2001
Cahiers de psychologie clinique
Maladies et souffrances psychiques
À la recherche du temps passé ou la qualité de vie du dépressif
Nicole de Leval
[*]
La Théorie des Trois Temps décrit l’horizon temporel disloqué du dépressif. Son horizon est fait d’un mal-être présent, d’un passé non-dépressif détaché de ce présent et d’un futur-thérapeutique qui remplace le futur absent et témoigne du niveau de guérison attendu. Partant de cette théorie, nous avons construit une Echelle Synoptique pour dépressifs, dite des Trois Temps – ES3TD –, composée de 30 items analysant le syndrome de la dépression et conjugués successivement au présent, au passé et au futur. En appliquant cette échelle à 110 dépressifs majeurs primaires dont le diagnostic a été posé par des psychiatres, nous avons démontré par l’application de différentes analyses statistiques que le dépressif se borne à souhaiter revenir au niveau de bien-être précédent sa dépression et ne désire pas, comme on aurait pu le supposer, un niveau de bien-être supérieur. La qualité de vie-intrinsèque – concept nouveau propre au dépressif – considérée comme un écart entre le mal-être présent et le futur-thérapeutique peut donc se percevoir comme une aspiration au temps passé. La formulation de l’article : « A la recherche du temps passé ou la qualité de vie du dépressif» prend ainsi tout son sens.
Mots-clés :
dépression, qualité de vie, horizon temporel, batterie de tests.
Our theory of Three Time Dimensions describes the dislocated temporal horizon of the depressed componed off a ill-being present and a past disconneted of this present, and a therapeutic-future which has substitued his real future and which gives a level of recovery. Based on this theory, we have constructed a new type of questionnaire. The Three Time Dimensions Synoptic Scale – 3TSS – consists of a single list of questions related to the depression syndrome and worded in the three time dimensions : past, present and future. Applying this scale to a sample of 110 depressive patients, we demonstrated by different statistical analysis that the depressed person wish go back to the state of well-being anterior to his current depression and does not wish as we could have tought, to be at a psychological level better than before his depression. The new concept of intrinsic-quality of life defined as a discrepancy between the therapeutic-futur and the ill-being present would appear as a search of time past. The formulation of this article : « In search of time past or the quality of life of the depressed individual » takes thus all his signification.
Keywords :
depression, quality of life, temporal horizon, battery of scales.
Le sujet qui nous occupe englobe une série de questions : comment définir la Qualité de vie ? Existe-t-il une Qualité de vie propre au dépressif ? Dans ce cas, serait il possible de lui construire une échelle psychométrique en se basant sur une théorie confirmée ? Si oui, cette théorie existe-t-elle actuellement ?
La recherche d’une réponse à ces questions nous a amenée à reprendre en fonction du temps, l’analyse des concepts de qualité de vie et de dépression.
En abordant le concept de qualité de vie ou QDV, une constatation frappe d’emblée. Malgré l’abondance des travaux publiés à ce sujet ces dernières années, en particulier, la parution depuis 1992 d’une revue scientifique, la « Quality of Life Research. An International Journal of Quality of Life, Aspects of treatment, Care and Rehabilitation», il n’y a pas de consensus sur la définition même de la QDV. De ce concept évoqué à tous propos à notre époque, nous retenons la définition de l’OMS (1) pour laquelle la QDV serait un bien-être, un bon état de santé physique et psychologique. De façon plus explicite, la QDV d’un individu serait sa perception de la situation qu’il occupe dans sa vie matérielle et dans le contexte culturel et le système de valeurs où il évolue en fonction de ses centres d’intérêt et de ses buts de vie.
Cette définition basée sur la perception de l’écart entre le vécu et le souhaité est partagée entre autres par Calman (2), Michalos (3), Gerin, Dazord (4 et 5), ces derniers distinguant toutefois dans un souci de mesure une qualité de vie subjective qui serait une « qualité d’être» mesurée par des échelles « d’autosatisfaction» et une QDV objective correspondant aux « conditions de vie» appréciables par un observateur extérieur.
Une autre constatation ressort également de l’intitulé des outils psychométriques destinés aux échelles de QDV. En nous limitant aux échelles de QDV dites « génériques», propres aux dépressifs, – qui balisent les différents symptômes décrits dans le DSM IV (6) –, des questionnaires quasi identiques sont intitulés tantôt échelle de « qualité de vie», tantôt échelle de « dépression», ou de « mal-être», ou encore d’« humeur dépressive».
Le contenu presque identique de ces échelles évoque une corrélation étroite entre QDV et dépression dont on pourrait – à la limite – dire qu’elle est le négatif de la QDV, conception relevée statistiquement par certains scientifiques mais non démontrée au départ d’une théorie. Cette corrélation négative étroite entre qualité de vie et dépression se manifeste notamment dans les résultats obtenus les uns sur une échelle de dépression où la QDV occupe 31,5% de la variance (7), les autres sur une échelle de qualité de vie où 49% de la variance sont attribués à la dépression (8).
