2001
Cahiers de psychologie clinique
Penser la santé mentale
Qu’est-ce que le suivi psychologique ?
Jean-Pierre Vidit
[*]
Dans cet article, l’auteur essaie de définir ce qu’est le « suivi psychologique ». Cet outil professionnel se trouve, en effet, placé entre la psychothérapie et l’investigation sans réel statut conceptuel et dynamique. Cependant, il est utilisé par de nombreux professionnels qui œuvrent dans le domaine de la santé mentale. Peut-être correspond-t-il aux caractéristiques spécifiques des populations que les praticiens rencontrent. Ils doivent alors construire un modèle qui structure les conditions d’une rencontre, première étape sur la lente construction de la capacité à devenir sujet.
Mots-clés :
suivi psychologique, investigation, psychothérapie, aire de rencontre, aire de relation.
In this article, the author tries to define what the « psychological follow-up » is. This professional tool is located, in fact, between the psychotherapy and the investigation without any real conceptual or dynamic status. It is used though by many professionals who work on the field of mental health. It corresponds perhaps with the specific caracteristics of the people the professionals deal with. They then have to build a pattern to structure the conditions of the meeting : this is the first step on the long process to go through before being able to become a subject.
Keywords :
psychological follow-up, investigation, psychotherapy, meeting area, relationship area.
Le terme de « suivi psychologique » occupe incontestablement une place floue, incertaine – certains diront hybride – dans l’arsenal technique à la disposition des psychologues.
Coincé entre les procédures se rangeant explicitement sous la bannière des différentes formes de psychothérapies ayant leurs cadres théoriques, leurs méthodologies propres ainsi que leurs dispositifs de formation et celles relevant de l’investigation et des entretiens diagnostics qui privilégient le matériel psychométrique ou projectif, voire l’entretien non-directif ; le « suivi psychologique » fait figure de parent pauvre voire de pis aller et se situe, en première approche, à l’articulation de ces deux champs.
Cette position d’entre-deux suscite immanquablement des interrogations, des débats voire des positions critiques ou de rejet pur et simple sans qu’aboutisse pour autant une clarification de cette procédure professionnelle.
D’ailleurs, peut-on le ranger dans les outils professionnels ?
De fait, du moins en France, c’est un terme que l’on entend clairement et fréquemment utiliser principalement par les psychologues cliniciens qui travaillent en institution de soin en santé mentale mais aussi par les psychologues scolaires qui œuvrent dans le domaine de l’éducation pour tenter de palier aux effets de l’échec ou de l’inadaptation scolaires. Je l’entends souvent énoncer quand j’anime à l’Université des Groupes de Réflexion sur la Pratique des Stages
[1] ainsi qu’ au cours de supervisions individuelles ou collectives lorsque de jeunes professionnels se retrouvent, quelques fois à leur corps défendant, face à des patients en état de grande souffrance ou de crise et qu’ils vont devoir « suivre ».
Suivre, faire un suivi… le mot est lâché comme si le terme définissait clairement la tâche alors qu’est laissée à l’appréciation et à la créativité des professionnels le soin de construire un modèle, un cadre théorique, d’élaborer une méthode, de définir des objectifs et des procédures d’appréciation du travail conduit. J’ai d’ailleurs pu constater ce même flou lorsque le terme est utilisé explicitement dans des circulaires officielles tendant à régler les modalités de travail de certaines catégories de personnel – en l’occurence : les psychologues scolaires – sans qu’à ma connaissance, son contenu soit plus clairement précisé comme si cela allait de soi ou que tout un chacun savait ce dont il etait question.
Il est difficile de définir ce que l’on entend par « suivi psychologique » dans la mesure où ce terme n’a pas, à ma connaissance, de statut conceptuel établi. J’ai pu vérifié qu’il n’était pas non plus répertorié dans le Dicitionnaire de la Psychologie paru au P.U.F.
Toutefois, si l’on écoute les professionnels qui s’y réfèrent, lorsque ce terme est avancé ; il semble utilsé pour tenter de définir un type de travail qui m’a semblé se caractériser par le fait qu’il s’agissait de rencontrer un patient adulte ou un jeune patient d’une manière temporellement indéfinie pour l’écouter parler et, éventuellement, lui renvoyer des « choses » afin de l’aider à comprendre la crise qu’il traverse ou l’état de souffrance qui l’habite.
Qu’est-ce-qui diffère, alors, le « suivi psychologique » de procédures plus clairement définies sous le nom de « psychothérapies ». Je mets expréssement « psychothérapies » au pluriel dans la mesure où le mot « psychothérapie » pris au sens singulier ne veut rien dire si l’on ne lui ajoute pas un qualificatif qui précise le cadre de référence dans lequel cette « psychothérapie » est envisagée. On parlera alors de « psychothérapie psychanalytique », de « psychothérapie rodgérienne », de « psychothérapie humaniste »… etc., etc.
Qu’est-ce qui justifie, sur le plan clinique, la création d’un outil apparemment approprié et spécifique ? Correspond-t-il à une réalité psychique particulière de patients que cette procédure serait censée permettre de mieux saisir et éventuellement traiter ? Répond-t-il à une configuration clinique spéciale ?
