition traumatique car face à cette effraction traumatique qui s’impose au sujet, ni le fantasme, ni le symptôme ne permettent de résorber l’angoisse et la détresse suscitées par elle. L’horreur du réel est là, impossible à refouler. L’angoisse est omniprésente. L’expérience traumatique de la rencontre avec le réel peut, explique Guy Briole, en forçant le principe de plaisir, produire une effraction qui entraîne pour le sujet une traversée sauvage du fantasme vers son noyau de réel. La rencontre traumatique où le sujet a vu sa vie menacée fait apparaître un réel qui était jusque-là dissimulé par l’écran du fantasme. Dès que ce réel est mis à nu, c’est l’effroi ; le sujet est aux prises avec l’irreprésentable. Masqué, le réel soutient le désir du sujet ; dévoilé, il provoque l’horreur d’une jouissance insoupçonnée. Ainsi, le désir du sujet n’est plus préservé et il se sent menacé sans cesse, par ce réel. Le sujet est complètement envahi par le réel, réel qu’il ne peut ni insérer dans une stratégie désirante, ni retisser à la trame de ses appartenances subjectives vitales. La fixation au réel et ses conséquences sur le désir modifient alors le rapport du sujet au monde.
Les rêves vont ramener sans cesse les sujets, dans une compulsion de répétition, à l’horreur de l’irreprésentable dans une tentative de maîtrise rétroactive de l’excitation sans qu’il y ait développement d’angoisse.
L’effraction traumatique ne fait que réactualiser le trauma initial jusque-là recouvert par l’écran du fantasme. Le danger extérieur ne représente un danger pour le moi que parce qu’il rappelle la première menace, celle de la détresse consécutive à la séparation de l’objet primordial.
On peut donc dire que tout trauma est structuré sur le mode de l’après-coup. Une rencontre de hasard, une mauvaise rencontre, n’est rien d’autre qu’une rencontre avec le réel. Ce réel qui est la cause même du sujet.
Il y a quatre ans, après avoir été libéré de sa prise en otage, Antoine a directement été pris en charge dans le cadre d’un programme d’aide aux victimes. Il a ainsi pu bénéficier d’un debriefing psychologique. Le debriefing est une technique récente qui consiste à donner une série d’informations aux victimes sur les conséquences possibles d’un traumatisme. Il permet également à chaque victime de s’exprimer sur son vécu. L’idée c’est que les sujets fassent le récit, le plus tôt possible, de l’événement pénible qu’ils viennent de vivre, l’hypothèse étant que l’abréaction permet de diminuer l’impact des troubles et de prévenir une pathologie ultérieure.
Antoine manifestait à l’époque tous les symptômes propres aux victimes d’événement traumatisant. Malgré le debriefing et le soutien psychologique dont il a bénéficié à cette période, quelque chose semblait ne pas avoir été résolue.
C’est en catastrophe qu’Antoine vient en consultation. Les circonstances de la vie venaient de le ramener sur les lieux de son agression. L’expérience fut terrifiante. Rien pourtant ne l’obligeait à aller à cet endroit. C’est délibérément qu’Antoine a fait le choix de retourner là où il savait que séjournait l’auteur de son agression. Derrière le choix de retourner là-bas, dans ce lieu, en prison, il avait le désir d’aller à la rencontre de l’auteur de son agression. Et derrière cette envie, il y a surtout une question qui tenaille Antoine : « Est-ce qu’il aurait été jusqu’au bout ? Est-ce qu’il voulait ma mort ? » Finalement, Antoine n’aura jamais la réponse à sa question. Mais depuis ce jour, il vit dans l’angoisse. Et l’angoisse ne le quitte plus.
Antoine va mal. Il se réveille en pleine nuit. L’angoisse est là. Antoine se referme complètement sur lui-même. Il ne parle plus à sa femme. Il devient complètement indifférent aux autres. Plus rien ne l’intéresse ou ne l’émeut. Il devient complètement insensible à ce qui se passe autour de lui. Il prend en même temps conscience de ce changement et s’en plaint. Antoine se sent seul. Ce sentiment de solitude deviendra de plus en plus insupportable au fil du temps. Au point de ne plus supporter de rester seul dans un endroit ou de partir seul quelque part…
Le repli narcissique sur soi et le sentiment d’isolement sont des symptômes que l’on retrouve fréquemment chez les traumatisés. Cela peut aller du simple retrait affectif au vécu d’incompréhension et d’hostilité de l’entourage. Paradoxalement, il y a une dépendance de plus en plus importante vis-à-vis de l’environnement professionnel et familial auprès duquel il recherche à être sécurisé et auquel il demande continuellement des témoignages d’estime et de réhabilitation.