De multiples études ont d’ailleurs déjà souligné la perte de QDV chez le dépressif. À ce sujet, nous renvoyons le lecteur à la bibliographie de notre article intitulé : « Quality of life and depression : symmetry concepts» (9). Dans une enquête statistique que nous avons réalisée auprès de 110 sujets souffrant de dépression majeure primaire, 16% s’attribuent une QDV moyenne, 26% une QDV faible et 57 % une QDV nulle, inexistante.
La définition de la dépression – mis à part les critères médicaux tels que ceux mentionnés par le DSM IV – sera abordée très succintement dans ce travail à travers deux grands courants en psychologie, le psychanalytique et le cognitif ; le courant systémique quant à lui ne développant pas de modèle spécifique à la dépression.
Vue sous l’angle psychanalytique, la dépression est essentiellement marquée par une régression de la libido dans le « moi» qui s’est transformé en objet perdu par identification narcissique. De cette régression découlent les autoaccusations, l’autodépréciation et la perte de l’estime de soi, cette autofixation ne permettant pas de réinvestir un autre objet. C’est donc tout un jeu de perte d’objet, d’ambivalence, de régression de la libido qui marque l’état dépressif.
Le modèle cognitif de la dépression repose, quant à lui, sur l’hypothèse centrale qui décrit le dépressif comme présentant des schémas cognitifs inconscients, situés en mémoire à long terme, qui filtrent l’information et ne retiennent que les aspects négatifs de l’expérience vécue, de telle sorte que ce traitement orienté de l’information aboutit invinciblement à une émotion négative. La perte d’estime de soi et le pessimisme sont la traduction clinique de la perturbation du traitement de l’information par ces schémas. De plus, ces cognitions dépréciatives concernent non seulement le vécu, « l’ici et maintenant» mais aussi le futur. C’est donc tout l’ensemble de l’horizon temporel qui est contaminé par ces dysfonctionnements cognitifs.
Puisqu’il y a corrélation négative étroite entre dépression et QDV, pourrait-on réunir ces deux notions dans un modèle raisonné tenant compte de la conception cognitiviste de la dépression et de la définition opérationnelle de la qualité de vie – écart entre le vécu et le souhaité – développée plus haut ?
N’ayant pas trouvé ce modèle dans la littérature, nous l’avons recherché par une voie peu fréquentée : l’horizon temporel du sujet sain comparé à celui du dépressif. C’est là le lien entre dépression et QDV, comme le montre l’exposé qui suit.
Nous résumons ici une démarche volontairement schématisée. Chemin faisant, seront abordés et définis des concepts inédits : « dépression-vécue», « futur-thérapeutique», « qualité de vie-intrinsèque» et « qualité de vie-extrinsèque» (10 à 13).
En respectant les exigences d’une Taxonomie décrite dans une étude antérieure, nous proposons un outil psychométrique original, « l’Échelle Synoptique des Trois Temps pour dépressifs » – ES3TD –, en en développant les qualités métrologiques, l’intérêt et les applications (14).
L’étude de l’horizon temporel – analysé sous différents angles –, nous a donné les éléments sur lesquels se base la théorie intitulée « Théorie des Trois Temps».
Le critère temps développé dans la littérature philosophique et phénoménologique (15 à 27), a fait ressortir que la « temporalité de la conscience», révélée par l’expérience unique du présent, n’existe pas sans ses horizons temporels. Le temps vécu est caractérisé en effet par ce que l’homme vit au présent mais aussi par ce qu’il perçoit sur un double horizon de « rétention» – visée remémorante d’un passé – et de « protension» – visée anticipante du futur-. Ainsi donc le présent conditionne et différencie les trois instances du temps : passé, présent et futur.
Le critère temps a également été développé dans certaines recherches psychologiques de type comportementaliste et cognitiviste (28 à 38). Le concept de « perspective temporelle» est décrit comme un continuum des représentations des événements personnels s’ordonnant selon des plans successifs. Cette perspective temporelle est très proche de la temporalité de la conscience des phénoménologues. Pour la résumer, elle se caractérise par quatre paramètres : l’extension exprimée par la distance temporelle impliquée par les souvenirs et les anticipations, le contenu définit ce à quoi pense le sujet ou encore ses objets de motivation (39), la densité caractérisée par le nombre de réminiscences ou d’anticipations dans un certain intervalle de temps et le degré de structuration manifesté par la cohérence logique, la présence de liens entre les souvenirs ou les événements anticipés. Des travaux relatifs à l’horizon temporel ont été réalisés en fonction de différents paramètres tels que l’âge, le sexe, le niveau socio-économico-culturel, les résultats scolaires, l’intelligence etc. Une méta-analyse de ces recherches dans ce domaine a été réalisée par Wynants (40).
