Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804141829
244 pages

p. 13 à 30
doi: en cours

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Point de vue

no 20 2003/1

2003 Cahiers de psychologie clinique Point de vue
Point de vue

Coût d’œil

Jean-Marie Gauthier  [*]
Il n’est pas indifférent de parler de visuel, de l’œil ou du regard pour tenter d’approcher et de mieux cerner l’importance de cette forme de sensorialité au cœur de notre espace psychique. Freud, en fondant la psychanalyse, a choisi de suspendre toute référence possible à la vision dans ce qu’il tentait de définir comme une nouvelle forme de cure, sans pour autant justifier ce choix, sinon par quelques remarques qui semblent être restées sans importance. Or comme nous l’enseigne la psychanalyse des enfants, il n’est pas évident que tous les patients puissent séparer leur fonctionnement psychique de leur espace corporel. Le dispositif analytique serait ainsi bien moins neutre qu’il n’y paraît et il serait utile de montrer comment la cure-type impose un certain nombre de contraintes auxquelles certains patients ne peuvent se soumettre. La question du regard et de son échange prend ainsi toute son importance dans le travail analytique effectué en face à face, encore faut-il que nous disposions des outils pour en rendre compte. Mots-clés : cure-type, psychothérapie, regard. It is not meaningless to talk about eye contact to approach the importance of that kind of sensoriality in our intrapsychic space. When founding what he called a new form of cure (psychoanalysis), Freud chose to suspend every visual reference and he did it with nothing but a few unnoticed words to justify his choice. As pschychoanalysis with children taught us, it is not obvious that every patient is able to separate their psychic functioning from their corporeal space. The psychoanalytic setting appears to be less neutral than it aims to and it would be useful to show how the cure generate constraints that every patient can not submit to. The issue of looking and eye-communicating is meaningful in the analytic work in face- to- face setting but we need reliable tools to make it appear. Keywords : psychoanalytic cure, psychotherapy, look, sensoriality, the body in the psychoanalytic cure.
Il est devenu difficile, que ce soit à la suite des découvertes freudiennes, d’écrits tels que ceux de Barthes, ou encore de la sémiologie d’un U. Eco, de nier que la façon dont nous trions et utilisons le lexique, à notre disposition, peut être considérée comme la source d’une première interprétation de notre manière d’appréhender un phénomène quel qu’il soit ; ce choix est, à l’évidence, une première porte d’accès à notre épistémologie intime. Dans cette perspective, il est incontestable que le fait d’avoir choisi d’appeler ce numéro des « Cahiers », le « Visuel » relève déjà d’une certaine manière d’approcher notre fonctionnement psychique. Il est dès lors essentiel de poser la question de savoir en quoi ce terme permet une ouverture suffisante à la discussion ou, au contraire, comment de manière implicite et insidieuse, il fermerait la porte à une nouvelle définition de l’apport du regard dans notre fonctionnement psychique. Nous tenons évidemment pour acquis, qu’il est essentiel que ce type de débat puisse avoir lieu afin de permettre à notre domaine de recherches de rester ouvert sur son environnement intellectuel et scientifique. Nous voyons dans cette ouverture, et les conflits qui lui sont nécessairement associés, la garantie d’une évolution progressive de nos connaissances, la voie la plus sûre pour échapper aux risques d’une exégèse sans cesse répétée de certains auteurs ou textes, qui risqueraient dès lors d’être appréhendés comme sacrés. Comme l’a fort bien montré I. Stengers [1], toute fermeture ne devrait conduire qu’à la production d’une sorte de savoir morcelé et parfaitement auto-référent, qui ne serait, alors, sans doute plus très éloigné d’une forme d’astrologie.
On aurait tout aussi bien pu avoir intitulé ce numéro et sollicité des contributions sous les termes de « regard » ou de « vision ». Aurait-on pu aller jusqu’à n’utiliser que le seul terme d’œil ? À première vue, ce choix pourrait sembler laisser peu de place à la dimension psychologique. Ne réduirait-on pas alors un thème, qui promettait d’être riche, à un débat de niveau quasi physiologique centré sur un « simple » organe ? Encore faut-il considérer qu’il est repris à ce niveau comme une des cinq formes essentielles de la sensibilité et que la sagesse populaire attribue une place essentielle aux psychiatres dans l’examen des sujets qui n’ont plus « leurs cinq sens ». Il existe par ailleurs de multiples expressions comme « avoir l’œil », « avoir le mauvais œil », « se rincer l’œil », « tenir à l’œil » ou « en avoir dans l’œil » qui introduisent pourtant ce soi-disant simple organe sensoriel à de multiples dimensions et variations du fonctionnement psychique. L’œil quand il est multiplié et échangé semble introduire directement à la dimension amoureuse : rester ou se tenir les yeux dans ceux de l’autre indiquent la puissance du désir. Quand ils se font « doux », les yeux se confondent avec une invitation, une insistance.
