2002
Cahiers de psychologie clinique
En plus, en moins
En plus, en moins
La différence incarnée
Réflexions psychosomatiques sur un phénomène étrangement familier : l’obésité
Nathalie Dumet
[*]
L’auteur propose ici une réflexion psychosomatique sur l’obésité, insistant sur la dimension potentiellement symboligène de cet agir somatique singulier. À ce titre l’obésité incarne une modalité différente de gestion des conflits, privilégiant la voie de la singularisation et la voie corporelle. Elle constitue un agir somatique différenciateur et salvateur dans l’économie psychique de certains individus.
Mots-clés :
obésité, symptôme psychosomatique, agir, différenciation psychique, symbolisation.
There, the autor proposes a psychosomatic approach of obesity insisting on the symboligene dimension of this singular somatic acting. In this fact obesity appears as a singular and corporal modality to treat psychological conflicts. Obesity is constituting a somatic acting which is permitting individuation and differentiation in some individuals psychic economy.
Keywords :
obesity, psychosomatic trouble, acting, psychic differentiation, symbolization.
L’obésité est un phénomène aujourd’hui de plus en plus répandu, courant, pour ne pas dire familier. On observe en effet le surgissement d’obésités de plus en plus tôt chez les jeunes (enfants et adolescents) et l’on sait d’ailleurs combien ces obésités développementales sont les plus récalcitrantes aux thérapeutiques amaigrissantes. Les formes cliniques de l’obésité sont elles aussi de plus en plus graves et alarmantes : le nombre des obésités majeures dites encore monstrueuses dans lesquelles le surpoids du sujet dépasse de deux fois ou plus son poids théorique ne cesse d’augmenter, et celles-ci sont génératrices de très nombreuses et très graves complications somatiques, qui entament le pronostic vital du sujet à court terme. Malgré cette réalité, la figure de l’obèse, elle, ne devient pas plus familière pour autant. En effet, le spectre de l’obésité hante nombre d’individus, à commencer par les patients(e)s anorexiques/boulimiques qui ne cessent de traquer la moindre trace de graisse dans leur alimentation comme sur leur corps, voire sont habité(e)s par de véritables contraintes à se purger (que ce soit par des vomissements provoqués et/ou par l’us et l’abus de produits laxatifs et diurétiques) du fait de compulsions alimentaires irrépressibles. Mais au-delà de ces patients, l’obsession de la minceur et la phobie du corps gros sont couramment répandues dans la population générale (féminine notamment mais pas seulement). C.Durif
[1] par exemple a mis en évidence à propos du poids une « insatisfaction normative » génératrice d’intenses souffrances chez des individus qui ne présentent manifestement aucun trouble pondéral objectif et avéré. Si plusieurs auteurs
[2] ont souligné depuis longtemps déjà l’impact de l’idéal socio-culturel de la minceur sur les individus et leur comportement alimentaire, reste que cette tendance s’observe et touche maintenant de très jeunes gens. Adolescent(e)s voire pré-adolescent(e)s se mettent en effet à restreindre abusivement leur consommation alimentaire au moment même où leur croissance biologique requiert précisément d’eux la satisfaction d’importants besoins énergétiques. Ainsi que le note et dénonce B.Brusset, on assiste de nos jours à une banalisation des conduites alimentaires déviantes, sous couvert de rationnalisations médico-sociales. On assisterait ainsi à un «
déni du pathologique par le culturel »
[3].
Comment comprendre pareilles attitudes ou situations, à tout le moins paradoxales, car au fond plus la société semble intimer l’ordre à ses membres de
« restreindre leurs appétits »
[4], plus l’obésité gagne du terrain, plus le poids moyen des individus augmente d’année en année. Pour expliquer le caractère si détestable et prohibé de l’obésité aujourd’hui
[5], J.Baudrillard
[6] proposait dès 1983 une hypothèse philosophico-sociologique. Au fond, disait-il, si l’obésité est si activement pourchassée, c’est parce qu’elle figure l’horreur et la monstruosité du monde tel qu’il est devenu dans son obsession du stockage et de la capitalisation. La mondialisation tout comme l’obésité seraient donc figures des temps modernes. Plus spécifiquement, l’excès de poids serait réponse collective à l’excessive emprise de l’idéal socio-culturel de minceur exercée sur le corps des individus. L’obésité serait en somme le tribut à payer non pas tant pour un excès de bonnes chères (comme nous le verrons plus loin) que pour la méconnaissance sinon négligence sociale du corps, de ses besoins, voire de ses droits…
Mais qu’en est-il sur un plan plus individuel ?
