2002
Cahiers de psychologie clinique
En plus, en moins
En plus, en moins
Le narcissisme parental face au handicap de l’enfant : l’enfant parallèle
Luc Vanden Driessche
[*]
La différence liée au handicap de l’enfant pose un problème de représentations au corps social comme à chaque sujet en particulier. C’est à cette difficulté parfois insupportable que sont confrontés les parents dans la situation traumatique qui les atteint. Le « déni du handicap » recouvre en fait un authentique travail psychique, à partir de ce que l’anormalité a suscité en eux-même. Il en émerge la production d’un « enfant parallèle » en quelque sorte, qui s’appuie sur différents supports à la manière du mécanisme du double. Cet ensemble de représentations, projeté sur l’enfant handicapé et appelé à se métamorphoser, va contribuer à l’établissement d’une nouvelle identification narcissique pour les parents. Cette dynamique a pour conséquence une plus grande reconnaissance de l’altérité de cet enfant tel qu’il est.
Mots-clés :
handicap, parentalité, moment narcissique, enfant parallèle, autoreprésentation.
Parental narcissism confronted with child handicap : the parallel child. – The difference linked to handicap in the child poses a problem of representation to the social group as well as to each person individually. This problem, at times unbearable, confronts parents in the traumatic situation in which they find themselves. The « disavowal of handicap » covers in fact an authentic psychical work resulting from all that the abnormality has aroused in themselves. A kind of « parallel child » is produced which relies on the same foundations as would be required to produce a double. These set of representations, which is projected onto the handicapped child and expected to undergo a metamorphosis, all contribute to a new narcissistic identification by the parents. The consequence of this activity is to enhance acknowledgement of the otherness of the child just as he is.
Keywords :
handicap, parental role (parenthood), narcissistic moment, parallel child, self representation.
Il semble qu’à travers les âges et un peu partout, l’anormalité d’un enfant ait fait l’objet d’un traitement spécifique parmi les humains. Dans l’Antiquité, par exemple en Grèce, l’infirmité visible était un message envoyé au groupe fautif et l’enfant était soumis à l’apothesis (différenciée de l’ekthesis réservée à l’enfant d’une union illégitime)
[1]. Il s’agissait d’un tel événement « contre nature » qu’elle ne pouvait donner lieu qu’à cette exposition, éventuel « retour à l’envoyeur » pour reprendre l’expression d’un mère à notre époque
[2], c’est à dire aux Dieux. Chez les Hébreux, l’infirmité était une impureté en opposition avec l’exigence d’une filiation sans tâche, où les hommes devaient se reproduire à l’identique, le groupe devant présenter une intégrité sans faille. Au Moyen-Age, deux figures s’opposent, celle du bouffon et celle du mystique, la première manifestant un envers du monde sous couvert de la dérision (ce qui est encore parfois le statut de l’enfant atteint de trisomie 21), la seconde conduisant vers l’au-delà (dans la clinique, l’idée que Dieu habite particulièrement cet enfant peut revenir sous diverses formes).
Toutes ces représentations sont d’ailleurs plus proches de ce que l’on peut entendre dans la pratique et sans doute plus efficace du point de vue psychique, dans la perspective que nous allons développer plus loin, que le contenu des différents discours sociaux et médicaux actuels. Dans ces époques plus reculées, il s’agissait d’exigences collectives qui rejoignaient celles du sujet lui-même : produire des représentations qui englobent, habillent, transcendent, donnent du sens à l’événement lui-même vécu comme un arrêt du flux vital, pulsionnel pour l’individu, générationnel pour la société.
La notion récente de handicap pour qualifier les déficiences nous vient des suites de la guerre de 14-18 et du problème posé par le grand nombre de personnes invalides à réinsérer dans le corps social. Le terme lui-même fut emprunté significativement au monde de la course hippique : « Dans une société industrielle, commerciale, spectaculaire, écrit Sticker, il faut être performant, concurrentiel, médiatique ». L’« intégration » est notre façon d’apprivoiser l’écart que représente le « hors du commun » et de réduire cet écart. « La figure du handicap est une manière de penser la non conformité dans les limites de notre raison productiviste et technologique et donc de la rendre admissible ».
Il a fallu, en France tout du moins, une action très longue et soutenue des parents pour mettre en place des structures qui permettent à leur enfant atteint de handicap mental de bénéficier de soins et d’éducation
[3]. À partir des années 80 l’intégration en milieu normal s’est développée en même temps que des possibilités accrues de dépistage, de diagnostic, et d’une action en direction des tout jeunes enfants avec accompagnement des parents à leur demande.
[4]
Pour autant il n’est pas évident que les réactions subjectives et les mécanismes psychiques mis en jeu aient changé quant au fond. Peut être empruntent ils seulement un matériel différent. Il en est ainsi de ce que les professionnels appellent « déni du handicap » pour qualifier l’écart sans commune mesure entre le discours des parents, et leur propre constat concernant l’état et les capacités réels de celui-ci. Mais à y bien regarder, ce déni a atteint les professionnels eux-même, y compris les psychanalystes. Cela a pris la forme d’un intérêt très modéré, ou bien celle d’une approche quasi exclusivement psychogénétique de la déficience. Dans ce contexte, le réel du handicap de l’enfant et l’impact qu’il peut avoir sur les parents étaient insuffisamment pris en compte. Actuellement on est plus attentif aux conséquences de ce réel
[5] sur le sujet concerné aussi bien que sur son entourage, qu’il s’agisse de sa famille, des soignants et des éducateurs.
