Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136191
260 pages

p. 97 à 122
doi: en cours

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Causalités multiples

no 16 2001/1

2001 Cahiers de psychologie clinique Causalités multiples

Des effets aux causes dans la construction du cas clinique en psychosomatique

Valérie Boucherat-Hue  [1]
L’histoire de Raphaël permettra d’aborder, d’une part, la délicate question de la construction du cas en psychopathologie, et, d’autre part, les présupposés théoriques qui sous-tendent l’interprétation clinique en psychosomatique.
À propos de Raphaël, deux lectures peuvent s’entrecroiser, selon que l’on privilégie la théorie névrotique freudienne ou le modèle de l’École de Psychosomatique de Paris. L’option théorique débouche sur des orientations diagnostiques de nature différente, et concernant Raphaël, la discussion s’engagera entre les avatars d’une organisation névrotique insuffisamment structurée et les particularités d’une organisation prégénitale de type allergique.
Dans le champ psychanalytique, la théorie psychosomatique du fonctionnement allergique réhabilite la dynamique des triangulations pré-œdipiennes sans les confondre avec les aménagements œdipiens. À partir du cas Raphaël sera interrogée la valeur structurante de la phobie primaire, de l’objet libidinal au stade rétentif-anal et des préformes de l’identification hystérique. Mots-clés : construction de cas, cas clinique, psychosomatique, psychopathologie, allergie, névrose, asthme.
Rafael’s experience illustrates on the one hand how complex the building of a psychopathological case can be, on the other hand how intricate the underlying axioms of a clinical psychosomatic description prove to be.
Rafael’s case could be tackled in two different ways, if one should consider either the freudian theory of neurosis or the Paris Psychosomatic School teaching only. The nature of the diagnosis would change completely, should one theory be favoured rather than the other. In this particular instance, the terms of the discussion are constituted on the one hand by the various forms of a defective neurotical psychic organization, on the other hand by the particularities of an allergy-relating pregenital psychic organization.
From a psychoanalytical viewpoint, allergy, described as a psychosomatic disorder, puts new life into the pre-œdipian three-characters figure without bringing in any of the œdipian compromise. Out of Rafael’s case will be examined the building-power of the primary phobia, the signifiance of the desired object at the anal retentive phase and the incipient forms of hysterical identification. Keywords : case-building, a clinical case, psychosomatic, psychopathology, allergy, neurosis, asthma.
 
Introduction
 
 
La construction du cas clinique procède à rebours. Elle part de la description des effets pour aller vers des suggestions sur les causalités. Chemin faisant, elle passe par le travail fondamental d’analyse, ordonné par la démarche hypothético-déductive. Cette étape charnière, qui, dans sa méthode, échafaude des articulations subtiles entre la clinique et la théorie, est celle qui permet d’entrevoir, in fine, une relation entre les effets et les causes, c’est-à-dire d’induire un lien de cause à effet qui, comme tout produit de l’élaboration clinique, reste sujet à discussion [2].
Or, il est bien connu que dans l’analyse de cas, les faits sont construits à partir de nos théories d’appartenance, que celles-ci soient explicitées ou qu’elles fonctionnent à notre insu [3]. En réalité, on pourrait même dire qu’on reconstruit la clinique en fonction de nos doctrines sous-jacentes, c’est-à-dire des présupposés, et parfois des croyances, qui sous-tendent les théories [4].
J’aimerais monter de quelle manière les postulats de l’École de Psychosomatique de Paris [5] peuvent infléchir la lecture psychanalytique d’un cas clinique. En effet, ce point de vue psychosomatique décentre l’axe interprétatif classique, celui fondé sur une conception névrotique de l’appareil psychique conçue comme idéal de mentalisation [6]. Il conduit de ce fait à relativiser le primat du corps génital et de l’ancrage structurel œdipien.
La doctrine psychosomatique est la suivante : c’est la qualité du travail psychique, de quelque nature qu’il soit [7], qui protège le corps des risques somatiques, de sorte que l’atteinte organique fait généralement suite à la rupture, constitutionnelle ou conjoncturelle, du système de défenses mentales de l’individu.
Par conséquent, de quelle manière la psychosomatique pose-t-elle la question de la relation de cause à effet en clinique ? Ce n’est pas le mental qui est en lui-même une cause du somatique, comme le laissent à penser les lectures symboliques du fait psychosomatique ou la théorie des profils psychologiques dits « psychosomatiques » [8]. C’est la défaillance de la mentalisation qui ouvre la brèche à l’immixtion de l’organicité qui, dans cette perspective économique, représente la voie d’expression la plus archaïque de la conflictualité humaine (C. Dejours, 1997).
L’objet de cet article est de montrer de quelle manière le postulat théorique et la causalité psychique de la théorie psychosomatique peuvent être mis à l’épreuve de la clinique, puis confrontés au modèle de l’interprétation psychanalytique.
 