L’obésité est tout à la fois présence – absence, et présence surtout jusque dans son absence, ainsi que cette hantise (individuelle ou collective) du poids le met en évidence. À ce titre l’obésité ne serait-elle pas aussi une figure ou version moderne de l’inquiétante étrangeté
[7] ? Une illustration du familier (le corps, voire le grossissement ici) qui existe en soi mais dont le sujet s’ignore porteur, un familier perceptible en l’occurrence (projection oblige !) seulement au dehors, dans l’autre (ici l’obèse) ? Et/ou dans le même temps une incarnation de l’étrange en soi ou de l’étrangeté à soi-même qui règne souterrainement avant parfois de se dévoiler, de s’actualiser, de s’incarner en un mot – et de s’incarner via l’obésité alors… ? « Étrangers à nous mêmes »
[8] – telle pourrait être en effet la devise de nombreux sujets obèses. Des sujets qui se sentent et se décrivent tels lorsqu’ils viennent consulter, pour la première fois souvent, relativement à leurs troubles pondéraux.
Que s’est-il donc passé pour que ces individus en arrivent là, à ce sentiment d’étrangeté et plus encore à cet état psychique comme somatique lui aussi jusqu’alors étranger au sujet ? (Nous faisons plus spécifiquement allusion ici aux obésités dites réactionnelles survenues chez des sujets adultes sans antécédent notable ni individuel ni familial d’obésité.) A la question précédente, le présent article tentera d’apporter quelques éléments de réponse. Mais poursuivons d’abord notre réflexion sur cet étrange sentiment qui s’est insidieusement glissé dans le psychosoma de l’obèse.
Peut-être comme G. Apfeldorfer
[9] le fait à propos de la prise alimentaire de l’obèse, peut-on évoquer ici une sorte d’état crépusculaire qui entoure la prise de poids. Car tout semble s’être passé du point de vue du sujet comme s’il n’avait pas vu, ne s’était pas rendu compte de son grossissement. Or celui-ci du point de vue de la réalité est évidemment progressif et nécessite toujours du temps (de quelques semaines au moins à plusieurs mois, cela est variable selon les individus)
[10]. Cet état crépusculaire désigne l’existence chez l’individu d’une sorte d’absence psychique, mais un état d’absence du sujet à lui-même (ou vis-à-vis de certaines réalités seulement, qu’il s’agira alors de repérer en deçà de l’obésité) et d’un état relatif car durant ce temps dynamique de constitution de l’obésité, le sujet n’en continue pas moins de vaquer à ses obligations habituelles. L’individu ne sortirait de cet état psychique qu’une fois advenu un certain surpoids, une fois réalisée l’acquisition d’un palier pondéral nouveau et différent pour le sujet. Le sujet est passé à autre chose, il a changé de forme, il est devenu obèse, en un mot, il s’est métamorphosé, il peut dès lors sortir de son sommeil ou de sa léthargie. L’obésité pour ne pas dire déjà la somatisation pondérale (cf. infra) semble ainsi avoir lieu en dehors (ou presque) d’une activité psychique consciente – à moins qu’il ne faille envisager de parler de mécanisme de déni
[11]. Au fond tout semble se passer comme si une amnésie, partielle au moins, couvrait d’opacité cette période durant laquelle le corps se met à sécréter l’enveloppe graisseuse, à stocker de l’énergie, à prendre du volume (et pas seulement du poids). Comme s’il n’y avait pas eu chez ces personnes connaissance ou prise de conscience de leur changement corporel, de leur transformation physique. Et du jour au lendemain (ou presque) en somme, ces personnes se (re)trouvent, se réveillent obèses. Mais le réveil est loin d’être ici idyllique comme cela se passe au contraire dans la plupart des contes et récits mythologiques ! C’est un réveil douloureux pour ne pas dire traumatique, fait de nouvelles perceptions et sensations. Car le sujet ne se reconnaît pas ou plus dans cette forme que pourtant il habite, dans ce corps qui passe pour être le sien, dans cette nouvelle ou seconde peau. « C’est moi et ce n’est pas moi », « je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer », ou « je ne me reconnais plus du tout » sont quelques uns des propos souvent entendus de la part de patients obèses rencontrés en pareilles circonstances (consultation motivée par l’obésité). L’image spéculaire actuelle a généré pour ces patients un choc, une épreuve pour le moins désorganisatrice pour ne pas dire parfois presque dépersonnalisante, laquelle n’est pas sans évoquer l’épreuve inverse que vivent d’autres patients obèses après le suivi réussi d’un régime hypocalorique : la minceur les déroute, aux plans personnels comme interpersonnels, certains d’ailleurs ne s’en remettent pas
[12] et reprennent alors très vite tous les kilos perdus, parfois bien plus, comme s’il était urgent pour eux de retrouver leurs limites propres ou leur Self, c’est-à-dire leur identité, celle qu’ils ont forgée, fut-elle celle d’obèse… À ce titre l’obésité constitue un aménagement psychosomatique de la personnalité. Et cet aménagement sert parfois pour certains individus à leur construction identitaire subjective et à l’affirmation de celle-ci
[13].
