Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804141829
244 pages

p. 111 à 124
doi: en cours

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La vision

no 20 2003/1

2003 Cahiers de psychologie clinique La vision
La vision

La quête de la forme

François Sacco  [*]
La quête de la forme c’est une recherche inépuisable pour le psychanalyste dont l’objet est bien celui des commencements, de l’originaire.
Cette recherche prend en considération l’art pictural à l’origine, c’est-à-dire, dans ses premières manifestations retrouvées à ce jour ; une réflexion est menée sur le processus de la formation des formes picturales et sur leurs fonctions. Mots-clés : forme, Paléolithique Supérieur, croyance, créativité, signe.
The search for origins constitutes an inexhaustible source of research for the psychoanalyst, who is precisely dealing with beginnings and onsets.
The present research is taking into account the first expressions of pictorial art, i. e., the first manifestations of it, as they have been discovered until now. A reflection is pursued about the process of formation and the functions of pictorial shapes. Keywords : shape, Palaeolithic art, belief, creativity, signs.
 
Introduction
 
 
C’est une question qui appartient plus au champ de la philosophie phénoménologique qu’à la psychanalyse, car celle-ci est plus préoccupée par l’apparition du sens que par la forme de l’objet.
La forme est aussi le domaine du préhistorien qui par le champ exploré et la spécificité de la méthode utilisée, interroge le comment.
À suivre l’exemple de Freud,en tant que psychanalystes, nous nous sommes autorisés à aller au-delà du champ de la séance psychanalytique, pour nous confronter à la continuité-discontinuité de la vie psychique, pour en élargir l’étendue et la diversité des formes qu’elle se donne.
L’objet du travail psychanalytique n’est pas l’objet de l’observation, c’est l’objet de la représentation, entre les deux, l’apparition d’un écart qui constitue l’espace inépuisable du sens.
Cette recherche qui prend comme objet la forme, le figuratif, est d’autant plus paradoxale, que la chose figurée peut nous entraîner vers une croyance qui exauce et devance maints espoirs, auxquels la réalité nous a fait renoncer, sans ouvrir pour autant la voie de la vérité.
 
L’émotion et le sens
 
 
Pas question de s’abandonner au leurre de la sensualité scopique, si sollicitée de nos jours, mais dans un monde où l’identitaire se dérobe, nous sommes amenés à retrouver l’émotion de l’image visuelle, non plus seulement comme divertissement, qui nous éloigne de la vérité ou encore illustration d’un discours, mais comme substratum nécessaire à l’entendu de la parole endeuillée de son origine.
Ainsi, parler de la forme, c’est s’adonner à l’intelligence de l’originaire qui célèbre l’origine du commencement. C’est donc une remise en jeu, qui nous constitue en tant que sujet.
C’est vrai que le psychanalyste cherche la structure de l’inconscient individuel et que certains préhistoriens, cherchent à travers la forme, la structure fondatrice, les Universaux ; ce qui peut nous rapprocher c’est le concept d’inconscient, qui comme l’affirme Freud, est par essence collectif, « car il est ce que les hommes ont en commun par-delà leurs différences individuelles et même culturelles. La conscience qu’elle soit individuelle ou collective, est différenciatrice, fondatrice de l’ identité l’individuelle ou culturelle ; l’inconscient est impersonnel, constitutif du genre humain. » (A.Green)
En suivant nos amis préhistoriens dans les grottes, nous avons rencontré des formes multiples au gré de notre imaginaire.
Nous avons parfois ressenti une certaine inquiétude et parfois un plaisir intense. Au-delà de nos repères habituels, nous avons retrouvé notre enfance, sa fantaisie, ses doutes, ses espoirs, ses attentes, ses illusions. Puis attentifs à l’enseignement de nos amis, nous avons découvert les tracés de figures abstraites, les incisions, les dessins, les peintures. Cela a été un vrai apprentissage : démêler les traces de l’humain des traces des caprices de la nature, construire des formes, les différencier, les assembler, les discuter.
Nous avons pu envisager deux modalités de pensée : – l’une plus dans l’affect, la croyance, la pensée animique, – l’autre plus rationnelle. L’une tournée vers le désir et l’autre vers la régulation du désir.
Peu assurés aujourd’hui que cette ligne de partage nous conduise vers un plus de vérité, la recherche de l’origine de la forme, nous devons la considérer comme une nécessité théorique pour retrouver le chemin qui nous mène vers une expérience fondatrice.
 