La clinique du cas Raphaël
 
 
Raphaël a 24 ans lorsque je le rencontre pour la première fois dans un service hospitalier de pneumologie. Il est l’aîné d’une fratrie de trois garçons (23 et 22 ans). De nationalité syrienne, sa vie se caractérise par une succession de périodes d’exil qui suivent les aléas politiques du Proche-Orient, son père et ses oncles paternels occupant des fonctions importantes au sein d’un parti d’opposition. Son premier anniversaire correspond au premier départ de sa famille pour le Maghreb, dans un climat d’urgence et de risque vital. Là-bas naitront les deux frères cadets, puis la famille connaîtra une période de stabilisation pendant 7 ans, le père créant une entreprise, la mère exerçant dans la fonction publique.
La décompensation somatique de la première enfance
Pendant sa petite enfance, Raphaël était fasciné par l’eau. Quand la famille se retrouvait le soir à la plage, il se baignait jusqu’à la nuit tombée, jusqu’à l’épuisement. Très attiré par le bassin à poissons du zoo, il réclamait d’y aller souvent et restait assis devant, des heures durant, silencieux, sans parler, sans bouger, comme absorbé. Deux souvenirs-écrans vont illustrer cette curieuse habitude. Vers deux ans, Raphaël aurait « fugué » de la crèche, entraînant un autre enfant avec lui, puis il aurait été retrouvé sagement assis devant le bassin-fétiche, au zoo. Vers trois ans, alors qu’il se penchait dangereusement au-dessus du fameux bassin, il finit par tomber et fut repêché de justesse par son père. Raphaël relate cet épisode sans angoisse, mais il se souvient de s’être senti dérangé par l’intervention de son père parce qu’elle introduisait un climat de rupture dans ce temps arrêté qu’il qualifie de « magique ».
Cette évocation conduisit, dans la suite de l’entretien, à un déploiement associatif sur les qualités « extraordinaires » de ce père, présenté comme infaillible, parfait, lui ayant donné une excellente éducation faite d’explications sur toutes les choses de la vie, d’égal à égal, ne prenant jamais de décisions arbitraires. Très disponible pour ce fils aîné, il l’a en effet entraîné dans de nombreuses activités « masculines », dont l’« entrée en politique », parcours initiatique à distance du gynécée dont Raphaël situe les prémisses entre 3 et 7 ans.
À l’âge de 7 ans, il fut séparé de ce père idéalisé auquel il fut, semble-t-il, impossible de se mesurer au moment œdipien, car ce dernier dut retourner précipitamment en Syrie pour quelques mois. Dans l’intervalle, au décours d’une surinfection bronchique, l’asthme de Raphaël s’est déclaré brutalement par une attaque gravissime, menaçant l’équilibre vital et nécessitant l’hospitalisation en réanimation. Sans faire le lien avec la rupture de climat affectif entraînée par le départ du père, Raphaël rationalise son « entrée en maladie » par les baignades prolongées qui ritualisaient ses fins de journées, et par les antécédents allergiques de sa famille. Ceux-ci sont en effet nombreux : un grand-oncle maternel et un grand-oncle paternel seraient décédés d’asthme allergique. En outre, la mère de Raphaël présente un terrain poly-allergique grave, dont un asthme non stabilisé depuis l’âge de 21 ans, ce qui correspond à la naissance de Raphaël, entrant dans le cadre d’un syndrome de Fernand Vidal.
Chez Raphaël, la décompensation allergique inaugurale a fait place à l’évolution d’un asthme bronchique chronique, qui s’est compliqué, dans la seconde enfance, d’un asthme à l’effort nécessitant l’interruption des activités sportives. La symptomatologie pulmonaire a progressivement pris place au sein d’un complexe allergique ORL et cutané, fait de sinusites chroniques, de surinfections bronchiques récurrentes, de rhinites allergiques et de zonas.
Les réaménagements psychiques de la seconde enfance
Des remaniements psychiques, narcissiques et objectaux, ont suivi l’entrée en maladie, dans un contexte où Raphaël dit s’être vécu dès lors « comme un handicapé ». Sur le plan de la symptomatologie mentale, est apparue, vers l’âge de huit ans, une phobie de l’eau conduisant Raphaël à désapprendre à nager, moyennant quoi l’expression somatique est restée bien contrôlée en ambulatoire jusqu’à la puberté. La période de latence a favorisé une réorganisation rituelle concrète autour du contre-investissement médical, ce qui a donné lieu à une nouvelle hygiène de vie, ponctuée par des cures de désensibilisation annuelles. En outre, le surinvestissement cognitif, associé aux bénéfices secondaires de la maladie, a engendré, à cette période, des gratifications libidinales par l’entourage familial et social : Raphaël est devenu un brillant élève, promis à une carrière d’architecte ou de médecin et reconnu pour ses multiples talents, en particulier artistiques.
Dans une espèce de pré-science de ce que sera sa problématique « nomadique » et celle de ses attaches familiales, il a cultivé avec ardeur un goût pour la géopolitique, les questions internationales et l’histoire, à la faveur d’une recherche tant de maîtrise anale que de repères temporaux-spatiaux. Par exemple, il enregistre symboliquement tous les ans les soirées télévisées du nouvel an, scandant le passage du temps.
À l’âge de 9 ans, Raphaël est rentré au pays avec sa famille, à la faveur d’une ouverture politique. Il évoque, sur un mode euphorique, les retrouvailles avec sa grande famille et sa mère-patrie dont il s’était approprié le mythe familial. Cette nouvelle tranche de vie semble avoir eu un effet restaurateur et intégrateur pour la psyché, l’asthme ayant régressé.
Les oscillations psychosomatiques de l’adolescence
Cependant, la lune de miel fut de courte durée puisque, lorsque Raphaël eut 14 ans, l’instabilité politique entraîna de nouveau une fuite clandestine de la mère et des enfants vers l’Europe. Le père fut condamné à mort et emprisonné, mais il put, grâce à des complicités, rejoindre sa famille. Ils resteront six mois en Allemagne, chez un oncle paternel réfugié politique et marié à une allemande, avant de se stabiliser, dans un contexte de grande précarité financière, en France où vivait depuis 10 ans un autre frère du père, également exilé.
