Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804141829
244 pages

p. 89 à 109
doi: en cours

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La vue

no 20 2003/1

2003 Cahiers de psychologie clinique La vue
La vue

Facteurs blancs, précurseurs négatifs de l’hallucination

German Arce Ross  [*]
Partant d’un cas de psychose maniaco-dépressive présentant des hallucinations visuelles et des tendances à la néocréation de scènes à thématique plastique, nous voulons interroger la fonction des facteurs blancs dans la formation et la composition de tels phénomènes. D’après notre propre terminologie, les facteurs blancs sont des facteurs de déclenchement propres à la psychose maniaco-dépressive ; ils sont plus précisément des facteurs négatifs, tragiques ou catastrophiques, tels qu’une perte érotique, un décès, une rupture brutale des conditions habituelles de vie, qui ne comportent pas une valeur de perte d’objet pour le sujet et qui, de surcroît, réactualisent la valeur vide due à la forclusion de la fonction paternelle.
Par une prise en compte de la problématique de l’hallucination négative, dont nous identifions le paradigme dans la négation autoscopique, cette étude nous mène à considérer les facteurs blancs comme les précurseurs négatifs de l’image du double dans le fait hallucinatoire positif. Mots-clés : facteurs blancs, fuite des idées, hallucinations, image autoscopique, psychose maniaco-dépressive.
Starting from a maniacal case, with visual hallucinations and its tendances to neo-creation of a thematic-plastic scenes, we would like to purpose about white factors functions in the formation and composition of such phenomena. Considering our own terminology, white factors are activating elements inherents to the manic-depressive psychose ; more exactly, they are negative, tragic or catastrophic factors, as the loss of libido, death, or an abrupt change of habitual manner of life, which do not mean a worth in loss of objet for the subject. Additionally, they re-actualize the empty value due to the foreclosure of paternal function.
By considering the problematic of negative hallucination, where we identify the paradigm contained in the self-scopyc refusal, this study leads as to consider white factors as the negative precursor of the image of the double in the positive hallucination fact. Keywords : flighty ideas, hallucinations, manic-depressive psychosis, self-scopyc image, white factors.
 