Dans la continuité de ces réflexions, nous souhaitons traiter ici des processus d’élaboration et de symbolisation des conflits (notamment des conflits structurants l’identité subjective, tels que ceux qui jalonnent le processus ou travail d’individuation et de différenciation) et signaler comment ils peuvent parfois et pour certains individus se trouver portés (pour ne pas dire déjà incarnés) par des procédés différents de ceux auxquels on s’attend habituellement, notamment par des procédés corporels, et plus précisément au moyen de cette formation corporelle particulière qu’est l’obésité. Au fond, la différence (et non pas déviance…) corporelle, qui revêt ici les traits singuliers de l’obésité, peut tenir, ainsi que nous le verrons plus loin, une fonction salvatrice et organisatrice dans l’économie psychosomatique d’un individu. Sans doute, le lecteur l’aura-t-il déjà perçu, ces pistes théorico-cliniques suggèrent encore un autre dessein. Elles ont en effet également pour objet/objectif de rouvrir un débat, certes déjà ancien mais non encore désuet pensons-nous dans le champ psychosomatique, à savoir débat portant sur le statut et la fonction économico-dynamiques de l’agir somatique (certes ici restreint à la forme clinique de l’obésité dont nous nous attacherons à montrer dans une première partie comment elle peut légitimement constituer un tel agir) et portant corrélativement sur la question des liens (plutôt que déliaisons) que l’agir somatique entretient
[14] avec l’activité psychique et symbolique (parties suivantes).
La somatisation pondérale
L’obésité est classiquement définie comme un excès de poids, alors qu’elle est plus encore du point de vue biologique un excès de tissu gras. On distingue classiquement deux grands types d’obésité : les obésités dites hyperplasiques comprenant un grand nombre de cellules adipeuses et les obésités dites hypertrophiques dans lesquelles c’est le volume des adipocytes (ici en nombre moindre mais constant) qui est susceptible d’augmenter. À ce titre l’obésité apparaît comme un processus endogène, susceptible d’être facilité par des facteurs exogènes ou environnementaux, qui se déclenche en certaines circonstances mais sans pour autant que l’on sache isoler précisément les différents agents pathogènes. Des abus alimentaires sur les plans qualitatifs et/ou quantitatifs passent pour être reconnus comme la cause principale de l’obésité
[15], or cette hypothèse explicative est loin de pouvoir rendre compte de l’ensemble des formes d’obésité, à commencer par exemple par le phénomène dit des obèses petits mangeurs ou même celui de l’obésité-paradoxale
[16] observée durant la seconde guerre mondiale
[17]. Toutes ces situations invitent donc à une approche psychosomatique du sujet obèse comme de son trouble. Celle-ci se trouve renforcée par le constat suivant : l’obésité constitue une atteinte (ou une affectation) de l’ensemble de l’entité charnelle d’un individu. Ce n’est pas seulement le poids qui dérange ou fait souffrir
[18], c’est l’ensemble du corps qui est atteint donnant naissance au gros corps. C’est pourquoi certains auteurs n’hésitent pas à parler « d’obésité psychosomatique », laquelle surviendrait chez des individus (notamment des individus normo- ou hypophages !) présentant des difficultés à élaborer les conflits dans la sphère mentale, difficultés corrélatives chez l’individu de tendances à l’agir
[19], de l’absence de fantasme et surtout de l’absence de sens du gros corps
[20]. Dans la même perspective, d’autres chercheurs ont tenté de mettre à jour chez les patients obèses les caractéristiques alexithymiques (telle que par exemple la difficulté à reconnaître, nommer, verbaliser affects et émotions
[21]) censées caractéristiques des sujets somatisants : c’est ce que vérifie par exemple l’étude de G. Legorreta, R.H. Bull et M. Kiely
[22], selon laquelle les obèses seraient bien des individus plus alexithymiques que les sujets du groupe-contrôle et présenteraient une plus grande inhibition de la fonction symbolique que ces derniers. Ces résultats doivent être confrontés à ceux, antagonistes, d’une étude conduite ultérieurement qui ne conclut, elle, aucunement à l’existence de ce critère psychopathologique dans le cadre d’obésités morbides
[23]. Quoi qu’il en soit et comme ces travaux le suggèrent, l’obésité et plus largement les troubles du poids constituent à bien des égards de véritables symptômes (psycho)somatiques. Plus précisément ces symptômes en appellent à une réflexion sur leur place et leur fonction dans l’économie et l’équilibre psychiques des individus qui en sont porteurs. Autrement dit, comment concevoir plus avant la somatisation pondérale ? Peut-on parler d’agir pondéral à l’instar de « l’agir somatique »
[24] ? Qui plus est, quel(s) lien(s) entretient, conserve – ou non – cet agir avec la réalité psychique de l’obèse ? Quelle problématique psychique se dessine sous/par cette somatisation ? Enfin, l’agir pondéral obère-t-il l’activité psychique ou peut-on souscrire à l’idée qu’il soutient, sous-tend un processus d’élaboration et de symbolisation ?
