2002
Cahiers de psychologie clinique
Thème en préparation
Thème en préparation
La cruauté
C’est bien entendu dès les « trois essais » de 1905 que Freud aborde la question de la cruauté. Il y souligne le « plaisir de la cruauté » chez l’enfant, plaisir qui n’est pas encore lié à la génitalité, ni aux zones érogènes mais qui semble orienté vers des objets sexuels. Plus loin il attirera l’attention sur le lien entre la cruauté et la pulsion d’emprise. La simple observation de l’enfant laisse à voir cette mise en acte d’une pulsion sadique sur certains objets. La cruauté ainsi dégagée inquiète par sa froideur et son absence de culpabilité. Elle fascine par son déroulement méthodique, précis, acharné. Son caractère sadique anal la rapproche d’une certaine expression de la haine et l’inscrit par là même dans une continuité du lien d’amour retrouvé sur un mode archaïque. Ce rapport sadique à l’objet qui semble ne pas pouvoir accepter son existence propre, son détachement et par là même enclencher le travail de séparation, d’individuation se retrouve bien entendu dans de multiples formes de lien social et forcément dans des constructions pathogènes comme la perversion et la névrose obsessionnelle. On pourrait penser que toute relation d’emprise ou toute tentative d’emprise échouée finit par l’exercice d’un investissement cruel. La cruauté alimente sans doute des formes d’harcèlement sexuel ou moral. Elle tisse son contrôle destructeur dans nombre de relations où le pouvoir sur l’objet en vient à l’obsession : que ce soit dans le couple, dans le champ large de la compétition, de la concurrence, de l’affirmation de soi, mais aussi lorsque la xénophobie, le racisme et d’autres formes de haine se rabattent sur un objet réel pour exprimer leur frustration furieuse, et que dire de la guerre, de la torture, du crime pervers qui dans leur expression paroxystique semble ouvrir massivement à la régression, à l’archaïque, à l’inhumain.
Mais la cruauté, c’est aussi ce retournement surmoïque de la pulsion sadique sur son propre corps, sur son propre psychisme.
C’est aussi cette attaque sans trêve de son identité propre, et les plaisirs masochiques qui s’y trouvent.