2. Peut-on esquisser une définition ?
Si ce vocable est créé et véhiculé ; on peut raisonnablement penser que ce n’est pas gratuit et qu’il possède une utilité et une finalité qu’il convient absolument de préciser.
Revenons à l’étymologie et au sens des mots.
Si, à l’instar du détective privé qui fait une filature, je « suis » quelqu’un dans la rue – c’est-à-dire que je fais un suivi – ; cela veut dire que je ne suis plus maître de mon parcours pas plus que de mon temps. Le « suivi » suppose donc une adapatation aussi parfaite que possible aux mouvements de l’objet que l’on « suit ».
Mais le détective peut subitement voir son suspect déjouer la filature et se retourner agréssivement contre lui. Au plan clinique, cette position par essence empathique n’est pas exempte de dangers et de problèmes. Car, en « suivant », je peux être confronté à des « choses » – visions, évènements, situations – que je n’avais pas forcément prévues de voir et qui peuvent se réveler soit effractrices et dangereuses pour moi soit fascinantes ou sidérantes. En contrepartie, il me sera possible de mieux connaître la personne que je « suis » et de mieux percevoir et appréhender le monde qui est le sien.
On constate donc dans cette première et grossière approche du terme « suivi psychologique » que ce dernier suppose une grande disponibilité à l’autre en même temps que l’acceptation d’une certaine mouvance du dispositif où ce qui est visé réside dans l’objectif de tenter de se faire une représentation aussi fine, fidèle et compréhensive que possible de ce qui peut constituer « l’être au monde » du sujet que l’on « suit ». L’exposition aux réactions y est aussi très importante sur le plan émotionnel et affectif.
Dans le petit dictionnaire LAROUSSE, on lit à la définition du mot « suivi », entre autres, deux acceptions :
- le premier sens du mot suivi qui est donné est : « où il y a de la liaison ». Par exemple, « un raisonnement bien suivi est un raisonnement où il y a de la liaison c’est-à-dire où les idées s’enchaînent correctement et rendent le propos intelligible d’une part et transmissible d’autre part ». Cette dimension de la liaison me semble tout à fait intérressante et peut faire écho de manière pertinente pour les praticiens. Elle permet de spécifier cette notion de suivi appliqué à la sphère du psychique où, cliniquement, d’une manière de plus en plus fréquente nous sommes confrontés aux dégats de la déliaison, aux difficultés voire aux vides de la pensée qui interdisent, chacuns à leur manière, au sujet d’élaborer et de transmettre. En contrepartie aussi de comprendre leur malaise. On arrive alors à cette position paradoxale où ce qui permettrait de sortir de la crise – représenter, lier, symboliser c’est-à-dire penser – est précisément ce qui empêche de la résoudre et induit le sujet dans un pénible cercle vicieux.
- le second sens donné par le dictionnaire est « fréquenté ». On dira, par exemple d’un théâtre qu’il est suivi pour signifier que le public s’y rend et « suit » les productions qui y sont proposées. Ce deuxième sens peut paraître plus abstrait, plus en rupture avec notre propos. Et pourtant ne constate-t-on pas souvent à quel point les sujets en souffrance ou en crise qui se retrouvent – sans nécessairement en avoir fait la demande – devant un spécialiste ne « fréquentent » plus leur psychisme, s’en sont comme coupés faute de n’avoir pu en décoder les manifestations et par voie de conséquence le sens, les significations de ces dernières. Ils sont confrontés à leur productions psychiques comme à autant d’énigmes impénétrables.
Cette dimension de « l’énigmatique » est d’ailleurs au cœur de la recherche psychanalytique la plus actuelle et la plus pointue. En effet, sous l’impulsion des théoriciens post-kleiniens comme W. BION mais surtout D. MELTZER – avec la notion de « conflit esthéthique » – ; on tente actuellement de reconstruire différemment les premiers temps de la vie de l’enfant. Ce dernier, après avoir connu les félicités et l’harmonie de la vie intra-utérine, aurait à se confronter lors de son entrée dans le monde à des signaux, des relations qui lui apparaîtraient comme autant de manifestations surprenantes voire énigmatiques qui réactiveraient des angoisses considérables. Dès lors, si l’enfant n’est pas contenu par un cadre maternel suffisamment bon, ces angoisses deviendraient impensables et entraveraient la croissance psychique « normale »
[2] pour aboutir aux formes pathologiques les plus graves. Elles invalideraient notamment la construction et l’élaboration de la pensée. La non fréquentation du psychisme serait alors à envisager comme un processus de défense drastique contre les angoisses impensables. Elle s’attaquerait à la fonction de penser – le contenant – pour ne plus à avoir à traiter les pensées –les contenus–.
On voit donc dans ces deux acceptions que « mettre de la liaison » ou « faire en sorte qu’il y ait de la liaison » se rapproche peu ou prou d’une activité qui inclut une fonctionnalité psychique où le sujet pourrait alors « re-fréquenter » sa pensée. C’est-à-dire « suivre » après l’avoir soit abandonnée soit délaissée soit, purement et simplement, n’ avoir pas pu accéder même très partiellement à ses productions psychiques.