Les rêves évanouis, la transplantation et ses après-coups, l’insécurité, la dislocation familiale et les représailles du régime contre la famille restée au pays ont déterminé de nouvelles modifications affectives lors de cette première année cauchemardesque en France. La petite cellule familiale s’est ressoudée, bon-an mal-an, dans l’accrochage à une identité collective soutenue par l’hyperactivité professionnelle (création d’une petite entreprise), ordonnée en partie par la nécessité vitale.
Raphaël a, quant à lui, tenté de survivre sur un mode un peu plus individuel, sa contrainte interne de s’intégrer à l’histoire « en train de se faire » le poussant à investir cette nouvelle « patrie-secours ». Contrairement à ses frères vivant en autarcie, il a cherché à se fondre le plus rapidement possible à la culture ambiante. Grâce à ses remarquables capacités plastiques, il a intégré un CES français et a appris en quelques mois la langue, en appui sur un professeur qui l’avait pris en affection. Son parcours est celui du combattant acharné pour n’avoir justement pas à se battre contre les « autres », pour n’avoir pas à « rester étranger ». Après les cours, il travaillait le français, et la nuit, il participait à l’entreprise familiale, dormant peu, tentant toujours de concilier l’inconciliable. Il dira que « sa vie de zombie » lui servait en même temps à ne pas penser pour « vivre au présent ».
Raphaël entrait dans l’adolescence et l’asthme redevenait, dans ce contexte d’instabilité et de conflictualité tant externe qu’interne, envahissant. La charge énergétique des remaniements pulsionnels pubertaires fut contre-investie dans l’action et par le surinvestissement intellectuel. Si, dans un premier temps, ces défenses ont achoppé à éponger l’expression somatique, dans un second temps, celle-ci fut relayée par un travail psychique en prise avec les remaniements narcissiques et relationnels. Raphaël nous a fait part de la blessure représentée, à l’arrivée en France, par la régression de son niveau scolaire, eu égard à son potentiel réel. Mais il s’est accroché, comme à une bouée, au professeur de français, ce substitut homosexué idéalisé d’une image paternelle déchue du fait du décalage de la famille sur le plan de la langue, du travail et de la position sociale, famille devenue anonyme avec le déracinement. Dans ce contexte, la période entre 14 et 17 ans semble avoir ouvert, chez Raphaël, l’accès à un épisode dépressif sévère fait d’anorexie, d’insomnie, d’isolement, de perte de contact avec sa famille, d’idées suicidaires et d’anesthésie affective, dont les émergences oscillaient avec la symptomatologie asthmatique.
Les turbulences affectives de l’âge adulte
Encouragé dans son travail titanesque, Raphaël, devenu bilingue, put l’année suivante intégrer une 3ème classique, et pour finir, obtenir un 18 sur 20 à l’oral de français. À 19 ans, il décrocha un baccalauréat scientifique et rencontra celle qui allait accompagner sa vie durant 7 ans. Raphaël présente cette rencontre avec Sophie comme un « coup de foudre », à tel point qu’au bout de quelques semaines, il partit s’installer chez elle. Il quitta du jour au lendemain le giron familial très soudé et indifférencié par les aléas de vie, se mettant de ce fait dans une position intenable eu égard aux conceptions éducatives des familles musulmanes.
Dès lors, la complétude narcissique et la stabilisation affective dans la relation amoureuse sont venues cristaliser tous les investissements de Raphaël. Il désinvestit les études, tentant de loin en loin de faire un DEUG, comme Sophie, qu’il abandonna avant les examens. Du même coup, les points d’instabilité s’étaient déplacés. Cette période d’élation donna une chance au processus de réaménagement psychique, pulsionnel et narcissique de l’adolescence, d’éclore, et de prendre en charge le fonctionnement somatique, car l’asthme régressa jusqu’à presque disparaître pendant un an.
À mesure que Raphaël prenait de la distance avec sa famille, avec l’impression de « renaître », de « revivre » par la relation fusionnelle avec Sophie (« elle était ma chair »), ses parents se désorganisaient, se sentant dépossédés de ce fils ingrat, devenu indigne, qui les avait « abandonnés ». Compte tenu de ce système familial en vases communiquants, la mère vit son asthme s’aggraver, nécessitant plusieures hospitalisations in extremis. Le père fut opéré par deux fois d’un ulcère gastro-duodénal, qui se solda par l’ablation de l’estomac, elle même suivie d’une attaque cardiaque. Il semble que les modifications de l’économie familiale, du fait du départ brutal de ce fils aîné porteur des attentes idéales et véritable étai du couple parental depuis l’exil dans lequel se sont dissous et inversés les rôles familiaux, sont venues comme pierre de touche, faire voler en éclat les colmatages péniblement établis.
Quand Raphaël eut 21 ans, les relations avec Sophie commencèrent à se dégrader. La sortie de l’idéalisation amoureuse déboucha sur l’expression d’un conflit ouvert dans le couple, mais aussi entre le couple et la famille de Raphaël, celui-ci se vivant tiraillé entre ses parents et son amie. Trois ans plus tard, celle-ci alla vivre ailleurs et Raphaël, se sentant « lâché », retourna au nid familial.
C’est alors qu’il fut de nouveau hospitalisé en réanimation à la faveur d’une attaque d’asthme tout à fait préoccupante, la plus grave qu’il connut, au décours de laquelle je l’ai rencontré pour la première fois. Il avait 24 ans et se montrait un patient « pénible » pour les soignants avec lesquels il avait initié un bras de fer autour de la médication par corticoïdes. Au rang des ressources psychosomatiques, les défenses caractérielles et comportementales, entretenues par les réactions du service, témoignaient d’un potentiel de réaménagement plutôt favorable. En 15 jours, l’asthme fut en effet stabilisé.
Lorsque j’ai revu Raphaël deux ans plus tard, lors du bilan allergolo-gique, il avait 26 ans, les défenses caractérielles avaient une tonalité plus souple, labile. Il venait de rompre avec Sophie, sans explication ni ménagement, et les mois passant, il n’eut « pas le courage de la revoir », s’étant organisé « une vie nouvelle et plus calme ». Depuis la rupture, il ne souffrait plus d’asthme, le contact établi était sans angoisse, comme désaffecté et en même temps fort immédiat.
 