Cependant cette question du déni, qui frappe par sa régularité et son intensité, mérite d’être reprise dans une perspective différente, considé-rée telle quelle en tant que phénomène. À écouter les parents, en effet, c’est moins à nier l’état réel de leur enfant que tend leur discours – les parents savent quelle est l’ampleur de l’atteinte et des difficultés –, qu’à développer un certain nombre d’images qui tracent finalement le portrait d’un autre enfant que celui que l’on a devant soi, un peu comme un « enfant parallèle », dont l’évolution obéirait plus aux grandes étapes symboliques du développement. Cet ensemble de représentations ne correspond pas à un enfant en particulier, englobe souvent un ou plusieurs enfants de la fratrie ou du cousinage pris comme supports tout en étant destiné à l’enfant handicapé. Il va se métamorphoser au fur et à mesure que celui-ci grandit, en connaissant des réaménagements du réel et de l’idéal. Ces représentations d’enfant parallèle participent en dernier ressort à la reconstitution de l’image narcissique parentale nécessaire pour accompagner la reconnaissance de l’altérité de leur enfant rendue difficile ici par le caractère irrémédiable du handicap.
Dans cette perspective parler uniquement de déni – à moins de reprendre cette notion elle-même, ainsi que celle de clivage – peut revêtir une incompréhension partielle, non plus de l’enfant handicapé mais de ses parents, dont on observe certaines réactions de l’extérieur sans percevoir le sens qu’ils y mettent, sans tenir compte par exemple du fait qu’ils ont souvent l’impression, au moins pour un temps, d’être devenus étrangers à eux-mêmes. Par ailleurs, avec la naissance d’un nouvel enfant, s’agit-il de « remplacer » ou de « réparer » l’enfant handicapé ? De même en ce qui concerne ce qu’on leur propose, à savoir « faire le deuil de l’enfant imaginaire », est-ce vraiment comme cela que la question se pose pour eux ?
Altérité et moment narcissique
Je voudrais essayer de reprendre ces questions, en ajoutant cette précaution qu’il ne s’agit pas de décrire ici l’ensemble des réactions parentales, mais celles qui relèvent plus particulièrement du registre du moi, dans la mesure où c’est là, me semble-t-il, que se manifestent des éléments particuliers à cette clinique. En revanche, cela suppose une approche du narcissisme qui se situe bien comme une dynamique en réponse au bouleversement pulsionnel et à l’activité symbolique consécutifs à la survenue du réel traumatique. Pour préciser encore, je peux reprendre le célèbre exemple du Fort-Da
[6] : Devant l’irrémédiable de la séparation et la manifestation de l’altérité de la mère, l’enfant voit surgir en lui une activité répétitive d’expulsion de quelque chose qui est matérialisé par la bobine, à quoi l’enfant s’identifie en faisant disparaître son image dans le miroir. C’est à ce dernier processus – un peu oublié – que je m’intéresse, pour autant qu’il est rendu extrêmement difficile dans les situations cliniques étudiées.
Il s’agit pour les parents de parvenir à ce que j’appelle un « moment narcissique ». Pour illustrer cela, je vais très brièvement résumer un cas : il s’agit d’une mère dont le deuxième enfant était atteint d’une sclérose tubéreuse de Bourneville. Après les premiers temps de sidération, elle s’est tout de suite retrouvée, elle et son fils, dans un réseau de représentations familiales qui référaient son enfant à son oncle maternel, lui-même atteint d’une phacomatose voisine. Il lui a fallu un assez long travail psychique pour parvenir à un moment où elle a pu prendre en main sa propre parentalité et pour qu’elle s’identifie bien comme mère de cet enfant. Il a fallu aussi un épisode où s’est révélé que celui-ci se faisait vomir, en simulant ainsi des crises qui annonçaient une aggravation de la maladie. La découverte de ce stratagème aurait dû rassurer la mère. Il fut au contraire source d’angoisse de voir son enfant dans son altérité, sujet capable d’une stratégie propre. Mais ce moment est venu conclure aussi une identification moïque, comme le montra la suite des entretiens, notamment l’apparition d’une image où elle associait ses deux enfants dans une représentation glorieuse en laquelle elle se mirait : « j’ai deux enfants incroyables ». À partir de ce moment son regard changea sur son enfant, certaines de ses demandes prirent pour elle le caractère oedipien qu’elles avaient effectivement (comme celle de dormir avec elle), elle favorisa une autonomie qui se manifesta en particulier dans le domaine de l’orientation scolaire.