L’agir pondéral et la question de son caractère symboligène
Nous ne dresserons pas ici une revue exhaustive des nombreux travaux consacrés à l’agir et à sa version somatique, mais nous nous contenterons de rappeler ici quelques éléments utiles à notre propos.
Historiquement le concept d’agir (traduit par Agieren en allemand, par acting en anglais) s’enracine dans le cadre de la cure psychanalytique (de la patiente prénommée Dora notamment). En effet, dès 1905, S. Freud utilise ce terme pour rendre compte du comportement de certains patients consistant à « mettre en action » souvenirs et fantasmes au lieu de se les remémorer conformément à la règle analytique. Mais ainsi que l’écrit A. Potamianou après S. Freud, l’agir équivaut ainsi à « une façon de se souvenir »
[25]. Initialement donc le concept d’acting est lié au transfert, l’agir constituant une variante de celui-ci. Comme certains l’ont souligné, il y a à cette époque dans la pensée freudienne une indifférenciation entre la réactivation dans le transfert d’expériences infantiles et de tendances psychiques refoulées et le recours à l’action motrice. Mais qu’il soit émergence pulsionnelle ou retour du refoulé l’agir est au même titre que le lapsus, le rêve ou le symbole une voie d’expression du fantasme inconscient. Le concept d’agir s’inscrit, on l’aperçoit ici, dans une autre perspective, économique celle-là : par le moyen comportemental ou agi, le sujet décharge excès de tension contenus dans l’appareil psychique, douleur ou affect psychiquement insupportables. Ceci parce que la voie de l’action est la voie la plus courte (bien plus courte que la voie de l’élaboration mentale et donc toujours susceptible de lui être préférée) qui permette à l’individu de se libérer de ses tensions psychiques.
Malgré cette origine liant l’agir avec la cure et avec la vie psychique surtout, le concept d’agir a connu après S. Freud une évolution dans deux directions majeures. L’une que l’on peut qualifier d’extension dans la mesure où l’acting est sorti du strict cadre analytique pour englober toutes les conduites ou décharges du sujet dans l’action quand un surcroît d’excitations déborde son appareil psychique. L’autre direction est beaucoup plus réductrice et privilégie la fonction défensive de l’agir ; ainsi la notion de passage à l’acte vient-elle par exemple définir « une tentative de résolution de la tension liée au conflit par une décharge immédiate, laquelle vient à la place d’une prise de conscience qu’elle remplace en l’évitant »
[26]. Dans cette acception, l’acting correspond à l’économie voire à la faillite des processus de mentalisation. C’est ce qui a d’ailleurs été particulièrement retenu et mis en évidence par les psychosomaticiens de l’Ecole de Paris, à commencer par P.Marty
[27] pour lequel la somatisation relève et résulte justement de carences psychiques et représentatives, d’une impossible élaboration des excitations ou conflits intraitables ou inendiguables psychiquement. Dans la même perspective psychosomatique, J. Mc Dougall attribue au symptôme psychosomatique le statut d’un agir ; l’agir somatique participe alors des mêmes fonctions que l’agir comportemental, à savoir celle d’une décharge court-circuitant le travail mental
[28].
M-J. Vansina-Cobbaert s’interroge à juste titre sur cette dérive conceptuelle du concept d’agir. Elle souligne « l’insistance de l’utilisation défensive, disruptive et destructrice de la notion de passage à l’acte alors que S. Freud avait décrit l’utilisation constructive tout autant que destructive de ce phénomène »
[29]. Un véritable discrédit est ainsi porté au concept d’agir dans le mouvement analytique, relevant sans doute de « la généralisation abusive d’une signification qu’il (l’agir) a parfois : celle de court-circuiter la mentalisation »
[30].
Aujourd’hui cependant certains auteurs n’hésitent pas à revoir ces acceptions et à proposer d’autres modèles, plus nuancés, pour rendre compte, il faut bien l’accepter, de la diversité et de la hiérarchie des formes d’agir. Ainsi en est-il par exemple de J.Godfrind
[31], laquelle propose d’appréhender l’agir justement selon le degré de symbolisation qui le sous-tend. Pour cet auteur il existe au fond un continuum des agirs. À l’une des extrémités se situeraient des mises en acte hautement symboliques ou signifiantes (correspondant à des mises en scène de type névrotique) traduisant l’émergence de fantasmes inconscients ; à l’autre extrémité se trouveraient des manifestations agies ayant cette fois seule valeur de décharge, d’évacuation des tensions (et correspondant alors davantage à des structures déficitaires). Entre ces deux pôles, il existerait de nombreux amalgames complexes dont il incombe au praticien de savoir reconnaître le degré de symbolisation.