La quête de la forme
 
 
C’est peut-être une quête impossible, cependant la démarche même, refaire le trajet vers la grotte, c’est aussi réactualiser la nécessité d’un travail infini et métaphorique de la pensée, retrouver l’affect, qui a donné forme à la croyance et qui a pu faire du beau un indice de vérité.
Doit-on considérer la forme dans la catégorie de la logique, le beau comme manifestation de l’émotion et l’origine, comme manifestation de la recherche d’une causalité unitaire capable d’expliquer, « le divers en montrant comment il s’est produit à partir de l’un, à se représenter tout ce qui existe et en particulier tout ce dont l’existence nous étonne comme ayant su son origine en un moment déterminé du temps » ? (Vocab. Technique et critique de la philosophie A. Laplanche).
Pourtant, « l’Homme pour communiquer à l’Homme ce qu’il a de plus secret, de plus profond, doit emprunter la forme des choses et faire le tour du ciel et de la terre pour arriver à l’oreille de son prochain ». (Lanza del Vasto).
En posant la question de l’origine de la forme nous nous interrogeons sur la naissance de l’art pariétal des cavernes sans omettre pour autant la question du commencement, de l’origine de la psyché ; la désignation du commencement ne relève que du système plus ou moins conscient de représentation.
On peut comprendre alors la mise en garde que Michel Lorblanchet fait dans son livre, « La naissance de l’Art, genèse de l’art préhistorique », de tout système interprétatif présenté jusqu’à ce jour et il recommande d’éviter « les positions trop spéculatives et de prendre en compte toute la diversité et la complexité des phénomènes qui commandent la naissance et le développement de l’art ».
J’ai parlé auparavant de « conscient de représentations », et en prenant appui sur Freud, je dirais avec lui : « l’accès à la conscience est lié avant tout aux perceptions que nos organes sensoriels reçoivent du monde extérieur ». Ajoutons que la conscience des phénomènes psychiques est inséparable de la perception des qualités.
Nous pouvons conclure, que pour la psychanalyse, la connaissance du monde n’est pas un simple enregistrement perceptif des organes des sens, mais le produit final d’un processus complexe, où s’articulent la représentation, la perception et l’hallucination. J’aurai à m’expliquer sur ces trois termes.
Cela dit, rappelons brièvement qu’un processus psychique, pour un psychanalyste, est la prise en considération de deux voies psychiques : l’une progrédiente, qui va vers la représentation et l’autre régrédiente, qui va vers l’hallucinatoire.
Pour donner une représentation du processus psychique, disons qu’il s’agit :
  • d’ un processus pulsionnel(force) à la recherche d’une satisfaction par suppression d’une excitation corporelle, obtenue par satisfaction hallucinatoire du désir et ensuite par la constitution de la représentation psychique et la constitution de la pensée.
Toutes ces modalités de satisfaction coexistent la vie durant., cependant notons que pour Freud le renoncement aux satisfactions pulsionnelles immédiates caractérise le devenir individuel et l’histoire des civilisations.
Cette modalité de concevoir le fonctionnement mental nous permet d’envisager la dichotomie savoir-croyance comme une dualité conflictuelle et inséparable, c’est-à-dire comme un invariant, nécessaire à tout processus de connaissance,de civilisation.
 
Pourquoi la croyance ?
 
 
Quelle est la fonction première de la croyance ?
C’est de trouver une forme qui métaphorise le réel et dans ce sens, la capacité de modifier l’afflux d’excitations internes et externes. Cela ne peut être envisagé sans la présence d’un objet externe et la longue néoténie du petit homme est ce qui va peut-être favoriser le maintien de cet invariant et la constitution d’un appareil psychique.
Nous voyons ainsi, comment le partage entre savoir et croyance, est une ligne difficile à tracer, cependant incontournable et indépassable.
Le connaître et le croire créent des liens entre les êtres. Le groupe constitué va être capable d’intervenir sur lui-même pour régler l’usage de la sexualité, la cohésion sociale ; la parole va ordonner et délimiter les formes dont dispose une tradition, un savoir faire, une transmission.
J’ai déjà indiqué que l’appareil psychique se constitue par le passage du fond hallucinatoire à la discontinuité représentation/perception, dont l’équilibre ne peut être assuré que par l’investissement de l’objet et de sa représentation.
La question de l’objet pour un psychanalyste, en simplifiant beaucoup, est la coprésidence de deux êtres qui par la voie de la représentation vont se constituer en sujet et objet.
Le problème de la représentation d’objet est complexe, car constituée à la fois par un mouvement centrifuge, un élan vers l’objet de satisfaction, et l’autre, centripède, retour vers soi, autoérotique, qui se constitue en l’absence de l’objet.
Si nous adoptons ce point de vue, ici très schématiquement présenté, c’est pour indiquer que tout mouvement vers et de l’objet externe nécessite la constitution d’une représentation psychique.
En substance, la constitution de la représentation psychique est bien complexe et inséparable de celle du sujet auto-représentant.
 