3. Existe-t-il une fonctionnalité du suivi psychologique ?
À défaut de pouvoir aller plus avant dans la définition conceptuelle du « suivi psychologique » ; tentons de regarder son versant fonctionnel. C’est-à-dire d’essayer de voir à quelles fonctions l’invention et l’utilisation du mot « suivi psychologique » peut servir et répondre.
En effet, j’ai constaté que le terme de « suivi psychologique » est souvent utilisé par des professionnels – souvent jeunes donc incomplètement formés- immergés dans des réalités cliniques difficiles ou particulières. Ils y cotoient des patients qui aboutissent, par des chemins très divers, dans des institutions de santé mentale ou des services spécialisés. Ces praticiens sont confrontés à des difficultés qui peuvent se jouer à quatre plans :
– Sur le plan social : parce qu’il s’agit de sujets se débattant dans des difficultés sociales, économiques ou éducatives avérées qui projettent la réalité, voire la survie, au premier plan des préoccupations. Toutefois, ces situations souvent dramatiques toujours problématiques n’excluent nullement pour autant la présence d’une souffrance psychique voire d’une douleur existentielle mais celles-ci, paradoxalement, passent au second plan ou ne sont pas perçues comme telles.La prégnance des difficultés rencontrées dans la réalité renvoie la réalité psychique au second plan. Ces patients difficiles sont alors orientés – le plus souvent en désespoir de cause voire autoritairement – dans des centres de santé mentale publics pour y rencontrer un psychiatre ou un psychologue ou, pour les enfants, sont amenés – le plus souvent sur demande directe de l’école – au psychologue scolaire qui constitue ainsi le premier interlocuteur sans nécessairement que soit obtenue la coopération des parents.
– Sur le plan de la pathologie : parce qu’en raison même du « malaise de la civilisation » qui est la souffrance que la vie sociale impose à l’individu ; un nombre croissant de gens dysfonctionnent, ont de plus en plus de mal à s’adapter : certains décrochent tandis que d’autres crisent. Parfois brusquement, ils ne supportent plus leur situation et se livrent à des passages à l’acte violents, dépriment, somatisent, s’automutilent… dans des formes pathologiques souvent atypiques. Il ne s’agit pas forcément d’une configuration nosographique classiquement repérable mais d’une souffrance ou d’un mal-être diffus que le sujet vit le plus souvent comme une fatalité faisant partie de son cadre de vie et de pensée. Quelques fois, par leur malaise souvent bruyant, par les ravages qu’ils produisent dans leur environnement le plus immédiat, par les ruptures brutales qui s’y déploient ; ils se trouvent à être orientés, guidés voire amenés à se retrouver face à un « psy » censé fonctionner comme un garagiste chargé de réparer les pièces défectueuses.
– Sur le plan de l’urgence : parce que souvent ces situations échoient aux intervenants qui les acceuillent dans des conditions d’urgences dramatiques après que de nombreux signaux d’alertes aient été envoyés en temps utiles et de manière répétitives et n’ont malheureusement pas fonctionnés parce que non pris en compte. La plupart du temps ces sujets ne donnent pas suite aux conseils de soins qui leur sont prodigués et la situation problématique s’empire voir se chronicise. Les institutions qui les acceuillent habituellement – travail, école, mais aussi famille… – les rejettent d’autant plus radicalement que les signaux avant coureurs ou les propositions d’aides n’ont pas été efficaces. Les proches qui les cotoient – au travail, à l’école ou dans la famille – ou les professionnels qui les encadrent – enseignants, travailleurs sociaux… – sont rapidement en situation de « burn-out » c’est-à-dire au delà des limites du supportable qui sont, à terme, inductrices d’un rejet sans appel. De ce fait, on en arrive à des situations de presque ruptures, de ras-le-bol insoutenables, de démobilisations extrêmes ou d’exclusions radicales. Si, précedemment, je parlais du garagiste ; ici, il s’agit plus radicalement du pompier de service censé éteindre un feu dont on craint l’extension et la violence.
– Sur le plan personnel : parce que ces situations difficiles sont – n’ayons pas peur de la tautologie – difficiles ! Nous savons, grâce à l’apport de la psychanalyse à la compréhension des relations cliniques, qu’elles mobilisent sur le plan contre-transférentiel des affects extrêmement puissants et divers. Ils peuvent aller de la rage dévastatrice née de l’impuissance au découragement le plus total en passant par l’altruisme, la disponibilité et le dévouement tous azimuts. Comme le rappelle avec beaucoup de justesse et d’empathie mon collègue F.KRAUSS
[3] : « il faut avoir la vertu d’espérance chevillée au corps pour rencontrer des sujets globalement construits sur une image très négative d’eux-mêmes et qui suscitent immanquablement la rencontre avec le négatif en soi ». La tentation est alors grande d’utiliser ce qu’il appelle « l’effet boomerang » ; c’est-à-dire de retourner à l’envoyeur – en l’occurence le patient – tout le négatif qu’il a instillé dans la relation clinique et de l’accuser des malheurs dont il se plaint. Ce mécanisme a pour but de se protéger rapidement des effets dévastateurs que suscitent la rencontre avec les limites de la compétence et de l’outil professionnel qui entament ce que j’ai appelé ailleurs le « narcissisme professionnel »
[4]. Un travail de décentrage et d’après coup est, de ce fait, la condition nécessaire et indispensable en ces occurences difficiles.