Une hallucination autoscopique
 
 
Imaginons un monde désormais peuplé par des êtres ayant été irrémédiablement arrachés à la vie, mais présents malgré tout. Un monde où les gens ne seraient que des cadavres déambulant autour d’un seul homme resté vivant, Monsieur Marcello Altavista Lontana dalla Chiara, que nous appellerons tout simplement Marcello [1]. Les seules raisons qu’il a pour être encore dans ce monde configuré comme une morgue étendue à l’infini, sont sa pénétrante curiosité visuelle et son énorme capacité à maîtriser l’environnement. Une bonne part de son temps est en effet consacré à observer les autres comme s’ils étaient des objets d’étude, voire même comme des dépouilles posant dans un institut médico-légal. C’est ainsi par exemple que, travaillant comme photographe dans un laboratoire de haute recherche médicale et au contact avec des patients le plus souvent au bord de la mort ou présentant des maladies graves, il s’est intéressé aux transformations autoplastiques du corps humain. Ces modifications spontanées de certains organes, comme le nez par exemple, se produisent, tout au long des étapes de la vie, le plus souvent en fonction du vieillissement naturel ou de la perte de l’environnement social.
Cet homme autodidacte et encore jeune, possédant de grandes qualités d’analyse et de synthèse, très agréable à la conversation quoique perçant et cynique à la fois, cet homme au regard critique et ayant une mémoire lui permettant d’accumuler un grand nombre d’informations scientifiques, historiques et techniques, est un sujet qui évolue dans l’existence selon un impitoyable impératif esthétique. Celui-ci serait intimement lié à des hallucinations visuelles qui l’accompagnent depuis fort longtemps. En effet, étant très attiré par le paranormal, ayant assisté pendant des nombreuses années à des séances de spiritisme et ayant cotoyé des disciples initiés d’une secte bien implantée aux USA, où il a séjourné, Marcello a vécu des expériences hallucinatoires qui l’ont marqué durablement et lui ont permis d’élaborer son délire. Mais, de toutes, il y en a une qui semble concentrer le maximum d’éléments énigmatiques : à la puberté, il s’arrête devant la vitrine d’un musée des armées où il aperçoit un heaume (casque militaire de chevalier), dont la visière, à la forme d’un bec se relevant entre deux feintes latérales, lui inspire une impression étrange. Il se voit clairement lui-même à la place du chevalier portant ce heaume au milieu d’un tumulte d’autres chevaliers en combat. Il entend quelques bruits : des fracas, des cris de fureur, des chevaux… Ensuite, il aperçoit le rouge vif du sang couler sur le gris métallisé de l’armure en acier. Cette vision est d’une puissance tellement saisissante, d’une netteté si impressionante, éclatante et violente, qu’il éprouve une sorte d’éclipse totale pendant des heures et même des jours.
Marié à une chercheuse en prévention routière, spécialisée dans les graves accidents de la route, beaucoup plus âgée que lui et qui déteste son propre métier, Marcello est constamment attiré par des relations particulières avec des femmes ayant en règle générale la quarantaine, mariées avec enfants. Idéaliste passionné, il a un grand besoin d’être toujours amoureux ou d’être en posture de conquérir et surtout de posséder. Mais, comme dans ses relations féminines il ne s’agit toutefois que d’une obstination de maîtrise ou d’un entêtement de parvenir à des manipulations sadiques, la tromperie, la désertion et l’infidélité ne sont jamais