Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804138739
272 pages

p. 113 à 138
doi: en cours

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Féminin, masculin

no 18 2002/1

2002 Cahiers de psychologie clinique Féminin, masculin
Féminin, masculin

Couples : différence et répétition

Alain Valtier  [*]
Se soigner en couple, c’est aussi prendre soin des différences entre soi et l’autre. L’invention de la psychanalyse coïncide dans le temps, avec la possibilité pour le désir sexuel et les sentiments amoureux de présider au libre choix du partenaire de vie. Là aussi, le transfert est à l’œuvre.
Faire cohabiter deux corps étrangers pour former une famille où l’enfant puisse créer son univers singulier, n’est pas une mince affaire. Seule la parole a les moyens d’atténuer le choc de la haine pour l’ennemi ou les effets de la jouissance incestueuse.
Les couples inventent leurs existences, et celles de leur descendance, dans une alternance infinie de différences et de répétitions. Si l’héritage biologique se transmet par la reproduction sexuée, l’héritage psychique n’œuvre-t-il pas par la répétition inconsciente des habitudes culturelles apprises dans les familles ? Mots-clés : couple, parole, sexeualité, transfert, différences et répétitions.
Taking care of yourself as a couple is also worrying about the differences between yourself and the other. Psychoanalysis’ invention coincide in history with the possibility for sexual desire and love feelings to prevail over free choice of your life mate. In this matter too, transference is at work.
To have two unfamiliar bodies living together in order to create a family in wich the child is able to build his own universe is no small matter. Talking only has the power of softening the shock of ha2ting the enemy or the effects of incestuous pleasure.
Couples invent their existence, and their descendants’, in an unlimited alternation of differences and repetitions. While biological heritage is transmitted by sexual reproduction, dœsn’t psychic heritage work through unconscious repetition of cultural custom learnt in families at the time of childhood ? Keywords : couple, speech, sexuality, transference, differences and répétition.
Couples et psychanalyse sont deux univers suffisamment distants pour que leur assemblage ne suscite la curiosité voire ne provoque l’agacement. Trop étrangers ou trop familiers ? Tous deux participent de mon existence, la question valait le détour.
Lorsque Mony Elkaïm est venu à la clinique de Laborde présenter les thérapies systémiques il introduisait une dimension nouvelle qui continue à produire ses effets, vingt ans plus tard. Sa personne a su transmettre une certaine manière d’« être en relation ». Il a été un passeur sans chercher à être un maître, avec le temps il est devenu un ami.
Cette rencontre se produisait à un moment opportun de ma trajectoire. J’en avais terminé avec une première tranche d’analyse que je poursuivais par l’immersion au quotidien dans un lieu accueillant le plus étrange chez chacun, mais aussi le plus intime, à savoir sa folie. De fait la psychose, lorsqu’elle s’incarne chez des sujets qui n’ont plus que ce mode d’être pour vivre, bouscule définitivement l’appréhension des rapports possibles entre humains.
Laborde est une expérience précieuse en ce sens qu’elle apprend un usage de la parole pour traiter l’institution en elle-même. Soignés comme soignants sont concernés par le devenir thérapeutique du lieu, position éthique que je soutiens également dans ce travail.
Je vais tenter de restituer comment les approches psychanalytiques, systémiques et institutionnelles convergent dans la mise en place d’un dispositif qui me permet de recevoir des couples en demande de thérapie.
Le protocole psychanalytique, inventé pour « se » parler, n’est pas utilisable comme tel avec un couple. Pourtant il convient de recréer les conditions d’émergence d’une relation qui ait la même qualité d’échange que celle qui a cours lors d’une séance individuelle.
Avec le couple, l’analyse change d’espace. D’un univers à deux dimensions elle passe à un univers à trois dimensions. Du plan elle passe au volume ; du linéaire elle passe au circulaire ; de l’immobile du corps allongé elle cherche sa mobilité. Elle sort du silence clinique pour se confronter aux regards parlants.
Recevoir ensemble deux personnes partageant leur vie est l’occasion d’expérimenter la pertinence de l’intuition freudienne concernant les affinités électives entre la parole et la sexualité. Freud a fait de la parole le support d’une pratique et de la sexualité le cœur d’une théorie.
Le subtil tissage entre ces deux modes d’expression alimente le quotidien du psychanalyste comme il est au centre de la question actuelle des couples.
Le transfert « désigne le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique. Il s’agit d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d’actualité marqué » (1).
Cette relation spécifique à la psychanalyse concerne aussi les liens établis entre les membres d’un couple. Je m’appuie précisément sur la capacité de tout sujet à pouvoir déplacer sur autrui des intensités qu’il a vécues antérieurement avec d’autres personnes, pour engager un travail psychique.
En psychanalyse, le transfert commence dès avant la première séance. Il est déjà en marche lors de la demande faite à quelqu’un d’un nom et d’une adresse, lieu et personne sont alors confondus. Lorsque l’analysant se « transporte » au lieu du rendez-vous, la rencontre va permettre, ou non, de concrétiser le mouvement intime qui mène à pouvoir livrer de soi à un étranger.
Cet état de transfert est celui que je suppose aux couples en demande de thérapie. Mon intervention consiste à favoriser l’analyse des transferts respectifs déjà établis entre eux, le plus souvent à leur insu. Pour ce faire, je m’assure en un premier temps que les deux personnes qui consultent ensemble sont déjà dans des liens de cette nature qui engagent leurs existences respectives.
En ce sens l’appellation « thérapie de couple » ne me paraît pas convenir. Ce n’est pas le couple comme entité déclarée et déjà construite qui serait « à soigner », mais bien deux sujets distincts l’un de l’autre qui se proposent de faire conjointement une « thérapie en couple ».
Le devenir du transfert n’est évidemment pas le même selon la situation considérée. En psychanalyse, le transfert s’inaugure avec une « promesse de séparation » (2) alors qu’un couple affronte le dur désir de durer et fantasmatiquement se fait une promesse pour l’éternité. Façon toute provisoire pour les humains de reléguer la mort aux oubliettes.
De même la parole ne subit pas le même sort. En analyse l’un se propose la retenue pour laisser l’autre découvrir l’association de ses idées, alors qu’en couple elle est sensée être de répartition équitable. La sexualité, enfin, est supposée agie dans un couple alors qu’elle est radicalement proscrite en situation d’analyse.
Une fois ces différences radicales affirmées, il reste que les processus mis en jeu sont tellement proches que je me sens plus à l’aise de recevoir les couples, seul. Mon implication contre-transférentielle est plus maîtrisable, de plus la relation entre les thérapeutes ajoutent des éléments aléatoires qui peuvent éloigner du centre du propos.
Les séances ont essentiellement pour fonction de relancer les potentialités thérapeutiques contenues dans la rencontre de la parole et de la sexualité, propre à chaque couple.
 
Dispositif pour engager une thérapie en couple
 
 
Lors du premier entretien j’écoute, regarde et me laisse imprégner du niveau d’engagement respectif des deux sujets en présence. Leurs gestes, leurs attitudes, la positions dans leur corps dans l’espace sont aussi précieux que les mots qu’ils disent.