Ces différentes approches nous donnent les éléments nécessaires pour répondre aux deux questions suivantes :
- comment le sujet perçoit-il son horizon temporel ?
- la configuration des temps passé, présent et futur est-elle la même, quel que soit l’équilibre psychologique de l’individu ?
Chez le sujet sain, le passé et le présent font corps, se nourrissent l’un de l’autre. Le présent a ses racines dans le passé contenu dans la mémoire, il y trouve sa force, souvent son inspiration, ses mobiles, ses préjugés. Le passé est nécessaire à l’adaptation de l’activité présente et le présent peut donc être considéré comme une extension du passé vers le futur. Fraisse (30) décrit l’individu sain, doué de compétences temporelles, comme un être agissant dans le présent, tenant compte des expériences du passé et étant stimulé par les anticipations de l’avenir. Cette conception rejoint celle de Vergote (41) quand il exprime que le psychisme normal est un souhait évolutif : « s’il y a du possible, c’est parce que le présent projette le futur en s’appuyant sur le passé et en poursuivant ce qui y demeure encore ouvert. Le passé se trouve toujours repris dans l’acte de présence pour offrir les possibles du futur». Le présent fuit sans arrêt et le futur se transforme sans cesse en passé. Le passé est donc la référence continue du présent, il en est l’élément moteur.
Nous avons essayé de visualiser l’horizon temporel, en le modélisant comme une structure binaire : le passé – représentant l’expérience du sujet – et le présent – étant son vécu réel et actuel – faisant corps et étant orientés vers le futur qui comprend en puissance l’ensemble de ses espoirs et de ses attentes, son temps encore à expérimenter (Figure1).
Figure 1
représentation phénoménologique de l’horizon temporel du sujet non-dépressif
Cette description phénoménologique de l’horizon temporel est toutefois perturbée dans certaines psychopathologies. Dans ces cas en effet, la temporalisation se trouve parfois mise en échec, désarticulée. Deux scénarios peuvent se présenter :
- Le premier est la suppression du temps qui constitue selon Minkowski (24) la forme la plus grave de la pathologie du temps. La psychopathie en est un exemple. Le malade, dit Vergote (41), est polarisé sur l’immédiat. L’existence se ramène au passage à l’acte. On passe sans transition de la mise en scène représentative à l’exécution. Il y a refus de la temporalisation, rétrécissement du temps, refus de ce qui ordonne normalement la vie dans une perspective d’avenir.
- Le second est la dislocation des temps, l’un par rapport à l’autre, par rétrécissement ou inflation d’un ou des temps. Ces distorsions sont de véritables manières d’être autrement et constituent, elles aussi, des pathologies psychiques. En voici quelques exemples :
La pathologie du passé : c’est le temps de la mélancolie. Le sujet est prisonnier du passé qui occupe dans sa conscience le souvenir paralysant d’une ou de plusieurs fautes indélébiles et obsédantes. Il y a donc au présent une sorte de rabâchage du passé. Le « si je n’avais pas» indique que le présent du mélancolique est tout en rétention, tandis que le futur lui-même est pollué par la fixité ou est remplacé par son passé. Poulet (26) décrit cette pathologie comme étant une « vie à l’envers» pareille à la « vie à contre-temps» de Charcosset (42) et à « la marche négative par rapport au temps» de Ey (43) ou « à contre-courant» de Minkowski (24). Le mélancolique est incapable d’actualiser ses potentialités car il fuit le présent en s’immergeant dans le passé. Il n’a donc plus d’avenir puisque son futur n’est qu’un futur antérieur. « Le patient habite le monde même du coté de l’avenir au passé, son histoire entière est préoccupée à titre posthume par le souci d’un passé non-dépassé» écrit Maldiney (44).
La pathologie du futur : c’est le temps de la manie. Cette manie constitue une fuite en avant – fuite verbale incohérente, fuite des projets désordonnés et inaboutis – précipitation dans le futur à la recherche d’une utopie que le sujet ne trouve jamais et qui est une réaction contre un passé mort, mais dont les traces inconscientes, dit Vergote (41), conservent la fascination d’un paradis perdu. Le sujet n’a pas de souvenirs nets, sans quoi il formerait des projets réels. Son présent étant décevant, il se précipite dans l’avenir.
La pathologie du présent : s’il est inflatoire, c’est l’hystérie, s’il est déflatoire, c’est la dépression. Pour l’hystérique, le passé et le futur habitent le temps présent qui est sans racines et ce présent les enferme par besoin de liberté. Alors que, pour le mélancolique, seul le passé existe, pour l’hystérique c’est le présent immédiat qui prédomine. La perspective temporelle est ainsi très étroite car il y a incapacité à baser ses décisions sur des expériences passées et insouciance quant à l’avenir. Il y a pour Kraus (45), une recherche de plénitude dans le présent, accompagnée d’une peur de tout ce qui est définitif et nécessaire.