C’est un processus qui connaît de nombreuses vicissitudes du fait de la difficulté de cette projection mais qui n’est pas fondamentalement différent de ce que Freud décrit dans « Pour introduire le narcissisme » avec un court passage sur la naissance et sur ce qu’elle représente pour les mères elles-mêmes
[7] : « Dans l’enfant qu’elles mettent au monde, dit-il, c’est une partie de leur propre corps qui se présente à elles comme un objet étranger, auquel elles peuvent maintenant, en partant du narcissisme, vouer le plein amour d’objet ». Ceci est à relier à celui plus fameux, dans le même texte, qui concerne la projection sur l’enfant, en la personne de qui, dit Freud, le narcissisme parental se reconnaît : « Il ne sera pas soumis aux nécessités dont on a fait l’expérience qu’elles dominaient la vie. Maladie, mort, renonciation de jouissance, restriction à sa propre volonté ne vaudront pas pour l’enfant, les lois de la nature comme celles de la société s’arrêteront devant lui, il sera réellement le centre et le cœur de la création. His Majesty the Baby comme on s’imaginait être jadis ». C’est l’ensemble de ces deux temps- à savoir s’ils peuvent se distinguer comme tels – qui constitue ce moment narcissique. En d’autres termes, l’expérience de détachement et la reconnaissance de l’altérité ne sont possibles qu’à s’accompagner d’un investissement libidinal sur l’enfant mais aussi sur le moi, de nouvelles représentations de soi même et de l’enfant.
Notons que cette identification, même dans une situation « ordinaire » ne contient pas que des aspects idéaux car, sous la forme de la dénégation, la figure d’His Majesty the Baby évoque aussi les échecs, la maladie et la mort. Nous voyons qu’au détour de ce mouvement, dans l’intervalle séparant deux états de stabilité, et à travers cet enfant perçu comme un « objet étranger », c’est la finitude de la mère aussi bien que celle de l’enfant qui ont été évoquées, ainsi que l’ensemble des « nécessités de la vie » auxquelles ce dernier lui-même sera soumis. Dans un tel mouvement, la mère s’est perçue en tant qu’étrangère à elle-même, et c’est son enfant qui va lui servir de support pour des représentations qui vont lui permettre de se renarcissiser. Dans la vision idéalisée de son enfant il y a en effet un mouvement de reconnaissance parentale : « C’est moi », croyance momentanée en la possible incarnation de son moi idéal.
Cette dynamique d’autoreprésentation parentale est mise à mal en cas d’anormalité de l’enfant précisément du fait de la difficulté à établir ce moment narcissique décisif et plus particulièrement le temps de la projection. C’est à cela que s’emploient les représentations d’enfant parallèle. Elles concourent à la reconstitution narcissique indispensable pour affronter la réalité nouvelle qui se présente au parent. Plutôt que de disparaître avec son enfant –cette tentation existe souvent initialement – il peut au bout du compte se dire : « cet enfant différent de ce que j’aurais pu imaginer, c’est quand même moi ». Nous retrouvons ici ce moment d’identification qui évoque le stade du miroir
[8], dans la mesure où le parent est parvenu à coupler son état de détresse avec l’image anticipée, idéalisée elle-même, d’une parentalité possible avec cet enfant là.
Les représentations d’enfant parallèle
Ici, le miroir est brisé
[9]. Le handicap en effet, que son annonce soit immédiate ou qu’il devienne évident de façon plus insidieuse, laisse les parents désemparés devant ce qui constitue de toute façon un traumatisme considérable aux conséquences bien repérées et répertoriées maintenant : sidération initiale, apparition d’affects violents tels que désirs de mort vis-à-vis de soi et de l’enfant, sentiment d’extrême injustice, de culpabilité intense, agressivité à l’égard des spécialistes, interrogations angoissées sur la réaction du conjoint, des autres enfants, de ses propres parents. Il est fréquent de rencontrer des parents désemparés lors des premiers entretiens, se laissant déposséder de leur position parentale en pensant ne plus avoir de ressource, aucun modèle ni compétence face à cet enfant inattendu.
L’atteinte narcissique peut aller jusqu’à une problématique radicale d’humanisation. Ce qui est en jeu peut en effet se manifester au niveau même de la reconnaissance du semblable et la réflexion de Lacan dans les années cinquante sur les caractéristiques de l’imaginaire humain ont ici toute leur place, en particulier le rôle de l’image de l’autre aussi bien comme modèle et guide de vie que comme source d’aliénation. La quasi impossibilité à faire coïncider l’image de l’enfant réel avec celle d’un sujet humain fait place à l’horreur. Il peut arriver qu’il n’y ait jamais de rencontre entre le développement de l’imaginaire des parents et le sort de l’enfant réel. En deçà de cette dimension radicale, la culpabilité apparaît alors comme le signe d’une humanisation qui nous ramène sur le terrain plus connu des fantasmes d’enfants incestueux par exemple. Culpabilité liée aussi au désir de mort, à celui de mourir également. Il se manifeste de toute façon à des degrés variables une blessure narcissique qui va nécessiter dans un deuxième temps le travail psychique que nous évoquons.
Il va donc se développer un certain nombre de représentations qui vont concourir à la formation de l’image d’un objet total, que le parent va faire sienne, au moyen de différents supports. Comme nous l’avons dit, les parents vont s’appuyer notamment sur un ou plusieurs enfants de l’entourage, de la fratrie ou du cousinage en particulier. C’est alors l’ensemble de ces enfants – y compris l’enfant concerné – qui vont être associés et devenir porteur de ces représentations narcissiques, qui s’adressent finalement au parent lui-même.