Les formes en attente de la parole
 
 
Ce temps de la préhistoire, où les formes sans paroles vont scander le trajet du temps, peut nous donner des informations sur quelques aspects du fonctionnement mental de l’Homo Sapiens Sapiens.
En effet, si nous retenons la référence à l’appareil psychique tel que nous le concevons, c’est-à-dire comme appareil pulsionnel(la force) et conceptuel, capable d’élaborer un projet, les outils techniques ne seront pas seulement des témoignages d’une industrie d’une conduite, mais aussi des indications sur les échanges, liens, complexifications de l’appareil psychique dont nous sommes toujours les porteurs.
Les documents archéologiques retrouvés doivent nous aider à faire des hypothèses sur les Homo Sapiens Sapiens, sur leurs investissements mutuels, sur leurs échanges, sur leur organisation sociale, sur leur capacité créatrice en absence et en présence de l’autre, de l’inquiétant, de l’imprévisible.
Posons nous la question : Quelle est la caractéristique fondamentale du propre de l’homme ?
La possibilité de se transformer par l’écart qu’il constitue entre les besoins à satisfaire immédiatement et ceux qui peuvent être renvoyés à plus tard.
Par exemple, si je me réfère à la documentation scientifique, les chimpanzés répondent à leur besoin immédiat en collectant les matériaux dans un rayon d’une centaine de mètres et fabriquent, et utilisent leurs outils sur place.
Homo habilis devenu prévoyant, sélectionne, collectionne au loin la matière nécessaire à la fabrication des outils en les transportant sur une distance de plusieurs Km, en emportant ses outils avec lui. (M. Lorblanchet).
De même, il le fera plus tard avec les colorants qui sont des indications sur les nouvelles exigences qui naissent dans le rapport à son propre corps et au corps d’autrui ou encore par des incisions sur os et pierre, indications sur la nécessité d’objectiver le rythme, la temporalité linéaire, la construction d’un récit.
Dans cette perspective, nous verrions très tôt apparaître, en même temps, l’expression de la forme abstraite et la forme figurative
Rappelons, avant même « la grande surprise du Paléolithique Supérieur » (Gamble 1986) qui va apporter une accélération sensible des transformations de l’appareil psychique de l’Homo-sapiens sapiens, que déjà l’Homme de Néandertal avait parcouru un long cheminement de transformations en définissant et produisant des formes assemblées ou isolées : – industrie de la pierre et autres matériaux plus ou moins caduques, spatialisation de l’habitat, – ornement, – signes abstraits, – tombes etc.
 