On comprendra donc à mon propos qu’il s’agit là de formes de souffrances atypiques qui dépassent les cadres habituels nosographiques que nous avons l’ habitude de prendre en charge selon les technologies éprouvées.
Cette différence vient, selon moi, non seulement de la forme spécifique de cette souffrance qui ouvre considérablement le champ psychopathologique dans ses « bornes et confins » – pour reprendre l’heureuse expression de J.B.PONTALIS – où il s’agit moins de formes avérées de pathologies entrant dans les cadres connus de la nosographie auxquels les praticiens sont accoutumés de faire face que de formes diffuses ou atypiques recoupant les signes cliniques les plus divers ou les plus alarmants. Mais cette différence tient aussi de la forme caractéristique dans laquelle cette souffrance ou ce malaise se donnent non plus tellement à entendre mais dans la majeure partie des cas et dans un premier temps à voir c’est-à-dire dans des formes agies qui donnent à l’acte le rôle difficile et ambigüe de traduire ce que le mot ne peut conter
[5].
On sous-estime, en effet, trop souvent l’énorme travail psychique que sous-tend déjà la démarche qui consiste pour quelqu’un à aller demander de l’aide à un autre.C’est toute la question de la demande qui est ici posée.
Il y a donc lieu de faire l’hypothèse que ce terme de « suivi psychologique » s’il garde incontestablement un contour assez flou au plan conceptuel doit restituer aussi quelque chose de la réalité clinique à laquelle ces praticiens sont confrontés en même temps qu’est esquissée l’approche théorique et pratique qu’ils sont obligés de développer pour tenter de prendre en charge ou à défaut de contenir ces cas souvent délicats toujours difficiles quand ce n’est pas franchement désespérés.
Pour faire un peu dans la provocation ; je dirais que souvent les praticiens confrontés à cette réalité clinique délicate « errent » dans des cadres nosographiques flous et des modèles théoriques balbutiants qui essaient de rendre compte de ces formes de souffrances atypiques. Ils sont, de ce fait, obligés de « bricoler » des modalités d’approches relationnelles qui tiennent compte des multiples difficultés auxquelles ils ont à faire face et aboutissent de ce fait à des formes de prises en charges atypiques elles-mêmes.
Car on saisit mieux alors que ce qui est important au regard de ces populations spécifiques n’est pas tellement de « traiter » le problème – là est l’illusion thérapeutique dans laquelle s’abiment tant de pseudo-thérapeutes qui veulent jouer les apprentis-sorciers – que de « construire » tant bien que mal et autant que faire se peut une relation et un cadre d’échange dont on peut espérer, qu’à terme, ils soient premièrement investis et deuxièmement qu’ils deviennent significatifs. Ce dispositif devrait permettre au sujet en grande souffrance de réexpérimenter souvent de façon inaugurale une « bonne relation » dont son histoire nous apprendra, par la suite, qu’il a été le plus souvent cruellement privé ou exclu. Seule cette « bonne relation » peut faire, à terme, le lit d’un travail plus introspectif qui ne pourra se déployer que dans un second temps.
On comprend que les praticiens qui œuvrent au bénéfice de ces populations doivent, alors, évoluer entre deux bornes bien difficiles à organiser et à vivre :
- d’un côté la réalité du malaise du sujet qu’ils ont en face d’eux-mêmes, voire la souffrance de tout un groupe familial où la pathologie, dans l’une et l’autre forme, est à la fois ce qui fait souffrir mais aussi ce qui sert à vivre.
- d’un autre côte la pression de la demande sociale qui ne peut supporter plus longtemps un comportement déviant et dérangeant et pousse à toute force qu’« on » y mette bon ordre.
Pris dans les rets de cette double-contrainte ; s’ajoute une troisième variable qui est celle de gérer la culpabilité consciente de n’être pas tout à fait dans les filiations des modèles qui leur ont été enseignés dans les universités ou les organismes professionnels. On comprend mieux que ces praticiens aient quelques difficultés à fonctionner !
Si l’on y prend pas garde et s’ils ne trouvent pas de lieu pour en parler et les réfléchir ; ces contraintes multiples peuvent – sur un modèle retourné qui ne manque pas de piquant au regard des difficultés rencontrées au sein de la population – empêcher ces praticiens de penser le modèle d’une prise en charge spécifique et adaptée à ces formes de souffrances. La culpabilité envahit alors massivement la sphère professionnelle.
4. Psychothérapie et suivi psychologique : la différence
Il existe chez certains psychothérapeutes une sorte de triomphalisme pan-psychothérapeutique arrogant qui tend à faire de la psychothérapie le primum movens à partir duquel les difficultés personnelles et existentielles seraient, enfin, prise en considération, traitées et, cela va de soi, éradiquées.
Cette vision idéalisée ou messianique de la psychothérpaie cache souvent une méconnaissance de ses limites ainsi qu’une sous-estimation des spécificités pathologiques.