Chez Antoine, il y a un détachement de plus en plus important par rapport aux autres et même vis-à-vis de sa femme et de ses enfants. Plus rien ne le touche ou ne l’émeut, plus personne ne l’intéresse. Le seul désir qu’il manifeste encore et toujours, même quatre ans plus tard, c’est de pouvoir parler de son histoire. Parler à celui qui veut bien l’écouter et parvenir à dire l’innommable.
D’une éthique de choix de l’écoute du sujet
De son passé, Antoine parle peu. Il est le second d’une famille de trois enfants. Il est le seul garçon. Antoine garde de son enfance le souvenir d’une période difficile : un père extrêmement sévère qui n’hésitait pas à le frapper. Il se sentait complètement soumis et démuni face à lui. Il n’y avait pas beaucoup de manifestations de tendresse chez lui, mais il était le préféré de sa mère.
La communication était réduite à l’essentiel. On ne parlait jamais de ses émotions. Antoine avait dix-huit ans lorsqu’il a quitté le toit parental pour se marier avec sa fiancée. De son mariage est née une petite fille et puis une seconde qui décèdera quelques jours après sa naissance. Peu de temps après le décès de sa fille, sa mère prononce ces mots qui sont tombés comme un couperet et qu’il ne peut ni oublier, ni accepter : « Ce n’est rien ! Vous aurez d’autres enfants ! » C’est à ce moment qu’Antoine décide de couper les ponts avec ses parents.
Pendant les entretiens, Antoine va ramener un rêve traumatique. Dans ce rêve, il y a les scènes les plus marquantes de ce qu’il a vécu. D’abord, il y a le regard de son agresseur. Dans ce regard, Antoine lit une colère noire. Face à ce regard, Antoine se sent complètement soumis et humilié.
La deuxième image est celle de sa sortie de prison. Les collègues sont là pour l’accueillir. Il se retrouve dans les bras de l’un d’eux. Il n’avait jamais ressenti une telle sensation, de chaleur et de réconfort à la fois. Dans son cauchemar, c’est le sentiment de solitude qui prédomine.
Après la prise d’otage, c’est auprès de sa belle-famille qu’Antoine a reçu un soutien affectif très important. De la part de ses propres parents, Antoine n’attendait plus rien.
Plus tard, en reprenant son travail, ses collègues ont joué un rôle important par leur présence et leur disponibilité. L’insistance avec laquelle Antoine parle de l’accueil et du soutien qu’il a reçus autrefois de la part de ses beaux-parents, la rencontre récente des parents d’une amie montre qu’Antoine s’est mis à la recherche d’une nouvelle famille. En réalité, c’est une véritable demande d’amour qu’inconsciemment Antoine adresse à l’Autre.
La mort n’est pas inscrite dans l’inconscient
Une scène traumatique ne peut pas s’inscrire dans l’inconscient et y nouer des associations. La scène traumatique où s’entrevoit la mort est dans l’appareil psychique comme un rejeton de « l’originaire ». Ce lieu de l’originaire où se retrouvent les premières expériences extrêmes du nourrisson : expériences de vide, d’anéantissement, de morcellement, de jouissance sans limite. Cette scène exerce un réel pouvoir de fascination. Le sujet tient aux images de son trauma, souvent inconsciemment, parfois consciemment. C’est à la fois quelque chose de douloureux mais également de précieux.
Le décès de sa fille a beaucoup marqué Antoine. Comme lui, elle était la seconde dans la fratrie. Ce décès ne vient-il pas dès lors réveiller la question du désir de ses propres parents ?
Derrière le désir de retrouver l’auteur de son agression, la véritable question d’Antoine n’est-elle pas de savoir la place qu’il occupe dans le désir de l’Autre ?