L’approche psychosomatique du cas clinique
 
 
P.Marty fut le premier artisan des travaux systématiques sur l’allergie dans le champ psychosomatique-psychanalytique. En 1957-1958, il a décrit, dans un article princeps, un type particulier de relation d’objet, spécifique, selon lui, du fonctionnement allergique chez l’adulte. Ses travaux ont été prolongés par M.Fain à partir de 1967, avant d’être réélaborés tardivement par G. Szwec, dans les années 90. Dès 1969, M.Sami-Ali, dont les premières recherches ont concerné l’allergie, a proposé une théorisation proche de celle de P. Marty, qu’il a reprise pour la radicaliser depuis 1984. Voyons de quelle manière ces conceptions du fonctionnement allergique peuvent nous être utile pour la compréhension du cas Raphaël.
 
De la clinique aux défenses psychosomatiques allergiques
 
 
La relation d’objet allergique comme fonds de roulement régressif
L’originalité de ce que Marty a appelé en 1957 la « relation d’objet allergique », concerne les deux mouvements essentiels et successifs dans lesquels le sujet serait engagé dans sa relation à l’autre. La relation d’objet allergique est déterminée par un retour régressif vers une fixation massive au stade préobjectal de l’indistinction primaire d’avec le corps maternel. Il s’agit d’un mécanisme de défense mental qui maintient le fonctionnement psychique en un lieu psychogénétiquement dépassé. Ce retour à l’identification fusionnelle est placé sous le sceau de défenses « allergo-mentales » qui s’organisent en deux temps.
Le premier temps d’aménagement de la relation d’objet allergique par le mouvement régressif concerne « la saisie de l’objet ». Il s’agit d’une identification immédiate et massive, au sens d’une interpénétration tendant à la fusion du sujet avec l’objet « maternisé », jusqu’à la confusion sans nuance des identités. N’en est-il pas ainsi, chez Raphaël, dans sa manière d’investir, d’abord son père, posé à demeure comme « objet-maternel », puis son professeur, saisi dans un mouvement d’identification totale ? « À l’entendre parler, sa langue devenait mienne, chaque jour davantage, un peu plus familière, comme si la distance entre nous s’effaçait magiquement ». Le même mécanisme préside à la rencontre avec Sophie : « c’était l’entente parfaite, elle était ma chair, mon air, la même pensée…nous vivions en vase-clos ». Cette complétude sera à nouveau satisfaite lorsqu’à 24 ans, Raphaël rompt avec son amie pour investir un compatriote : « nous sommes identiques, nous faisons tout ensemble : le travail, le sport, la musique…nous nous comprenons sans dire, nous entendons le monde de la même façon…nous avons vécu la même chose, nous sommes des nomades exilés, comme un seul homme ». Le mécanisme s’apparente à un mouvement moins spéculaire que circulaire, une sorte d’ultra-régression vers une forme d’identité adhésive [9] qui aboutit à une indifférenciation primaire sujet-objet, exploitée comme défense symbiotique. Cet aménagement est plus régressif que le repli vers la dualité narcissique car le but est plus radical que le simple effacement du conflit pulsionnel. Il vise à confondre les identités et à les réduire à l’unicité. Sous-tendu par un fantasme de retour à l’intra-utérin, il diffère cependant de ce qui se joue dans la psychose car la fusion est ici avant tout psychique, sans que l’ancrage dans le réel ne soit en question. La relation symbiotique est défensive dans l’allergie là où elle constitue le registre de problématique indépassable dans la psychose.
Le second temps régressif de la relation d’objet allergique concerne « l’aménagement de l’objet en objet-hôte ». Celui-ci va devenir un objet permanent, une sorte de « roue de secours », alors que le mouvement psychique poursuit « l’installation dans l’identification première ». Il s’agit d’un travail actif, comparable au « phénomène de l’éponge », jusqu’à ce que le sujet constitue une masse indifférenciée d’avec l’objet. Pour Sami-Ali, ce fonctionnement allergique met en jeu un « intense travail de réduction à l’identique », empruntant la voie de l’idéalisation, de l’identification et de la projection. La relation de Raphaël avec ses parents semble s’aménager de cette manière : dès qu’il investit un nouvel objet affectif, il s’éloigne de sa famille, comme s’il ne pouvait exister qu’une relation interchangeable et unique à un objet à géométrie variable et de nature fusionnelle. Aux périodes de flottement affectif, Raphäel revient vers ses objets parentaux dé-diférenciés : « je sais qu’ils seront toujours là, quand je prends mes distances, ils restent en arrière plan de mon paysage, cela me sécurise…ils sont formidables, ils ont compris que me demander des comptes serait le meilleur moyen de me faire fuir pour un temps ».
L’allergique serait au prises avec « la solution du bernard-l’hermite » : il cherche à se lover tout entier dans l’autre par des mécanismes d’identification projective ou d’introjection dont le statut métapsychologique devrait être discuté. Par conséquent, le système « allergo-mental » met en œuvre un véritable travail psychique susceptible, au même titre que les défenses névrotiques ou psychotiques, de tenir à distance l’expression somatique.
La régression somatique suit l’échec de la régression allergo-mentale
Dans le cas où les mécanismes allergo-mentaux cèdent, se produit un mouvement de régression somatique de type allergique. En 1957, Marty distingue trois cas de figures dans lesquels la désorganisation somatique risque de se produire. Ils dérivent de la problématique particulière de l’allergique, c’est-à-dire de l’incapacité à gérer psychiquement toute situation conflictuelle, qu’elle soit de nature identitaire ou identificatoire, que ce soit par des défenses secondarisées de type refoulement, ou par des défenses primitives de type projectif qui, si elles sont convoquées, s’avèrent insuffisamment structurantes.
En premier lieu, la régression somatique peut se produire lorsqu’un objet investi vient à disparaître. Selon Sami-Ali tout se passe comme si, pour l’allergique, être séparé de l’autre n’était pas synonyme d’avoir une autre identité mais de perdre son identité, car l’identité du sujet ne peut être que celle, unique, de la mère et de soi. L’asthme de Raphaël s’est déclenché brusquement à 7 ans, lorsque son père-pilier quitta la famille précipitamment pour quelques mois. De même, la recrudescence allergique oscillant avec des moments dépressifs se met en place à l’arrivée en France, les modifications globales de l’économie familiale submergeant l’économie psychosomatique fragilisée par l’épreuve pubertaire. Enfin, lorsque Sophie quitta le domicile commun, il fit une attaque d’asthme gravissime alors qu’il avait 24 ans.
En second lieu, la régression somatique peut se produire lorsque se déclare une incompatibilité majeure entre deux objets également investis. Se fait jour une situation d’impasse psychique que Marty appelle « période de déchirement » et Sami-Ali « écartèlement du sujet » entre deux mondes qui demeurent inconciliables. L’incompatibilité entre deux objets est évidente pour Raphaël à cette période d’éclosion conflictuelle intense où, l’idéalisation ayant cédé, il se trouve déssaisi de lui-même, pris en étau entre son amie et ses parents : « elle voulait que je prenne parti, que je choisisse…je retournais habiter parfois chez mes parents tant c’était insupportable, mais pour tous, je ne pouvais être qu’insuffisant, tiraillé car mes parents me trouvaient aussi ingrat… je me culpabilisais car je les savais malades… commençait pour moi un nouvel exil… ».
En troisième lieu, la régression somatique peut se produire lorsqu’un objet investi révèle une « qualité propre » nouvelle qui dépasse les capacités plastiques et identificatoires du sujet. S’immisce alors une fracture dans la carapace fusionnelle, ce que Marty appelle « phase de désillusion ». Comme le dit Raphaël à propos de Sophie : « quand elle est partie vivre ailleurs, plus rien n’a plus jamais été comme avant dans notre relation, quelque chose s’était cassé définitivement, je me suis aperçu qu’on était plus sur la même longueur d’onde. Au début, je me suis accroché à elle car le monde, mon monde s’écroulait… et puis elle devenait possessive, ne supportant pas que j’ai d’autres relations. Elle avait changé et l’image que j’avais d’elle ne collait plus. Plus je me rendais compte de nos différences, plus j’étais malade, au sens figuré et propre car mon asthme ne me quittait plus ».
Par conséquent, selon le modèle allergique, la réaction somatique serait fonction d’un mécanisme de défense psychique (allergo-mental) qui échoue à maintenir l’indistinction identitaire sujet-objet. Le système allergique contient une double potentialité régressive : d’abord « allergo-mentale », puis « allergo-somatique ».
La régression somatique conduit à la relance des défenses allergo-mentales
Dans ces perspectives, la régression somatique se trouvera stoppée dès qu’un nouvel objet pourra être investi dans l’indistinction, ce qui autorisera la relance des défenses allergo-mentales, et partant, la réorganisation somatique. L’ancien objet, dont la fonction est utilitaire, est alors quitté sans ménagement ni délai, à la faveur d’un mécanisme typique de « fuite » et d’« éloignement », engageant le caractère et le comportement. Il est à noter qu’il s’agit de désinvestissement et de réinvestissement d’objets extérieurs concrets, car, bien entendu, l’objet d’investissement, au sens intrapsychique, lui, n’est jamais quitté. En effet, il n’y a pas de travail de deuil possible, ni d’inscription psychique de la perte, puisque l’objet d’identité perceptive unique (maternel) a pour caractéristique d’être maintenu permanent et non intériorisé, les objets concrets, externes, indifférenciés, lui servant pour ainsi dire de matérialisation.
À l’image d’un passage à l’acte, lorsque Raphaël rencontre Sophie à 19 ans, il quitte brutalement le domicile familial, de même que ses plus proches amis auxquels il ne donne plus signe de vie, imposant à ses frères de répondre au téléphone qu’il avait dû partir précipitamment pour l’étranger. À cette période, l’asthme avait cédé, et il en fut de même lorsque j’ai vu Raphaël pour la deuxième fois, à 26 ans, après qu’il ait pris la décision radicale d’effacer Sophie de sa vie, en « disparaissant de la circulation », comme à son habitude, en effaçant leur histoire : « La quitter pour de bon, du jour au lendemain, comme si elle n’avait jamais existé, c’était la seule issue possible… une question de survie… ». Pour fuir les velléités de celle-ci, il alla s’installer chez ce compatriote avec lequel il a entretenu une relation en miroir fortement homosexuée. L’asthme ayant disparu depuis de long mois, dans ces conditions, Raphaël voulut « rattraper le temps perdu » en surinvestissant le sport, à l’image d’une « déambulation addictive » [10], engageant fortement le comportement au profit du réaménagement psychosomatique.
Par conséquent, la régression somatique allergique est résolutoire et sert d’appoint défensif. Dans cette perspective psychosomatique, se fait jour une véritable corrélation négative entre régression allergo-mentale et régression allergo-somatique. Autrement dit, dans le modèle allergique, les défenses allergo-mentales sont ce qui protège le mieux le corps de l’atteinte somatique, c’est-à-dire de la régression allergo-somatique.
 