Historiquement, il est incontestable que l’avènement des « talking cures » – pour reprendre l’heureuse expression d’une des premières patientes de FREUD – ou des formes apparentées qui en sont dérivées ont constitué un progrès considérable à la fois dans la prise en charge des souffrances psychiques, dans notre connaissance du psychisme humain mais aussi dans la modification de notre image culturelle de la folie.
Le temps est heureusement révolu où l’on mettait les malades mentaux dans de grands baquets d’eau froide pour refroidir leur humeur ! Les progrés de le neuro-pharmacologie ont aussi permis à de multiple sujets souffrants de vivre à peu près normalement même si nous devons rester vigilants aux effets pervers des « camisoles chimiques ».
Mais ce triomphalisme pan thérapeutique doit être tempéré. Je crois qu’il résiste mal à l’investigation et à la confrontation cliniques. Nombre d’indications de psychothérapie pour justifiées qu’elles soient restent malheureusement lettres mortes ou tentatives avortées.
Malheureusement… ou heureusement, beaucoup de personnes résistent vaillamment aux contempteurs de la psychothérapie gratuite, laïque et obligatoire et l’on ne compte plus les « morts » sur la route de ces mauvaises indications.
Alors, ce que beaucoup ont encensé et porté au pinacle en raison d’une éfficience supposée magique arasant allègrement les souffrances devient alors objet de critiques ou de sarcasmes ironiques voire d’écrits ouvertement discriminants. FREUD, lui-même, n’a pas échappé à ce mouvement triomphaliste avant que de revenir à de plus justes vues que la confrontation avec la réalité clinique – notamment des psychoses – lui commandait.
Cette attitude arrogante voire méprisante détermine chez ceux qui utilisent le « suivi psychologique » un sentiment pris entre culpabilité et illégalité qui tient, selon moi, à la position incertaine, sur le plan conceptuel, de cet outil. Peut-on alors en dessiner le champ référentiel ?
Avant que de répondre à cette question ; revenons à la psychothérapie.
Pour qu’elle puisse aboutir, cette dernière suppose un certain nombre de paramètres et de conditions qui en font, selon moi, un outil relativement limité et spécifique. Il y a de nombreux critères que je ne peux développer ici. Mais, il en existe trois qui me paraîssent incontournables au regard de mon propos.
Le premier consiste à apprécier l’assise narcissique du sujet. En effet, le travail de psychothérapie suppose une discrète mais indéniable déconstruction identitaire qui, pour être supportée, suppose une « assise narcissique minimum » en deça de laquelle le sujet ne pourra pas supporter la régression inhérente au processus psychothérapeutique et à sa bonne marche.
Le second concerne les capacités de représentation et de symbolisation du sujet c’est-à-dire la possibilité qu’a ce dernier de mettre en formes, en mots et en images ses productions psychiques afin de les transmettre. On doit donc apprécier ce que ROUSSILLON appelle « les capacités réfléxives de l’appareil psychique » c’est-à-dire les possibilités que le sujet a ou n’a pas de réflechir sur le modèle de la métacommunication à sa propre expérience tant historique qu’émotionnelle.
On comprend alors l’importance du troisième paramètre : la possibilité d’entrer en relation. Celle-ci ne va pas de soi contrairement à une idée reçue qui a tout de l’anthropomorphisme et, souvent même, on se trouve en présence de configurations cliniques qui affichent une frislosité voire une hostilité relationnelle indéniables. C’est que l’on se heurte à des structures où, historiquement, les vécus traumatiques ont souvent employé le canal de la relation pour déployer leurs effets délétères.
Je donnerais deux exemples cliniques pour fixer les bornes du travail psychothérapeutique.
Monsieur X vient consulter pour divers troubles relativement flous aux termes desquels apparaîtront, au bout de quelques entretiens, plus précisément, des difficultés d’ordre sexuel. Monsieur X est, en fait, éjaculateur précoce.
Mais je constate rapidement que le fonctionnemment mental de Monsieur X est, comme l’on dit, riche et étoffé : ce que traduit à l’évidence une production onirique féconde qui permet d’investiguer clairement son fonctionnement psychique. Il y a par ailleurs dans ses rêves de multiples résonnances transférentielles qui facilitent grandement l’établissement de la névrose de transfert.
Toutefois, ce tableau idyllique doit être tempéré car dans les prermiers temps de sa cure – qui dure encore – de multiples résistances se mettent en place qui complexifient considérablement le travail entrepris.
Et, l’une de ces résistances prend l’allure d’une accentuation discrète de ses troubles – c’est le versant négatif du transfert qui s’inscrit ici – puisqu’un jour d’une voix suave et légèrement ironique Monsieur X me dit qu’il est parfaitement content du travail qu’il fait avec moi. Et avant que je n’ai eu le temps de me réjouir de cette occurence positive qui m’avait mis en éveil ; il ajoute : « c’est merveilleux, je suis venu vous voir parce que j’étais éjaculateur précoce, hier soir j’ai recontré une fille et j’ai été impuissant ». Il s’en suivit un silence de tonalité agressive qui signe le blocage de sa capacité à mettre en mots son agressivité. Le silence y est ici employé – pour paraphraser J. Mac DOUGALL – comme un acte.