Ne pas savoir ce qu’il représente pour l’Autre n’est-ce pas là, au fond, le véritable traumatisme d’Antoine ? L’absence de réponse plonge Antoine dans l’angoisse.
Si jusqu’alors, face à un père très dur, Antoine avait eu le sentiment d’occuper une place particulière pour sa mère en tant que « son préféré », la réponse de sa mère ne vient-elle pas faire éclater cette croyance par l’affirmation qu’au fond, pour elle, tous les enfants sont interchangeables ?
Le regard de son agresseur poursuit Antoine dans son rêve. Face à ce regard, Antoine se sent complètement soumis et humilié « comme autrefois en présence de son propre père ». Père interdicteur qui l’empêchait de faire, quand il était enfant, ce qu’il aurait aimé faire, notamment des études. Soumission et humiliation. Antoine m’explique qu’aujourd’hui encore son père n’a pas beaucoup de considération pour le métier qu’il a choisi d’exercer, qui selon son père, n’est pas un vrai métier d’homme.
L’angoisse est le seul affect qui ne trompe pas lorsque le cadre que donne le fantasme à la réalité vacille, prêt à céder devant une menace du réel.
Si Le fantasme est une réponse au traumatisme qu’est la rencontre avec l’Autre, si le fantasme est une réponse au « Che Vuoi ? », c’est pour venir colmater précisément le point d’angoisse face à l’énigme de l’Autre et à l’opacité de l’Autre.
L’effraction traumatique du réel peut faire vaciller le fantasme. Si le fantasme ne protège plus le sujet, alors la question de l’Autre ne revient-il pas en force ?
La rencontre traumatique renvoie alors le sujet à la question de ce qu’il est pour l’Autre primordial, l’Autre étant le lieu d’où peut se poser à lui la question de son existence.
« Que la question de l’existence : « Que suis-je là ? » pour le sujet concernant son sexe et sa contingence dans l’être, à savoir qu’il est homme ou femme d’une part, d’autre part qu’il pourrait n’être pas, les deux conjuguant leur mystère, et le nouant dans les symboles de la procréation et de la mort est une vérité d’expérience pour l’analyse » écrit Lacan.
Un tournant très net a été effectué durant les entretiens à partir du moment où il n’était plus question de l’événement mais bien de la prise de conscience des sentiments qu’avait engendré pour lui cet événement, ce sentiment de solitude absolue. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’un réel progrès se fera ressentir dans la thérapie ! C’est à partir de là aussi, qu’Antoine va tenter de retrouver cette même sensation de chaleur et de tendresse qu’il avait ignorée jusqu’alors et qu’il a réellement découverte lors de sa libération.
L’expérience de détresse marque une rupture. Le repli narcissique sur soi devient comme une nécessité parce que la base de l’identité, le fondement de la personnalité se trouve remis en question.
Mais on peut dire que l’expérience de détresse constitue également un dévoilement. La soudaineté de l’événement, le sentiment d’effroi, l’impossibilité de réagir… Il y a une perte radicale du sentiment d’invulnérabilité pour le sujet qui se trouve ainsi confronté au sentiment de l’imminence de sa mort et de son propre anéantissement. Cela entraîne l’envahissement d’un sentiment d’extrême solitude et d’abandon, qui n’est pas sans rappeler le sentiment de « hilflosigkeit » du nourrisson. Le traumatisé accède ainsi à un savoir que d’autres n’ont pas. Dans ce sens, on peut affirmer avec P.-L. Assoun que « le trauma fournit une opportunité – à la fois dévoilante et mortifère – de démasquage ». Le trauma impose au sujet l’évidence de la mort, l’arrachant ainsi à son amnésie. Il n’est pas étonnant que le sujet en tombe malade. La révélation qu’engendre pour lui cette rencontre avec la mort le fixe à l’instant de la surprise. Mais que cette rencontre avec la mort l’engage dans ce qu’il est, voilà ce qu’il aura du mal à croire car comment penser l’impensable ?
Pourtant, on peut dire qu’à ce moment fatidique, le sujet est confronté à l’essence de son être…
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Psychothérapeute, Membre de l’ACF, avenue d’Orbaix 19a B-1180 Bruxelles