On pourrait dire, de la même façon, que le terme de vision limite le débat à la seule dimension du fonctionnement d’organe, cette fois à de la physiologie ! Mais, de la même façon, « avoir des visions » ou « être visionnaire », introduisent à un mode de fonctionnement psychique particulier. Le terme de regard semble, d’emblée, lui conduire à la notion d’échange. Même lorsqu’il est « jeté », cette locution indique alors comme une concession faite à une relation non désirée et minimale, un peu comme « le moins que l’on puisse faire pour marquer le minimum possible d’intérêt impossible à éviter pourtant ». Mais, de manière plus générale, le regard constitue l’indicateur le plus fiable de l’état affectif de notre interlocuteur. Tout intérêt provoque spontanément une mydriase, qui peut être reçue comme une marque de plaisir à la rencontre, voire, à la limite, un signe évident d’excitation. Ce n’est pas par hasard si les belles d’antan utilisaient des pommades mydriatisantes pour se donner des regards énamourés ; mais aujourd’hui, ces préparations, en place de belladonne, contiennent de l’atropine et les recherches éthologiques ont démontré l’efficacité du procédé qu’on aurait préféré secret afin d’en préserver le pouvoir : à choisir, nous préférerons systématiquement les photos d’une même personne lorsqu’elle montre une pupille dilatée. Sans savoir pourquoi (inconsciemment ?) nous le trouvons alors plus sympathique. Vérité statistique oblige, notre choix de sympathie est organisé par la perception d’une ébauche de mydriase.
Mais de façon plus générale, le regard s’associe facilement à toute espèce de qualificatif au point de caractériser l’échange visuel et de décrire le contexte émotionnel dans lequel une relation se déroule ; le regard fonctionne comme une métonymie pour l’ensemble de nos échanges, dès que l’émotion affleure. La possibilité même de cette figure de style révèle deux aspects fondamentaux de notre vie émotionnelle : le vécu émotionnel est global (et la partie est équivalente au tout) et il est corporel autant que psychique. L’émotion est un tout indivisible dont chaque dimension qu’elle soit corporelle ou psychique participe de l’ensemble du vécu et de la communication qui en est faite à notre entourage. C’est un des paradoxes de cette forme de vécu, que nous avons déjà souligné (Gauthier, J.-M.) [2], qui veut que l’affect est à la fois une des expériences psychiques les plus intimes et en même temps un état qui se communique facilement et inévitablement aux autres ; rien de plus personnel, au point que l’émotion nous pose à chaque fois la question d’une communication possible de ce que nous vivons dans notre intimité, mais en même temps rien de plus social de plus disponible à la propagation en particulier dans les petits groupes.
Il n’est pas sans intérêt de rappeler que sur un plan anthropologique, le développement de la station debout s’est accompagnée d’un accroissement de l’importance des échanges visuels. Il n’est sans doute pas étonnant dès lors que cette dimension ait pris une importance fondamentale dans nos échanges émotionnels et ait fait passer au second plan la richesse des informations reçues par l’olfaction qui reste si essentielle chez les mammifères même les plus proches de nous. L’œil est sans doute avec le langage, et d’autres fonctions encore, un des facteurs essentiels du processus d’hominisation.
Le terme de visuel renvoie avant tout à un adjectif qui attribue à une forme de sensation la qualité de se référer à cet organe particulier qui nous autorise la vision. Substantifier un adjectif n’élimine sans doute pas cette dépendance intrinsèque qui relie la qualité à un objet, qui reste lui le déterminant, substantiel et substantif à la fois. Choisir cette façon de s’exprimer constitue sans doute une tentative de mettre ce qu’il en est du regard, de l’œil et de la vision du côté d’une forme possible d’expérience sensorielle sous la dépendance d’un organe central, « administrateur », qui à son tour accepterait bien « d’aller y jeter un œil » du moins quand il est dans de bonnes dispositions ! Le choix de visuel semble donc s’opposer trait pour trait à celui de regard. Avoir choisi ce vocable est une façon d’opérer un choix vis à vis de cette dimension du vécu psychique ; elle s’inscrit dans une perspective très analytique dans la mesure où chaque dimension du vécu émotionnel semble pouvoir être séparée de l’ensemble et analysée comme telle suivant en cela la méthodologie princeps de Freud qui veut qu’affect et représentations suivent des destins séparés. Nous avons déjà montré combien cette méthodologie pouvait conduire en elle-même à des impasses (Gauthier, JM,) [3]. Nous ne reprendrons pas ici ce débat dans son ensemble. Soulignons simplement que si cette perspective est intéressante du point de vue méthodologique, il ne faut pas oublier qu’elle laisse en suspens la question de l’unité du vécu affectif. Comment près avoir défini chacune des fonctions opérant dans la vie affective, arriver à définir ce qui en détermine l’unité foncière. Nous pouvons en effet tenter de déterminer ce qui dans le vécu de Proust, par exemple, appartient au visuel, au tactile, au gustatif et à l’olfactif lorsqu’il retrouve les madeleines de son enfance. Toutes ces dimensions utiles ne disent rien de ce qui transforme ces éléments en une unité vécue comme un moment existentiel à nul autre pareil. Nous nous trouvons devant une question essentielle et qui traverse l’ensemble des savoirs psychologiques : est-ce un vécu sensoriel qui suscite ou réveille des éléments affectifs du passé ou est-ce le désir secret de retrouver ceux-ci qui rend disponible à certaines dimensions sensorielles. On le voit le découpage d’une émotion en ses divers éléments laisse en suspens certaines questions et aspects essentiels du vécu affectif.