lointaines. Son but est de susciter un besoin irrépressible chez les femmes, de telle façon à dénaturer leur position subjective par le biais d’une méchanceté ludique, d’actes inhumains ou d’attitudes d’humiliation, pour les amener à commettre des gestes ridicules. Une fois obtenu le plaisir attendu, il les abandonne très vite et aussi brutalement qu’il a commencé. Selon lui, il s’agit d’une sorte de viol moral. C’est ainsi que, si Marcello dit avoir une vie sexuelle abondante, il ne s’agit pas pour autant du corps à corps mais plutôt des relations de domination psychique où il se pose comme maître situant l’autre comme esclave. Ses premières relations sexuelles auraient eu lieu à l’âge de 12 ans avec une femme qui l’a beaucoup marqué et qui serait l’une des filles d’un roi asiatique. Son récit concernant ces thèmes s’assimile beaucoup plus à des contes fabuleux d’un aventurier mythique et errant qu’à des comptes rendus d’un séducteur mondain. De par sa charte esthétique, le corps des femmes ne l’intéresse pas. Ce qui prévaut et par la même occasion le rassure, ce sont plutôt les pratiques de domination morale appartenant à un sadomasochisme qu’il appelle soft ou créatif. Pour lui, une femme sans esprit n’est qu’un simple corps, c’est-à-dire, selon son vocabulaire, rien de moins qu’un cadavre.
Le tableau psychopathologique se compose essentiellement d’un net état maniaque fait d’hyperactivité, d’agitation et de précipitation dans un contexte de personnalité caractérisé par l’angoisse, la misanthropie et l’insensiblité, qui le mène à développer une profonde tendance à l’autodestruction dans la recherche de situations à risque (pilotage d’avions de combat, d’hélicoptères, de motos…). Traversant de temps en temps des périodes où il devient boulimique de travail, il écrit tout le temps pour le compte de quelques écrivains ou de chercheurs en mal d’aptitudes rédactionnelles, des manuscrits tels que des pièces de théâtre, des romans, des thèses, etc. À part cela, il lui arrive de lire en même temps plusieurs livres sur des sujets différents. Son intérêt très instable vis-à-vis des gens et des choses, ses dépenses excessives de temps, d’argent et d’énergie, sa tendance à passer d’une idée à une autre, voire la perte fréquente du fil de sa pensée, indiquent qu’il n’y a jamais chez lui de moments libres entre une activité et une autre. Les éléments qui gouvernent sa vie, sont définis par Marcello lui-même comme un héroïsme raisonné, une fureur méthodique et une autodestruction esthétique où priment l’aspect visuel. En somme, la fuite des idées et la fuite des actions, où une activité, une pensée, une idée, se connecte inmédiatement à une autre, marque de manière claire la présence d’une fuite de l’intérêt vers la recherche de l’accumulation d’un savoir par le biais du visuel, quand il ne s’agit pas d’une dangereuse orientation vers l’acte autodestructif. Mais Marcello a aussi un fond mélancolique signé par un délire de mort bien défini, accompagné de profondes crises d’aboulie ou de taedium vitae, de troubles de l’humeur, d’une forte touche de pessimisme (certitude que tout est vain, absence de croyance en l’amour et l’amitié), d’autoreproches, ainsi que d’une attirance exacerbée par le crépuscule et la nuit. Constituent le délire de mort, le fait de réfléchir en permanence et de manière excitante à la mort comme un soulagement absolu, l’impression qu’il a d’être très vieux, l’idée qu’il serait ravi de pouvoir mourir et la certitude que les autres sont déjà morts et lui immortel.
 
