Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804141829
244 pages

p. 235 à 236
doi: en cours

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Notes de lecture

no 20 2003/1

2003 Cahiers de psychologie clinique Notes de lecture
Notes de lecture

La psychanalyse et l’université

Jean Florence (coord.), Patrick De Neuter, Sesto Passone, Xavier Renders, Louvain-la-Neuve, Académia, 2002, 238 p. Érès, 2001, 416 p.

Anne-Christine Frankard Docteur en sciences psychologiques, 26 avenue des Glycines, B-1950 Kraainem.
Les actes du colloque « La psychanalyse et l’université », organisé à l’Université catholique de Louvain en décembre 2000, se lisent comme un véritable défi lancé au dialogue interdisciplinaire. Au-delà de l’analyse d’une expérience localisée et particulière, les différentes contributions reprises dans les actes ouvrent un débat sur les relations aussi fécondes que conflictuelles qu’entretient la psychanalyse avec différentes disciplines scientifiques. L’ouvrage présente le point de vue de psychanalystes enseignant à l’université et de représentants de ces différentes disciplines : psychologie, médecine, neurosciences, sciences sociales, anthropologie, droit, criminologie, sciences familiales et sexologiques, philosophie, théologie, pédagogie, sciences du langage, littérature, sciences des religions….
L’ambivalence de Freud, intéressé et ouvert aux autres disciplines scientifiques, sur la présence de la psychanalyse à l’université alimente toujours les débats. Les rapports stimulants mais non sans tension de la psychanalyse avec ce haut lieu de la connaissance et de la transmission des savoirs sont au cœur des différentes contributions.
La dimension historique traverse l’ouvrage ; elle se déploie à l’intérieur du mouvement analytique, à travers l’histoire d’une université et de ses relations avec la psychanalyse, à travers le parcours personnel des intervenants et le moment de leur rencontre « subversive », « révolutionnaire », « déstabilisante » avec la psychanalyse, à travers la manière dont celle-ci infléchit une pensée et déconstruit des idéaux.
Sur le terrain clinique, tout d’abord, le lecteur participe au dialogue possible mais difficile entre psychanalyse et médecine. Le parcours du combattant des médecins se laissant questionner par la psychanalyse se lit à l’aune de l’évolution du système médical au sein d’une société prônant le culte de la performance et de la normalisation. Par la suite et de façon plus générale, les interrogations des praticiens portent sur la représentation qu’ils ont parfois d’une psychanalyse perçue comme une méthode thérapeutique exclusive et englobante. Se pose ainsi la question de la spécificité de la psychanalyse, des dangers de ses débordements et de son idéalisation ainsi que des limites de l’articulation entre psychanalyse et médecine.
La position excentrée sans être extérieure de la psychanalyse favorise non seulement la rencontre avec les autres sciences humaines, mais permet leur relecture à partir d’une possible ouverture à l’altérité. Alors que le mouvement scientifique contemporain favorise, voire promeut une pensée normalisante se référant à un modèle unique, la psychanalyse déstabilise, ouvre les questions et interroge les modèles. À l’instar du clinicien, le chercheur et l’enseignant sont déstabilisés par l’autre (le patient, le sujet participant à une recherche, l’œuvre littéraire, l’étudiant…). Les modalités thérapeutiques, les méthodes de recherche, la relation enseignant-étudiant n’échappent pas à cet enjeu.
Tout comme les limites de la psychanalyse sont clairement posées, les limites de l’université le sont également. D’une part, la psychanalyse est bien plus et autre chose qu’un discours universitaire et, d’autre part, l’institution universitaire limite sa compétence au savoir universellement transmissible et à ses modalités objectives de validation et d’évaluation.
Transmission et engagement, transmission et limites de celle-ci, transmission et désir de savoir…, telles sont les diverses facettes du dialogue possible et des points de rupture entre psychanalyse et université.
Une constante dialectique entre des positions fermement défendues et l’ouverture au débat et à l’échange traverse l’ouvrage. Le lecteur pourra évaluer la portée de la psychanalyse au sein de l’université, apprécier l’engagement des enseignants, des chercheurs, des cliniciens participant aux échanges. En outre, les questions soulevées ont un impact sur la lecture du monde dans lequel nous vivons. Les slogans sécuritaires, l’emprise de la normalisation, l’éradication des risques, la diabolisation de la différence…. sont dénoncés par la psychanalyse engagée dans le champ social. Le lecteur découvre également la capacité de la psychanalyse à sortir de la cure type pour générer des institutions, inventer des pratiques, s’engager dans le champ de la prévention en soulignant la nécessité, pour ces nouveaux dispositifs, de maintenir rigoureusement l’articulation théorico-clinique, de faire évoluer les outils conceptuels, de penser de possibles articulations.
Mais bien au-delà de cette transmission, l’ouvrage invite le lecteur à laisser parler sa « capacité de rêverie », sa créativité et à tisser de nouveaux liens avec sa pratique, qu’elle soit clinique, d’enseignement et/ou de recherche.
Les membres de la communauté universitaire (professeurs, assistants, chercheurs, étudiants), mais également tous les professionnels qui, en pratique privée ou en institution, se réfèrent à la psychanalyse sont les lecteurs potentiels de l’ouvrage.
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