Mais, de plus, cette méthodologie de travail risque de nous pousser à introduire un lien de causalité, (de ce qui précède ou de ce qui suit) un découpage entre ces divers aspects. Or, si nous considérons le vécu émotionnel comme une globalité, toute théorisation doit pouvoir aussi tenter de prendre compte cette dimension puisque le découpage produit inévitablement une altération du phénomène étudié. Il faut donc pondérer l’importance relative et les points de vues différents que peuvent apporter une vision globale comparés à une méthodologie plus analytique.
On pourrait être amené, à considérer certains éléments du « visuel » comme des déclencheurs mais on peut tout aussi bien considérer qu’il existe une sorte d’unité psychique centrale qui adresse de l’attention et de l’intérêt à ces éléments visuels qui se présentent à sa disposition et ceci en fonction de sa seule dynamique interne. Cette dernière perspective est proche de la démarche freudienne qui considère la réalité externe comme un univers auquel le Moi attribue des quantités variables de libido. Freud a parlé de pseudopodes émis à partir du Moi conçu comme une surface. Dans les deux cas, les deux univers, interne et externe, apparaissent comme séparés : dans l’un c’est l’information venant de l’extérieur qui reste déterminante, dans l’autre c’est le vécu interne qui constitue le fondement de nos comportements. Nous avons montré (J.-M. Gauthier) [4] que le découpage opéré par Freud entre le destin des représentations et de l’affect, est intimement associé à une conception extrêmement réaliste de l’espace chez lui : l’espace est banalement ce qui est perçu comme tel, au mépris de toute recherche sur l’imaginaire de la spatialité. Pour Freud, le visuel est en quelque sorte la source d’une certitude épistémologique sans appel : ce qui est extérieur est ce qui est en dehors de moi. On sait qu’en ce qui concerne le fonctionnement psychique, c’est sans doute beaucoup moins simple puisque tout phénomène de ce type ne peut être séparé de la relation dans laquelle il se produit.
Ces deux découpages ( de l’affect et des représentations d’une part de l’espace en externe et interne de l’autre) sont de toute façon insuffisants pour rendre compte du vécu émotionnel, mais ils laissent aussi en question tout ce qui concerne l’apprentissage et le plaisir qu’on peut retirer du monde externe mais aussi notre appétence à agir et transformer le monde environnant. Ce n’est pas pour rien que Freud et à sa suite la psychanalyse n’ont jamais produit de théorisation de la conscience. Si toute conscience est négation, distance de soi aux objets et de soi à soi, il est inévitable de se demander comment nous pouvons accéder à une sorte d’objectivation de notre Soi qui devient en effet, par la même occasion, un objet de notre monde externe. On le voit le découpage d’un vécu affectif, en ses différentes fonctions, peine à rendre compte de la globalité spécifique de ce vécu, difficulté qui rejoint celle de penser le processus de prise conscience : c’est qu’il est vain, à terme, de penser la réalité externe et interne comme des entités séparées ; il serait essentiels de voir comment ces deux dimensions se lient intimement l’une à l’autre. Ce thème de la vision et du regard nous fournit une occasion de réfléchir à des interrogations de ce type, mais les aborder n’ira pas sans une révision nécessaire de certains concepts de la métapsychologie freudienne, ce qui justifie notre titre : quel prix sommes-nous disposés à payer pour intégrer ces autres dimensions de la vie psychique que sont le regard et la conscience dans une métapsychologie qui serait enfin revisitée ?
Des raisons qui ont conduit Freud à exclure, du champ de la cure psychanalytique, le regard
La pratique psychanalytique, que ce soit pour le grand public comme pour les professionnels, reste étroitement associée à un dispositif spatial fort particulier : le patient, allongé sur un divan, n’a pas accès au visage de l’analyste placé derrière lui. Le regard comme forme fondamentale d’échange au sein de la relation entre les hommes, dont nous venons de souligner toute l’importance et la richesse, est ainsi exclu, et depuis ses origines, du dispositif psychanalytique. Il n’est, dès lors, pas inutile de s’interroger sur les raisons de la mise en place d’un cadre qui apparaît à la fois comme le signe distinctif d’une pratique déterminée et comme une particularité sans doute étrange et vaguement inquiétante à priori pour la plupart d’entre nous. Freud ne s’explique sur ce sujet qu’à deux seules reprises.
« J’abandonnai donc l’hypnose, et ne retins d’elle que la position couchée du patient sur un lit de repos, derrière lequel j’étais assis de sorte que je le voyais mais sans être vu de lui. »
(S. Freud ) [5]
Le dispositif spatial de la cure analytique, serait ainsi la survivance de celui adopté par S. Freud au temps où il pratiquait la suggestion, ce qui ne va pas sans susciter quelques questions. La cure analytique ayant explicitement été conçue dans la volonté de s’éloigner et d’éviter, autant que possible, toute forme de suggestion, la première de ces interrogations serait de se demander tout d’abord pourquoi, seul le dispositif spatial de la cure hypnotique a pu, dans cette perspective, être conservé. Pour quelle raison et de quelle manière, se pourrait-il que le dispositif n’ait, lui, aucune valeur « suggestive », alors même, qu’il semble, à première vue, qu’il ait été choisi de manière assez passive, comme une sorte de persistance adoptée, sans autre précision ; son maintien ne reçoit en tout cas quasi aucune justification technique formelle en fonction du nouvel objectif psychothérapeutique que Freud s’est imposé dès la fin des années 1890. C’est ce qui pourrait faire penser que ce choix se serait en quelque sorte « imposé de lui-même », proposition qui, psychanalytiquement parlant, est, bien entendu, impensable !