De la relation d’objet à la structure psychosomatique allergique
 
 
Le modèle initial de P.Marty a évolué vers une conception plus globale de l’organisation psychosomatique pouvant abriter la relation d’objet allergique prototypique (P. Marty, 1969).
L’organisation allergique essentielle
Ont été précisés un fonctionnement de pensée ainsi que les traits de caractère et de comportement dits « allergiques ». Ces travaux ont abouti au concept d’« organisation allergique essentielle » auquel les prolongements de M. Fain (1969) ont largement contribué. Comme le note G. Szwec (1993, p.19), » Marty a donné à l’allergie essentielle une valeur structurale, dans sa théorie de l’économie psychosomatique ». Véritable organisation psychosomatique, typiquement structurée, elle représenterait 3 à 4% de la population générale. De même, pour M. Sami-Ali (1984, p.106), par allergie il faudrait entendre : « une structure allergique dans laquelle la somatisation demeure une potentialité relationnelle permanente », prête à s’actualiser dès que la différence entre sujet et objet, niée, écartée, fait inopinément retour. Le fonctionnement allergique est alors suscceptible d’accéder au statut de véritable entité psychopathologique, dynamiquement définie, dont la métapsychologie pourrait rendre compte du côté des mécanismes de défenses mentaux de la relation d’objet allergique.
Dans son modèle hiérachique, P. Marty fait l’hypothèse déjà sous-jacente en 1957, que l’organisation allergique essentielle est constituée principalement d’un « faisceau central allergique » qui va servir de point organisateur du fonctionnement psychosomatique. Comme structure consistante, la chaîne évolutive allergique, dans ce cas, est constituée de fixations-régression solides, de nature somatique-allergique, dont les plus archaïques seraient selon lui prénatales (organisation immunologique du fœtus), voire héréditaires. Les plus récentes se situeraient autour d’une organisation de « caractère » allergique.
Les traits de caractère allergiques
Outre son hypothèse concernant la fixation in-utéro d’un mode relationnel de type humoral, redevenant ultérieurement le niveau électif de régression du sujet, P. Marty a décrit, de manière plus tangible sur le plan clinique, une série de « traits de caractères allergiques » qui découlent de la relation d’objet allergique et que nous allons illustrer avec Raphaël.
L’indistinction entre soi et les autres se traduit par la facilité du contact, la familiarité dans les relations et l’interchangeabilité des objets. L’indistinction entre soi et l’autre semble caractériser la relation de Raphaël à son père, à Sophie, à son compatriote, à son enseignant, témoignant de la mise en équivalence des objets. La familiarité du contact est évidente dans la relation clinique, et la grande aisance avec laquelle Raphaël noue des relations superficielles se lit dans ce qu’il évoque de son histoire : « j’ai toujours eu des amis très facilement même si je peux rester de longues heures isolé… je m’adapte vite à l’interlocuteur, je suis un politicien (rires), j’aurais du être diplomate !… ». Ces traits découlent de la relation d’objet allergique qui s’est nouée autour des caractéristiques du point organisateur du 3ème mois : le sourire inconditionnel aux visages interchangeables. Celles-ci persistent par non-accès à (ou insuffisance de structuration de…) l’angoisse du 8e mois : la phobie de l’étranger [11]. La famille de Raphaël fait état d’un enfant toujours souriant, un bébé qui n’a jamais posé problème, jamais fait de colères, acceptant depuis la naissance d’« aller n’importe où sans broncher », très sociable, passant de main en main très facilement, assurant les relations publiques !
L’empathie et l’intuition témoignent de la perméabilité et de la tolérance caractéristique du sujet à l’expression du processus primaire, sans que celle-ci ne lui donne à penser. Ces caractéristiques nous sont apparu tout à fait remarquables chez Raphaël. Au cours de l’entretien, les néologismes et les lapsus ne conduisirent à aucune perturbation du processus associatif, et restèrent sans reprise : il parla de « descendance » pour dire sa « dépendance ». Lorsqu’il évoqua la mort de son grand-père paternel resté au pays, il relata un rêve, « prémonitoire » selon lui, fait la nuit précédente : il voyait son grand-père comme dans un flash, un hallo de lumière. Il évoque également ce qu’il appelle ses phénomènes de télépathie avec son amie (« je devinais ce qu’elle pensait au moment même où elle le pensait »). Lorsqu’après une scène chez les parents du patient, comme il y en avait souvent eu, son amie rentra seule chez eux, Raphaël eut un pressentiment, une sorte de malaise qui lui intimait de rentrer, car il devait se passer quelque chose de grave. Lorsqu’il arriva, son amie était inconsciente à la suite d’une tentative de suicide médicamenteuse.
La représentation d’une mère idéale, autre trait de caractère allergique, nous semble colorer de façon particulière l’investissement affectif de Raphaël. Ce qui est frappant dans son discours concerne justement l’absence de la figure maternelle dont il dit n’avoir aucun souvenir d’enfance, mettant par contre en avant les soins affectifs et corporels prodigués par le père. Les images parentales apparaissent peu différenciées, comme si, au sein de la reconstruction personnelle, la figure paternelle mise en exergue venait contre-investir et masquer le vécu dyadique primaire duquel est effacée, comme par magie, l’image maternelle. Celle-ci est englobée dans la figure paternelle « maternisante ». Cette « absorption » laisse imaginer une représentation maternelle archaïque, tenue à distance par l’écran phallaphore pré-conflictuel vectorisé par la relation à l’image paternelle, et se situant à l’intérieur du sujet, sans qu’il soit justement besoin pour Raphaël de l’évoquer. Tout se passe comme si son omniprésence incorporée allait de soi, et se soutenait justement de l’énigme de son absence, à l’image d’un curieux processus de négativation qui tout à la fois dénie et réaffirme sans distance. Sami-Ali (1984, 1987) a proposé, sur le plan métapsychologique, de rendre compte de fonctionnement allergique par l’expression d’une problématique psychopathologique spécifique, celle du « visage maternel » [12].
La bonne réponse de l’allergique au contre-investissement médical, comme dernier trait de caractère allergique, dérive du système idéal du sujet [13] et de la relation d’objet à la figure maternelle à la fois crainte, énigmatique et irrésistible. S’il y a pour Raphaël les bons et les mauvais médecins, à la faveur d’une approche manichéenne trahissant un fonctionnement archaïque et ambivalent sous-jacent, les mauvais sont quittés sans ménagement, dénigrés sans représenter véritablement des objets d’investissement schizo-paranoïdes. Quant aux bons, ils sont l’objet des mécanismes d’idéalisation : « Le Pr. C. m’a compris, il m’a fait comprendre que je n’étais pas handicapé, m’a donné un traitement miracle, m’a expliqué que l’asthme est un brevet de longévité… ma vie a changé, c’est un immense bonhomme… ».
Ce « beau cas d’école » illustre le passage de la construction des faits cliniques à l’utilisation syncrétique des modèles, en l’occurence la théorie psychosomatique du fonctionnement allergique. Mais quels sont les liens qu’entretient le système allergique avec le modèle psychanalytique et psychopathologique de la névrose qui pemettraient d’éclairer différemment la relation de cause à effet dans le cas de Raphaël ?
 