Signes et figurabilité
 
 
Sans trop nous attarder sur la question des stries et incisions sur pierre et sur os, pendant le Paléolithique ancien, ou dans l’Acheuléen ancien, puisque l’opinion des préhistoriens est trop diversifiée et contradictoire sur la nature de ce témoignage, notons cependant que cette même présence chez les Proto-Cro-Magnoïdes, peut-être envisagée comme stockage d’informations, inscriptions d’un rythme, d’une temporalité. Notons aussi que la collecte de colorants et sa transformation allant du jaune, au rouge, au brun, est de plus en plus effectuée et que les sites retrouvés semblent se diversifier, augmenter avec le temps en particulier depuis l’Acheuléen ancien au Mustérien récent.
Ainsi l’homme peint, dispose non seulement d’une force productive instrumentale, mais aussi de la capacité d’exprimer et de donner forme, limite à son propre corps par sa peau, montrer un tissu de relations individuelles et collectives et par les orifices qui la percent être aussi le lieu de la projection des échanges entre l’intérieur et l’extérieur.
Ce donné à voir me paraît comme une modification,une transformation de s capacités mentales de l’individu et de la civilisation qu’il constitue.
Certes nous n’avons aucune certitude sur l’étendue et la qualité de ces échanges, car les témoignages périssables ne nous permettent aucune observation complexe
Cependant, nous l’avons rappelé ailleurs, toutes les manifestations picturales apparaissent après l’installation des rites de sépulture, c’est-à-dire après que le groupe ait envisagé sa propre destinée dans celle de chaque individu porteur de ses règles.
La question de la conservation et de la transmission des images est posée ; elle, organise et élabore la question du processus de symbolisation.
Ainsi, même le corps mort subit une recomposition et l’exercice symbolique ne l’abandonne pas.
Il apparaît avec évidence et force que le corps est au premier plan par le travail psychique et culturel qu’il manifeste et qu’il subit ; son traitement qui rend identique, le corps vivant et le corps mort est une démarche mentale fondatrice du paradoxe de la civilisation, qui doit maintenir présent l’identique et le changement.
L’immortalité du Moi est affirmée : le corps garde les projections narcissiques ainsi que le caractère de jouissance.
L’approche sémantique fait situer ce traitement du corps du côté de la pensée interprétante et nous pouvons envisager la collecte, la transformation et l’usage du colorant et des incisions du côté de la production du signe, selon Pierce.
En effet le rouge, le brun, le noir, le jaune, sont des colorants à usage corporel, mais pas seulement, transformant celui qui l’a cherché, celui à qui il est destiné et leurs relations.
Le signe est donc quelque chose ; sa connaissance nous apprend quelque chose de plus.
Ce quelque chose de plus, révèle et voile à la fois un quelque chose en moins, c’est-à-dire ce qui manque et qui ne peut-être completé que par l’autre différent de soi.
C’est ainsi que lentement se dégage-le-Moi, constitué entre autres par le processus
Identificatoire, dont la composante narcissique va le renseigner sur la « conscience de Soi », sur « la conscience du Corps », et sur les voies suivies pour acquérir sa mise en place symbolique. (Guy Rosolato).
Le corps humain a subi une recomposition ; il garde les traces de son expérience et il lègue l’indice de la transformation à la fois du monde externe et de lui-même.
Il élabore lentement sa séparation de la nature par un étrange désir d’affirmation de Soi et simultanément de retrouvailles avec celle-ci,rendue mythique.
Le monde se peuple de formes à la fois ressemblantes et transformées par un processus de symbolisation qui désormais vont nous regarder.
L’analyse sémiotique nous montre, par les différents témoignages retrouvés, le passage du signe à l’icône, c’est-à-dire à l’apparition d’un processus psychique complexe, nouveau, inquiétant et rassurant à la fois, car il s’agit bien, comme certains auteurs l’ont souligné, par l’image iconique, de remonter au signe c’est à dire (Daniel Bougnoux NRP44 1991) au corps sensuel, au corps réel et de retrouver contact avec l’objet premier jamais abandonné.
Je veux parler des peintures, qui apparaissent au Paléolithique Supérieur.
Ne doit-on pas considérer l’insistance avec laquelle la figuration des mains couvre les parois et les images, par exemple les chevaux de Pech-Merle, comme exercice de la pensée animique et témoignage de la croyance qui garde par la vue le contact à l’Originaire ?
Ce désir fusionnel, où la pensée animique s’exerce en toute liberté, n’est-il pas à la base de la croyance qui transforme la souffrance, les aléas de la vie en un récit mythique qui se donne comme vérité ?
Dans ce cas ne doit-on pas considérer comme Michel Lorblanchet l’a indiqué, que les figurations des cavernes datées du Paléolithique Supérieur sont « une sorte de placenta cosmique, un magma originel où tous les êtres vivants et imaginaires se confondent en des jeux formels qui sont souvent bien davantage que des calembours graphiques, puisqu’ils expriment symboliquement des liens éternels rattachant toutes les créatures) (M. Lorblanchet 1993).
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La réserve de la creabilité
 