Dans cette optique, ne pourrait-on alors envisager l’existence d’agirs somatiques, certaines formes du moins – et peut-être alors certains agirs pondéraux – au service de l’élaboration signifiante, au service de la symbolisation des conflits et de la subjectivation ? Telle est l’hypothèse de la « somatisation symbolisante » émise dès 1989 par C. Dejours pour rendre compte de certaines situations somatiques ainsi qualifiées pour « faire ressortir leur aptitude à frayer en quelque sorte par l’intermédiaire du corps malade, le chemin des représentations mentales qui manquaient jusque là pour faire advenir les conflits psychiques »
[32]. Ainsi en fut-il de l’acting chirurgical que sa patiente Phillipa avait un jour commis – elle s’était fait faire un nouveau-nez – patiente qui avait auparavant souffert d’une grave somatisation gynécologique (rupture hémorragique d’un kyste ovarien). C’est le passage par ces différents agirs somatiques qui avait permis de ramener au grand jour et dans l’analyse le souvenir (et le travail psychique sur) des manœuvres maternelles abortives dont Phillipa avait été l’objet dans son histoire foetale.
De son côté M-C. Celerier soulignait déjà quelques années plus tôt l’impossibilité d’une coupure radicale entre corps et psyché. Pour cet auteur, la somatisation ne se caractérise pas tant par une absence de fantasmatisation que par un agi du fantasme. À ce titre la maladie somatique ne suit pas le symbolisme de la conversion hystérique, mais elle témoigne de représentations archaïques.
C’est ce dont rend très bien compte le concept d’« hystérie archaïque »
[33] proposé par J.Mc Dougall pour désigner les manifestations psychosomatiques. Cet auteur veut ainsi mettre en évidence le type d’économie psychique des sujets somatisants, en l’occurrence une économie d’ordre narcissique et non génitale bien différente de celle sous-jacente à l’hystérie névrotique. Alors que dans celle-ci, le sujet cherche par ses symptômes (de conversion notamment) à éviter la castration génitale, dans l’hystérie archaïque, le sujet cherche lui à protéger son corps, son Moi, son existence psychique comme somatique menacée d’effondrement. C’est donc à une sexualité primaire, de l’ordre de la relation à l’objet primordial que renvoie le symptôme psychosomatique, une sexualité qui n’a pas été intégrée dans le conflit oedipien et qui a donc conservé l’imprégnation des fantasmes fusionnels et sadiques des premiers temps du développement.
Qu’en est-il justement ou plus précisément dans l’obésité, dans cette forme particulière de somatisation ? C’est ce que nous allons maintenant tenter de mettre en évidence, après avoir rappelé au préalable quelques éléments d’ordre psychologique et/ou psychopathologique concernant ce trouble et la personnalité de ses porteurs.
De la personnalité à la vie psychosomatique de l’obèse
Longtemps considérée comme une pathologie orale traduisant une fixation de la personnalité à ce stade libidinal, l’obésité est progressivement sortie de cette représentation par trop univoque ou restrictive convenant d’ailleurs tout aussi bien au sujet alcoolique, anorexique ou toxicomane encore qu’au sujet obèse. Certes ces exemples n’en sont pas moins évocateurs d’une problématique addictive commune peut-être à tous ces patients présentant des attitudes d’investissement préférentiel ou de dépendance psychique et comportementale spécifique envers certains objets (nourriture, drogue,…). Mais le corps gros n’est pas radicalement lié à l’objet alimentaire comme nous l’avons vu, pas plus qu’il ne l’est à l’oralité. Ainsi que A.J. Stunkard
[34] l’a mis en évidence dès 1959, les diverses mesures psychométriques obtenues chez l’obèse ne permettent pas de dégager un profil de personnalité spécifique. Dès lors, même si fixation à l’imago maternelle archaïque, perturbations de l’image de soi, immaturité affective, passivité, fantasmes de dévoration constituent quelques uns des traits psychiques généralement observés chez les individus obèses, il n’empêche que toutes les structures de personnalité sont représentées dans l’obésité (à des degrés variables cependant). Dès lors, la signification du corps gros, si tant est qu’on accepte cette idée, est à replacer dans la singularité de chaque histoire subjective et de chaque fonctionnement psychosomatique singuliers. Ainsi en ce qui concerne notre expérience clinique auprès de tel(le)s patient(e)s, avons-nous observé que leur obésité s’inscrivait dans des problématiques psychiques primaires autant que secondaires, enchevêtrées ou non d’ailleurs selon les sujets. Ainsi, pour certain(e)s d’entre eux/elles, l’obésité relevait vraisemblablement de l’hystérie archaïque évoquée précédemment. Pour eux/elles, l’obésité soulevait la question de leur autonomie psychique foncière et foncièrement différenciée ou distincte de celle de l’objet. L’obésité développée progressivement à la faveur de paliers pondéraux successifs et ce à l’occasion de moments de crise au cours de leur existence (accès à la vie maritale, crise liée à la maternité, séparation, deuils, maladie, etc.) était le moyen qu’ils/elles avaient érigé, trouvé-créé ou tout simplement mis en place pour (re)trouver et (re)construire une identité (carencée, malmenée, ou menacée) sur les plans topique comme corporel, pour édifier au fond une unité psychosomatique rompue ou jusqu’alors inexistante. La métamorphose corporelle constituait ou équivalait alors à l’acquisition d’une peau propre, forgée de toutes pièces par le sujet et éloignant le spectre de l’envahissement fusionnel primitif. Pour d’autres patient(e)s, dont l’obésité s’était constituée de la même manière que pour les précédents, celle-ci concernait davantage des questions et des identifications d’ordre sexué et (bi)sexuel. Elle était alors une manière de gérer et de symboliser – certes pas le biais des symptômes – des conflits génitaux, oedipiens au sein d’histoires et de relations affectives et familiales parfois bien troubles, conflictuelles et douloureuses. Mais souvent chez ces personnes, l’acquisition d’un corps et d’une identité sexués n’en drainait pas moins une problématique d’essence plus narcissique.