L’approche psychodynamique du cas clinique
 
 
Au fil de l’eau, l’identité…
La fascination de Raphaël pour l’eau, dans la prime enfance, nous a semblé figurer, par équivalent symbolique, la recherche de symbiose qui caractérise l’allergique dans sa relation avec le maternel et ses vecteurs d’emprise. Cette fétichisation du contact visuel et corporel avec la mer (e), absorbant l’économie psychosomatique toute entière [14], pourrait signaler la problématique allergique, telle que M. Sami-Ali (1984) l’a conceptualisée avec la métaphore du visage :
« …l’allergie (suppose) une extrême proximité à l’autre, insoutenable proximité de la mère, mais la projection qui réussit dans la psychose, échoue dans l’allergie. Il y a là deux éventualités qui renvoient à la même problématique fondamentale, celle du visage. Aussi, être dans l’allergie c’est n’être pas autre, alors que dans la psychose c’est être absolument autre ».
(p. 7)
Par conséquent, l’angoisse primaire, concomittante de la confrontation à la position dépressive renverrait le sujet, en-deçà de l’angoisse de perdre l’amour de l’objet libidinal, à celle de « perdre de vue » celui-ci. La rupture du contact perceptif avec la mère et ses substituts, réduits à l’objet partiel visage, signifie pour l’allergique, la perte de « l’identité de soi » (M. Sami-Ali, 1987). Dans ce contexte, la distance avec l’objet maternel s’apparente à une forme de vécu dépersonnalisant qui se joue dans le creuset de l’économie perceptive, caractérielle et comportementale, à défaut de pouvoir être représenté sur un mode clairement projectif, comme dans la psychose.
Raphaël n’est-il pas, dans la manière dont il traite ses objets d’amour, en quête perpétuelle de ce visage maternisé rendu anonyme qui lui révèle ou lui soustrait son identité ? Notamment à 26 ans, l’investissement du compatriote se fait sur le mode de la duplication : ils passent cinq heures par jour, « l’un dans l’autre », à faire de la musculation pour « changer de corps », installés devant un miroir qui amène Raphaël a vouloir faire de la chirurgie esthétique parce que « son visage ne lui va pas… il ne se reconnait plus… ». Ce vascillement des identités vise à les confondre en une seule qui toujours échappe, comme si elle tendait vers la figure maternelle impalpable, énigmatique, étrangement absente autant qu’envahissante par cette même absence. N’était-ce pas déjà celle que Raphaël s’attachait à capter inlassablement dans cet accrochage infantile à la surface de l’eau, devenu plus tard un collage à la périphérie d’objets « envisagés » comme interchangeables ?
Les achoppements pré-œdipiens
Comment concevoir, à partir de la théorie psychanalytique, l’organisation infantile de Raphaël ?
La problématique allergique a été ramenée, sur le plan métapsy-chologique, aux avatars du second point organisateur de R. Spitz (1965) : l’angoisse devant la perception de la figure phobogène de l’étranger, ce « non-mère » venant, aux alentours du huitième mois, tiercéiser la relation duelle mère-enfant. Cette peur de l’étranger est le prototype de la représentation anxiogène préœdipienne et sert de pré-forme aux mécanismes de secondarisation de la pensée, en particulier au refoulement, qui s’aménageront ultérieurement, au temps œdipien, pour organiser la névrose infantile des trois ans. Spitz avait remarqué que l’angoisse du second semestre n’avait pas été structurante chez bon nombre d’enfants allergiques. Dans cette perspective, les traits de caractère allergique, comme la familiarité et l’immédiateté du contact, témoigneraient du maintien des caractéristiques du premier organisateur du troisième mois : le sourire inconditionnel aux visages interchangeables, venant en lieu et place de l’aménagement hystéro-phobique primaire.
Voilà qui fait entrevoir la problématique du visage chez Raphaël comme un mécanisme de défense contre la distanciation à l’objet primaire introduite par le premier tiers de l’histoire infantile. Le recours précoce à cette défense allergo-mentale par la fixation-régression au premier organisateur « sourire » éclaire tout à la fois la fascination pour le visage de la mer (e) qu’il contemple, tel Narcisse, béatement, et l’absence d’asthme jusqu’à l’âge de sept ans. La régression mentale est venue court-circuiter la conflictualisation ordonnée par la confrontation aux triangulations précoces. Chez Raphaël, la phobie primaire n’a probablement pas pu s’organiser en son temps, de sorte que son absence a grevé lourdement les stades développementaux ultérieurs, en particulier le potentiel d’élaboration névrotique des conflits, notamment par le biais de l’évitement phobique et de l’identification hystérique.
Pourtant, l’asthme de Raphaël sera, après l’âge de sept ans, souvent contrôlé efficacement par une symptomatologie d’allure obsessionnelle. Mais celle-ci semble passer davantage par les rituels comportementaux et le surinvestissement cognitif que par des obsessions sous-tendues par le doute intra-psychique et l’ambivalence conflictuelle œdipienne. Les traits de caractère anal apparaissent, chez Raphaël, des succédanés pré-névrotiques. Les avatars de la constitution de l’objet libidinal de la première année de vie n’ont probablement pas permis la mise en place du sadisme en tant que représentation claire et structurante de la pulsion agressive par sa projection. Au niveau oral, le clivage archaïque en bon/mauvais objet, source de différenciation identitaire, a été recouvert par le système régressif allergo-mental, ce qui le rend difficilement mobilisable. Au niveau anal, c’est la mise en place de l’objet excrémentiel, autorisant la liaison pulsionnelle sado-masochiste à un niveau intrapsychique, qui n’a pas pu être assurée. Le caractère obsessionnel chez Raphaël, à défaut de défenses névrotiques structurantes, pourrait dériver des carences constitutionnelles de la seconde phase du stade anal, celle où se scellent les capacités effectives de retenue psychique et objectale. La faillite des activités représentationnelles du second semestre de vie, dont l’intolérance à la reconnaissance de la perte affective, ont fait le lit des fragilités des fixations anales, en entravant le déploiement de l’érotisme anal qui aurait permis d’aménager la distance et le lien à l’objet libidinal. L’analité est restée sous le sceau du narcissisme primaire et, par conséquent, n’a pas pu s’intriquer au complexe phallique-œdipien caractéristique de la solution névrotique (B. Grunberger, 1971).
La constellation œdipienne
À partir de ces hypothèses, comment comprendre la clinique de Raphaël à la période œdipienne ?
Le récit-écran du « sauvetage paternel » à trois ans montre que la confrontation au conflit œdipien n’a pas pu être évitée d’emblée par les défenses allergo-mentales. Ce père qui sauve de la noyade est vécu comme intrusif et sollicite l’émergence de l’agressivité lorsqu’il vient rompre l’instant fusionnel entre Raphaël et l’eau « maternisée ». Représente-il alors cette figure phobogène sur laquelle l’angoisse de l’étranger, qui ne s’était pas s’organisée dans la première année de vie, a enfin pu être projetée ? Pour un temps seulement, car il faudra pourtant attendre le déclin de la période œdipienne, à 8 ans, pour qu’une véritable phobie s’organise (peur de l’eau), symptomatologie mentale venant éponger l’expression somatique qui s’annonçait comme particulièrement désorganisante pour l’économie psychosomatique.
Au moment œdipien, l’ébauche d’une conflictualisation de la relation à l’image paternelle, sous-tendue par les fantasmes incestueux liés à l’investissement maternel, va être radicalement contre-investie par le collage au père rendu « parfait ». S’agit-il d’une formation réactionnelle de l’agressivité, sous le joug d’un refoulement sévère, ou bien d’une idéalisation narcissique, à l’abri du clivage du moi ? Ce déploiement d’une relation de grande proximité avec le père entre 3 et 7 ans peut donner lieu à différentes hypothèses.