Dans un autre texte, Freud tente d’expliquer les raisons de son choix. Elles sont faites d’un mélange assez subtil de considérations purement personnelles, la cure analytique aurait alors été construite « à l’image » de la personnalité de son fondateur, et, d’autre part, de tentatives de justifications théoriques. Il propose, en effet, tout d’abord :
« je ne supporte pas qu’on me regarde huit heures par jour (ou davantage). »
Mais ajoute aussitôt après :
« Comme je me laisse aller, au cours des séances, à mes pensées inconscientes, je ne veux pas que l’expression de mon visage puisse fournir au patient des indications qu’il pourrait interpréter ou qui influeraient sur ses dires. »
(S. Freud.) [6]
À côté de raisons qu’on pourrait qualifier de strictement personnelles, Freud, dans cette phrase, indique en fait les fondements essentiels de l’épistémologie psychanalytique. Cet écrit montre en effet qu’il se représente le fonctionnement psychique comme une production propre, spécifique à chacun de nous et qui se déploie dans un espace autonome, celui de notre espace psychique privé qui pourra, dès lors, faire l’objet d’une description particulière à l’aide de concepts qui tous porteront, inévitablement, l’empreinte de ce choix fondateur. Ce texte montre bien en tout cas comment se constituera un autre des paradoxes de la psychanalyse, c’est que si sa pratique est relationnelle, sa métapsychologie, elle, reste strictement moniste. Nous voulons dire par là que le fonctionnement psychique d’un individu semble pouvoir être décrit à partir des seuls éléments de son fonctionnement interne : la dynamique, le topique et l’économique semblent des points de vue suffisants à décrire et expliquer et la dynamique psychique et ses conflits ; décrire cet espace, sa structure comme son contenu, constitueront l’objectif de la psychanalyse. Ce que ce modèle va laisser en suspens, c’est que la pratique psychanalytique est essentiellement relationnelle et que subsiste dès lors la question de savoir comment et par quel canal ces deux espaces séparés communiquent entre eux. Ce nouveau paradoxe en fait rejoint strictement celui que nous indiquions à propos de la séparation des « espaces » interne et externe. En fait, à tout moment, Freud fait confiance à sa conception réaliste de l’espace : l’espace est tel que nous le percevons, à trois dimensions, et les « espaces » psychiques appartiennent de droit à des corps qui sont « effectivement séparés ». Freud s’est permis de supprimer le regard du dispositif de la cure parce que l’espace ne fait pas question chez lui. Notons au passage que ces questions qui concernent l’espace, le corps propre et la vision sont étroitement associées mais tout s’est passé comme si Freud s’était contenté d’utiliser la conception de l’espace la plus commune, la plus évidente sur le plan de la perception.
Or il n’est pas prouvé que le fonctionnement psychique se déploie dans un espace de ce type. Les travaux de Sami-Ali ou encore les hypothèses sur l’espace transitionnel et le jeu de Winnicott, montrent à suffisance que le « psychique » se déploie dans un univers spatial plus riche et complexe ; l’espace à trois dimensions est repris dans une dimension imaginaire. Si à cela, on ajoute, à la suite de nombreux auteurs, que c’est le fonctionnement psychique de la mère qui anticipe celui de l’enfant, on comprendra qu’il devient fort malaisé de se contenter d’une conception réaliste de l’espace où chaque corps posséderait de fait un espace psychique séparé de celui des autres qui l’environnent. La question de la communication psychique nous impose de questionner l’espace dans lequel elle se déploie. Il n’est pas sûr que nous puissions continuer à utiliser la métaphore des pseudopodes pour tenter de rendre compte des relations qui unissent « l’interne et l’externe ». La question de l’espace imaginaire devient insistante.
On sait combien sont présentes dans nos interrogations cliniques toutes ces questions qui touchent à ce que nous appelons communication d’Inconscient à Inconscient et qui font retour en force à travers ce que beaucoup nomment l’identification projective. La difficulté de ce concept, c’est que de nouveau il fait confiance à une conception réaliste de l’espace : le patient « dépose » dans l’analyste un vécu intolérable. L’interne se dépose dans l’externe alors que l’étude de Sami-Ali, à propos de la projection (1970) [7], a bien montré qu’on ne peut comprendre tout phénomène de ce type sans insérer dans nos conceptions la question de la création d’un espace imaginaire. Notons de plus que la conception réaliste se concilie assez difficilement avec la dynamique de tranfert/contre-transfert où, à la limite, nous devrions considérer que tout se qui se produit dans une cure est produit par ce nouvel « espace psychique » particulier qui s’est constitué par la rencontre de celui du patient avec celui de son analyste ; nous ne pouvons continuer à décoder cet univers particulier à l’aide d’une métapsychologie qui fait fi de la question de l’espace et par là du regard et de ses échanges.