Vue sous l’angle de l’horizon temporel, la dépression est aux antipodes de l’hystérie. En effet, la déflation du présent, ce temps habité par rien, est révélatrice de dépression. Que s’est-il donc produit entre le passé et le présent ? Une déchirure s’est faite entre eux avec pour conséquence l’arrêt du temps dans un maintenant qui est une durée morne, vide et souffrante, interminable et sans dynamisme, asthénique, sans limites et sans contours, où la temporalisation se dissout. C’est le temps que nous avons appelé « suspendu» du dépressif (38). Il s’étire interminable, témoignant d’une lassitude à l’égard de l’existence qui prive le présent de l’énergie que lui apportait le passé distancié. Le passé n’est donc plus ouvert à tous ses possibles, le présent ne se nourrit plus du passé qui s’estompe et le futur s’efface jusqu’à n’être plus qu’une ombre, témoin de désespérance, indice aussi d’une certaine attirance pour la mort (Figure 2).
Figure 2
dislocation de l’horizon temporel du dépressif
N’aspirant pas à l’avenir ou n’exprimant qu’un avenir très réduit, le futur du dépressif – s’il n’est pas suicidaire – s’est focalisé sur un seul souhait : celui de guérir. Manquant d’avenir, vivant mal son présent, le dépressif se retourne vers son passé qui n’est que cristallisation d’un vécu quelconque mais qui, pour lui, est le « quand j’étais bien». Il ne désire qu’une chose : « être comme avant « . Le moi, incapable d’assumer la valeur prospective de l’existence et refusant la fuite du temps, essaie de retrouver les espérances perdues. Or, « en refusant le projet d’exister, le dépressif écrit Florival (16), en renforce la négativité essentielle, l’angoisse mortifère ». Pour sortir de sa dépression, il doit donc retrouver son passé, renouer ainsi avec son futur réel pour pouvoir reprendre le cours de sa vie.
Ainsi donc, le sujet dépressif a le souvenir et le regret d’un passé sain « quand il était bien» et le désir dans le futur de renouer avec ce passé. C’est en récupérant ce « passé-à-retrouver» que le dépressif unira à nouveau son passé à son présent et, grâce à cette dynamique retrouvée, pourra amorcer la reconstruction d’un futur réel. Chez le dépressif, le « passé-à-retrouver» sera donc son « futur-thérapeutique», étape nécessaire et obligée dans son cheminement vers la guérison. Même apparemment perdu, le passé peut polariser à nouveau toute l’existence du sujet. C’est sur ces données que se fonde la théorie dite des Trois Temps. Pour éviter toute confusion simpliste, les termes « Trois Temps» appliqués au dépressif ne signifient évidemment pas : passé, présent, futur mais bien « passé non-dépressif», « présent mal-être» et « futur-thérapeutique» ou niveau d’exigence vis-à-vis de sa propre guérison. Le concept de « futur-thérapeutique» ainsi défini – pilier de la théorie – est une notion originale, entièrement distincte du concept du temps « futur» employé dans le sens cognitiviste, philosophique et phénoménologique. Le retour au passé non-dépressif pour retrouver un présent sain – synonyme de guérison – est nécessaire à la reconstruction du futur et est propre à la dépression. Dans toute autre maladie – si le patient n’est pas dépressif – le futur, qu’il soit favorable ou défavorable, est bien réel. C’est seulement chez le dépressif que la guérison doit obligatoirement passer par l’étape du futur-thérapeutique ou, autrement dit, du passé sain à retrouver. C’est donc l’état passé de non-dépression que le dépressif veut retrouver et non pas son passé dans sa totalité. La mise au point qui précède est essentielle. L’absence de futur-thérapeutique traduira l’existence de tendances suicidaires alors que l’absence de futur-réel sera, quant à elle, révélatrice d’une probable dépression.
Cette description volontairement schématique de l’horizon temporel du dépressif appliquée au syndrome de la dépression permet de proposer une façon nouvelle de définir le mal-être, la dépression-vécue et la qualité de vie et de créer en partant de ces définitions nouvelles une taxonomie des échelles de dépression jusqu’ici inexistante.
Le mal-être correspond pour nous aux définitions classiques de la dépression (6, 46), avec son cortège de symptômes bien connu : perte d’intérêt, anhédonisme, anxiété, sentiment de culpabilité, d’échec, dépréciation de soi pouvant aller jusqu’aux idées suicidaires, insomnie, altération de poids, baisse de la libido, inhibition psycho-motrice, baisse des capacités de concentration et d’idéation, perte de mémoire, etc. C’est donc un état présent.
La dépression-vécue est ici définie comme dépression phénoménologique, comme sentiment de dégradation vécu par le sujet, autrement dit comme perception d’un décalage, d’un « écart » entre le passé sain et le présent souffrant. Le présent est déprimé par rapport au passé d’un écart d’autant plus grand que la dépression-vécue est sévère et, corrélativement, la souffrance du dépressif.