Tous les cas de figures sont évidemment possibles. Mon objectif est d’évaluer si l’état des lieux de l’être-en-couple permettra ou non une analyse de la situation, sachant que le conflit qui les amène s’exprime le plus souvent par le paradoxe suivant « Nous n’arrivons plus à vivre ensemble et nous n’arrivons pas à vivre séparément. »
Impasse relationnelle qui traduit le peu de place pour la parole et la sexualité dans leurs échanges actuels. Le premier contact vise à évaluer si l’intersubjectivité gagne à être analysée ensemble ou séparément, en orientant vers un travail individuel, ailleurs si besoin.
Cette précaution amène à devoir préciser ce qu’est un couple au regard de la psychanalyse. La définition toute mécanique provenant de la physique donne une ébauche de réponse : « Ensemble de deux forces parallèles, égales entre elles, de sens contraire. »
Ces forces sont à repérer à l’intérieur du fonctionnement psychique de chacun des sujets, les pulsions en sont les principales représentations. Elles existent indépendamment de la relation en couple, mais trouvent dans cette circonstance particulière une opportunité pour s’exprimer, voire de se mettre en résonance, avec des équivalents chez le partenaire. Le concept de résonnance, introduit par Mony Elkaim, est proche de celui du transfert.
Lorsque les conditions me paraissent propices, je formule la proposition suivante : – « Pour les deux prochaines séances, je vous demande de bien vouloir me présenter la famille, l’enfance et tout ce qui vous paraîtra utile que je connaisse de votre partenaire. À la séance suivante ce sera lui ou elle qui le fera à son tour, afin que vous sachiez, vous aussi, comment vous êtes perçu.
Entre les séances, je vous demande de ne pas parler de ce que vous direz ici. Je souhaite qu’il (ou elle) découvre en même temps que moi ces éléments subjectifs qui seront exposés. L’objectivité de certains événements pourra être rétablie en séance, s’il y en avait besoin. »
Cet exercice présente l’avantage de poser les soubassements nécessaires à la constitution du système thérapeutique. Il précise le cadre, ainsi que l’espace-temps des séances où la parole sera privilégiée pour traiter les conflits qui les unissent et les séparent.
Le sentiment d’urgence qui souvent agite les protagonistes s’en trouve relégué à une place plus relative, la temporalité du conflit devant nécessairement trouver un compromis pour pouvoir évoluer dans la durée.
Demander à l’un, plutôt qu’à l’autre, de présenter en premier est quelquefois l’occasion d’une stratégie pour redistribuer autrement le pouvoir manifeste de la parole entre eux. Autant il leurs faut avoir trouvé un accord pour venir, autant leurs degrés d’investissement est généralement différent au départ.
Face à ces exigences du thérapeute, certains couples préfèrent l’arrêt immédiat du travail. Décision qu’il convient d’honorer pour ne pas en rajouter dans l’aliénation des désirs en présence.
Nul n’est tenu, aujourd’hui, de vivre en couple, ce n’est sûrement pas à un thérapeute de cautionner des assemblages qui n’auraient pas matière à échanges. L’exercice sert ainsi de test, la difficulté, ou le refus, de reprendre l’histoire de l’autre est une manière de lui signifier son désengagement.
D’autres, au contraire, trouvent dans cette proposition l’occasion de réaliser leur implication dans l’existence de l’autre, voire de constater l’importance dans leur vie, de la rencontre avec un univers différent du leur.
L’invention de chaque couple pour gérer l’existence de ses membres est un critère a priori toujours respectable, il en va de la reconnaissance du choix libidinal inconscient fait par chacun.
Aussi je fais, avec eux, le pari que leur choix est la moins mauvaise solution qu’ils aient jusqu’ici trouvé pour assumer la dureté de vivre. En ce sens je suppose au couple qui est en face de moi des potentialités créatrices et réparatrices. Elles ont été expérimentées au moins lors de la rencontre, même si elles se sont progressivement étouffées avec la durée.
La reprise, en séance, des forces pulsionnelles mises en jeu à ce moment s’avère souvent d’une richesse inventive insoupçonnable. Elle permet aux protagonistes de revivre un état et de reparcourir une trajectoire en partie oubliée mais qui n’en reste pas moins toujours active dans le présent.
L’importance accordée aujourd’hui à la réussite de la vie en couple tient au fait qu’elle est pressentie comme « une deuxième chance » qui permet de parachever l’apprentissage de la vie initiée pendant l’enfance. Ainsi le couple allège de la famille. Il en permet l’éloignement en soulageant d’une relation en prise directe avec le passé. Il est l’occasion d’une construction voulue nouvelle, même si la puissance de répétition des expériences antérieures est perçue comme redoutable.
Ainsi, faire sa vie avec quelqu’un, c’est tenter de la refaire.
Le conjoint devient un allié du changement pour un projet d’existence, à la fois en continuité et en rupture, avec la famille d’origine.
Ces potentialités de changement, spécifiques à chaque situation de couple, sont à saisir dans le processus thérapeutique, elles en sont la force vive, elles recèlent l’idée qu’une relation peut, en elle-même devenir « thérapeutique ».
Ainsi le couple invente sa thérapie comme il construit son existence, dans le côtoiement obligé de la parole et de la sexualité. Le thérapeute ne fait qu’amplifier les solutions déjà amorcées.
 
Mises en scène
 
 
Le transfert sur l’autre du couple n’élimine nullement le transfert vers le thérapeute. Chacun des membres du couple projette sur cette figure emblématique le pouvoir de trouver la solution qui convient en vertu du « supposé savoir » qu’il incarne.
Cet assemblage triangulaire sollicite profondément et très directement sa personne. Il entre également en scène avec ses désirs plus ou moins mis à jour, sa famille plus ou moins présente et ses couples passés, actuels ou à venir.
Je constate que le travail thérapeutique avec un couple exige une importante mobilisation contre-transférentielle. Notamment parce qu’il engage dans des zones inconscientes proches de celles qui sont requises pour affronter les processus mis en jeu dans la psychose, tel le déni, la projection, l’incorporation, le clivage et l’identification projective. Le couple renvoie à une succession de « doubles-liens » quasi constitutifs du deux qui cherche à faire de l’un.
C’est pourquoi en séance, au moins au début du travail, je suis dans l’attitude subjective qui consiste à recevoir deux familles, deux corps, deux étrangers, qui certes ont déjà essayé de s’unir ou de se séparer, mais qui viennent pour en retrouver la pertinence.
Le couple, perçu comme agencement situé à l’interface de l’individuel et du collectif, nécessite pour être appréhendé de passer alternativement d’une vision microscopique de l’inconscient de chacun des sujets, à un point de vue macroscopique où se mêlent des dimensions sociologiques, historiques, politiques, religieuses, juridiques, biologiques, anthropologiques, éthologiques…
Il devient alors une sorte de laboratoire de la démocratie en recherche d’elle-même, dans les fondements au quotidien des vies singulières. Seule la clinique au cas par cas est susceptible d’illustrer ces propos théoriques.
Après la mise en place de quelques généralités qui me sont utiles pour accueillir l’infinie diversité d’existences en recherche de cohérence, une situation clinique permettra d’accompagner plus particulièrement une thérapie en couple.