Ce qu’on appelle « l’enfant de remplacement » ou plutôt ici « l’enfant réparateur » est en fait un cas particulier de cette association. Le deuxième enfant qui naît n’est pas destiné à remplacer le premier dans l’esprit des parents, mais il est plutôt vécu – cet espoir est assez souvent explicite – comme celui qui va prendre son frère ou sa sœur en « tandem ». On entend souvent dire à cette occasion que « ce seront deux jumeaux » par exemple (le handicap de l’un devenant équivalent à l’infériorité de l’âge de l’autre). De même, lors des premiers entretiens avec une famille, il y a le lapsus fréquent qui fait que, concernant le prénom ou la date de naissance de l’enfant handicapé, c’est le prénom ou la date de naissance d’un autre enfant qui est prononcé. Ceci n’est pas seulement à interpréter dans le sens d’un désir de mort, mais aussi dans celui de l’association qui est ainsi réalisée.
Mais ces représentations d’enfant parallèle peuvent être plus complexes. Elles peuvent montrer plus nettement comment elles sont le résultat de projections qui portent en elle-même le clivage entre réel et idéal, sans distribution exclusive sur un des enfants (ce n’est pas, par exemple, contrairement à ce que l’on dit, seulement l’enfant dit « réparateur » qui est idéalisé). Cette projection au contraire peut montrer la dimension mêlée de l’ambivalence, la crainte comme les espoirs d’une évolution positive. En voici un exemple
[10] : Mme N. a un enfant, Pierre qui souffre d’une encéphalopathie épileptogène et présente un retard majeur dans son développement psychique et physique. Mais pour elle, il a été normal, même en avance jusque l’âge de quinze mois, à partir de quoi il aurait régressé. Elle est confortée dans cette vision par l’évolution de la maladie elle-même, dont les effets visibles de façon massive ne sont apparues que progressivement. Elle s’appuie aussi sur une certaine incertitude dont a fait preuve logiquement au début l’entourage médical concernant le pronostic.
Pierre bénéficie de séances d’éveil avec une éducatrice. Pour ma part, je reçois Mme. N. et son fils. Le sens de ce travail avec eux évoluera d’un intérêt tourné vers une tentative de favoriser prioritairement la progression psychique de Pierre à celui de parvenir à une plus grande adaptation de la mère aux besoins de son fils, compte tenu du peu d’évolution obtenu dans tous les domaines. C’est au départ une situation assez fusionnelle qui se présentait, Mme. N. portant son fils dans tous les sens du terme, faisant corps avec lui. Bien souvent une parole ne peut émerger que si préalablement est reconnu cet état de fait, accepté pour un temps par exemple que l’enfant et les parents ne soient pas dissociés dans la rencontre. À partir de quoi le thérapeute guette pour ainsi dire les opportunités d’intervenir pour que s’établisse un peu de distance entre les partenaires en présence.
Mme. N. multiplie donc les efforts et les rééducations, voit sans arrêt de l’évolution. En fait elle sait que son fils est handicapé (il ne marche pas, ne parle pas, a un intérêt restreint pour ce qui l’entoure), mais de savoir ne lui sert à rien, sinon de la confronter à l’irrémédiable. Tandis que d’espérer, même au prix du clivage et du déni, lui donne la force de contribuer à ce que Pierre fasse le plus possible de menus progrès et reste dans une dynamique dans ce cas là si fragile. Elle a l’espoir que peut être il va tout refaire, tout réapprendre comme lorsqu’il était bébé. Ici, les représentations d’enfant parallèle s’appuient sur le clivage passé/présent de Pierre, et restent d’abord associées à l’enfant réel : c’est cet enfant là, tel qu’il aurait pu être.
Puis ces représentations vont englober un de ses cousins qui devient très présent dans le discours de la mère, d’après elle, par exemple, les deux enfants « jouent ensemble ». Lorsque Pierre a quatre ans naît un deuxième garçon, Sami, qui se développe de façon remarquable. L’association qui se met alors en place pour Mme. N. entre ses deux enfants va être très importante et donnera lieu à tout un courant de représentations où par exemple, il y a « complicité » entre les deux enfants, où « Pierre fait tout ce que fait Sami », où l’évolution du puîné entraîne celle de l’aîné dans le discours maternel. Mais un deuxième courant de représentations se fait jour dans cette association : à trois mois et demi, Mme N. commence à manifester la crainte que cette évolution de Sami ne « tourne mal » comme pour Pierre qui avait convulsé à cet âge. De même qu’elle « voit » les progrès de Pierre elle « voit » maintenant de la régression chez Sami, malgré les démentis de l’entourage. Dans le même temps que le handicap de Pierre est plus reconnu et que Sami vient compléter le support pour des représentations idéalisées, voilà que des représentations s’installent le concernant qui véhiculent une angoisse qui va croissant au fur et à mesure que l’on approche des quinze mois.