La qualité de vie, – développée dans l’introduction – et considérée par certains comme l’adéquation entre le présent vécu et les aspirations futures, sera, selon notre conception, définie comme la « présentification du futur » et quantifiable par « l’écart » perçu entre le présent et le futur. Plus grand sera donc l’écart entre le présent-vécu du sujet et ses aspirations, plus réduite sera sa qualité de vie. Dans les articles « Scales of depression, ill-being and the quality of life is there any difference ? An assay in Taxonomy » (12) et « Approche nouvelle de la qualité de vie du dépressif en fonction de l’horizon temporel : conception et mesure » (47), nous avons distingué deux types de qualité de vie, l’une dite « extrinsèque », ou QDVE et l’autre dite « intrinsèque » ou QDVI. La QDVE, pouvant s’appliquer aux domaines les plus divers – qu’ils soient matériels ou spirituels, physiques ou relationnels, etc., est définie par « l’écart » entre le présent et le futur. La QDVI, quant à elle, – présente chez tous mais altérée chez le dépressif –, est définie pour celui-ci par « l’écart » entre son présent mal-être et son futur-thérapeutique. La mesure de la QDVI évoluera en raison inverse de la gravité du mal-être : se réduisant encore si le mal-être s’aggrave ou s’améliorant si le mal-être se réduit. Elle permettra ainsi de suivre le cheminement du dépressif vers sa guérison et, ce n’est que lorsque la guérison sera acquise et la QDVI récupérée qu’il sera possible de mesurer valablement la QDVE de l’ancien dépressif guéri.
Cette nouvelle formulation des concepts de mal-être, de dépression-vécue et de qualité de vie-intrinsèque est à la base d’une Taxonomie des échelles de dépression qui les classe en trois grandes familles, celles à un, à deux ou trois volets de temps :
- un volet de temps : les échelles « de mal-être » au présent, « d’événements existentiels » ou « psychopathologique» au passé, « d’attentes thérapeutiques », « de désespoir » au futur-th.
- deux volets de temps : les « échelles de dépression-vécue » : passé et présent ou les « échelles de qualité de vie-intrinsèque » : présent et futur-th.
- trois volets de temps : passé, présent et futur-th dont un prototype est donné par notre Échelle Synoptique des Trois Temps pour dépressifs – ES3TD – qui doit être considérée comme une batterie de tests.
Comme nous venons de le mentionner ci-avant, la Théorie des Trois Temps se base sur le fait que le futur-thérapeutique consiste dans la recherche pour le dépressif de l’état de bien-être antérieur à sa dépression. Comment dès lors démontrer que passé sain et futur-th sont équivalents ? Cette équivalence, si nous pouvons la démontrer, permettra de confirmer que la qualité de vie-intrinsèque du dépressif, – autrement dit, son cheminement vers la guérison –, mesurable par l’écart entre son mal-être présent et son futur-thérapeutique est en fait la recherche de son temps passé sain et que dépression-vécue et qualité de vie-intrinsèque du dépressif peuvent à juste titre être considérées comme des concepts symétriques (9).
Pour démontrer l’équivalence entre la valeur des volets de temps passé ou « Passé» et de temps futur-thérapeutique ou « Futur-th » nous avons construit une échelle constituée de 30 items décrivant communément la symptomatologie de la dépression selon les critères du DSM-III-R, échelle proche dans son contenu des échelles classiques de dépression mais dont l’originalité est que ces mêmes 30 items sont conjugués systématiquement aux temps passé et futur. L’énoncé de l’ES3TD est donné en ces termes : « Veuillez répondre à TOUTES les questions, une à une : ce que vous ressentez MAINTENANT, ce que vous éprouviez AVANT, ce que vous voudriez A L’AVENIR. Pour des raisons mathématiques, les distracteurs au nombre de cinq sont donnés par rapport à une échelle allant de 1 – pathologie sévère – à 5 – absence de pathologie –. Les résultats se répartissent de la cote 30 – dépression maximale – à la cote 150 – absence totale de pathologie dépressive –.
L’échelle de « mal-être » – qui est le volet de temps présent – a été appliquée à 110 sujets : 66 femmes et 44 hommes dont le diagnostic de dépression majeure unipolaire, primaire ou réactionnelle, a été établi par des psychiatres selon les critères du DSM-III-R (46). Ont été exclus de l’échantillon tous les schizophrènes déprimés, les déments dépressifs, les patients présentant des troubles de la personnalité avec dépression secondaire, les bipolaires dépressifs, et les états mélancoliques. La répartition des âges est de 25 à 60 ans avec une moyenne de 47 ans. 56% des sujets traités sont hospitalisés dans différents Instituts Hospitaliers de la région francophone de Belgique et 44% sont des consultants externes formant un groupe ambulatoire. 52% des sujets ne travaillent pas, 34 vivent seuls et 5% en home. Les caractéristiques de cet échantillon, les qualités métrologiques de l’échelle sont analysées dans l’article : « Théorie, Taxonomie, Test ou l’Echelle Synoptique des Trois Temps » (13) ainsi que le libellé des 30 items. La validité concurrente de l’échelle a été calculée en se référant au questionnaire de dépression de Beck (29,48) version abrégée ; la corrélation obtenue est de .65. Sa validité empirique a été réalisée par rapport aux diagnostics donnés par les psychiatres. Ces validités confirment que l’échelle de « mal-être» mesure bien la sévérité de la dépression et qu’elle est constituée de deux sous-tests que nous avons intitulés : tendances névrotiques proches de l’humeur dépressive et énergie vitale.