Un couple est la rencontre de deux familles
Claude Lévy-Strauss dans la préface de l’Histoire de la famille résume parfaitement l’état des lieux. (3)
« Le plus simple et aussi le plus sûr moyen de se protéger des inconnus, sinon des ennemis, consiste à les transformer en alliés par le mariage. On ne prend femme que chez ceux à qui on fait la guerre. »
En Occident chrétien, depuis quelques décennies seulement, les familles ne cherchent plus à être les décisionnaires officiels en matière de mariages, elles ont délégué officieusement cette charge aux intéressés eux-mêmes. Les familles fondaient leurs choix sur des critères essentiellement économiques. Le romantisme, au siècle qui vit naître Freud, a introduit les sentiments pour faire liens.
La modernité, depuis les années 1970, propose d’inclure également la sexualité comme critère dans le choix des partenaires.
Économie, sentiments, sexualité, non seulement président au choix des alliances, mais contribuent aux échanges interpersonnels dans le quotidien du couple. Pourtant, aimer et désirer la même personne dans la durée semble une véritable gageure pour beaucoup.
L’actualité des couples en thérapie consiste souvent à trouver les mots justes pour parler de l’argent et de son pouvoir, des sentiments amoureux et de leur devenir, des rapports sexuels et de leurs enjeux pour chacun.
Autrement dit, ce n’est que depuis que le désir individuel est reconnu suffisant pour former un couple que cet agencement peut faire l’objet d’une analyse. Dans ces considérations la parole du sujet devient le point crucial de l’édifice. Elle est non seulement suffisante pour créer l’alliance, mais elle s’avère nécessaire pour l’entretenir dans la durée.
La composante sexuelle, toujours très labile et fluctuante dans ses exigences, est beaucoup plus incertaine et fragile que la parole donnée une fois pour toute par les familles pour sceller un contrat.
Les liens économiques, étymologiquement « gestion de la maison », sont les plus anciens mais aussi les plus solides. Viennent ensuite les sentiments qui se tiennent assez bien sur la longueur, ils sont très souvent beaucoup plus tenaces que le seul désir sexuel qui semble assez facétieux dans ses exigences. Le mélange de ces trois ingrédients doit apprendre à affronter la durée.
Aujourd’hui, pour être comprise de l’autre, la parole liée au désir sexuel est devenue une nécessité que mesure mal les partenaires. Ils s’étonnent souvent que le silence dans les relations du quotidien fasse autant de dégâts.
Parler de l’intime de soi et de la relation est un processus d’humanisation généralement ressenti comme nécessaire, en un premier temps, par les femmes. Elles savent plus que l’homme combien l’étrangeté du désir peut devenir terreur et réveiller les effrois de l’infans qui sommeille chez l’adulte. Elles savent dans leur corps, beaucoup moins coupé du psychisme que celui des hommes, combien le recours à la parole permet l’accès à une jouissance, non pas de l’autre, mais de l’être.
En se détachant progressivement des familles, pressenties comme l’institution qui édictait une parole fondatrice (4), le couple devient à son tour la référence pour instituer la vie de la maison et celle des enfants.
À ce jour il semble que ce soit l’enfant qui fasse la famille comme si le privé avait le pouvoir de fonder le public.
L’hypothèse avec laquelle je travaille revient à dire. Quand le couple croit mettre les familles à la porte, elles rentrent par la fenêtre. Elles continuent d’agir à l’insu des partenaires, réussissant à créer, le plus souvent inconsciemment, des conflits qui séparent ou entretiennent l’aliénation commune.
Quitter sa famille n’est jamais une sinécure, pourtant c’est une prescription du Livre pour accéder à la « connaissance biblique ». Quitter les siens nécessite de transférer sur l’autre la jouissance première à la mère. En changeant de Nom une femme quitte celui de son père. Que quitte un homme ?
Quand un couple consulte, je reçois donc deux familles, ça fait beaucoup de monde en même temps. Il me faut organiser la prise de la parole qui est bien souvent aussi l’occasion d’une prise de pouvoir.
Apprendre à s’écouter est le minimum requis pour pouvoir « s’entendre ». En séance ils n’arrêtent pas de causer, ils se prennent, se coupent, se disputent le temps de parole. Pourtant, les mêmes déplorent que la parole ait déserté leurs échanges quand ils sont seuls.
L’incapacité à s’entendre, qui les fait consulter, vient en partie de ce que chacun a repris l’usage des codes dominants de sa propre famille et reparle « sa langue maternelle », sans plus chercher à être compris de l’autre. Ils sont comme réincorporés dans leurs univers d’origine.
Le couple marque ainsi sa difficulté à créer un espace nouveau qui permette d’inventer une langue commune, lieu d’accueil du nouveau, de l’étranger, de l’impromptu, de l’infans ouvert à toutes les langues.
Une des fonctions du thérapeute consiste alors à traduire d’une langue à l’autre, activité proche de l’interprétation qui domine lorsque l’analyste ne traite qu’une seule langue maternelle. Cette expression désigne un territoire d’échanges privilégiés entre une mère et son enfant. Il va de soi qu’une mère est différente pour chacun de ses enfants, les frères et sœurs ne parlent pas la même langue maternelle, chacun la sienne.
Quand je traduis, je m’adresse ostensiblement au partenaire concerné. Je me tourne vers lui et m’aventure à lui expliciter ce que j’ai cru comprendre du désir de l’autre et traduit l’attente à son endroit qu’il n’arrive plus à entendre.
Lorsqu’un couple se sépare chacun se retourne vers les siens. Chacun renoue avec ces liens qui nous tiennent du berceau au caveau. (5)
Une famille ne lâche jamais spontanément sa progéniture. Elle maintient les liens à l’identique dans un espace-temps indéfini que seul le désir pour un étranger peut rompre. Le lien à la mère est le plus intense puisqu’il en va de la sécurité archaïque.
Certes, un homme cherche à quitter sa mère, mais combien de couples reconstituent les échanges mère-fils pour la satisfaction apparente de deux partenaires.
Des sous-couples peuvent aussi s’instaurer. Ils se composent du lien préférentiel d’un parent avec un enfant de son choix, alliances transversales pour le meilleur comme pour le pire.
Toute vie, au fond est vécue en solitaire, mais le mode de vie célibataire est d’autant plus pénible à supporter qu’il maintient des liens intenses avec les origines.
Certaines familles investissent plus spontanément les lieux, objets et biens matériels, d’autres au contraire privilégient les personnes, les échanges et les idées.
L’attachement à un lieu, pays, territoire ou maison, peut être plus fort que l’attachement à une personne. Ce sont des « familles de pensées » dont les différences peuvent se heurter dans un couple jusqu’à créer des zones de fractures.
L’argent est souvent un flux par lequel se matérialise les divergences dans les modes de vie.
Un couple est la rencontre de deux corps
Pour chaque sujet, habiter son corps n’est pas une mince affaire. Devoir cohabiter psychiquement avec le sexe décidé par le hasard de l’anatomie est encore plus délicat. Chacun étant soumis à la virtualité de la bisexualité tant physique que psychique.