Au delà d’une explication évidente pour ces craintes concernant un deuxième enfant après ce qui s’est produit avec le premier, nous voyons autre chose se dessiner. Mme N. associe en effet les deux enfants dans des représentations qui « habillent » chacun d’eux des espoirs et des craintes qui sont les siennes, et en créant pour chacun d’eux une période avantaprès quinze mois. Jusqu’à cet âge de Sami en effet l’association va se développer et l’ambivalence trouver son sommet pour ainsi dire dans le constat qu’elle fait un jour de trouver « Sami plus raide que Pierre au même âge », cette expression pouvant aussi bien signifier un excellent tonus qu’un symptôme d’une éventuelle encéphalopathie. En même temps elle prend un peu de distance par rapport à Pierre, reprend son travail à mi-temps. À cette occasion elle s’interroge avec culpabilité pour savoir si la reprise du travail il y a quelques années avait été à l’origine des difficultés de Pierre. Elle peut commencer à le laisser seul aux séances d’éveil avec l’éducatrice, et reconnaître ses difficultés antérieures à quinze mois. Elle mentionne un peu d’agressivité à son égard, laisse un peu d’espace à l’ambivalence. D’une façon générale, elle aborde plus concrètement sa petite enfance. Pierre est aussi englobé dans des représentations d’enfant parallèle plus large. Sa mère fait venir au Service d’autres cousins au milieu desquels il a un statut d’« aîné ». Simultanément, elle commence à contester la place qui est la sienne au sein de la famille élargie, celle de l’enfant-roi, dit-elle. Elle va accepter le fait qu’une orientation vers une structure d’accueil à la journée lui soit proposée, plus adaptée aux difficultés de Pierre qui restent majeures.
Par rapport à ce dernier la distance est devenue meilleure, même si l’espoir est toujours là. Mme N. en parle plus sereinement. Ici, les représentations d’enfant parallèle ont permis le rétablissement d’une continuité dans l’histoire de Pierre et donc d’une meilleure acceptation de son état, tout en laissant l’espace de penser la virtualité que Pierre aurait pu être normal. En même temps un peu de détachement psychique s’est établi. L’identification narcissique qui s’est produite corrélativement se manifeste dans un lapsus qui la surprend au détour d’une séance où elle interpelle Pierre en lui disant « ma pauvre ». Nous voyons que cette identification, du fait même de la réciprocité qu’elle contient, se teinte d’un trait du handicap (elle s’annonçait déjà quelques séances auparavant lorsqu’elle avait dit en parlant d’elle et de son mari qu’« ils n’étaient pas les plus à plaindre »). Mme. N. s’identifie à son enfant, tel qu’il est. Il va également lui arriver un événement qui n’est pas rare dans cette clinique, une chute qui aurait pu être grave, et qui fait penser aux accidents, maladies dont sont parfois victimes les parents et qui sont rapportés par eux-mêmes au handicap de leur enfant, et qui se donnent à voir comme des identifications. Mme. N. parle d’ailleurs de l’épilepsie et des risques de chute qu’elle entraine, interroge le lien entre épilepsie et lésions aux cerveau…C’est une interrogation plus avancée sur l’origine des troubles de Pierre qui se fait jour.
En abordant le problème des supports qui permettent le rétablissement d’une image narcissique, nous rejoignons bien sûr la question du double
[11]. Mais nous voyons bien ici que celle-ci nécessite de distinguer le niveau des représentations de celui des supports pris dans le réel. À ce titre un miroir peut y suffire comme lorsque Freud se méprend sur l’intrus qui entre dans son compartiment de chemin de fer
[12] à un moment où il se retrouve face à la question encore informulée de son vieillissement. Lorsqu’au contraire le support prédestiné, c’est à dire en cas de naissance l’image de l’enfant réel, se dérobe, alors une tentative de restauration, de complément, de recherche de meilleurs supports sera nécessaire, éventuellement en y associant les représentations de pairs dans l’entourage de l’enfant concerné.
Un tel constat peut faire craindre que les frères et sœurs puissent en pâtir. Cela n’est pas complètement faux, et il peut y avoir lieu d’aider les parents à différencier leurs enfants. Mais il serait vain de toute façon de vouloir les exclure de ce qui fait partie de leur vie. Cela, même les enfants très jeunes savent nous le signifier. Ils se plaignent par contre assez souvent de la trop grande place prise par le frère ou la sœur handicapé, de l’inadéquation de ses conduites, qu’ils ont du mal à jouer avec lui… En même temps ils se sentent une certaine responsabilité, pour une part inconsciente (sans parler de ce que la naissance d’un frère ou d’une sœur anormal peut venir signifier dans les théories sexuelles infantiles). Le plus souvent, outre le fait qu’ils ont besoin d’être rassurés sur le fait que leur frère ou leur sœur va continuer à grandir malgré le handicap ou la maladie, ils réclament, parfois sous une forme symptomatique, plus d’amour, plus de preuves d’amour plutôt, c’est à dire plus de temps et de présence vraie qui leurs soient consacrés.