Incontestablement, cette accentuation des troubles est à mettre au compte à la fois de la régression mais aussi des effets du transfert négatif qui commençait de poindre et allait, dans la suite de la cure, se déployer vastement.
Mais pour que cette accentuation des trouble n’entraînent pas soit une décompensation, soit une interruption de la cure ; il faut que l’assise narcissique de Monsieur X soit suffisante pour tolérer cette blessure narcissique supplémentaire qui, heureusement depuis, a cédé.
Tout autre est la cure d’Odile dont j’ai relaté les grandes lignes dans l’article que j’ai publié en 1995 dans les Cahiers de Psychologie Clinique : « La souffrance de l’Agir ».
Odile était une ancienne toxicomane en proie à une grande souffrance psychique qu’une histoire familiale et infantile difficile justifiait pleinnement. Mais cette souffrance psychique qui était évidente à une écoute attentive, Odile la déniait par des agirs répétitifs qui soumettaient la prise en charge à des mouvements incessants qui la plaçait au bord et à la limite de la rupture.
Ainsi, à titre de très bref exemple, Odile me téléphonait quelques minutes avant le début de la séance pour me prévenir qu’elle ne viendrait pas car à quoi bon raconter des choses à quelqu’un qui manifestemment n’y comprenait rien… et débarquait 15 minutes avant la fin de son temps de séance pour vérifier la fiabilité et la stabilité de ma présence mais en fait de sa présence à l’intérieur de moi.
Compte tenu de ces aspects fragiles, je laisse imaginer l’impact qu’aurait eu pour cette jeune femme une absence non prévue de ma part, une maladie…
Si pour plus de détails, je renvoie à l’article qui décrit les aléas de cette prise en charge ; il est toutefois incontestable que dans cette configuration clinique l’assise narcissique d’Odile – compte tenu des innombrables effractions traumatiques dont étaient émaillées sa vie réelle et sa vie psychique – était à la limite du nécessaire pour pouvoir supporter la déconstruction identitaire qui risquait de lui enlever le peu de stabilité émotionnelle et affective dont elle avait besoin pour vivre et faire face à ses engagements.
C’est la raison pour laquelle, en ce cas, le travail est moins un travail interprétatif des conflits psychiques sous-jacents – qui bien évidemment existent – qu’un travail de reconstruction de l’histoire et de ses aléas traumatiques au moyen desquels pourra être patiemment reconstruite une certaine continuité psychique
[6]. La direction de la cure est alors totalement différente de celle utilisée avec Monsieur X.
Ces deux exemples cliniques succints dressent schématiquement les deux bornes qui stigmatisent les possibilités de la psychothérapie.
D’un côté, le fonctionnement mental riche et étoffé d’un patient en grande souffrance psychique mais dont la construction identitaire résite aux assauts déconstructeurs d’un symptôme qui entâment toujours le narcissisme du sujet.
De l’autre, le lent et difficile travail de mise en représentation – R.ROUSSILLON parlerait plus justement de pré-représentation – soumis aux aléas des agirs destructeurs qui entravent la reconstruction d’une histoire faite de traumatismes, d’abandons et de rejets qui fragilisent la construction identitaire qui se fortifie au fur et à mesure que se déploie le travail thérapeutique et que s’investit l’objet « thérapeute ».
Mais le trait commun de ces deux exemples cliniques – au delà de leurs différences structurelles évidentes – consiste dans l’utilisation – dans le premier cas – et dans la possibilité de reconstruction – dans le second – des capacités de représentation et par voie de conséquence de symbolisation qui préfigurent le dévoilement de ce qui fait conflit pour ces sujets.
Tout autre est, semble-t-il, le champ d’application du suivi psychologique qui peut alors être spécifié.
Il se situe, selon moi, dans un travail de figurabilité en deça des exemples cités. Ce travail ne viserait pas à re-constituer les capacités de représentation mais beaucoup plus modestement à éveiller la possibilté chez ces sujets à figurer leurs affects qui est la première marche du long et lent travail de symbolisation. Précisons toutefois que cette impossibilité à représenter ne doit pas être comprise comme l’expression d’une carence mais comme le résultat d’une mise en sommeil de la fonction de symbolisation en raison d’une perturbation le plus souvent catastrophique des réponses apportées à l’enfant dans l’aide qui lui est fournie par son environnement premier à figurer les éprouvés. Ces répétitions traumatiques mettent comme hors jeu de façon durable le système de représentation.
Que l’on entende bien ; il ne s’agit pas de faire du « suivi psychologique » le nouveau modèle ou le dernier outil à la mode de la pratique psychothérapeutique mais plus modestement de voir comment la recherche psychanalytique la plus actuelle peut féconder utilement la réflexion dans le domaine de la psychologie clinique.
En clair, cela signifie que lorsque l’on se heurte à des patients où les représentations sont inacessibles ; il faut alors s’intéresser aux processus capables de les créer. Il s’agit alors de déplacer la focale des « contenus » à exploiter aux « contenants » psychiques à reconstruire.