 
Regard et neutralité
 
 
Freud veut être libre de pouvoir faire ses « associations » comme il l’entend sans être gêné par le regard de l’autre, son patient. C’est aussi ce qu’il souhaite de la part de ses patients lorsqu’il leur communique la règle fondamentale de la cure analytique : laisser venir et tenter d’exprimer, sans restriction, toute représentation, manifestation psychique ou corporelle dont il seraient l’objet au moment de la rencontre avec l’analyste. Freud semble ainsi dire : à chacun ses associations et il vaut mieux que celles de l’analyste n’influencent pas excessivement celles du patient. Il semble donc acquis que notre disposition émotionnelle a des conséquences directes sur nos attitudes et comportements de manière telle que, ce qui pourrait apparaître aux yeux des patients comme une forme de réaction à leur propos, risquerait de les empêcher de poursuivre leur recherche librement. La proposition qui vise à supprimer cette interférence peut, à première vue, apparaître comme une garantie fondamentale de scientificité ou, pour le moins, de neutralité. Mais, à contrario, ce modèle implique et suppose aussi, pour pouvoir fonctionner, que chacun des deux partenaires possède un espace psychique suffisamment personnel auquel il puisse se référer en cas d’absence de réponse de l’autre. Il serait d’ailleurs plus juste de dire que « en cas de communication unilatérale », c’est-à-dire dans ces situations où, contrairement à ce qui nous arrive d’habitude, nous n’arrivons pas à estimer l’impact de nos propos sur notre interlocuteur, chacun des deux partenaires doit pouvoir se référer et se replier sur son seul « espace » personnel. Il n’est pas sans intérêt de se demander pourquoi en cas d’absence de l’autre, tout espace psychique individuel tente, en tout cas, de maintenir en vie et coûte que coûte une relation à l’autre. Quelle est la force qui donne à cette créativité particulière les aspects d’une sorte de nécessité ?
Il faut insister sur ce point : ce mode d’échange dans la psychanalyse suppose la mise en place d’un espace imaginaire qui inclut l’autre devenu absent. Toutes choses qui démontrent non seulement la nécessité du lien à l’autre mais indiquent aussi, à l’évidence, une des contradictions fondamentales de la métapsychologie freudienne : elle propose un dispositif organisé sur base d’un espace conçu, fort réalistement, selon les trois dimensions, mais suppose en même temps que le patient soit à même de se déplacer dans un espace imaginaire ; espace imaginaire qui serait par exemple celui du jeu. On peut dire, de ce point de vue, que la meilleure définition de la névrose freudienne serait que le patient névrotique est celui qui est capable de faire vivre son analyste sans le percevoir. À interroger la présence ou l’absence de cette capacité, on ouvre de nouvelles voies à la clinique analytique.
En ce qui concerne la neutralité de l’analyste, Freud percevait sans aucun doute fort bien la puissance de communication affective que possèdent nos yeux ; il ne suffisait cependant pas de supprimer cette dimension de la communication humaine pour assurer une objectivation suffisante du fonctionnement psychique de patient. De ce point de vue, on pourrait dire que la méthodologie psychanalytique est une méthodologie quasi expérimentale qui met les patients dans un dispositif fort inhabituel pour mesurer et évaluer la manière dont ils y réagissent. On pourrait considérer que, de ce point de vue, on peut qualifier de névrotiques les patients qui réagissent à ce dispositif en créant un personnage imaginaire, un autre analyste qui est l’ébauche du travail de transfert. On voit dès lors comment la valeur du regard dans l’espace psychique pourrait retrouver une signification clinique. Il est sans doute des patients pour qui cette suppression n’est pas tolérable ou induit des déformations telles dans son fonctionnement psychique que l’épreuve de le cure analytique est insupportable.
La neutralité doit se définir, à notre avis, comme une évaluation de la réponse du patient au dispositif que nous lui proposons. La neutralité se situe dans la manière dont l’analyste rend compte de la réaction du patient par rapport au dispositif qu’il lui propose. Cette opération ne peut être que le résultat d’une prise de distance que nous effectuons par rapport à nos choix thérapeutiques plutôt que comme le résultat de la suppression d’un mode de communication habituel. Ce n’est que de cette manière que l’état psychique de notre patient pourra être approché. Nous devons en particulier évaluer comment de dispositif modifie la configuration psychique du patient. Nous savons par ailleurs combien le patient peut disposer de multiples informations sur l’état psychique de son analyste que se soit durant les séances, par la voix ou les silences, ou bien aux moments d’arrivée et de départ de chaque séance. La neutralité est sans doute une illusion et il vaudrait mieux parler de la nécessité pour l’analyste d’une objectivation de ce qui se passe dans la cure. Tout dispositif quel qu’il soit est une sorte d’ingérence dans le monde psychique du patient ; il n’y a de ce point de vue aucune neutralité possible. Le travail de l’analyste ne peut être que celui de tenter de comprendre ce qui se produit dans ce nouvel espace psychique qu’il produit de concert avec son patient dans le dispositif qu’il lui a proposé. Ce n’est qu’à partir de là qu’il peut tenter de comprendre les modes relationnels de son patient.
