2002
Cahiers de psychologie clinique
Notes de lecture
Notes de lecture
Actualité de l’hystérie
(« Monographies de clinique psychanalytique »). Ouvrage collectif sous la direction de André Michels, Érès, 2001, 416 p.
Regnier Pirard
Psychologue Psychanalyste, 15bis Passage Louis Levesque F-44000 Nantes
Voici le premier volume d’une nouvelle collection animée par A. Michels, P. Landman, J.-P. Lebrun et A. Vanier. Un double écueil pouvait l’attendre mais il est surmonté. Il n’est jamais facile de garder sur tout le réseau d’un ouvrage collectif une haute tension. Dans celui-ci, d’une très grande tenue par le fond et la forme, où la diversité des points de vue ranime l’attention plus qu’elle ne la disperse, le lecteur reste en haleine. J’ai tout lu, non sans effort mais sans m’y forcer. Alors même qu’on aurait pu craindre, c’est le deuxième écueil évité, que la thématique choisie ne conduisît au rabâchage. Que dire encore sur l’hystérie ? Eh bien, qu’elle a de la ressource, reste au cœur du questionnement et du dispositif analytiques et ne cesse d’interpeller le lien social contemporain.
On aurait peut-être gagné à répartir les textes, dont la logique de distribution n’est pas évidente, en quelques sections aptes à orienter le lecteur (la fonction d’un index très détaillé étant autre). Suggérons quelques regroupements possibles dans la masse des vingt-cinq contributions.
Quelques travaux tournent d’abord autour des concepts initiaux de la théorie freudienne forgés pour penser l’hystérie. Ainsi la notion de traumatisme est-elle soigneusement revisitée par P. Mieli, tandis que P. Verhaeghe fait saillir ce qu’il appelle les deux théories freudiennes de l’hystérie, l’énigme d’une jouissance au-delà du principe de plaisir provoquant la bascule. Il serait certes très réducteur de ramener ces textes à une dimension de pure exégèse, comme d’ailleurs les relectures très précises du cas Dora par N. Kress-Rosen et H. Rey-Flaud. Partout l’inspiration lacanienne reprend en sous-œuvre et souvent très explicitement le « retour à Freud ». Le fléau qui mesure le basculement peut particulièrement se repérer dans le texte de R. Major « Du paradigme freudien au paradigme lacanien » ou celui de R. Chemama « L’hystérie comme discours. Qu’est-ce que ça change ? ». Sous un angle plus serré, à savoir la question de la femme et plus précisément le rapport mère-fille, la question insiste dans les contributions de M. Schneider, P. Landman, C.-N. Pickmann, C. Mathelin.
Quelques textes interrogent à leur tour, d’un point de vue plus spécifiquement psychopathologique, les mutations de l’hystérie. J.-P. Lebrun les rapporte à un « malaise dans la subjectivation » où le Nom-du-Père se virtualise. G. Pommier, en démontant le complexe d’Oedipe, interroge la présentation post-moderne de l’hystérie où la dépression vient occulter la culpabilité, rentrer l’agressivité, taire le deuil et masquer la misère sexuelle.
Impossible évidemment de rendre justice, même sommairement, à tous les auteurs. Je ne peux donner que le goût de cette hystérie au goût du jour. Ainsi trouvera-t-on quelques textes plus insolites ou marginaux qui ne manquent pas d’intérêt. On verra, par exemple, comment O. Renik se dépêtre d’un transfert très difficile à manœuvrer, en acceptant de respecter des résistances à la règle fondamentale. Ou encore, on apprendra de P.M. Johansson comment Bjerre, sous l’apparence d’introduire en la revisant la psychanalyse en Suède, a bien plutôt distillé de solides résistances. Freud était décidément bien mal entouré.
Enfin, on trouvera un très utile index sur l’hystérie dans l’œuvre de Lacan. Il est dû à F. Bétourné qui, depuis un certain temps déjà, s’est attelée à l’édition d’un index raisonné sur l’ensemble de l’œuvre de Lacan.
Tel quel ce fort volume constitue un état des lieux de l’hystérie aujourd’hui qui s’impose comme une référence incontournable.