2002
Cahiers de psychologie clinique
Notes de lecture
Notes de lecture
Du réel au rêve
Émergences de la symbolisation dans la situation analytique, Michèle VAN LYSEBETH-LEDENT, L’Harmattan, Paris, 2001, 201 p.
Liliane Dirkx
Psychologue, psychanalyste SBP. 2 drève du Caporal. B-1180 Bruxelles
Michèle Van Lysebeth nous propose un ouvrage qui reprend l’essentiel de sa pensée psychanalytique, sous-tendue, nous dit-elle, par le fil rouge de la différenciation.
Cet auteur s’est particulièrement intéressée, tout au long de son parcours clinique et théorique, à l’analyse des patients états-limites, ou, plus précisément, aux parties états-limites de la personnalité. Par cet abord, elle a cherché à différencier au plus près de la clinique, à la fois le fonctionnement psychique lui-même, mais aussi la manière dont il s’exprime dans relation psychanalytique, dans l’inconscient de ses deux protagonistes, et dans la façon dont ils communiquent entre eux.
Sa pensée, originale et créative, se tourne essentiellement vers le travail du psychanalyste en séance et sur sa responsabilité dans le déroulement de la cure. Il ne s’agit plus d’être un analyste « miroir », destiné à rendre compte au patient d’un transfert dont il serait seulement le support, mais bien d’être un analyste qui participe activement au processus qu’il partage avec son patient. M. Van Lysebeth distingue ainsi ce qu’elle appelle la relation analytique, du transfert et de la relation tout court. Il s’agit ici d’un processus de création à deux, inscrit dans une relation nouvelle et spécifique, vouée à promouvoir l’évolution psychique. Pour qu’advienne ce processus, le psychanalyste fait un autre travail que celui qui consiste à élaborer la relation transférentielle : il doit y inclure l’élaboration de ses propres défaillances et leurs incidences sur la cure. Un nouveau type d’interprétation en surgit, qui consiste à « déconstruire » une intervention inadéquate. Une attention toute particulière est alors portée sur le discours du patient, écouté non seulement comme répétition du passé adressé aux objets internes, mais aussi comme expression de ce qui se vit, ici et maintenant, dans la relation analytique et qui révèle les « taches aveugles » de l’analyste.
C’est toujours dans l’exploration de son travail sur la relation analytique que M. Van Lysebeth met en évidence les différentes composantes du contre-transfert : l’analyste doit être à la fois une bonne mère extrêmement réceptive, et un bon père capable de mettre un frein aux collusions et aux aspects destructeurs du patient. Il doit pouvoir osciller entre ces deux positions et se sentir capable de l’une comme de l’autre. Et l’auteur de nous mettre une nouvelle fois en garde contre nos « taches aveugles », qui pourraient nous faire inconsciemment préférer un type d’attitude plutôt que l’autre.
L’auteur nous propose aussi une large réflexion sur les phénomènes oniriques et leurs différentes modalités, qui appellent, eux aussi, une conceptualisation (et une interprétation) qui implique davantage le psychanalyste, son inconscient et sa réalité. Il s’agit de pouvoir reconnaître dans le matériel onirique du patient, à la fois les représentations pulsionnelles, mais aussi les dérivés narratifs pointant le défaillances de l’objet-analyste, et les auto-symbolisations du fonctionnement psychique.
Dans une autre partie de son livre, l’auteur, enrichie de ses nombreuses lectures, et rendant chaque fois à César ce qui lui appartient, revisite la notion de l’Œdipe, fécondée par le concept kleinien de position dépressive : c’est l’amour pour les deux parents qui signe le renoncement oedipien selon elle, et non plus la peur du gendarme, comme chez Freud.
Ce livre nous met donc en contact avec une personnalité originale, qui, tout en partant de sa sensibilité clinique, et de sa compréhension des différents courants de pensée psychanalytique, nous indique les choix qui lui ont été utiles, et la manière dont elle les a intégrés. C’est cette intégration (cette différenciation), qui fonde, je pense, la qualité indiscutable de son écoute analytique, et sa capacité de transmission.
J’aimerais mettre l’accent aussi sur la rigueur de son éthique, qui découle directement de ses conceptualisations, et sur sa méfiance à l’égard des défenses narcissiques des psychanalystes. Elle leur rend néanmoins hommage, quand elle souligne quel métier impossible est le leurs, sollicités à la fois à s’abandonner au plus loin dans l’inconnu radical, « sans mémoire et sans désir » comme le dit Bion, et obligés par ailleurs de cerner toujours avec plus de précision ce à quoi ils sont confrontés.