 
De même ne pouvons-nous pas penser que l’ensemble des images interprétées comme déterminées et celles considérées comme indéterminées, soient à la fois décatégorisation et catégorisation d’un matériel iconique utile aux constructions mythiques ?
La qualité figurative des animaux représentés ainsi que le nombre très limité, nous font penser que l’exigence de la ressemblance et de la répétition qu’ils témoignent sont tels, qu’ils organisent le jeu symbolique nécessaire à la connaissance.
Par la ressemblance, l’image visuelle touche et sépare à jamais de l’originaire, réalise un vœu, organise et perpétue le pouvoir interprétatif, assure à chacun sa place et la reconnaissance identitaire.
La connaissance de la dynamique groupale nous enseigne que les groupes humains ne coexistent et ne communiquent que par un pacte tacite de méconnaissance, qui permet de parler de ce qu’on ne dit pas.
Ni le corps de la femme ni le corps de l’homme ne sont livrés tels quels au regard d’Homo Sapiens-Sapiens.
Denis Vialou, comme d’autres préhistoriens, l’a noté :
« Les figurations humaines sont nues, parfois parées de bracelets ou colliers incisées mais jamais vêtues. Le statut figuratif des représentations humaines paléolithique est soumis à des segmentations et des déformations généralement étrangères aux représentations animalières,absence de réalisme graphique. Les silhouettes sont souvent fantomatiques, parfois schématiques.
Les têtes celles des silhouettes ou celles figurées isolement ne sont jamais des portraits mais sont bien plutôt grotesques, voire bestiales
Par contre les sexes masculins, gravés et sculptés et féminins dessinés et gravés, sont beaucoup plus souvent figurés isolément que sur les silhouettes pariétales.
La segmentation figurative s’accompagne d’un réalisme anatomique qui précisément fait défaut aux représentations humaines, entières ou tronquées(tête) ».
(fin de citation)
Tout nous invite à penser que les images visuelles mettent en scène une triade :
  • les représentations abstraites ;
  • le représentable animalier, pour savoir si quelque chose qui est dans l’intérieur(représenté) peut être aussi retrouvé à l’extérieur par la perception ;
  • la déformation humaine dont la désubjectivation est peut-être une indication de la forme de leur fonctionnement psychique collectif.
La représentation du corps humain est gouvernée par une figuration conventionnelle, répétitive, où cependant les organes sexuels acquièrent une valeur symbolique, attestée par la représentation partielle, isolée, systématisée.
La ressemblance semble jouer un rôle bâtisseur dans le savoir ; elle permet la connaissance des choses visibles et invisibles et guide l’art de les représenter ; sa constance et ses variations de combinaisons figuratives assurent la capacité interprétative.
Quelles obscures raisons ont poussé l’Homo Sapiens Sapiens à s’enterrer dans la profondeur des cavernes sans les morts sinon pour trouver et conserver du vivant ?
Ce renfermement dans un espace clos,semble être la nécessité impérieuse de construire un espacé de l’illusion où les productions transcendent la réalité objective et l’ensemble figuratif constituant une réalité mythique aurait la fonction de lien social entre la réalité subjective et la réalité collective.
La fermeture dans la caverne,,cette recherche de l’obscurité de la nuit éclairée uniquement par la lumière de l’homme rendrai compte du lien qui a pu être fait entre le rêve et la magie en tant que réalisation du désir et exercice de la toute puissance des idées.
Si nous prenons en exemple l’être composite appelé « le Dieu Cornu » de la grotte des Trois Frères (Ariège), demandons-nous, pourquoi les différentes parties du corps qui le constituent sont un assemblage hétérogènes de corps animaliers les plus divers ? Quel principe gouverne ce travail d’assemblage ?
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Grotte des Trois-Frères, Sanctuaire, le Sorcier du sixième ensemble
Il s’agit de faire toucher des parties corporelles jusque-là séparées que le travail de la pensée réunit pour constituer un être nouveau,qui fait du monstrueux, un être au pouvoir mythique.
Ces identifications partielles à des espèces bien ciblées, sont des indications d’un paradoxe présent dans la psyché, qui organise des ensembles figuratifs, minés par l’instabilité de leur association même et dont l’instabilité intra psychique nécessite une mise en forme du monde extérieur.
Bien entendu le rite social s’efforce de combiner, de maintenir en éveil dans sa sensorialité le corps de l’homme, mais la forme nouvelle apparue est bien le témoignage d’une créativité qui ouvre des espaces psychiques imprévus.
Nous pouvons envisager l’importance que désormais le langage oral aura acquis, car nous ne sommes plus seulement dans la production d’indices, mais dans celui des icônes et des symboles, c’est-à-dire devant un esprit capable de produire les images qui touchent le dedans et le dehors. et qui, tout en proposant des formes nouvelles, maintiennent la présence de l’originaire.
L’image est la première médiation, elle est la première indication du saisissement de soi dans le regard de ce qui nous regarde, en somme : soi, l’autre et la relation.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  LAMZA DEL VASTO (1985), Les étymologies imaginaires, Paris, Denoël.
·  LORBLANCHET, M. (1993), Les tracés indéterminés. In. G.R.A.P. L’Art pariétal. Paléolithique, Paris, Ed du C.T.H.S.
·  ROSOLATO, G (1971), Recension du corps in N.R.P. n°3.
·  SACCO, F. et SAUVET, G., (1998,) Le Propre de l’homme, Ed delachaux et niestlé, Lausanne.
·  VIALOU, D., (1997), Singularité des représentations humaines paléolithiques.Histoire de l’Art N°37-38, Paris.
 
NOTES
 
[*] Psychiatre, Psychanalyste SPP, 8 rue de Châteaudun F-75009 Paris.
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