À la source : la relation d’identification primaire
Si les représentations qui participent au moment narcissique ont un caractère de nouveau, si ce dernier se situe du côté de ce qui doit advenir, elles ne sont pas pour autant sans origine chez le parent et sans renvoyer de proche en proche à d’autres représentations. À quelle source
[13] puisent elles ? Elles sont toutes marquées bien sûr de la singularité de l’histoire parentale. Mais elles vont, en particulier dans le domaine du handicap, avoir recours à des éléments typiques : ce qui prévaut est quelque chose d’assez secret, avoué souvent comme un fantasme et qui a trait à une représentation de déréliction de l’enfant à quoi le parent ne peut répondre que par une relation d’identification primaire, grâce à laquelle il s’imagine servir de moi à son enfant et en être quasiment la prothèse. Une nouvelle de Kenzaburo Ôé
[14] illustre cela superbement : le narrateur veut être le cerveau, les yeux de son fils anormal. Il se voit, dit-il, comme un poisson des grandes profondeurs, un Celatius femelle avec son enfant enchâssé dans son corps. Il lui faut une expérience violente où il est agressé et jeté dans la fosse aux ours du zoo qu’il montre à son enfant pour que celui ci soit séparé de lui. C’est l’occasion pour le père de s’interroger sur les « lourdes chaînes » qui les reliaient et dont il reconnaît avoir été le premier à avoir besoin face à sa propre détresse.
Ces représentations, où il s’agit au fond de se sauver soi même en prenant la place de l’autre de l’identification primaire, où nous rejoignons ici la question de l’autoengendrement, voire de la résurrection
[15], ces représentations particulièrement sollicitées dans ces situations dramatiques peuvent éclairer la formule de Freud « c’est une partie de leur propre corps » et renvoient aux relations fusionnelles voire symbiotiques qui peuvent s’établir avec l’enfant handicapé, aux situations qui peuvent être qualifiées de « gestation éternelle ».
[16]
Le moment narcissique permet au fond de passer d’une relation d’identification primaire à une identification narcissique. Dans les situations favorables, le parent voit la relation à son enfant évoluer d’une position de protecteur (on parle souvent de « surprotection » dans cette clinique) à une relation un peu plus distanciée, un peu plus ajustée aux besoins de l’enfant, accompagnée d’une identification à son enfant sur un point qui évoque d’une quelconque manière, nous l’avons vu, un élément du handicap. C’est ce qui se passe pour Mme N. avec ce « ma pauvre » qui la surprend à un moment où elle pose un regard sur elle-même, reconnaît progressivement sa souffrance, laisse intervenir des tiers entre elle et son fils (dans ce sens son lapsus s’adressait aussi à moi).
Finalement les représentations d’enfant parallèles suivent le même parcours de dégradation de l’idéal que les représentations impliquées dans le roman familial
[17], en permettant la séparation des sujets en présence. De même que la projection de His Majesty the Baby contient non seulement la surestimation initiale dont l’enfant est l’objet mais aussi une reconnaissance du réel, de la même façon que l’enfant dans son roman familial idéalise tout en mettant en cause les parents réels, les représentations d’enfant parallèle permettent aux parents de l’enfant handicapés de mieux ajuster leur moi (de parent) idéal à leur moi (de parent) réel. Ce cheminement dans le détachement psychique et la reconnaissance de la castration doit se poursuivre par l’identification de l’enfant comme sujet sexué et inscrit dans une filiation.
Mais il n’est pas simple de sortir de situations qui sont ici parfois de l’ordre du tout ou rien, de s’extraire des situations duelles, fusionnelles dont nous avons parlé. Lorsque les représentations ajustant réel et idéal sont difficiles à établir, il peut au contraire survenir des situations de clivage maximal où « l’autel et le trône sont en danger » pour reprendre l’expression de Freud
[18] en parlant des idéaux mis à mal. Il faut alors maintenir l’idéal en péril, et le maintenir à distance du réel. On voit alors se manifester le déni sous diverses formes, les temps d’arrêt, les liens spécifiques entre castration et handicap. Ce sont par exemple les situations d’exhibition du handicap (qui a peut être son répondant social dans l’exposition dont nous parlions au début), où l’enfant lui-même est fétichisé. C’est His Majesty the Baby dans le réel.
Cette clinique met donc particulièrement en valeur l’idéalisation de la relation d’identification primaire, précisément parce que celle-ci est en danger et que le parent s’y accroche, se sentant lui même dans une grande détresse. Mais comme toute projection narcissique, cette idéalisation contient en même temps un doute sur son efficacité totale. C’est ce que décrivait déjà Rank par rapport à l’immortalité, avec le passage du double protecteur au double persécuteur. Pourtant les parents ont un grand besoin de sortir de l’état d’inquiétante étrangeté dans lequel ils se trouvent au moins au début et dont l’intensité est fonction du niveau de débordement pulsionnel comme des possibilités d’élaboration psychique. Il y a lieu de prendre en compte la dimension transitionnelle de ces processus qui réclament un espace de pensée propre au déploiement de l’illusion ( au sens de Winnicott) parentale, qui permette au parent de se reconnaître progressivement dans ce qui lui arrive. Il faut souligner, sur le plan social cette fois, l’ambiance transitionnelle des services de soins et d’éducation, des différents lieux d’accueil d’une façon générale. Les familles y retrouvent un petit environnement dont l’origine est le handicap de l’enfant, lieu de rencontre privilégié qui leur permet d’être d’emblée reçus et de se sentir « compris », d’être « à égalité » avec les autres parents.
