Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804136205
266 pages

p. 261 à 263
doi: en cours

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Thème en préparation

no 17 2001/2

2001 Cahiers de psychologie clinique Thème en préparation

Le visuel

L’espace que découvre et délimite le regard semble nous placer au centre d’un champ soumis au contrôle visuel. L’illusion inhérente à ce pouvoir du « voir » se manifeste à travers cet « arrière-plan » qui échappe à notre vision, et nous condamne à avoir des idées derrière la tête.
Notre monde dès lors se partage entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, ou seulement par le recours à l’artifice, tel celui du miroir ou de la photographie. L’image du corps s’inscrit dans les effets de ce partage qui nous prive de la jouissance visuelle directe d’un bon tiers de nous-mêmes, en ce compris notre visage (si l’on excepte cet appendice indistinct qu’est le nez). Sa constitution implique l’articulation, sur un fond primaire d’organisation kinesthésique, entre une extériorité perceptive (dont le visuel nous offre la modalité la plus élaborée) et une intériorité virtuelle.
Quelles sont les voies d’une telle articulation chez le nouveau né et l’enfant aveugle, pour qui la main doit pallier à la défaillance de l’œil ?
Cette articulation en effet conditionne l’ouverture d’un espace de symbolisation qui nous permet de construire la réalité : elle est l’appréhension de ce qui, de nous et en dehors de nous, se dérobe au contrôle perceptif, particulièrement dans le registre visuel.
De ce point de vue, peut-on spécifier les caractéristiques du travail de représentation propre au processus psychanalytique, en fonction de la place différente qu’y tient la perception visuelle, selon le dispositif, cure type ou face à face ?
À un autre niveau, l’œuvre créatrice du peintre, du photographe, du sculpteur, de l’architecte, n’est elle pas une reconstitution dans le champ perceptif de ce travail de représentation qui sans cesse tente d’inscrire notre sentiment d’exister dans la continuité d’un lien entre perception et pensée ?
À ce titre, la production d’images n’est elle pas avant tout destinée à humaniser le temps, à témoigner de la réalité insaisissable de l’instant, face à la fatalité pesante de la mort ? Entre le noir de la nuit et le blanc de la déprivation sensorielle, quelle est donc la couleur de la mémoire ? Faut-il toujours plus d’images dès lors que les voies de la transmission paraissent plus incertaines ?
Telles sont quelques unes des associations et des questions que nous proposons pour aborder ce thème du « visuel ».
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