Si on applique l’ES3TD au dépressif, l’hypothèse de départ devrait, « logiquement», révéler le schéma suivant : une très faible valeur au volet présent codifié Présent – puisque le sujet souffre de dépression –, une forte valeur au volet passé codifié Passé, – puisqu’avant de tomber dans sa dépression, il n’était pas malade –, et une valeur supérieure à celle du Passé, proche du maximum, au volet futur codifié Futur-th, – car le dépressif devrait, en principe, désirer le meilleur état de santé possible et, tout au moins, désirer être au futur mieux qu’avant sa dépression -. Or, il n’en est rien. En effet, les statistiques appliquées en partant cette fois de l’hypothèse découlant de la Théorie des trois Temps et selon laquelle le Futur-th du dépressif est égal au Passé, confirment l’équivalence entre ces deux volets de temps. Pour cette démonstration, différentes approches ont été menées.
Dans une première approche – descriptive – alors que le Présent a une moyenne faible de 63,20 – sigma de 13,72 – significative d’un état de dépression, on constate un Futur-th d’une moyenne de 119,80 – sigma de 13,45 – et un Passé d’une moyenne de 120,34 – sigma de 14,08 –. Plusieurs méthodes d’analyses statistiques ont été appliquées : le « t » de Student pour séries appariées relatives à l’ensemble des totaux individuels et le Q de Cochran sur la répartition des distracteurs aux deux volets de temps. Elles sont été développées dans l’article « Essai de validation de la théorie des Trois Temps » (49). Toutes ces analyses concordent et montrent l’équivalence entre les valeurs du Futur-th et celles du Passé sur l’ensemble de l’échantillon. Leurs résultats sont visualisés par la Figure 3.
Figure 3
représentation de l’horizon temporel du dépressif en fonction de l’ES3TD :
1. mal-être, 2. dépression-vécue, 3. qualité de vie-intrinsèque
Les analyses statistiques données ci-avant et appliquées sur l’ensemble de l’échantillon de 110 sujets ne donnent pas de différence significative. Ceci montre une équivalence de groupe mais n’implique pas une équivalence individuelle des réponses entre les volets de temps : Passé et Futur-th.
La recherche de l’équivalence individuelle a donc été abordée par deux procédés différents : le premier comparant le total Passé au total Futur-th de chaque individu, le second mesurant les écarts – nuls ou autres – attribués par chaque sujet à chacun des 30 items du volet Passé comme du volet Futur-th.
- La corrélation Bravais-Pearson calculée entre les volets des deux temps est .42 significatif au niveau de .05. Il y a donc pour chaque sujet une bonne relation de concordance entre les deux temps. De plus, la méthode réalisée en faisant appel à « l’erreur standard de mesure de la différence » stipule que seules sont considérées comme un écart réel, les différences entre Passé et Futur-th supérieures à 12 points. Les valeurs inférieures étant un artefact dû à l’imprécision de l’instrument de mesure (49). Les résultats obtenus montrent que si le Passé est inférieur au Futur-th chez 16,36 % des dépressifs, il leur est supérieur chez 23,63 %, tandis que Passé et Futur-th sont équivalents chez 60 % au lieu des 33 % attendus. Chi 2 = 41.32 (df =2) significatif au niveau de.05.
- L’analyse de la répartition des écarts de chaque réponse aux 30 items Passé et Futur-th pour les 110 sujets est visualisée dans le tableau I.
Tableau I
fréquences et pourcentages des écarts en valeurs absolues des 3.300 réponses données aux temps Passé et Futur-th
La fréquence des écarts nuls, soit 67,31 %, est significativement supérieure à l’ensemble des discordances dans les réponses dont les écarts vont de un à quatre. Il y a donc, dans la grande majorité des cas, identité entre les réponses données par les dépressifs pour l’AVANT et celles données A L’AVENIR. Un pourcentage quasi identique – 67,88 et 66,79 – se retrouve pour les deux sous-tests de « l’énergie vitale » et des « tendances névrotiques ». Ces résultats montrent que le dépressif souhaite également retrouver le dynamisme et le profil psychologique qu’il se connaissait avant sa dépression.