En effet, on peut comprendre le déclenchement de l’asthme à 7 ans comme solution régressive devant la pression du conflit œdipien et l’émergence des fantasmes pulsionnels précédemment refoulés. Le rapproché est en effet devenu possible avec la mère, la place étant libre lorsque le père quitte le pays, laissant Raphaël seul avec elle et les deux frères qu’il peut fantasmer comme les enfants du couple qu’il doit, en tant qu’aîné, former avec sa mère, en l’absence du père. L’asthme viendrait témoigner d’un appoint de l’économie psychosomatique face au caractère ingérable de la culpabilité œdipienne. Il aurait été précédemment tenu à distance car le conflit œdipien, dans sa valence positive, serait resté refoulé derrière la relation homosexuée au père qui le campait, défensivement, dans sa dimension négative.
Mais on peut aussi comprendre le déclenchement de l’asthme comme la conséquence d’une effraction dans l’équilibre psychosomatique, du fait de la rupture du climat affectif représentée par l’absence brutale du père. On peut alors penser que Raphaël se maintenait avec lui dans une unité duelle de type « maternant », une forme d’indistinction renvoyant au narcissisme primaire plutôt que secondaire.
Que l’on fasse une lecture œdipienne ou prégénitale de cette période de 3 à 7 ans, il se trouve qu’à 7 ans, les défenses mentales n’ont pas été assez opérantes pour endiguer la menace de débordement pulsionnel et suffir à aménager un véritable repli surmoïque, éventuellement activé par le conflit œdipien. La solution allergique, par la régression somatique, est venue court-circuiter la conflictualité œdipienne, ingérable psychiquement car mal dégagée de fixations pré-œdipiennes insuffisamment structurantes.
La mise en sommeil de la phase de latence
La période de latence s’engage par l’aggravation rapide de l’état somatique jusqu’à ce que la constitution de la phobie de l’eau, comme aménagement psychique de nature projective, vienne imposer un point d’arrêt à la désorganisation somatique.
Qu’il s’agisse d’une phobie primaire ou secondaire, elle inaugure un remaniement psychique qui fait que l’expression somatique sera bien contrôlée en ambulatoire jusqu’à la puberté. Le réaménagement des ressources psychosomatiques comprend également la représentation possible des blessures narcissiques, la valeur libidinale des bénéfices secondaires de la maladie, le surinvestissement du fonctionnement cognitif et ses gratifications sociales, ainsi que l’efficacité des conduites de contrôle par les ritualisations. Comme on l’a suggéré plus haut, ce dernier point pourrait donner lieu au repérage d’une symptomatologie obsessionnelle, favorisée par la latence et ses déplacements à valeur refoulante et sublimatoire. Mais, la mise en avant des aménagements caractéro-comportementaux, associant l’appui dans le registre de l’idéal et la stabilisation des assises narcissiques peut tout autant évoquer un fonctionnement anal de nature pré-œdipienne. De même, la recherche de repères temporaux-spatiaux s’inscrit-elle dans une structuration de la différence des sexes et des générations engageant la problématique identificatoire, ou bien témoigne-t-elle plutôt de tentatives de repérage de type identitaire et narcissique ?
La manière dont l’asthme régresse vers 9 ans tendrait à appuyer cette deuxième hypothèse. En effet, cela fait suite au retour au pays de la famille, retour au ventre maternel vécu comme des retrouvailles idéalisées avec la mère-patrie plutôt qu’avec la mère œdipienne. Raphaël peut réintégrer son histoire et y trouver une cohérence identitaire, ce qui permet d’évacuer les angoisses et les conflits de la même manière qu’est effacé « l’étranger » (la France). Si l’on argumente cette hypothèse à partir du modèle psychosomatique, on peut penser que les défenses allergo-mentales qui entretiennent un fonctionnement aconflictuel et une représentation de relation de nature fusionnelle ont été, à ce moment, à nouveau opérantes.
L’épreuve pubertaire et son déclin
L’entrée dans l’adolescence va venir répéter de manière traumatique la situation infantile. L’asthme redevient préoccupant dans ce nouveau contexte d’exil et de conflictualité, tant interne qu’externe. Est-ce que la condamnation à mort du père, son emprisonnement et la fuite clandestine de la mère avec les enfants viennent comme après-coup de la situation explosive rencontrée à la période œdipienne ? C’est-à-dire est-ce que le fonctionnement psychique se trouve à nouveau surchargé par la réactivation des fantasmes de rapproché avec la mère et de meurtre du père, et qu’il ne peut prendre en charge les remaniements pulsionnels de l’adolescence ? Ou bien s’agit-il d’une nouvelle perte narcissique et objectale dans un contexte où la constellation familiale, peu différenciée, subit une nouvelle séparation, effractant l’unité fusionnelle ? L’aménagement qui va suivre aurait tendance à appuyer la seconde hypothèse, car, une fois la famille à nouveau réunie en France, ce qui est marquant dans la conduite psychique de Raphaël, c’est sa nécessité, par dessus tout, de transformer le potentiellement étranger (le conflictuel, le pulsionnel, le séparé) en radicalement familier, en appui sur le déplacement de l’image paternelle prégénitale (du père au professeur), ce « bon père de la préhistoire » freudien. La où la famille semble s’aménager dans un clivage bon/mauvais, dans l’indistinction identitaire et dans l’étayage en miroir, Raphaël met en place son système allergo-mental. Il cherche à se fondre dans le social et s’appuie sur le surinvestissement de l’agir, et de l’intellect, comme modes d’évacuation des angoisses dépressives. Puis, alors que la confrontation à l’épreuve pubertaire et ses remaniements psychiques avaient achoppé à éponger efficacement l’expression somatique, un véritable travail psychique va prendre le relai entre 14 et 17 ans, par le biais d’un épisode dépressif.
Il en va à 14 ans comme à l’âge de 7 ans : sous le poids des remaniements pulsionnels internes et des pertes narcissiques et objectales externes, le système allergo-mental tente de s’organiser, mais il cède sous la pression traumatique et laisse place à la régression somatique allergique. Celle-ci joue comme pallier résolutif permettant, dans un second temps, une réorganisation psychosomatique par la reprise des aménagements projectifs-mentaux : un symptomatologie phobo-obsessionnelle à la latence, dépressive à l’adolescence. S’en suivra à ces deux période la re-stabilisation du système allergo-mental qui tentera de maintenir des aménagements aconflictuels et des relations d’objet fusionnelles.
À la post-adolescence (19 ans), Raphaël rencontre Sophie sur laquelle tous les investissements, objectaux et narcissiques, sont déplacés comme ils l’avaient été à 9 ans, sur le pays d’origine. Il restera avec elle sept ans, comme il s’était maintenu en équilibre pendant ses septs premières années de vie. Dans ce contexte, l’allergie disparut comme avant l’âge de 7 ans, pendant un an. Sa recrudescence fut conjointe de la conflictualisation de la relation avec Sophie et sa famille, jusqu’à cette attaque d’asthme gravissime qui nécessita la réanimation à l’âge de 24 ans. Mais dans les 15 jours, l’asthme fut à nouveau stabilisé par les défenses mentales.
Ce n’est pas tant l’inscription psychique de la rupture qui fit effraction dans les défenses de Raphaël puisque celle-ci fut sitôt évacuée par l’investissement massif d’un nouvel objet (l’ami), ce qui eut pour effet de tenir l’asthme à distance en régulant l’économie affective entre 24 et 26 ans. C’est plutôt le conflit relationnel qui, précédemment, avait destabilisé l’économie psychosomatique et conduit à une situation d’impasse psychique, propice à la somatisation.
 