Le « suivi psychologique » vient peut être réveler, dans cet entre-deux, son efficace. Il s’agira alors de créer et cadrer un « espace de jeu » – ici jeu avec les mots, jeu avec des pré-représentations, avec les ressentis, les émotions, les affects- qui puisse réenclancher les capacités de symbolisation et ouvrir la voie d’un authentique travail de psychothérapie qui puisse alors, dans un second temps et avec une autre personne, être proposé et avoir quelque chance d’aboutir.
Mais s’il n’était que cela, le « suivi psychologique » ne différerait pas énormément de la procédure utilisée dans la cure d’Odile.
Le rôle dévolu à la relation constitue le second paramètre du « suivi psychologique ».
En effet, chez ces sujets difficiles et fragiles ; on consate souvent une perte de croyance en la relation humaine. Aussi surprenant que cela puisse paraître ; il s’agit presque dans ces configurations cliniques d’une conviction « éthique » très enracinée. La relation n’est pas bonne ; pire, elle est dangereuse !
Celle-ci, parce qu’elle a souvent été le vecteur par lequel se sont opérationnalisés les traumatismes, devient suspecte de pouvoir répéter de façon compulsive et inattendue la potentialité de la souffrance. D’où une extrême frilosité relationnelle qui vise à protéger ces sujets de l’occurence d’une souffrance imprévisible mais terrible. On jette, en quelque sorte, le bébé avec l’eau du bain !
Ce qui fait, sur le plan technique, qu’une trop grande proximité ou une bienveillante neutralité sont autant d’éléments qui ne peuvent être supportés sur le plan du vécu de la relation. La « bonne distance » est alors un des points cruciaux du dispositif qu’il faut construire patiemment et avec de multiples allers et retours. Cette re-construction doit permettre au sujet de faire dans un cadre hautement sécurisant l’expérience d’un objet positif qui tolère, sans jamais les contrecarrer, les mouvements positifs et négatifs entre l’investissement et le repli.
La relation devient, elle aussi, « une aire de jeu » qui soit le premier temps d’une expérience relationnelle inaugurale au service de la reconstruction des capacités relationnelles.
5. Existe-t-il une spécificité du « suivi psychologique » ?
Je postulais au départ de mon propos que le « suivi psychologique » s’inscrivait dans une sorte d’entre-deux entre la démarche d’investigation proprement dite destinée à apprécier l’orientation nosographique et la prise en charge de type psychothérapeutique.
Je voudrais maintenant revenir sur les rapports entre le « suivi psychologique » et l’investigation psychopathologique après avoir traité ceux entre « suivi psychologique » et psychothérapie.
Il est peut-être dommage – et en cela je rejoins F. DOLTO
[7] -que l’investigation ait été rejetée dans les marges d’une pratique psychologique de seconde zone alors qu’une approche psycho-dynamique de l’investigation ouvre à une compréhension beaucoup plus vaste et riche que la simple et factuelle réponse au test.
Je crois qu’il faut souvent beaucoup de temps, beaucoup d’efforts et encore plus de sagacité clinique pour apprécier réellement quelle est la véritable ligne nosographique en face de laquelle on se trouve. Cette démarche prend du temps et déploie souvent des effets de transfert qui la rend encore plus complexe. Mais la démarche investigatrice n’est pas seulement fonctionnelle ou effractrice et, par voie de conséquence à rejeter au nom de l’éthique du sujet.
Souvent cette phase exploratoire constitue de manière assez surprenante une expérience inaugurale au cours de laquelle la personne qui en est l’objet se voit accéder de façon bien modeste et totalement inconsciente pour elle au rang de sujet. Il n’est pas rare, d’ailleurs, d’entendre des patients dire que c’est la première fois qu’ils parlent d’eux de façon si intime voire que l’on s’intéresse à eux. Cela permet, au travers de l’investigation, – et quelques soient les limites d’une telle entreprise – de poser les prémisses d’un cadre qui structure à minima la rencontre. Cette étape est capitale si l’on veut que la recherche de la compréhension et, espérons le, la mise à jour du sens ne soit pas seulement l’objectif d’un praticien désireux de produire un rapport clinique mais constitue une expérience dont le sujet sortira mieux informé de lui-même. S’il s’agit, au sens propre comme au sens figuré, de « suivre » le patient au plus près pour être sûr de comprendre ce qu’il nous donne à voir ou à entendre c’est-à-dire de dessiner pas à pas sa géographie psychique ; il convient également de l’aider à s’approprier et investir cette démarche qui le concerne.
Cette appropriation et cet investissement de la démarche qui infléchit l’investigation proprement dite du côté du « suivi psychologique » pose la question de la temporalité qui va structurer la rencontre.
Celle-ci de fixe et convenue dans le cadre de l’investigation classique évolue de façon malléable dans le cadre du « suivi psychologique ». C’est-à-dire que la relation peut durer sans enfermer les protagonistes dans une relative fixité programmée : chacun gardant en quelque sorte la possibilité de la faire cesser à tout moment. Cette dimension de malléabilité est tout à fait essentielle : d’une part en raison de la grande friosité relationnelle décrite plus haut mais d’autre part en ce qu’elle correspond bien aux modèles de disponibilité de l’environnement premier aux besoins de l’enfant. L’art de la mère n’est pas de présenter mécaniquement un environnement « suffisamment bon » à l’enfant ; il est plus exactement de s’adapter le plus justement possible aux besoins qu’elle subodore de ce dernier grâce à son intuition et à la qualité de la relation qu’elle entretient avec lui. L’art du praticien n’est pas d’enfermer le sujet dans un modèle supposé lui convenir à priori mais de le construire pratiquement et théoriquement en fonction des caractéristiques spécifiques de ce dernier.