Dans leur majorité les dépressifs ne désirent donc pas être dans un meilleur état après leur dépression qu’avant celle-ci. Ils veulent seulement récupérer leur état « d’avant ». Ils ne désirent pas être « tout à fait bien », et subjectivement, leur état « d’avant » leur convenait. En d’autres termes leur niveau personnel d’exigence de guérison est très comparable à ce qu’était – selon eux – leur état avant la dépression.
La concordance de ces différentes démonstrations statistiques montre donc bien que la qualité de vie-intrinsèque du dépressif – considérée, rappelons le, comme un écart entre le mal-être présent et le Futur-th – peut être perçue comme un cheminement, une recherche du temps passé puisque le futur-th lui est équivalent. La formulation de notre article : « À la recherche du temps passé ou la qualité de vie du dépressif » prend ainsi tout son sens.
Tout au long de ce travail, nous avons été confrontée à plusieurs problèmes. C’est dans un essai de clarification de la littérature relative au concept subjectif de la qualité de vie propre au dépressif que nous avons été amenée par le détour de l’analyse de l’horizon temporel à construire la Théorie des Trois Temps. Cette théorie montre qu’il importe de considérer le dépressif non seulement dans son mal-être présent mais également à travers son horizon temporel perturbé. Notre article intitulé « Théorie, Taxonomie, Test ou Echelle Synotique des Trois Temps » (1996) met en évidence que le degré de sévérité de la dépression obtenu grâce à sa valeur à l’échelle de « mal-être » ne permet pas d’en déduire les valeurs du Passé ni d’en induire les valeurs du Futur-th car les corrélations calculées entre le Présent et le Passé d’une part et entre le Présent et le Futur-th d’autre part sont nulles.
Actuellement, les instruments employés en psychométrie pour mesurer la qualité de vie sont, en fait, des questionnaires où les temps s’entremêlent parmi les items constituant l’échelle utilisée. Parfois même plusieurs temps sont impliqués dans un même item. Les questionnaires construits de cette façon peuvent sans doute constituer des échelles de satisfaction très valables mais qui ne précisent pas toutefois les bornes du vécu et celles du souhaité.
En outre la plupart des instruments psychométriques utilisés sont athéoriques.
La mesure de la qualité de vie qui en résulte est un score obtenu par l’addition des scores de différentes échelles, dont certaines explorent – parmi d’autres domaines – le syndrome de la dépression. Dans ce domaine spécifique de la dépression, l’analyse critique que nous avons réalisée des échelles dites de « dépression» et des échelles dites « de qualité de vie » ne nous a pas révélé entre elles de différences majeures.
La théorie des Trois Temps a créé le concept de qualité de vie-intrinsèque dont la mesure, pour répondre aux critères de la Taxonomie, fait appel à une échelle de QDVI d’un type novateur établi sur deux volets de temps bien distincts. Les résultats obtenus à cette échelle et décrits dans notre article « Approche nouvelle de la qualité de vie du dépressif en fonction de l’horizon temporel » (1997) peuvent être représentés mathématiquement par un index de QDVI dont la va-leur variable est le rapport : Présent / Futur-th. Le numérateur – étalon de cette échelle – est le mal-être présent perçu par le dépressif lui-même et non par un observateur extérieur et le dénominateur son propre degré d’attente de la guérison.
L’interprétation psychologique de l’index de QDVI doit être faite en tenant compte d’une double comparaison : intra-individuelle d’une part, analysant les composantes Présent et Futur-th chez un même dépressif, et inter-individuelle d’autre part, comparant cet index aux normes qui situent les différents cheminements des dépressifs par rapport au niveau de guérison qu’ils souhaitent individuellement. À notre connaissance, ce type d’étalonnage n’a jamais été réalisé. Se référant ainsi totalement à la subjectivité, l’index de QDVI propose un modèle dynamique rendant compte de la tension entre l’éprouvé et le souhaité. Il est jugement auto-référencé porté par le dépressif lui-même de son mal-être présent à son niveau de guérison souhaité.
L’index de qualité de vie-intrinsèque permet également de rectifier les valeurs obtenues par différentes échelles médicales dites « spécifiques » traitant de la qualité de vie d’un sujet atteint de pathologies chroniques en y introduisant le facteur possible de dépression associée qui peut évidemment modifier considérablement cette qualité de vie. Rappelons que la QDV est directement liée à la force ou la faiblesse de la QDVI qui en constitue le socle et qu’il n’y a de ce fait aucun sens à calculer la QDVE d’un dépressif sans en avoir au préalable mesuré la QDVI.
Par notre étude, nous avons pu mettre en évidence que, dans 60 % des cas, le niveau désiré de guérison du dépressif est identique – et non pas moindre ou plus élevé – que le niveau qu’il s’attribuait avant sa dépression. Le dépressif ne recherche donc que son propre état psychologique passé sain. À notre connaissance, cette constatation, si elle a été exprimée, n’a jamais été démontrée.