Nous touchons ici à ce que la parentalité perturbée par le handicap a de spécifique. Dans les difficultés que celle-ci rencontre, il y a bien sûr l’inconscient du parent lui-même et ce qui dans la relation à son enfant renvoie à sa propre histoire. Il y a lieu de travailler également l’élaboration de la culpabilité, de l’ambivalence à l’égard de cet enfant. Mais tout cela doit se faire en tenant compte spécialement de ce besoin de sécurité psychique face à ce traumatisme qui à certains égards va rester permanent. Ce n’est qu’à ces conditions qu’une évolution des représentations se produira, avec des bénéfices supérieurs à ceux obtenus en s’enfermant dans une situation plus ou moins fusionnelle, exténuante pour le parent et dommageable pour l’autonomisation de l’enfant.
Les nécessités de l’autoreprésentation
À bien des égards, l’objet sur lequel se fait la projection narcissique n’est pas neutre et indifférent. Les parents et l’enfant sont d’emblée dans des rapports symboliques qui les dépassent et qui ne peuvent être abolis, même par un abandon comme cela leur est parfois encore proposé. C’est le choix qu’ils peuvent faire s’ils ne se sentent pas en mesure d’assumer cet enfant, mais il ne faut pas que cela vienne anticiper leur propre cheminement en venant réifier une problématique de séparation où il s’agit vraiment pour eux d’adopter leur enfant tel qu’il est (reviviscence du moment équivalent du roman familial où l’enfant s’imagine être né d’autres parents).
Le moment narcissique ne concerne pas autre chose, dans ce domaine en tout cas, qu’un objet où une situation qui préalablement a réveillé quelque chose en soi. Nous pourrions même nous demander si cette « partie de son propre corps » n’est pas l’intuition pour la mère de ce quelque chose en soi qui n’est pas à proprement parler de l’ordre de l’image mais plutôt du « complexe » comme s’exprime Freud lorsqu’il veut caractériser l’amour narcissique de Nathanael pour la poupée Olympia
[19] dans « L’inquiétante étrangeté ». À l’objet neutre et indifférent Freud substitue dans cet article l’étrange familier. Si l’objet appelle une réaction narcissique, c’est parce qu’il suscite en soi quelque chose du pulsionnel. C’est d’ailleurs la perspective que Freud va continuer à développer dans la deuxième topique, lorsqu’il décrit le moi comme cherchant à s’identifier aux objets du ça
[20]. Il s’interroge alors pour se dire qu’il n’y a peut être pas d’autre narcissisme que secondaire.
Que devient alors le narcissisme primaire ? Une certaine conception de celui-ci se retrouve dans les fantasmes parentaux. C’est ce que nous avons décrit dans ce recours à une relation où le parent se fait le moi auxiliaire de son enfant, ce qui est une tentative de garder en soi cet enfant, de nier son altérité, de gommer l’étrangeté dont on se sent soi-même atteint. C’est essayer en tout cas de croire à un état mythique de complétude qui n’est pas sans rappeler la conception du narcissisme primaire illustrée par Freud avec la métaphore de l’œuf
[21]. Mais il est possible d’appréhender celui-ci dans une autre perspective : celle justement d’une dynamique qui permet le passage d’un statut d’objet partiel, pulsionnel (ce que l’on a en soi) à celui de l’objet d’identification, total (projection et mise en image des rapports moi-autre). C’est précisément la fonction du double, ici des représentations d’enfant parallèle et des supports qu’elles utilisent.
L’utilisation de l’autre comme support, d’un manière qui nous ramène primitivement à sa fonction de forme idéale pour la constitution de l’image narcissique initiale du sujet, doit permettre ensuite au moi de se clore, comme l’« être de frontière » qu’il est pour reprendre l’expression de Freud et que le sujet en acquiert la « capacité d’être seul »
[22], bref, que le parent puisse se déprendre de la situation dont il est prisonnier autant que son enfant.
Peut-être est ce le caractère irrémédiable de cette différence que constitue le handicap qui fait que cette problématique de la représentation prend un tournure si cruciale et qu’elle soit ramenée aussi nettement à la question de l’autoconservation. Mais n’est ce pas précisément le narcissisme qui aboutit à l’étayage de cette dernière par la sexualité
[23], et la question de la mort n’est-elle pas au fond de toute problématique du moi ? Pour les parents de l’enfant handicapé en tout cas, le retour à une représentation d’eux-même qui soit efficace dans leur situation est vital et l’enjeu est bien que leur moi puisse remonter sur la scène afin de pouvoir reconnaître leur enfant tel qu’il est. De sorte que c’est peut être seulement maintenant que Kenzaburo Oé peut énoncer :« Quant à moi, je me demande si tous ces romans que j’ai écrits au long des années ne sont pas une expression de ce même sentiment fondamental (que celui d’Hikari, son fils) : à savoir que, moi aussi, je me sens chez moi dans notre monde ».