Ce qui ressort de l’ensemble de nos observations peut se résumer de la manière suivante : premièrement, l’obésité se constitue souvent à la faveur d’un trauma (prenant des formes diverses), dont on peut dire qu’il sidère dans un premier temps manifestement et a minima la vie psychique du sujet. C’est dans ce contexte assurément désorganisateur (tant pour la psyché que pour le soma) que l’obésité se constitue et qu’elle se développe chez le sujet dans cette espèce d’état crépusculaire évoqué plus haut. Il semble que l’apparition de la somatisation pondérale soit contemporaine d’une forme non pas tant de faillite psychique chez l’individu mais de ce que nous qualifierons ici de mise en latence des éléments ou vécus conflictuels. En effet, et deuxièmement, l’obésité une fois matérialisée, celle-ci peut déboucher (ce fut le cas des patients rencontrés) sur une demande de consultation et plus encore à cette occasion
[35] d’une phase de dévoilement (ou levée du voile crépusculaire, équivalente à une prise de conscience) du trauma antérieur. C’est dire combien la convocation de l’obésité s’accompagne de celle du trauma qui l’a précédée pour ne pas dire générée
[36]. Après la latence vient donc le temps des réminiscences traumatiques. Celles-ci mettent alors en évidence l’existence d’un profond bouleversement de l’identité du sujet au plan psychosomatique. C’est dans ce contexte, et troisièmement, que l’obésité apparaît comme un processus de relibidinalisation, de relance de l’activité psychique autant que de recharge
[37] de l’investissement narcissique et libidinal. Je pense tout particulièrement ici à des femmes devenues obèses à la suite d’effractions corporelles telles que maladies graves, afférentes notamment à leur intégrité sexuelle et s’étant souvent soldées par des interventions chirurgicales mutilatrices de tout ou partie de leur appareil génital. Pour ces personnes, la constitution d’une obésité avait représenté et surtout permis de restaurer des limites corporelles diffuses ou rompues sans lesquelles aucun sentiment d’unité, et d’unité psychosomatique, n’est envisageable. L’obésité constitue alors une sorte de passage obligé par le corps qui s’avère pour ces personnes propice ou favorable à une reprise élaborative pour ne pas dire une reprise évolutive. Durable ou pas, l’obésité apparaît bien dès lors constituer un aménagement psychosomatique permettant à un sujet de s’organiser, ou de se réorganiser, compte tenu de ses vicissitudes psychoaffectives comme corporelles actuelles mais aussi infanto-juvéniles antérieures (voire archaïques). Les processus et conflits psychiques formant la clef de voûte de la construction identitaire subjective ne sont pas comme chacun le sait une fois pour toute advenus, résolus, qui plus est dès la prime enfance. Toute occasion de la vie propice à turpitude, aléas, rupture ou bouleversement dans le sentiment continu d’existence est donc susceptible de réactiver et faire réapparaître des conflits et enjeux existentiels et affectifs peu ou prou symbolisés – ou que l’on croyait tels. Ainsi en est-il par exemple des processus d’individuation et de différenciation psychique susceptibles d’être remobilisés dès lors que le sujet se trouve dans une situation de vie ou de réalité (autant interne qu’externe) qui les exacerbe. Je pense ainsi à une patiente, qui avait tenu à conserver après son divorce (prononcé pourtant depuis longue date) le nom de son ex-époux (prenons ici celui fictif de M. Auroy). De la même manière, cette patiente n’acceptait de répondre à son interlocuteur que si celui-ci l’appelait Mine – surnom (fictif là encore) également attribué par l’ex-mari. Cette patiente présenta une obésité dès et durant toute sa vie maritale avec Monsieur Auroy (de l’âge de 23 ans à celui de 40 ans environ) et ne s’octroya le droit de reprendre son poids de forme (et sa taille de guêpe) qu’après la séparation d’avec cet homme. C’est que celui-ci représentait pour elle un objet formidablement aimé, idolâtré et simultanément redouté, un homme encore qui, dans sa psyché et son fantasme, avait droit d’existence (elle appartient/elle est au roi…), de vie… et alors de mort… sur elle. Un homme avec lequel elle n’a donc pu vivre qu’en sacrifiant quelque chose qui lui tenait profondément à cœur, à savoir sa ligne physique, c’est-à-dire qu’au prix de l’obésité et de farouches résistances à l’amaigrissement (durant tout le temps de son union avec lui) tant étaient vives ses angoisses de fusion (angoisses de dévoration et d’annihilation) et du coup de confusion avec cet homme, vécu vraisemblablement comme incarnation ou substitut d’une imago primitive tyrannique, aliénante, voire mortifère. À ce titre et comme cette illustration clinique en témoigne rapidement, l’obésité constitue à certains égards un agir somatique différenciateur et salvateur pour l’individu.