Conclusion
 
 
Il apparait intéressant de remarquer, pour reprendre la question de la causalité en psychosomatique, que l’asthme allergique de Raphaël n’intervient pas à n’importe quel moment [15].
En premier lieu, il ne se déclenche qu’à l’âge de 7 ans. La théorie psychosomatique permet de penser que, chez Raphaël, un contre-investissement précoce des phases de séparation-individuation a évité la confrontation à l’angoisse phobique et dépressive du second semestre, en renforçant l’aménagement fusionnel des premiers mois de vie. La « carence d’absence », en vigueur dans le système familial, notamment par la confusion des postulants à la fonction maternelle, a sans doute largement contribué à maintenir la primauté du narcissisme primaire. Ce système allergo-mental a probablement, par son efficacité, épargné à Raphaël tout autant la confrontation aux conflictualités prégénitales, potentiellement désorganisantes, que le recours aux solutions somatiques précoces, telles que l’allergie du nourrisson.
En second lieu, l’asthme se déclare de manière paroxystique, d’abord à 7 ans, à nouveau à 14 ans, puis à 24 ans. La confrontation œdipienne, de même que son après-coup pubertaire et sa résolution lors du « processus d’adultisation » [16] peuvent être considérées comme des périodes particulièrement sensibles aux crises psychiques et somatiques. Concernant Raphaël, deux hypothèses interprétatives peuvent se conjuguer autour du modèle psychosomatique.
Dans une perspective économique, on peut comprendre qu’au sein d’un appareil psychique insuffisamment préparé par l’organisation infantile à contenir, filtrer et élaborer les excitations, ces périodes d’intense remaniement fantasmatique, pulsionnel et conflictuel aient de quoi faire voler en éclat la carapace mentale trop fragile. Par conséquent, l’asthme intervient lorsque la voie mentale est barrée ou débordée, et lorsque les voies caractéro-comportementales ne sont plus en mesure de prendre le relai. La somatisation n’est pas une conséquence psychogène du système mental, mais elle est liée, comme voie de décharge résiduelle, à la rupture de ce dernier. Elle sera stoppée lorsque les aménagements psychiques et caractériels pourront effectuer leur reprise, comme chez Raphaël, d’abord entre 8 et 14 ans, grâce aux défenses phobo-obsessionnelles et comportementales, puis entre 14 et 17 ans, grâce à la décompensation narcissique et dépressive.
Dans une perspective dynamique, le système de causalité peut apparaitre moins linéaire, et partant plus complexe. Chez Raphaël, le mode privilégié de gestion des conflits passe sans doute par le système allergo-mental qui organise, par la régression, la répression pulsionnelle. Par conséquent, on peut penser que lorsque les défenses allergo-mentales n’ont plus été suffisamment efficaces, lors de la confrontation aux épreuves œdipienne et pubertaire, elles ont été relayées par la crise allergique aiguë. La causalité psychosomatique ne renvoie plus aux notions d’effraction mentale ou de décharge pulsionnelle, mais à celle de régression, d’abord par les défenses mentales (allergiques), ensuite par les défenses somatiques. Ce modèle du fonctionnement allergique permet tout aussi bien de comprendre la résolution spectaculaire de l’asthme aux mêmes périodes, entre 8 et 14 ans, entre 14 et 17 ans, puis entre 24 et 26 ans, lorsque le fonctionnement, intolérant au conflit affectif avec l’objet d’amour (les parents, Sophie), s’est réaménagé, après la rupture sentimentale, en se stabilisant dans la fusion avec un nouvel objet (l’ami). Dans ce contexte, l’organisation allergique dite « essentielle » est un système mixte, dans lequel tant l’expression somatique que les défenses projectives [17], insuffisamment structurantes mais toujours associées, viennent relayer les défenses allergo-mentales prévalentes, ce qui confère au fonctionnement une souplesse et une richesse inhabituelle en psychosomatique.
Sur le plan psychopathologique, si le fonctionnement allergique partage avec les états-limites une problématique située autour des aléas de la position dépressive et du narcissisme primaire, il s’en éloigne de par la spécificité de ses défenses allergo-mentales, ultra-régressives, mises en place contre la gestion de la perte d’objet et du conflit pulsionnel par le repli fusionnel avec l’objet et non pas seulement par la spécularité.
Si les aléas du narcissisme, c’est-à-dire les avatars du narcissisme secondaire et le maintien du narcissisme primaire, sont une voie de compréhension psychopathologique du fonctionnement allergique, c’est à condition d’en dénoncer le creuset carentiel sur le plan de la mentalisation. Les mécanismes d’idéalisation restent arrimés au monde concret des objets et la disqualification allergique emprunte largement les frayages comportementaux. S’il y a recours à l’objet idéal, il a lieu dans le factuel de l’organisation caractérielle spécifique.
Aussi suis-je particulièrement attachée à une conception économique du Moi-idéal (P. Marty, 1990, R. Asséo, 1994), qui ne réfère ni à une instance, ni à une fonction de l’appareil psychique, qui ne provient ni de mécanismes d’intériorisation, ni du noyau de l’inconscient, mais représente un puissant trait de caractère et de comportement, lié aux avatars du développement projectif et rétentif.
Enfin, sur le plan métapsychologique, l’axe dépression-narcissisme me semble moins fructueux que l’axe perception-identité pour rendre compte du fonctionnement allergique (V. Boucherat-Hue, 2000), contrairement à la tournure que prennent les modèles psychopathologiques actuels qui tentent de repenser la causalité en psychosomatique (A. Green, 1998).
 
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·  SAMI-ALI, M., (1997), Le rêve et l’affect. Une théorie du somatique, Paris, Dunod, 271 p.
·  SAMI-ALI, M. et coll., (1996), Allergie et psychosomatique, Paris, CIPS.
·  SPITZ, R., (1965), De la naissance à la parole : la première année de la vie, Tr. Fr. 1968, Paris, PUF, Ed. 1984, 306 p.
·  SZWEC, G, (1993), La psychosomatique de l’enfant asthmatique. Apport des psychothérapies psychanalytiques à la connaissance d’un déséquilibre psychosomatique, Paris, PUF, coll. Fil rouge, 144 p.
·  SZWEC, G, (1998), Les galériens volontaires, Paris, PUF, Coll. Epîtres, 167 p.
·  WIDLÖCHER, D. (1984), Le psychanalyste devant les problèmes de classification, Confrontations psychiatriques, 24, 1984, p.141-157.
 
NOTES
 
[1] Maître de conférences en psychopathologie (Université d’Angers), psychothérapeute à l’Hôpital Sainte-Anne (Paris).
[2] Pour une analyse épistémologique de ces questions, voir B. Brusset (1994)
[3] Comme le montre D. Widlöcher (1984) dans son travail sur les classifications en psychopathologie psychanalytique.
[4] À ce propos, se reporter à l’intéressant article de C. Dejours (1995).
[5] Dont le chef de file, P. Marty, défendait un point de vue d’inspiration moniste, excluant la dichotomie psyché-soma et la causalité psychogène en psychosomatique. On peut se référer à ses derniers travaux, P. Marty (1990), (1991), mais on peut aussi appréhender leurs prolongements et leur évolution actuelle in G. Le Gouès, G. Pragier et coll. (1997), A. Fine, J. Schaeffer et coll. (1998).
[6] La mentalisation est le travail qu’effectue l’appareil psychique pour gérer les excitations par la voie de l’élaboration mentale.
[7] La mentalisation qui intéresse la psychosomatique peut être ordonnée par les processus primaires ou secondaires de la pensée, c’est-à-dire que cette notion ne préjuge pas de la nature des défenses mentales en jeu, celles-ci pouvant aussi bien être névrotiques que psychotiques, perverses, narcissiques et même allergiques.
[8] Je fais référence ici aux perspectives initiées par G. Groddeck (1909-1933), qui ont été reprises pour concevoir l’organique par analogie au psychique, à partir des notions de conversion hystérique généralisée ou de conversion prégénitale, et à celles, caractéro-logiques, de F. Alexander (1950).
[9] Pour reprendre le concept d’E. Bick (1968), traduit par D. Metzer (1980).
[10] Selon la formule que B. Brusset (1990) utilise pour les anorexiques.
[11] Ce point de vue sera développé plus loin.
[12] Cette conception sera évoquée plus loin.
[13] Cette question sera abordée en conclusion.
[14] À ce propos, chez Raphaël, « nager jusqu’à l’épuisement » montre la place occupée précocement par le recours au comportement dans l’économie psychosomatique. Cette activité sensori-motrice compulsive est susceptible de jouer comme « procédé auto-calmant » (G. Szwec, 1998) et prendre la valeur d’un agir « addictif » (B. Brusset, 1990, Ibid) servant à éprouver les limites du corps. Le masochisme d’apparence, en quelque sorte immobilisé dans l’acte, permet ainsi d’assurer une liaison minimale entre libido et agressivité, et partant, de canaliser la violence pulsionnelle, au sein d’une organisation psychique n’ayant pas les moyens d’une introjection structurante des motions affectives.
[15] Cette conclusion reprend certaines thèses soutenues antérieurement : V. Boucherat-Hue (1995).
[16] La formule est de S. Lebovici : A.-M. Alléon, O. Mervan, S. Lebovici (1990).
[17] Chez Raphaël, on voit bien le jeu subtile entre système allergique et défenses projectives : à 3 ans : l’émergence d’un conflit avec le père puis sa formation réactionnelle soutenue par l’idéalisation, à 8 ans : la phobie de l’eau et les traits obsessionnels, à 14 ans : la dépression, à 24 ans : les mécanismes sensitifs de nature caractérielle et les aménagements narcissiques, etc.
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