Nous pensons qu’il existe des patients qui ne peuvent supporter la cure analytique « type », ce qui devrait permettre de mieux aborder les patients non-névrotiques. Comme nous allons le montrer, il est vraisemblable que pour ceux-ci, la dimension du regard dans l’échange psychique reste indispensable à leur propre fonctionnement. Il est évident que l’enfant constitue l’exemple quasi paradigmatique de ce type de cas cliniques.
 
Regards d’enfant
 
 
Aucun, d’entre nous, n’a jamais envisagé de proposer à un enfant de poursuivre une cure analytique allongé sur un divan. À la question naïve qui demanderait pourquoi, il est vraisemblable, qu’à l’unissons, nous répondions un peu rapidement « parce que c’est impossible ». Il nous semble cependant essentiel de se demander pourquoi c’est « à l’évidence » une proposition qui paraît tellement absurde qu’il serait en quelque sorte incongru de la poser. Certes, chacun de nous peut imaginer qu’un tel dispositif ne pourrait se réaliser que dans des conditions de contraintes, imposées à l’enfant, telles qu’elles invalideraient automatiquement tout aspect thérapeutique à cette forme d’intervention.
Il n’est pas inutile de se demander pourquoi l’enfant résisterait de la sorte au divan et à l’absence de regard. Il semble bien, à première vue, que c’est l’immobilité que ne pourrait supporter l’enfant ; mais en se retournant ne recherche-t-il pas avant tout à retrouver le regard de l’adulte ? On pourrait ajouter à cela qu’il n’est pas suffisamment indépendant de la pensée de l’adulte que pour pouvoir s’en séparer ; il lui serait donc à tout moment nécessaire de retrouver un fonctionnement psychique dont le sien dépend étroitement. Si pour le bébé cette dépendance est totale, il est vraisemblable que cette autonomie ne s’acquiert que progressivement dans les meilleurs des cas. L’enfant nous confronte donc à des questions cliniques difficiles où s’associent étroitement la question de la place de l’autre dans notre espace psychique en même temps que des questions qui se rapportent au corps et au mouvement dans la définition de ce qu’est exactement le fonctionnement psychique. Une autre manière de poser cette question serait de se demander comment ce fonctionnement psychique particulier à un individu peut être isolé de celui des autres et quel type de découpage peut être opéré dans cet espace particulier.
L’enfant, en bougeant, recherche le visage et les yeux de l’autre dont il perçoit « inconsciemment » les comportements et attitudes. Il en déduit, sans doute, très rapidement des conclusions sur l’état affectif de son interlocuteur. Que signifie ici le terme d’inconscient ? Nos émotions se manifestent dans nos gestes, mimiques et attitudes, comme nous l’avons déjà rappelé ; notre corps ses gestes et mimiques participent totalement à ce vécu indissociable et c’est sans aucun doute par le corps que nos émotions arrivent à se propager très rapidement. Sur un plan plus théorique on peut donc dire que ces manifestations forment la base, le terreau de ce que nous nommons l’intuition que certains d’entre nous continuent d’utiliser spontanément alors que d’autres ont choisi de tenter d’en faire fi. Quand nous disons que nous percevons « inconsciemment » l’état affectif de l’autre, nous voulons dire que notre corps tend à réagir très rapidement à nos intuitions et que de ce fait nous communiquons très rapidement une réponse à l’autre sans peut-être que cette réponse ne puisse être considérée comme le résultat d’une élaboration psychique. Il existe une sorte d’automatisme de la communication émotionnelle qui risque, à tout moment, de court-circuiter nos élaborations psychiques. Inconscient reste ici un qualificatif comme aux premiers pas de la découverte freudienne, même s’il serait essentiel de définir si oui ou non ce type d’échanges fait partie de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Inconscient, mais laissons cela à un autre débat.
On voit donc que si le regard tend à définir le domaine de la névrose, la question de l’intuition ouvre elle aussi à d’autres dimensions de la clinique ! Nous avons, en effet, montré ( J.-M., Gauthier et coll 2000 [8]) qu’un des enjeux essentiels du travail thérapeutique avec les patients psychotiques était dans la manière dont corporellement nous réagissions aux interactions auxquelles ils nous soumettent. La question est alors de savoir comment nous les regardons autant que comment nous les pensons. L’autisme infantile nous confronte à un autre paradoxe qui est que ces enfants qui sont censés ne pas communiquer sont aussi ceux qui disposent souvent d’une fort belle intuition de nos états psychiques internes. La clinique psychanalytique doit alors ajouter une nouvelle dimension à sa métapsychologie, celle du contre-transfert-corporel ; comment comprendre les messages corporels que nous adressons à nos patients, comment les apprivoiser, les modifier sont autant de questions cliniques essentielles. Le regard, les gestes, l’espace et le corps de l’enfant ouvrent à bien des interrogations cliniques qui ne devraient pas rester sans écho du côté de la pathologie adulte. Ce que nous devons définir ce sont les voies canaux et moyens de l’intuition, nouvelle dimension qui à son tour devrait faire l’objet d’une réflexion métapsychologique.