Cette malléabilité n’est pas forcément un cache-misère de ce qui pourrait apparaître comme du laxisme, de l’amateurisme ou pire du charlatanisme. Elle tente de construire un cadre suffisamment bon et suffisamment contenant au sujet pour lui permettre de déployer l’expérience de la maîtrise de ce qu’il est, de sa pensée, de ses émotions au travers d’une relation à un objet qu’il va pouvoir se donner l’illusion de maîtriser. Nous savons, depuis WINNICOTT, l’importance de cette dimension de l’illusion dans la construction du sujet. Il est plus facile de faire le deuil de l’illusion de la toute puissance lorsque l’on a vécu cette toute puissance dans le cadre protégé et sécure d’une relation fiable vécue à l’aube de la vie psychique.
Mais cette malléabilité vise aussi à respecter les défenses de sujets où la peur du psychique n’a d’égal que la violence de la souffrance qui la génère à l’arrière plan. Elle vise donc à circonvenir les risques de décompensations ou d’agirs incoercibles qu’une confrontation avec le « psychique » risquerait d’induire ou de provoquer.
Elle a aussi une autre fonction au regard de ces populations que les difficultés de représentation handicapent. Elle s’appuie sur une certaine « passivité » de l’objet – ici le clinicien – qui peut accepter de tolérer cette mouvance de l’investissement, cette maîtrise de la distance, cette rigidification des défenses pour que puisse être vécue l’expérience, souvent inaugurale, d’un objet qui ne réponde plus d’une manière systématiquement rétorsive ou inadéquate à la demande mais aussi à l’absence de demande et crée avec l’aide du patient une « aire d’expérience commune » sur laquelle il sera, ensuite, peut-être possible de mettre des mots.
Le « suivi psychologique » n’est donc pas un « en-moins » ou un « pis-aller » au regard de la psychothérapie pas plus qu’il n’est un « en plus » ou un « plus-noble » au regard des procédures d’investigation.
Il révèle au contraire – c’est du moins ce que j’ai essayé de montrer – son extraordinaire richesse et, par voie de conséquence, sa grande complexité.
Il offre vraisemblablement à des patients difficiles et en grande souffrance psychique un lieu d’expérience inaugurale dont la caractéristique est de devoir être construit pas à pas pour « suivre » au plus près les mouvements complexes de la vie psychique de ces sujets.
Il est la tentative pour le praticien de créer un espace de travail relationnel pour des patients qui auraient, de par leur structure psychopathologique, bien des difficultés à rentrer dans un cadre plus établi de psychothérapie et s’avèrent d’une frilosité relationnelle et psychique telle qu’ils fuient à grandes enjambées les cliniciens diagnostiqueurs que, souvent, ils rencontrent en premier.
Le « suivi psychologique » trouverait donc sa justification et son efficace à être le premier et difficile temps d’une réappropriation de la dimension psychique dont ces sujets se trouvent comme éxilés.
En ce sens, il essaie de lutter contre la mort psychique.Donc, pour la vie.
En ce sens, il participe à la lente construction de la capacité à devenir sujet.
[*]
Psychologue, Psychanalyste. Chargé de cours à l’Université Nancy II, 1, rue Saint Vincent, F–57000 Metz.
[1]
Il s’agit dans le cadre de la 4
e et 5
e année d’étude en psychologie d’aider les étudiants à clarifier leur position professionnelle dans le cadre de leurs premiers contacts cliniques avec des patients acceuillis dans des institutions de soins (hôpitaux psychiatriques, services de santé mentale, institutions diverses).
[2]
Je renvoie, pour plus de détails, au récent article de J.BÉGOIN paru dans le tout dernier numéro du Printemps 2000 des
Cahiers de Psychlogie Clinique et intitulé : « Le soi et l’autre : solitude, altérité et aliénation. «
[3]
C.f : F.KRAUSS in « Soutien au soutien : confrontation,échanges, diversité des regards » in
REM, 1986.
[4]
par « narcissisme professionnel il faut entendre le fort courant d’estime de soi que suscite à l’intérieur du professionnel l’effet d’une tâche accomplie correctement.
[5]
C.f : J.P.VIDIT « La souffrance de l’Agir » in
Cahiers de Psychologie clinique. La transgression, N°5, 1995.
[6]
Je renvoie ici en écho au travail de N.MINAZIO « Les entraves traumatiques au travail de deuil » in
Revue Belge de Psychnalyse, N°25, 1994.
[7]
C.f : F.DOLTO Communication faite dans le cadre du colloque de l’ANREP « Le psychologue entre la tentation analytique et la prise de pouvoir institutionel »
Cahiers de l’ANREP, 1984.