Le Moi qui est essentiellement représentation d’un territoire, d’une surface, assimile facilement le corps à une maison. Les sexualités, quant à elles, ont trouvé logis aux seuils du corps. L’orale, l’anale comme la génitale contribuent à délimiter le dedans du dehors pour chacun des corps en présence.
Les frontières du moi et du non-moi, fondements de l’altérité comme de l’hospitalité, sont des limites à respecter pour préserver l’intègrité de chacun et percevoir où commence l’intimité du territoire de l’autre. Pénétrer chez quelqu’un est toujours un franchissement de seuil qui engage respectivement les hôtes.
Nomades et sédentaires n’ont pas les mêmes perceptions de ces différences d’inscription du corps dans l’espace-temps au cours d’une existence. Nous sommes tous plus ou moins nomades et sédentaires selon nos cultures, âges et composantes psychiques.
Si le corps était le domicile de l’âme, le couple serait la recherche d’une maison pour deux. Le corps comme la maison demeurent à disposition la vie durant, nous n’en avons que la jouissance.
Les deux corps n’ont pas les mêmes organes. La voix de l’une est fine, aiguë, continue mais insistante, celle de l’autre est forte, grave, autoritaire mais prompte à se taire. L’organe de la parole et l’organe sexuel, de la femme et de l’homme, ne se distinguent que par des « petites différences ». Par contre l’usage qu’ils font respectivement de la parole et de la sexualité sont au cœur des conflits.
Souvent l’être-femme attend de l’autre qu’il invente des mots pour lui faire actualiser son désir, alors que l’être-homme revendique le sexe pour s’assurer du lien avec autrui.
Le couple n’a pas la même résonance dans la vie d’un homme que dans celle d’une femme. Les séances sont l’occasion de parler ces différences. Elles s’actualisent dans les manières d’habiter la maison et le monde, d’éduquer les enfants ou de permettre la jouissance des corps en présence. La tendance à l’égalité entre les sexes peut créer des confusions en annulant les différences, pourtant essentielles quand il s’agit de la jouissance de chacun, autant dans les corps que dans les lieux.
Dedans-dehors, délimitent des espaces en mouvements. Le dedans est assez spontanément féminin, tandis que le dehors apparaît plutôt masculin. Le sexe féminin est un en dedans du corps, pour qu’il soit pénétré avec plaisir par le dehors, il lui faut réunir certaines conditions ; Les agencements de paroles en sont parties prenantes, la jouissance provient alors de l’interpénétration des corps avec les mots. Hors ces conditions le même acte peut devenir agression. La jouissance devenue souffrance peut provoquer le rejet.
Un fantasme contemporain consiste à penser que les deux corps se doivent d’avoir une jouissance simultanée et d’intensité égale, dans un orgasme commun, pour avoir le label du vrai couple !
Je constate que deux corps mis en présence dans un même espace se font assez spontanément la guerre. Seule l’invention des plaisirs dans la sexualité semble pouvoir limiter la destruction annoncée.
Les plaisirs que les corps trouvent à manger, parler, fumer, boire, dormir, bouger, échanger… et pourquoi pas à aimer celui de l’autre, est ce qui rend la cohabitation possible.
Celle-ci concerne d’abord celle des adultes dans la maison et les espaces sociaux mis en commun, mais aussi plus subtilement l’enfant élevé par le couple (6). L’enfant perçoit dans son corps les conflits de ses parents.
Un couple est la rencontre de deux étrangers
Dans la langue commune, un couple « mixte » n’indique pas la différence des sexes, mais la différence des cultures d’origine de chacun des membres. À cet égard tous les couples sont mixtes, sauf les couples incestueux. Et encore faudrait-il admettre que des frères et sœurs partagent la même culture. Or, la jouissance sexuelle a partie liée avec le désir incestueux et sa transgression.
La distance qui sépare l’étranger de l’ennemi est aussi mince que celle qui évite la bascule de l’amour dans la haine.
Quand les couples consultent ils font souvent état du franchissement d’un seuil. Ils ne se parlent plus, ne prennent plus de repas ensemble, se disputent sur les questions d’argent et de temps, évitent de se rencontrer et quand ils s’aventurent dans un acte sexuel, c’est pour mieux en brandir l’inanité avec un partenaire aussi minable.
J’émets l’hypothèse que ces moments correspondent à une bascule où la pulsion de mort domine les éléments de vie, ceux qui avaient précisément permis la rencontre dans le plaisir du sexuel.
Dans sa mythologie de la pulsion, Freud propose une double approche. La pulsion comme concept à la limite du somatique et du psychique et une opposition-complémentaire des pulsions de vie et de mort.
Ces deux conceptions concernent directement les échanges incessants dans l’intimité obligée du couple dont le fonctionnement pulsatile alterne d’un état à l’autre.
La libido est une force qui pousse le sujet vers autrui, elle favorise la relation dans le plaisir de la découverte et crée des liens qui ouvrent sur la différence, tandis que la pulsion de mort favorise le retour vers l’inanimé, vers le déjà-connu. Elle assure néanmoins l’homéostasie du système par un processus de non-changement, en produisant de la répétition.
La répétition contraint inconsciemment le sujet à reproduire ce qu’il a connu dans son enfance, y compris ce qu’il n’a pas aimé. Voire même ce qui l’a véritablement fait le plus souffrir (abandons, jalousies, trahisons, vexations, violences…). La répétition engage autant la jouissance que la souffrance.
Le couple, et la famille en voie de constitution, sont un lieu d’élection pour l’expression des pulsions de mort à l’œuvre chez chacun des partenaires.
Faire subir à quelqu’un qu’on aime (partenaire ou enfant), les mauvais coups qu’on a soi-même reçus enfant de quelqu’un supposé aimant (parents ou proches investis affectivement) est le propre de l’engrenage mortifère dans les espaces devenus par trop familiers. Ceux précisément où il manque de l’étranger.
L’intimité conjugale devient alors très facilement un exutoire à toutes sortes de règlements de compte avec les miasmes de l’enfance. La vie en couple est une circonstance particulièrement propice à une régression commune vers des comportements infantiles. Le couple met les partenaires dans tous leurs états, du plus jouissif au plus agressif. Sentiments d’abandon et états de dépendance se les disputent avec les jalousies et autres rivalités. Dans l’acte sexuel, chacun retrouve les intenses plaisirs des sens, si intenses pendant l’enfance. La sexualité génitale a cette capacité de rassembler toutes les autres sexualités qui l’ont précédées dans l’évolution des découvertes du corps avec le monde. L’autre, devenu à son insu l’agent d’un tel bouleversement, peut très facilement faire peur. Son pouvoir exorbitant le pousse à être rejeté.
La recherche du même dans l’autre, une des figure du narcissisme, ou le rejet du semblable pour l’inquiétante étrangeté qu’il suscite, est l’œuvre de la pulsion de mort. Elle aussi est la source d’une incontestable jouissance.