On peut affirmer qu’il est, sans aucun doute, fort difficile à l’enfant de séparer sa pensée de ses gestes et de son corps, comme de se séparer du fonctionnement psychique de ses parents d’autant que c’est de celui-ci que son propre appareil mental s’est constitué. L’autonomie ne peut être un état et encore moins le résultat d’une séparation géographique c’est ce que notre clinique au quotidien nous enseigne. L’autonomie ne peut être conçue que suivant un processus dont il serait essentiel de montrer l’évolution progressive. Il est essentiel de quitter la dimension réaliste et naïve de l’espace qui s’étaye sur la suppression du regard comme dimension fondamentale de notre fonctionnement psychique. Face aux attaques dont elle fait l’objet, une meilleure clarification de ses concepts essentiels reste pour la psychanalyse le meilleur moyen de faire entendre sa voix. Nous sommes persuadés que la meilleure défense d’une discipline réside dans la capacité qu’elle garde de répondre aux questions qui lui sont posées ce qui s’accompagne, et heureusement, inévitablement d’une discussion et définition renouvelée de ses propres paradigmes.
Ce n’est pas sans raison non plus que le statut du travail psychanalytique avec les enfants reste ambigu au sein même du monde des analystes. La question de la nature du travail psychanalytique avec les enfants reste entière : s’agit-il d’une véritable cure analytique ou ne faut-il le considérer au mieux que comme une psychothérapie. Les avis sont aussi partagés que passionnés dès que ce type de débat est ouvert tant il est vrai que ce type de travail ne peut manquer de poser des questions fondamentales à la théorie ou la « cure-mère ». Que dire alors de la question qui serait de savoir ce que peuvent nous enseigner sur les cures d’adultes, les thérapies faites avec les enfants. La question de savoir ce que pourrions savoir de l’étio-pathogénie des névroses de l’adulte à partir du développement psycho-affectif de l’enfant reste une question quasi disparue de l’univers de la psychanalyse où la distinction subtile entre l’enfant et l’infantile semble avoir permis d’éluder, à moindre coût, une question qui ne cesse pourtant d’être insistante. Si la distinction entre l’enfant et l’infantile sert en général de ligne de partage qui est celle du processus de développement, il est clair aussi que cette distinction bien que réelle, ne résout pas entièrement la question : il serait en effet paradoxal de maintenir une sorte de clivage qui ferait de l’enfance la matrice de nos affections névrotiques mais qui, dans le même temps, ne verrait dans l’enfant que ce qui l’oppose à l’adulte au point de ne pouvoir voir en lui rien de ce qui lui est spécifique. Il est inévitable que des ponts soient tentés même si à juste titre il faut être prudent sur la manière dont ceux-ci sont jetés.
Il est très vraisemblable que les problèmes théoriques et techniques que traîne derrière elle la psychanalyse d’enfant soit à l’origine de la méfiance dont elle est l’objet dans certains milieux psychanalytiques. Ainsi au premier rang de ces bizarreries vient se placer le fait que l’enfant se montre définitivement rebelle au dispositif spatial et temporel de la cure tel qu’il fut mis au point par S. Freud lui-même.
 
Métapsychologie de l’échange visuel
 
 
Une des caractéristiques essentielles de l’enfant autiste est qu’il ne regarde pas et pourtant tout nous prouve qu’il voit ( J.-M. Gauthier et coll., 2002). Il ne montre non plus pas du doigt. Voilà un geste apparemment banal mais qui devrait nous faire réfléchir sur les significations qu’il porte en lui. Ce geste initié sans doute vers l’âge de 7 à 8 mois, lorsqu’il devient intentionnel, est un appel à l’autre pour qu’il regarde dans la même direction. Ce mouvement suppose ainsi un jeu subtil d’identifications où on suppose que, si l’autre regarde dans la même direction, on peut faire l’hypothèse qu’il va voir le même objet qu’on essaye de lui montrer. Pour le bébé, dans ce geste, se niche l’espoir que l’adulte saisira du même coup l’objet de son propre désir. Désigner du doigt suppose donc un développement du fonctionnement psychique déjà assez élaboré. Il n’est pas exagéré de penser que la survenue d’un geste de ce type chez un enfant autiste pris en thérapie serait l’indication que quelque chose, à l’intérieur de lui, est en train de se modifier ; on pourrait considérer ce geste comme un indicateur de transformation interne puisqu’il suppose un jeu identificatoire.
Nous avons montré (J.-M. Gauthier, et coll., 1999, 2002) que pour parvenir à toute forme de compréhension de ce qui se passe dans une cure avec un enfant présentant des troubles graves de développement, le thérapeute doit comprendre comment cette rencontre modifie ses gestes et attitudes corporels. Il doit être conscient de cette dimension du contre-transfert que nous qualifions de corporel. Nous avons aussi mis en évidence que, dans ce type de contexte, il est essentiel d’être attentif aux moindres esquisses d’échanges possible de regard ; la thérapie de ces enfants pourrait être décrite comme une façon de passer du regard saisi au regard échangé et puis partagé. Nous avons mesuré combien, d’ailleurs, l’échange des regards favorise l’intuition et les capacités associatives du thérapeute, ce n’est pas une surprise après ce que nous avons dit de l’importance du regard dans les échanges humains.