Celle-ci sera brève. Comme le lecteur n’aura pas manqué de le remarquer, cette approche ou lecture du trouble pondéral sursoit pour le moins aux traditionnelles approches tant des troubles alimentaires et pondéraux que des symptômes psychosomatiques. Sûrement n’est-ce point là le fruit du hasard… Décidément la différence – et la reconnaissance de celle-ci – voire la dissidence sont de tous côtés… ! Mais ainsi que l’écrit M. Aisentein, « … toute pensée est dissidente et se doit de l’être »
[38].
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LE BARZIC M., WAYSFELD B., POUILLON M., GUY-GRAND B., « De l’obésité psychosomatique à la psychosomatisation de l’obèse », Psychologie médicale, 1985, 17, 6, pp. 783-785.
[*]
Maître de conférence en psychologie clinique, Université Lyon 2, Institut de Psychologie, CRPPC, 5 avenue P. Mendès-France, CP 11, 69676 BRON cedex – FRANCE
[1]
C. Durif, « Figures du corps gros et conception des aliments : le rapport au modèle »,
Nervure, 1993, 6.
[2]
À titre d’exemples, citons : B.Aimez, J. Ravar,
Boulimiques. Origines et traitements de la boulimie, Paris, Ed. Ramsay, 1988 ; R.A. Gordon,
Anorexie et boulimie, Anatomie d’une épidémie sociale, Paris, Stock, 1992 ; A. Guillemot et M.Laxenaire,
Anorexie mentale et boulimie, le poids de la culture, Paris, Masson, 1993.
[3]
B. Brusset,
Psychopathologie de l’anorexie mentale, Paris, Dunod, 1998.
[4]
F. Coupry,
Éloge du gros dans un monde sans consistance, Paris, Ed. R.Laffont, 1989
[5]
Car il n’en a pas toujours été ainsi, convient-il de le rappeler. L’obésité a en effet connu des heures de gloire et de prospérité en d’autres temps voire d’autres cieux.
[6]
J. Baudrillard,
Les stratégies fatales, Paris, B.Grasset, 1983.
[7]
Cf S. Freud, (1919) « L’inquiétante étrangeté », in
L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Payot, 1985, pp. 211-263.
[8]
Pour reprendre le titre d’un ouvrage de J.Kristeva,
Etrangers à nous mêmes, Paris, Fayard, 1988.
[9]
G. Apfeldorfer,
Je mange donc je suis. Surpoids et troubles du comportement alimentaire, Paris, Payot, 1991, p. 100 notamment.
[10]
On parle à cet égard en médecine de « phase dynamique » pour désigner l’ascension pondérale et discriminer ainsi ce processus pondéral récent bien différent du tableau clinique des « obésités stationnaires », formes stables de surpoids dans lesquelles se maintient le sujet, et ce parfois depuis très longtemps.
[11]
Comme d’aucuns l’ont déjà fait à propos notamment de la conduite alimentaire. Cf. B. WAYSFELD, M. LE BARZIC, B. GUY-GRAND, « Approche psychopathologique de l’obésité »,
La revue du praticien, 1978, 43.
[12]
Et passent par des vécus psychotiques d’étrangeté, de morcellement, qui ne cesseront qu’avec le retour à l’état pondéral d’origine. À ce titre comme le signalait H.Bruch (in
Les yeux et le ventre, Paris, Payot, 1975), il faut se souvenir qu’en tout obèse sommeille un schizo-phrène. Entendons par là, que de brusques changements corporels (telle une perte pondérale rapide et massive) requièrent du temps pour leur assimilation psychique, à défaut ils exposent le sujet à un risque de désorganisation psychique. La réorganisation somatique, fut-elle apparemment symptomatique sous les traits de l’obésité, constitue alors un précieux moyen de restauration de l’équilibre subjectif.