Nombres de vies en couples s’en contentent. Elles reconstituent à l’identique les formes de vies expérimentées antérieurement. L’autre différent y est tenu en respect, à bonne distance. La répétition règne sur ces vies aux conduites irréprochables où l’ennui a depuis longtemps suppléé à toute tentative d’innovations et de rencontres. « Chez ces gens là, Monsieur, on ne consulte pas, on se terre » aurait pu chanter Jacques Brel.
À cet égard, les liens de violence où s’exprime la haine relient les humains avec beaucoup plus de puissance et de continuité que les liens dit d’amours. Le rôle des cultures et des religions consiste bien souvent à faire en sorte d’apprendre à transformer les pulsions agressives en sentiment de culpabilité.
Il en va pour les sujets d’un couple comme pour les habitants d’un village ou les citoyens de pays frontaliers qui longtemps se tolèrent et tout d’un coup se battent pour un territoire, une religion ou toutes sortes de « petites différences » (7) qui font de l’étrange semblable un ennemi.
Gloria et Jésus
Illustrent à leur manière la circulation de la violence. Le début de leur thérapie permet d’approcher une résolution possible du conflit.
Un soir de dispute particulièrement féroce, passe temps favori devenu trop habituel, une émission à la radio réussit à capter l’attention de Gloria et Jésus. Il est question de psychanalyse et de pédiatrie, Aldo Naouri présente son dernier livre. Jésus griffonne immédiatement le nom sur un morceau de journal qui traînait sur la table basse du salon. Les ondes servent de première médiation pour transposer leur drame privé sur une autre scène.
La consultation chez un pédiatre parisien leur évite à ce moment là de basculer dans les conséquences médico-légales de leur violence. Un point de rupture avait sans doute été atteint dans l’escalade du conflit.
Gloria et Jésus se connaissent depuis dix ans et leurs trois enfants restent probablement le dernier moyen pour oser dire l’enfer qu’ils vivent tous les cinq. Ils sont le seul argument encore présentable pour parler d’eux.
Les enfants sont minutieusement examinés et déclarés en bonne santé physique. Naouri laisse du temps, observe les échanges, met à l’aise, l’ouverture de son accueil permet d’orienter le débat vers l’inavouable agressivité domestique. Il accepte de s’occuper des petits, mais attend des parents qu’ils entreprennent un travail ensemble. Il pose sur ordonnance l’indication d’une thérapie en couple.
Il arrive que la réalité clinique soit si inventive qu’elle dépasse en imagination ce qu’une fiction aurait pu produire. Telle est l’impression que j’ai eu en recevant ce couple.
Lorsque Jésus entre dans la pièce, l’air se met à vibrer. Son corps occupe tout le volume. Souple comme un chat, il se déplace rapidement et en silence, il explore du regard tout ce qui l’entoure et se montre attentif aux moindres signes. Un calme apparent trahit pourtant son agitation intérieure. Volubile et parlant haut il veut comprendre leur violence et le clame tellement fort qu’il en suscite le doute. Il appuie son propos en me tendant la prescription et tient à préciser que s’ils sont ici tous les deux, c’est bien grâce à lui.
Gloria s’efface derrière les remous provoqués par les mouvements de son homme. Toute en discrète intériorité elle attend que je la sollicite pour parler. Son physique avenant fait preuve de sobriété, elle semble une captive consentante qui se soumet à la force, sans pour autant y céder totalement.
Leurs origines modestes et la vie en grande banlieue sont mises en avant comme pour excuser leurs agissements réprouvés et parer à un éventuel refus de les recevoir. La gène a beaucoup retardé leur décision et ils trouvent presque incongru de venir dans le centre de Paris pour déposer leurs saletés intimes, comme le montre si bien le film de Matthieu Kasowitz, la Haine.
Ils sont très explicites sur la gravité de la situation, parlent d’un bain de sang permanent depuis la naissance d’Alexandre, il y a sept ans. Les arrivées de Pauline et d’Agathe deux et trois années plus tard n’ont rien modifié à leur guérilla domestique.
Gloria est très réticente à venir consulter. Elle rechigne à faire quoi que ce soit avec cet individu, elle aurait préféré le fuir plutôt que d’avoir à l’accompagner. À ses yeux, il incarne le mal absolu, elle aurait aimé qu’il disparaisse de sa vie pour toujours, mais elle a dit « oui » au pédiatre. Elle est là par engagement, la parole compte plus que tout, elle s’arrime aux mots comme à une bouée de secours.
Jésus réprouve la maltraitance infligée aux enfants et veut comprendre d’où provient l’énorme rejet de Gloria à son endroit. Il semble l’initiateur du mouvement qui les mène à entreprendre une thérapie en couple.
La séparation a été maintes fois envisagée. Plusieurs tentatives d’éloignement ne sont pas parvenues à conserver longtemps la distance. Ils ne réussissent qu’à aménager des moments suffisamment longs pour éviter de se rencontrer. Ils ont appris à se croiser sans se heurter mais dès qu’ils se voient la passion les reprend, alors ils se battent physiquement ou bien s’entredéchirent verbalement.
Seule l’éducation de leurs enfants justifie encore qu’ils continuent à vivre sous le même toit. Cette nécessité leur apparaît un impératif éthique incontournable, toute alternative à cet assemblage nucléaire paraissant pire pour les cinq.
La situation me rend perplexe, j’hésite moi aussi à m’engager plus avant, tellement l’intensité de la haine imprègne la séance. Leurs regards assassins sont à couteaux tirés et ma présence ne semble en rien les troubler. J’imagine la tension quand il n’y a pas de tiers et me demande pourquoi les faire venir remuer toute cette violence explosive. S’ils apprennent à s’éviter, pourquoi les contraindre à se rencontrer ?
Naouri a pour habitude de défendre la cause des enfants, il parie sur le fait qu’ils seront mieux lotis avec des parents capables d’apaiser le conflit qui les dépasse plutôt que de se séparer ou de se faire la guerre en permanence.
Le décalage culturel est un enjeu de vérité pour eux comme pour moi. Il oblige à être plus explicite. Ce défi stimule mon envie de trouver une possibilité de changement, là où la simple séparation serait tellement plus facile.
Leur échec à se séparer illustre l’intensité du lien entretenu par la haine. La passion mise à se détruire est d’une redoutable efficacité, elle les tient davantage ensemble que n’importe quelle passion amoureuse. Il reste l’indifférence, mais ils en sont loin, elle seule serait sans doute propice à favoriser un éloignement des combattants.
L’authenticité qui les anime finit par emporter ma conviction. Chacun à leur manière témoigne que c’est l’engrenage d’une violence qui leur échappe qu’ils sont venus traiter. Ils veulent venir à bout d’un processus qu’ils ne maîtrisent plus depuis longtemps.
La confirmation à entreprendre une thérapie va venir de leur accord à explorer dès les prochaines séances, leur enfance, famille, et vie jusqu’à leur rencontre. Pour agrémenter l’exercice et mettre l’accent sur l’interdépendance de leur situation je confie au partenaire le soin de me faire savoir comment il perçoit l’autre dans son univers d’origine. Énoncé à la manière d’une règle fondamentale, cet exercice donne un cadre au travail et permet souvent de temporiser l’urgence.