Le risque majeur face à ces enfants gravement perturbés est la stéréotypie gestuelle. C’est vrai que leur traitement commence le plus souvent sous le signe de gestes et d’attitudes très stéréotypées et répétitives qui laissent le thérapeute sans voix mais aussi sans représentation ni interprétation possible de ce qui se produit sous ses yeux. Il est courant alors que la fatigue s’installe et que face à la stéréotypie des gestes ne réponde une stéréotypie des interprétations du thérapeute ; en même temps, il est difficile que son corps ne traduise pas sa lassitude. Le temps est ici décisif et le thérapeute doit supporter souvent de longues périodes de répétitions sans se sentir trop menacé ou invalidé. Mais surtout, il doit rester en restant attentif aux moindres inflexions de ce qui très rapidement lui est apparu comme répétitif et sans doute sans solution. Il faut demeurer attentif et disponible alors que rien ne vient interpeller sa compétence professionnelle.
Nous avons montré qu’une des bonnes manières pour éviter cette impasse est de multiplier les points de vue. Nous préconisons en effet, qu’à côté des prises en charges classiques des enfants en grave retard de développement, des observations soient menées à différents moments, dans des lieux différents et par des personnes qui ne soient pas le thérapeute de l’enfant. L’observation devient un outil indispensable qui permet de voir l’enfant sous différents angles de vue, ce qui permet de déterminer quels sont ses mécanismes relationnels de base et ce qui peut être compris comme des réactions de défense face à la diversité des milieux. C’est aussi de cette manière qu’on peut appréhender ce qui dans le dispositif de la cure appartient à la cure, au thérapeute ou à l’enfant. L’essentiel est d’échapper à la stéréotypie de regard posé et de percevoir ce qui est vivant et réactif de la part de l’enfant. De ce point de vue, la multiplication des regards ouvre à la réflexion ! Est-il d’ailleurs possible de s’exprimer à ce sujet sans se référer, fût-ce métaphoriquement, au regard ?
Mais en ce cas, il faut admettre et valoriser le travail en équipe et la décentralisation des points de vue, ce qui suppose à nouveau quelques transformations dans nos modes de travail et les méthodologies que nous appliquons. De nouveau, on mesure combien l’ouverture de la question du regard soulève bien des questions à nos pratiques et théories qui semblent les mieux établies et les plus immuables ; c’est pourquoi, on l’aura compris, la question du regard en psychanalyse n’a pas fini de nous interroger !
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Barthes, R., 1957, Mythologies, Seuil, Paris.
·  Eco, U., 1985, La guerre du faux, tr.fr. de M. Tanant, Bompiani, Grasset, Paris.
·  1990, Les limites de l’interprétation, tr.fr. de M. Bouzaher, de I limiti dell’ interpretazione,G. E. Bompiani, Fabbri eSonzogno, Grasset, Paris, 1992.
·  Freud, S., 1913, De la psychothérapie, in Technique psychanalytique, tr. fr. de A. Berman Paris, PUF, 1975.
·  1925, Sigmund Freud présenté par lui-même, tr.fr. de Selbstarstellung, par F. Cambon, Paris, Gallimard, 1984.
·  Gauthier, J.-M., 1993, L’enfant malade de sa peau, Paris, Dunod.
·  Gauthier, J.-M. et coll., 1999, Le corps de l’enfant psychotique, Paris, Dunod.
·  2002, L’observation en psychothérapie d’enfant, Paris, Dunod.
·  Sami-Ali, 1970, De la projection, Paris, Dunod, 2e édit.1986.
·  1974, L’espace imaginaire, Paris, Gallimard
·  1977, Corps réel-Corps imaginaire, Paris, Dunod, 3e édit. 1998.
·  1980, Le banal, Paris, Gallimard.
·  1987, Penser le somatique, Paris, Dunod.
·  1990, Le corps, l’espace, le temps, Paris, Dunod.
·  1997, Le rêve, l’affect, une théorie du somatique, Paris, Dunod.
·  2001, L’impasse dans la psychose et l’allergie, Paris, Dunod.
·  Stengers, I., 1992, La volonté de faire science, Les empêcheurs de penser en rond, Paris
·  Winnicott, D., 1971, Jeu et réalité, tr.fr. de C. Monod et J-B Pontalis, Gallimard, Paris.
 
NOTES
 
[*] Service de psychologie de l’enfant et de l’adolescent. Ulg. B 33 Bd du Rectorat – 4000 Liège.
[1] Stengers, La volonté de faire science, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1992.
[2] J-M. Gauthier, L’enfant malade de sa peau, Dunod, Paris, 1993.
[3] J-M., Gauthier, op. cit., et Le corps de l’enfant psychotique, Dunod, Paris, 2000.
[4] J-M Gauthier, L’observation en psychothérapie d’enfant, Dunod, Paris, 2002.
[5] S. Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925 tr.fr. de Selbstarstellung, par F. Cambon, Paris, Gallimard, 1984.
[6] S. Freud, De la psychothérapie, 1913 in Technique psychanalytique, tr. fr. de A. Berman Paris, PUF, 1975.
[7] Sami-Ali, De la projection, Dunod, Paris, 1970.
[8] J-M Gauthier et coll. Le corps de l’enfant psychotique, Dunod, Paris, 2000.
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[8]
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