[24]
·
S. FREUD, « Le roman familial des névrosés », in Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
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« Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques » in Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF, 1984.
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« Pour introduire le narcissisme », in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1977.
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« L’inquiétante étrangeté », in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985.
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« Au delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
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« Le moi et le ça », ibidem.
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« Le fétichisme », in La vie sexuelle, opus cité.
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J. LACAN, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in Ecrits, Paris, Seuil, 1966, coll Le champs freudien.
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J. LAPLANCHE, Problématiques I, Paris, PUF, 1980.
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Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, 1984.
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J. Mc DOUGALL, « Narcisse en quête d’une source », in Plaidoyer pour une certaine anormalité, Paris, Gallimard, 1994, coll Connaissance de l’inconscient.
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M. MANNONI, L’enfant arriéré et sa mère, Paris, Seuil,1964, coll Le champ freudien.
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F. MOLÉNAT, Mères vulnérables, Paris, Stock, 1992.
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K. OÉ, Dites nous comment survivre à notre folie, Paris, Gallimard, 1996.
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Une famille en voie de guérison, Paris, Gallimard, 1998.
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O. RANK, Le double, Paris, Payot, 1990.
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G. ROSOLATO, « L’axe narcissique des dépressions », in La relation d’inconnu, Paris, Gallimard, 1978, coll Connaissance de l’inconscient.
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S. SAUSSE, Le miroir brisé, Paris, Calmann Lévy, 1996, coll Le passé recomposé.
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H.J. STICKER, « De quelques symbolisations de l’infirmité » in Contraste n°4 Filiation et handicap, Paris, 1996.
·
D. W. WINNICOTT, « La capacité d’être seul », in De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1990, coll Science de l’homme.
[*]
Psychologue, Psychanalyste, La Ville es Ruelle, F-22800 Saint Donan
[1]
HJ. Sticker, « De quelques symbolisations de l’infirmité »,
Filiation et handicap, in
Contraste n° 4, Paris, 1996.
[2]
M. Mannoni,
L’enfant arriéré et sa mère, Paris, Seuil 1964, Coll. Le champ freudien.
[3]
Instituts Médico Éducatifs, Centre d’Aide par le Travail…
[4]
Services de Soins et d’Éducation à Domicile et Centres d’Action Medicosociale Précoce.
[5]
Celui-ci consiste le plus souvent en une atteinte organique : anomalie chromosomique, génétique, maladie métabolique, encéphalopathie, syndromes divers qui entraînent à des degrés variables des retards dans le développement et la construction psychique de l’enfant.
[6]
S. Freud, « Au delà du principe de plaisir », in
Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
[7]
S. Freud, « Pour introduire le narcissisme », in
La vie sexuelle, Paris, PUF, 1977. Freud l’applique aux femmes « froides », « narcissiques », mais nous pouvons le généraliser.
[8]
J. Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in
Écrits, Paris, Seuil, 1966, coll Le Champ Freudien.
[9]
Référence au roman d’Agatha Christie
Le miroir se brisa où il est question d’une naissance anormale, et à l’ouvrage de S. Sausse consacré au handicap :
Le miroir brisé, Paris, Calmann Lévy, coll Le passé recomposé,1996.
[10]
Ce deuxième exemple, comme le premier, provient de la rencontre clinique avec des enfants handicapés et leurs parents dans le cadre d’un SESSAD. Cela peut également se produire, pour une part plus restreinte, à mon cabinet de psychanalyse.
[11]
O. Rank,
Le double, Paris, Payot, 1990.
[12]
S. Freud, « L’inquiétante étrangeté », in
L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985.
[13]
Pour faire référence à J. Mc Dougall, « Narcisse en quête d’une source », in
Plaidoyer pour une certaine anormalité, Paris, Gallimard, 1994, coll Connaissance de l’inconscient.
[14]
K. Oé, « Dites nous comment survivre à notre folie », Paris, Gallimard, 1996. Il s’agit de la nouvelle qui donne son titre à l’ensemble du recueil. L’auteur est lui- même père d’un enfant handicapé. Son œuvre, dont c’est le thème majeur, lui a valu le prix Nobel 1994.
[15]
G. Rosolato, « L’axe narcissique des dépressions », in
La relation d’inconnu, Paris, Gallimard, 1978, coll Connaissance de l’inconscient.
[16]
F. Molenat,
Mères vulnérables, Paris, Stock, 1992.
[17]
S. Freud, « Le roman familial des névrosés », in
Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
[18]
S. Freud, « Le fétichisme », in
La vie sexuelle, Paris, PUF, 1977.
[19]
S. Freud, « L’inquiétante étrangeté »,
op. cit.
[20]
S. Freud, « Le moi et le ça », in
Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.
[21]
S. Freud, « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques », in
Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF, 1984.
[22]
D.W. Winnicott, « La capacité d’être seul », in
De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969, coll Science de l’homme.
[23]
J. Laplanche,
Problématiques I, Paris, PUF, 1980 et
Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, 1984. Avec le narcissisme, l’autoconservation est étayée par la sexualité, par l’investissement libidinal du moi.
[24]
K.Oé,
Une famille en voie de guérison, Paris, Gallimard, 1998.