Gloria se montrant la plus effacée lors du premier contact je lui confie le soin de présenter, pour de la prochaine séance, ce qu’elle sait de la famille et de l’enfance de Jésus, qui lui-même quinze jours plus tard exposera à sa manière celle de Gloria.
Avant de les quitter je leur demande de ne rien modifier de leurs habitudes, de continuer à s’éviter pour se prémunir de leurs respectives agressions et de se parler le moins possible, tant qu’ils seront dans un lien d’une si grande intensité.
Cette prescription de non-changement n’est paradoxale qu’en apparence, seul son énoncé à haute voix est provocatrice d’étonnement. Elle informe que la régulation de leurs rapports ne dépend pas uniquement d’un acte volontaire, qu’ils ont trouvé par essais et erreurs la moins mauvaise solution de cœxistence et qu’ils peuvent compter sur les séances pour aborder les motifs inconscients de leur violence.
Jésus est l’aîné de quatre enfants issus d’une famille espagnole qui a émigré lorsqu’il avait cinq ans. Son père, ouvrier dans le bâtiment, arrive le premier en clandestin. La mère reste au pays à élever les deux aînés et ne monte en France que pour la naissance des suivants.
Un épisode est resté célèbre dans la famille. Jésus a trois ans quand il déclenche une forte fièvre qui reste inexpliquée mais nécessite une hospitalisation prolongée au cours de laquelle il a été en proie à des hallucinations effrayantes. Il est considéré comme presque mort. Pourtant il s’en sort miraculeusement en reprenant les kilos perdus. Il mange pour deux dit-on, émerveillés dans la famille.
Timidement Gloria apporte deux précisions essentielles. Pendant l’hospitalisation sa mère allaitait une petite sœur née onze mois après lui et cette enfant s’appelle Gloria.
En même temps que moi Jésus perçoit combien Gloria est sensible à la coïncidence des prénoms et au sens possible que peut prendre cet épisode lorsqu’il est mis en résonance avec leur rivalité actuelle dans le couple. À la vie, à la mort.
Depuis sa naissance non programmée, la petite sœur a toujours été chétive, son anorexie a débuté au moment où Jésus ressuscitait. Dès lors, ce beau garçon règne en maître dans le cœur d’une mère qui en a fait son fils préféré au détriment évident d’une petite fille sans intérêt.
Contrairement à mes craintes, Jésus abonde dans le sens de Gloria et confirme combien les séparations avec sa mère ont été un cauchemar. Il revoit la souffrance de celle-ci lors de son entrée à l’école et admet que le problème n’est toujours pas résolu aujourd’hui car sa mère habite tout près de chez eux et s’immiscie constamment dans leur quotidien. Lui aussi cherche son émancipation et sait que son couple pourrait en être l’occasion.
La présentation par Gloria de l’histoire de Jésus s’avère pleine de délicatesses. Elle s’exprime en profondeur, sa réserve naturelle lui donne un ton affectueux qui sonne juste. Tous les deux en sont surpris et conservent leur calme jusqu’à la fin de la séance.
Quinze jours plus tard, Jésus se montre très à son aise pour décrire savamment la vie de sa compagne jusqu’à leur rencontre. Il manifeste son plaisir à une complicité masculine avec moi et joue sur la composante homosexuelle de la situation triangulaire.
Sa famille est aussi émigrée, mais du Portugal. Un grand-père maternelle est au cœur de la tribu, il est plus valide que sa femme qui a malheureusement sombré dans l’alcoolisme par dépression. Il élève courageusement ses trois enfants qui rencontreront chacun à leur manière de nombreux déboires.
Une de ses filles, la mère de Gloria est « engrossée » sans le vouloir par un riche marchand du Nord qui la laisse tomber quand il apprend la nouvelle. Un brave homme travailleur vient à son secours et reconnaît la fille. Personne n’explique les conditions de sa conception à Gloria qui l’apprend par hasard en lisant une correspondance lorsqu’elle a douze ans.
Elle garde pour elle ce secret qui l’empêche de se concentrer à l’école et la propulse dans de fréquentes rêveries qui continuent de la perturber aujourd’hui encore. Très renfermée sur elle-même, elle s’évade facilement dans des contes de fées qu’elle s’invente et dans lesquels elle se perd.
Jésus me prend à partie pour s’assurer qu’il a mon adhésion sur la gravité de la situation. Il apporte d’autres éléments biographiques sur un ton de gentillesse et de fermeté. La disparité de leurs états psychiques respectifs s’impose encore davantage lorsque Jésus résume leur lien en affirmant.
– Nous vivons une situation transférentielle énorme, ça ne va pas du tout, il y a eu trop de sang. Gloria m’a mis à la place de l’affreux personnage qui a engrossé sa mère pour l’abandonner par la suite. Elle m’insulte de sa haine et notre fils se structure dans cette ambiance abominable.
Gloria pleure. Le résumé de Jésus correspond exactement à ce qu’elle vit sans pour autant réussir à le modifier. Elle apporte spontanément une précision.
– Un jour mon beau-père a levé son poing sur Jésus. Heureusement, il a eu le sang froid de ne pas répondre. Ma mère n’a jamais accepté Jésus car il n’est pas assez riche. Elle le traite de bougnoule parce qu’il n’est pas français.
L’évocation du racisme des parents de Gloria contribue à rapprocher leur couple. Le climat s’avère propice pour enchaîner sur la haine jalouse qu’ils se manifestent également entre eux. J’en profite pour leur indiquer combien ils font subir à l’autre ce qu’ils n’ont pas aimé qu’on leur fasse supporter quand ils étaient eux-mêmes enfants.
Mon interprétation de la situation leur convient et ils repartent relativement détendus. Comme Roméo et Juliette, ils comprennent qu’ils ont peut être été amoureux mais que la rivalité ancestrale des espagnols et des portugais vient s’interposer dans leur union. Ce sont avant tout les familles, agissant inconsciemment en eux, qui se font la guerre.
– Pourquoi tu me traites de lâche ? demande alors Jésus.
– Par deux fois tu m’as quittée et j’ai bien cru que j’allais en mourir. Je me suis arrachée de l’emprise de ma mère pour aller avec toi et tu m’abandonnes.
L’attachement de Gloria n’est pas de même intensité que celui de Jésus. Quand il partait, elle n’existait plus. Elle ne tenait le coup qu’en allant respirer son odeur corporelle imprégnée dans les vêtements qui avaient été au contact de sa peau.
Progressivement, le ton change et d’autres contentieux peuvent s’évoquer sans trop de larmes.
– Je ne comprends toujours pas pourquoi tu me repousses le matin quand j’ai envie de toi ?
– La nuit, je m’enfonce très profondément dans le sommeil. J’y suis très bien. Là bas il n’y a plus personne pour me contrarier. Je n’ai pas envie que tu me déranges quand je me sens un fœtus. C’est le soir que je te voudrais, mais tu me rejettes.
Le temps d’une journée est comme le temps d’une vie aimait à dire Wittgenstein. La qualité de leurs échanges m’engage à traduire ce que vient d’énoncer Gloria en m’appuyant sur l’énigme du sphinx s’adressant à Œdipe.