La méthode que nous avons employée, dite de « l’échantillon temporel » – lorsque les sujets décrivent leurs comportements par rapport à une structure temporelle – appelle certaines remarques sur les déformations de la mémoire, en partriculier chez le dépressif.
- Les cliniciens et observateurs s’accordent à dire que le dépressif perçoit son présent plus noir qu’il n’est en réalité et que la dépression est associée à une évaluation faussée des événements, les uns, agréables étant perçus comme « moins agréables », et les désagréables comme « plus désagréables » encore (50, 51, 52).
- Il est reconnu que les questionnaires rétrospectifs confrontés au problème de la distorsion mnésique, nous informent sur la représentation cognitive que le sujet a de l’évènement passé mais non sur son comportement réel dans la situation. Les processus psychologiques qui influencent la mémoire sont multiples. Mentionnons, entre autres la « dépendance de l’humeur » évoquée précédemment, le « processus de consistance cognitive » (53) qui montre comment les informations autobiographiques sont organisées dans la mémoire selon un choix sélectif et révisées ou réinterprétées dans le sens de la consistance, et le « besoin d’attribution causale» se manifestant par le besoin de pouvoir expliquer et comprendre subjectivement son état actuel.
Par souci de rigueur scientifique, nous avons appliqué l’ES3TD à un échantillon « tout-venant » de 260 sujets du même âge que celui de l’échantillon de dépressifs (54). L’étude montre que les dépressifs ont tendance à surévaluer leur passé et à sous-évaluer leur avenir. Les interprétations psychologiques de ces constatations peuvent être diverses. Il y aurait lorsque l’on se sent amoindri une tendance à la surévaluation de son passé fondée sur le désir d’y apparaître comme normal (55). En outre l’« inefficacité cognitive », manifestée par une baisse du rendement de l’appareil cognitif : troubles de mémoire et diminution du sens critique, (56) embellirait ce qu’on a perdu ou réduirait les événements négatifs (51) – à l’exception des cas de dé-pression particulièrement sévère où même le vécu passé est noirci – (49). Dans ces dépressions très sévères, il y aurait contamination du passé par le présent. De son coté, un avenir sous-évalué peut être significatif d’une peur, d’une inhibition à espérer un avenir meilleur alors que le présent est mal vécu.
Pour établir un lien entre qualité de vie et dépression, il a fallu créer de nouveaux concepts : futur-thérapeutique, qualité de vie-intrinsèque et qualité de vie-extrinsèque, découlant tous trois de la théorie validée des Trois Temps. La QDV du dépressif diffère de celle du non-dépressif tout en faisant partie d’un même continuum. En effet, pour retrouver une QDV mesurable par les échelles de satisfaction courantes, le dépressif doit au préalable avoir récupéré sa QDV-intrinsèque, ce qui ne peut se faire que lorsque son futur-th aura retrouvé le niveau de son passé antérieur à sa dépression. Cette équivalence entre Passé et Futur-th a été démontrée dans le travail qui précède. Pendant le cours de sa dépression, la QDV du dépressif sera mesurable en affectant sa QDV-extrinsèque d’un facteur variable qui est la QDV-intrinsèque liée à l’intensité de sa dépression.
Dans une optique d’aide aux praticiens, nous avons créé l’Echelle Synoptique des Trois Temps pour dépressifs – ES3TD – (2000). Cet outil psychométrique original appréhende le sujet dans une perspective phénoménologique en fonction de son horizon temporel, de la perception qu’il a de sa personnalité, de son vécu passé, de son vécu présent et de ses attentes du futur.
Pragmatiquement, l’ES3TD est une batterie constituée de différentes échelles.
- elle permet de mesurer le degré de mal-être du présumé dépressif en en décrivant les symptômes affectifs, psychiques et physiques significatifs du syndrome de la dépression,
- elle permet également de suivre son cheminement vers la guérison et d’évaluer le degré de sa dépression-vécue révélant par là son niveau de souffrance,
- elle permet de repérer le sujet à haut risque de tendances suicidaires,
- elle donne en outre un screening de la personnalité du présumé dépressif.
Accessoirement, cette échelle facilite la pose du diagnostic de dysthymie, auquel cas le léger mal-être est présent dans l’ensemble des trois temps testés.
L’application de l’ES3TD ne nécessite qu’une vingtaine de minutes et sa correction ainsi que son interprétation clinique en est rapide.
En abordant la dépression sous un angle inhabituel, nous avons tenté de mesurer le vécu du dépressif à travers le temps, en lui permettant d’exprimer « sa » vérité telle qu’il la perçoit, subjective bien sûr, mais échappant par là même aux déformations d’un regard extérieur objectivant.
Nous tenons à remercier Claude Wallemacq, docteur en médecine, pour sa disponibilité et sa collaboration.
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Chargé de cours, Faculté de Psychologie, UCL, 10, place du Cardinal Mercier, B-1348 Louvain-la-Neuve.