[13]
N. Dumet, « L’obésité comme modalité-d’être-au-monde », in O.Bourguignon et coll.,
Les formes contemporaines du malaise dans la civilisation, Toulouse, P.U. du Mirail, 1996, pp. 171-186
[14]
Parfois à tout le moins et chez certains sujets.
[15]
A vrai dire, nous reconnaissons l’existence de multiples formes d’obésité au plan clinique. C’est donc uniquement par commodité langagière que nous employons parfois ici la formule générique « l’obésité ».
[16]
L.Gilbert-Dreyfus, « L’obésité paradoxale : symptôme psychosomatique,
Presses médicales, 1948, 46, pp. 107-111.
[17]
N. Dumet, « Obésité et comportements alimentaires : réalités et fantasmes »,
Perspectives Psychiatriques,1999, 38, 4, pp. 300-307.
[18]
Même si les plaintes se focalisent défensivement sur lui.
[19]
B. Waysfelf, M. Le Barzic, B. Guy-Grand, « Approche psycho-pathologique de l’obésité »,
La revue de médecine, 1978, 43, pp. 2405-2414.
[20]
M. Le Barzic, B.Waysfeld, M. Pouillon, B. Guy-Grand, « De l’obésité psychosomatique à la psychosomatisation de l’obèse »,
Psychologie médicale, 1985, 17, 6, p. 784.
[21]
Pour plus de précisions sur l’alexithymie on se référera aux travaux du pionnier P.E. Sifneos ainsi qu’à l’ouvrage de J-L.Pedinielli consacré à ce thème. Cf bibliographie.
[22]
G. Legorreta, R.H.Bull, M.C.Kiely, « Alexithymia and symbolic functiun in the obese »,
Psychotherapy and psychosomatics, 1988, 2, pp. 88-94.
[23]
M. Clerici, R.Basile, G.Pisoni et coll., « Psychiatric aspects of massive obesity : observations on the concept of alexithymia and on the mental representation of the body-self »,
European Journal of Psychiatry, 1990, 4, 1, pp. 19-29
[24]
J. Mc Dougall,
Théâtres du Je, Paris, Gallimard, 1982.
[25]
A. Potamianou, « Rêves et somatisation »,
Topique, 1990, 45, p. 62.
[26]
P. Jeammet, M. Reynaud, S. Consoli,
Psychologie médicale, Paris, Masson, 1980, p. 160.
[27]
P. Marty,
La psychosomatique de l’adulte, Paris, PUF, 1990.
[28]
J. Mc Dougall,
Plaidoyer pour une certaine anormalité, Paris, Gallimard, 1978, p. 162 notamment.
[29]
M-J. Vansina-Cobbaert, « Per-agir »,
Revue Belge de Psychanalyse, 1993, 23, p.14.
[30]
N. Carels, « Les liens entre corps, agir et pré-conscient »,
Revue Française de Psychanalyse, 1987, 51, 2, p.665.
[31]
J. Godfrind,
Les deux courants du transfert, Paris, PUF, 1993.
[32]
C. Dejours,
Recherches psychanalytiques sur le corps, Paris, Payot, 1989, p. 78.
[33]
J. Mc Dougall,
Théâtres du Je, Paris, Gallimard, 1982.
[34]
A.J. Stunkard, « Eating patterns and obesity »,
Psychiatric Quarterly, 1959, 33, pp. 284-293.
[35]
A la réserve près qu’il y ait une personne susceptible de favoriser « l’instant de dire » (M-J. Del Volgo, 1993) et d’écouter ce qui se donne à entendre et à décrypter selon diverses voies.
[36]
Nuançons quelque peu notre propos : loin de nous l’idée d’accorder trop de poids aux traumatismes ou autres événements désorganisateurs dans l’étiopathogénie des troubles psychosomatiques, cette théorisation étant, ainsi que C. Dejours (1989) l’a signalé, par nature irréfutable. En revanche nous souscrivons à la notion de « situation psychosomatique » proposée récemment par J. Chemouny (2000) pour décrire l’action combinée de trois facteurs différents – facteurs médicaux, personnalité psychologique et contexte social – dans les états psychosomatiques.
[37]
Cf. D.Anzieu et l’une des fonctions qu’il attribue au Moi-peau. Cf.
Le moi-peau, Paris, Dunod, 1985.
[38]
M. Aisenstein, « A propos de la dissidence, quelques variations sur excitation et désintrication pulsionnelle,
Revue Française de Psychanalyse, 1990, 54, 3, p. 639.