– Lorsque Gloria se réveille le matin, elle est comme un fœtus qui arrive au monde. Elle doit se rassembler pour affronter la journée. Le matin elle est encore une petite fille qui vaque aux occupations de la maison. Elle se reconstitue petit à petit pour pouvoir sortir et aller à son travail. Quand arrive le soir, elle se sent enfin devenue femme. Elle est en état de pouvoir rencontrer un homme, mais à ce moment vous êtes totalement absorbé par vos affaires. Les enfants et les tracas vous rendent indisponible à son attente.
Mon intervention les surprend et leur permet de repartir apaisés. J’en profite pour suggérer à Jésus de prendre Gloria dans ses bras sans rien en attendre d’autre. Ainsi, elle va peut-être pouvoir passer, grâce à son contact désintéressé, de l’âge de trois ans à l’âge de trente ans.
Quinze jours plus tard, ils sont d’emblée dans leur problématique intime et m’indiquent qu’ils ont retenu la leçon.
– Quand il veut faire l’amour, il est comme un fétichiste. Je dois mettre des bas résille et me déguiser en pute. Je lui demande de l’affection alors que lui, tout ce qui l’intéresse, c’est de tirer un coup.
– J’ai tellement encaissé pendant des années qu’il faut maintenant qu’elle paye sa dette. Le sexe pour moi doit être un jeu. Je préfère la prendre pour une pute que pour ma mère. Elle n’aura d’affection que si on baise.
Cet échange pousse à son paroxysme les différences potentielles, concernant la place de la sexualité, entre les hommes et les femmes. La Maman ou la Putain, mis en scène par Jean Eustache résume parfaitement le propos et conduit à d’autres règlements de comptes sur le même thème.
– Il faut que vous sachiez qu’elle s’est faite mettre enceinte sans que je ne le décide, juste pour me garder.
Gloria reconnaît volontiers et ne regrette rien. À ce moment là elle ne pouvait pas faire autrement. Je lui demande comment elle se sent dans la famille de Jésus ?
– Il n’y a aucune tension, seulement je m’y ennuie. Avant on passait beaucoup de temps chez eux mais depuis que j’ai compris qu’ils étaient aussi comme ça avec sa première femme, je ne veux plus y aller.
– Comme Gloria ma précédente femme était aussi à restaurer. La grande différence est que celle là s’est accrochée à moi, alors que l’autre n’a pas réagi quand je l’ai laissée tomber.
– Elle est partie sans rien dire avec son môme sous le bras. Il ne s’en occupe absolument jamais, aurait-il fallu que je fasse pareil qu’elle ?
Je comprends mieux l’accrochage circulaire qui les rattrape insidieusement. La mère de Gloria s’est retrouvée seule, avec celle qui aujourd’hui se débat pour que le même sort ne lui arrive pas.
Pour temporiser un minimum l’émotion qui se dégage, je demande qu’ils me précisent, pour la prochaine séance, les conditions de leur rencontre.
– J’étais en ville, à la terrasse d’un café avec un copain quand une magnifique femme passe. J’ai cru vivre un rêve. Comme un somnambule je me retrouve à suivre l’objet absolu de mes fantasmes, j’en oublie mon copain. Elle emprunte le chemin que je prends régulièrement, cette coïncidence m’attire encore plus. Elle rentre dans une boutique et enlève son manteau. Je reste interloqué et paralysé sur le trottoir d’en face.
Le lendemain, je reviens. Elle est à nouveau dans le magasin, elle y est vendeuse. À chaque fois que je la voyais, elle me faisait le même effet, j’étais complètement tétanisé. Si je m’approchais, elle me repoussait en prétextant qu’elle ne parle jamais aux inconnus. Le petit manège a duré un an. Elle continuait à m’en mettre plein la vue.
J’allais renoncer quand sa collègue a commencé à me regarder, j’ai fait mine de la draguer. Gloria s’en est immédiatement aperçue. Son petit manège a pris fin instantanément. Ça a été une immense explosion de joie. On a été très heureux et nos rapports sexuels ont tout de suite été merveilleux.
Les vacances d’été interrompent le rythme des séances. L’apaisement relatif de la tension entre eux soulage ma crainte d’un éventuel passage à l’acte.
Au retour Jésus arrive seul. Je lui signifie mon étonnement et mon embarras à le recevoir sans Gloria. Je le préviens qu’il m’est indispensable de pouvoir restituer à l’interréssée tout ce qui pourrait se dire en son absence, la concernant. Aussi je laisse son fauteuil vide à sa place habituelle.
– Je viens d’acheter, en mon nom propre, une petite ruine que je compte transformer en palais. Je restaure. C’est mon trip de maçon espagnol qui me rattrape. Ma famille s’est ressoudée autour de ce projet, mon père va pouvoir occuper sa retraite et ses compétences, ma mère est ravie de nous faire à manger.
– Quelle place faites-vous à Gloria dans cette affaire ?
– À elle de choisir. C’est à prendre ou à laisser. Je l’accueille volontiers mais maintenant c’est moi qui décide. Si elle veut de moi, elle connaît les conditions, sinon elle peut partir. Je ne veux plus payer pour les autres.
– À première vue, vous réussissez à refaire une unité autour de votre famille d’origine grâce à ce projet. J’en mesure l’importance pour l’amélioration de votre image personnelle. Jusqu’à présent vous utilisiez le terme de restaurer, pour les femmes avec lesquelles vous tentiez de vivre. Dans la circonstance, la restauration concerne surtout vos origines familiales. Est-ce que le projet est compatible avec votre famille actuelle ?
– La suite dépend de l’attitude de Gloria. Si sa folie se dé place dans la maison, nous n’irons pas loin ensemble. Si elle se calme et peut s’occuper d’elle et des enfants, nous aurons alors franchi un seuil essentiel.
Lors de la séance suivante Gloria est manifestement affectée. Elle aussi est rattrapée par sa propre histoire. L’achat unilatéral de Jésus la confronte aux failles de sa construction psychique. Elle n’est pas mariée avec Jésus et continue de porter le nom du beau- père qui l’a reconnue. Celui-ci propose de les aider financièrement pour l’achat et les travaux de la maison. Elle en est fort gênée, car seul son père géniteur l’intéresse. Même s’il a totalement disparu de sa vie et n’existe qu’à l’état d’idéal pour sa mère comme pour elle, il hante toutes ses pensées.
– Jésus refuse l’argent de mon beau-père. Ça le regarde s’il veut réserver l’exclusivité à ses parents, mais j’ai l’impression qu’au travers de cette opération il refuse une part essentielle de ma personne. Il ne faut pas qu’il s’étonne si je me refuse sexuellement à lui.
– J’apprends que vous n’êtes pas mariés. Les notaires ont cette double fonction, ils s’occupent de la circulation des biens et des personnes.
– Ça fait longtemps qu’elle me tanne pour porter mon nom. Je ne pourrais l’envisager que si la violence cesse.
– Gloria vous informe, ici même, de la totale superposition de son identité et de sa sexualité.
Gloria arrive seule à la séance suivante. Jésus vient de se faire opérer d’une hernie qu’il s’est fabriquée en portant des pierres trop lourdes.
– Sans me prévenir de son absence vous venez occuper votre place. Comme lui l’avait fait il y a un mois.
