Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136205
266 pages

p. 259 à 260
doi: en cours

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Notes de lecture

no 17 2001/2

2001 Cahiers de psychologie clinique Notes de lecture

La conjugalité le nouveau défi amoureux

Paul Jonckheere, Paris, L’Harmattan, coll. Émergences, 2000

Fabienne Debongnie  [*]
Peut-on encore écrire quelque chose de neuf au sujet du projet conjugal, de « la conjugalité » comme dit l’auteur ?
C’est le défi que se lance Paul Jonckheere. Loin de considérations idéologiques, l’auteur pose un regard neuf sur l’amour, particulièrement lorsque celui-ci est associé au projet conjugal. La méthode utilisée pour l’étude de ce projet est l’approche phénoménologique. Celle-ci a l’avantage de permettre une description des faits, de la réalité tels qu’ils apparaissent en eux-mêmes, hors du poids culturel.
L’auteur tente, dans un premier temps, de cerner la nature de l’engagement conjugal en posant l’hypothèse que celui-ci procède dans ses intentions d’un espoir sincère de pouvoir tenir cette promesse. Il va nous décrire les différentes étapes qui mènent un sujet à passer du monde du « Je » au monde du « Nous », le passage et l’effet du temps sur l’évolution du lien amoureux, le projet du couple, l’au-delà du Nous : les enfants. Le fil conducteur de cette analyse minutieuse est la transformation de la dimension temporelle et spatiale du Sujet. L’auteur montre comment dans la relation conjugale, le Sujet passe de la loi de « l’ôte-toi-de-là-que-je-m’y-mette » au geste spécifique de l’amour : l’enlacement, l’espace du Nous-deux. De même, le Sujet passe d’une temporalité finie, fugace, à un au-delà de la mort. L’enfant qui vient en projet est ouverture vers l’éternité. Le pari qui soutient la conjugalité aimante est « celui d’une relation qui ne soit ni aliénation étouffante de l’Aimé(e), ni effacement masochiste de soi », ce que l’auteur appelle une proximité distante et une convivialité soucieuse.
Dans un second temps, l’auteur va, au-delà du lien conjugal, interroger l’origine, la nature profonde, l’enjeu, de toute relation amoureuse dans le but de cerner les conditions aptes à favoriser le projet d’une union durable. On a affaire ici à une démarche inverse de la psychopathologie du couple. Il ne s’agit pas pour l’auteur de rechercher les causes de l’échec conjugal, mais bien de comprendre les processus qui mènent au lien amoureux. Les concepts utilisés ici s’inspirent de la psychanalyse, de la médecine psychosomatique et d’une longue expérience clinique. L’auteur fait l’état de la question à trois niveaux : intrapsychique, sociologique et esthético-éthique.
Ce livre, dont le projet peut paraître à première vue obsolète, tente avant tout de rendre compte que l’avènement de l’amour représente, dans l’histoire de l’humanité, un événement éthique majeur. La lecture de ce texte ardu est un travail à le mesure de la part de violence inhérente à tout projet conjugal. Violence qui ne peut sans doute apparaître qu’aux initiés de la « connivence ». Il interpelle tous ceux qui dans leur pratique sont confrontés aux échecs et aux dérives du projet conjugal, tous ceux qui sont taraudés par la question du sens d’un tel engagement. L’analyse phénoménologique qu’en fait l’auteur permet de retrouver la puissance du souffle qui, à un moment donné, a animé le projet conjugal et met en lumière tout l’enjeu et la difficulté que le sujet éprouve à maintenir vivant un tel projet.
 
NOTES
 
[*] Psychologue, licenciée en philologie romane, rue Chanoine Scarmure 58, B-7060 Soignies
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