– Il est ravi que je vienne toute seule. Il espère que je vais pouvoir soigner ma folie avec vous.
– Qu’en pensez-vous ?
– Avant je l’avais dans la peau. Ça faisait mal dès qu’il s’éloignait, maintenant je me sens plus autonome. Il ne pourra pas avoir ma peau, je fais moins d’allergie à lui.
– Vous semblez avoir trouvé une meilleure distance entre vous ?
Oui, le quotidien est beaucoup plus supportable. Il reste que je ne sais toujours pas quelle place il occupe vraiment pour moi ?
– Il a parlé d’un transfert de tous les hommes de votre enfance sur sa personne. Que pensez-vous de son interprétation ?
– Il y a sûrement de cela. Ma violence s’exerce essentiellement sur les hommes. Je me suis surprise à ne frapper que sur mon fils, mes coups épargnent toujours les deux filles.
Quelques séances plus tard la maison peut enfin être habitée. Ils s’installent tous les cinq dans un calme appréciable.
– Je ne comprends rien. Avant elle se refusait à moi et ça me rendait furieux, aujourd’hui c’est moi qui n’ai plus aucun désir pour elle.
– Quand vous m’avez annoncé votre projet de restauration, vous parliez d’une ruine qui allait devenir un palais. Vous aviez idéalisé la situation et transformé Gloria en princesse. En fait pour l’instant, ce sont vos parents qui ont été réhabilités à une place convenable. Il convient maintenant que vous construisiez votre couple avec la femme qui est à vos côtés.
– Je ne peux pas passer sans transition de la pute aux bas résille à la princesse qu’on case dans un coin pour avoir la conscience tranquille.
– Vous ne semblez pas lui en vouloir de vous négliger sexuellement ?
– Il ne me néglige aucunement. Il confond tirer un coup et faire l’amour. J’ai envie de retrouver la qualité de nos échanges du début, avant la naissance d’Alexandre. Quand il m’aimait pour moi même et non pour mon cul.
La nouvelle maison abrite maintenant deux adultes devenus parents, avec leurs trois enfants. La sexualité n’a plus la même résonance, les corps y sont engagés différemment.
En s’octroyant la totalité de la jouissance de la maison Jésus refuse l’apport symbolique de la famille de Gloria. Ce refus ne reste pas sans conséquences dans leurs rapports. Maintenant, elle se refuse à l’exciter avec des parties de son corps, elle cherche à le rencontrer dans sa totalité. Elle ne peut trouver sa place dans sa maison à lui que dans l’entièreté de son être.
Leur thérapie en couple a mis l’accent sur la nécessité, pour eux deux, de s’extraire d’un rapport fusionnel à leurs mères respectives. L’engagement, le déplacement ou le transfert d’un univers à l’autre est en cours de réalisation. La maison, au delà du symbole, est un espace à conquérir ensemble au même titre que leur sexualité.
Le moment de conclure approche. La fréquentation des couples en thérapie a exigé de l’enfant en moi qu’il reconnaisse l’irréductible duel, qu’il apprenne à composer avec les deux partenaires, alors que mon secret désir était de retrouver de l’un, à l’instar du couple paradigmatique en psychanalyse, celui de la mère et de l’enfant que je croyais au fondement de mes liens au monde.
À chaque séance, c’est l’enfant en moi qui reçoit le couple de mes parents. L’acharnement des thérapeutes à s’occuper du psychisme des autres n’est compréhensible que s’ils poursuivent pour eux-mêmes une œuvre réparatrice de leurs propres blessures.
La vie est un combat. Le thérapeute est un auxiliaire au combat, comme l’enfant l’avait été pour tenter de soigner ses propres parents afin qu’ils apprennent à prendre soin de l’infans prématuré, non viable sans leur présence et leurs soins continus.
L’alliance de l’homme et de la femme pour devenir parents nécessite le transfert de leur liens d’origine pour créer du nouveau qui s’incarne dans leur descendance. Pour se faire ils doivent opérer une « greffe de transfert » (8).
Réussir à faire couple, c’est comme réussir une greffe. Faire en sorte que deux tissus étrangers ne se rejettent pas. L’enfant apparaît alors comme un « porte greffe », une entité porteuse des héritages paternels et maternels.
D’être issus de cette fracture toujours possible entre les univers paternels et maternels est le fait de tous. Le couple est au cœur de cette brèche dans chaque existence.
L’enfant doit faire un énorme effort pour intégrer ces univers disparates qui se heurtent dans leurs différences. L’essentiel de sa tâche de tout petit consiste à tenter de rassembler ses parents. Ce travail est tout aussi illusoire que son acharnement à vouloir les soigner. Il semble que cette coupure incicatrisable reste béante dans la psychose et qu’elle se traite à peu près dans la névrose.
À l’instar du modèle biologique qui nous apprend que dans chacune de nos cellules sont inscrits les patrimoines paternels et maternels sous forme de code génétique, n’y aurait-il pas un équivalent psychique qui imprégnerait nos conduites les plus secrètes ? À la reproduction biologique de l’Espèce ne faudrait-il pas adjoindre la répétition psychique qui transmettrait les caractères acquis pour chaque sujet ?
N’y aurait-il pas dans cette cohabitation, pour chaque vie humaine, une alliance possible entre la nature et la culture ? Le couple serait alors aussi à entendre comme une instance psychique interne à chaque sujet. Une instance couple intériorisée qui inscrit une relation entre des univers, mais aussi processus dynamique qui œuvre dans les rencontres et influe sur les vies en couple.
Instance, peut-être structurée comme un langage, où deux familles s’expriment dans un corps rendu étranger à lui-même par l’énigme d’une sexualité sans paroles.
L’inconscient trouverait là sa capacité à transmettre une manière d’être au monde.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
1
·  LAPLANCHE J. et PONTALIS J.B., Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF, 1968 p. 492
2
·  ZYGOURIS R., L’amour paradoxal ou La promesse de séparation, Épistolettre N° 15, Novembre 1997, Revue de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse. p. 95
3
·  LÉVI-STRAUSS C., Histoire de la famille, Paris, Armand Colin, 1986 Préface p.11.
4
·  LACAN J., La Famille, section A l’Institution familiale parue en 1938, dans l’Encyclopédie de la famille (épuisée).
5
·  MITTERRAND F., acteur célèbre de la vie politique française. Il a choisi d’être enterré dans le village natal de sa mère, laissant sa légitime et ses concubines à leurs lieux d’origine.
6
·  NAOURI A., rare pédiatre à envoyer des couples en thérapie. Dernier ouvrage paru : Les filles et leurs mères, chez O.Jacob.1998.
7
·  FREUD S., Le narcissisme des petites différences, concept retrouvé à plusieurs reprises, dans Le tabou de la virginité(1918), Psychologie des foules(1921) et Malaise dans la civilisation (1929).
8
·  PANKOW G., concept qu’elle utilise dans son travail analytique avec des patients psychotiques. Ses ouvrages sont parus aux éditions Aubier.
 
NOTES
 
[*] Psychiatre et psychanalyste. 22, boulevard Saint-Michel. 75006 PARIS
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