Plongée périscopique et fuite des idées à thématique plastique
 
 
Lors des cycles de ce qu’il appelle une aboulie pessimiste, c’est-à-dire lorsque Marcello a la sensation que tout est vain et que l’environnement l’agresse, il se laisse plonger en lui-même jusqu’à l’extinction complète du contact habituel avec le monde et avec lui-même, qui se présente sous la forme d’une absence de pensées et de jugement. Il s’agit d’un retrait du monde qui équivaut à un recul vers la plus simple attitude humaine, celle d’observer et de regarder. Il aime alors regarder la façon dont les gens regardent les choses et observer sans participer cependant de ce qu’il observe, comme un entomologiste de la nature humaine. C’est là aussi que l’on peut observer une activité importante du dialogue interne que l’on peut assimiler au dédoublement de la personnalité et qui se manifeste comme la capacité hallucinatoire de lire dans la pensée des autres. À ces occasions, d’une part, il peut observer une scène tout en s’observant lui-même de préférence et en échangeant intensément avec un interlocuteur interne (lui-même) ; d’autre part, il projette et capte son propre dialogue interne, qu’il ne quitte jamais, chez celui ou celle qui est pour un temps l’objet de son observation ; ces capacités auraient été transmises par la mère, une femme égalemement hallucinée ayant des dons étranges tels que la réception télépathique de vues sur l’accident du fils mort ou la cuisson instantanée d’un steack cru posé sur sa main. Cet état où le visuel prime est appelé par Marcello la plongée périscopique. Il s’agit ainsi d’un moment d’attention hyperlucide, avec altération de la conscience et arrêt d’une pensée servant au discours extérieur, par où sont véhiculées exclusivement des informations visuelles. Mais lors d’un deuxième état aboulique, appelé aboulie violente, c’est le contraire qui se produit. Nous observons dans ces états la fuite des idées, la fuite des actions et des actes déplacés ou insensés tels que l’errance ou les conduites à haut risque. Cliniquement parlant, la phase de plongée périscopique précède de peu l’éclosion du cycle maniaque. Nous pouvons évoquer un exemple pris dans le cadre analytique lui-même. Après une expérience de plongée périscopique, état dans lequel se trouvait encore le patient en arrivant à sa séance, Marcello passe, sans aucune transition, à une métonymisation ludique appuyée par la prééminence de l’aspect visuel : « c’est curieux qu’il y a du bleu et du jaune sur la porte d’entrée [du cabinet]. Et qu’ici, il y a jaune et orange. Ça m’est venu tout d’un coup à l’esprit. Depuis tout à l’heure, ça me trotte. Et puis, subitement ça m’est venu. Subitement, je me suis dis : le jaune et le bleu, couleurs qu’on associerait à Saint Pierre dans le tableau du Titien. Je me suis dis que c’est grâce à cela qu’on mesurait la date du tableau. En rentrant, j’ai vu le jaune. Mais il n’y a plus le bleu de l’entrée, à part l’ordinateur, la bougie et le tableau derrière. Ça fait Sud-Américain, en fait. » Et, il explique : « ces associations sur les couleurs s’imposent à moi : le bleu m’a fait associer au tableau du Titien : « La Présentation de Jacobo Pesaro » qui se trouve au musée de Gand. L’on voit St Pierre à gauche sur un trône où sont représentées des femmes nues dançantes, des figures héllénistiques, Jacobo Pesaro agenouillé, un casque militaire posé par terre, les armes de Borgia. Le Pape présente Jacobo Pesaro à St Pierre… ce tableau permet de dater la naissance du Titien, il y a d’ailleurs un débat sur la date de naissance du Titien, 1503 ou 1511 ?… St Pierre est représenté par un manteau jaune et bleu ».
Coupé de certains aspects du passé, Marcello reste condamné à la succession infinie de ce qu’il ne cesse de vivre et, puisqu’il se refuse de penser à cela, des pans entiers de son histoire sont effacés au détriment d’une construction dénaturée qui fuit en permanence, selon lui, par une sorte de pompe aspirante tel un trou noir. Partant alors du présent symptôme de la fuite des idées ordonnée, nous pouvons tout d’abord noter deux éléments essentiels qui semblent être en intime relation. D’une part, il y a les couleurs jaune et bleu de la plongée périscopique qui accable le sujet à l’instant même ; d’autre part, nous ne pouvons pas ne pas mettre en relief le casque militaire de l’hallucination visuelle, qui fait également irruption, probablement en tant que signifiant inducteur [2] ; d’ailleurs, concernant la fuite des idées, nous établissons une analogie entre facteurs blancs et signifiants inducteurs qui gouvernent ce symptôme. Ensuite, nous devons remarquer que le patient, malgré sa solide culture picturale et iconographique, commet involontairement une erreur dans l’utilisation des éléments figuratifs de la peinture du Titien. Plus précisément, il choisit un trait décoratif appartenant à un tableau plus récent, à savoir les couleurs du manteau de St Pierre, pour l’attribuer au contenu figuratif d’un tableau beaucoup plus ancien. Dans ce sens, de par l’association de deux tableaux autour d’un trait métonymique, Marcello produit une Bildnerei inédite sous la forme d’une Gestaltung plastique [3], c’est-à-dire qu’il met en forme, involontairement et de façon créatrice, une combinaison signifiante qui s’impose à lui, qui le concerne et qui équivaut à un troisième tableau. Nous considérons en effet que l’erreur de mémoire de Marcello, concernant les tableaux du Titien en relation avec la force de l’hallucination du casque militaire mais aussi en relation avec les enjeux transférentiels de la situation analytique où elle se produit, prouve que tous ces éléments ont été mis à contribution pour la mise en forme (Gestaltung) d’une autre image visuelle, celle qu’il nous communique. Nous postulons par là que les hallucinations visuelles peuvent avoir le même processus de composition que la Gestaltung des images visuelles en général, c’est-à-dire que dans le phénomène hallucinatoire s’expriment divers contenus thématiques (visuels ou non) qui sont combinés par association signifiante et plus particulièrement par association métonymique. La différence étant toutefois que l’hallucination repose sur des données vides de sens ayant été l’objet d’un rejet du domaine de la perception, de la conscience et de l’affect. Autrement dit, dans l’hallucination, différemment à la figuration courante, la préférence va pour les détails secondaires ou pour les éléments accessoires soumis à une forclusion de l’image qui serait en correspondance avec la forclusion du signifiant primordial.
Dans sa courte fuite des idées à plongée périscopique, Marcello établit une sorte de condensation entre deux tableaux du Titien qui peuvent nous donner une clef pour l’explication du fait hallucinatoire du casque militaire. Dans le tableau auquel il fait principalement référence, où le Pape Alexandre IV présente Jacobo Pesaro à Saint Pierre [4] (Tableau 1), œuvre qui évoque la capture de l’île de Santa Maura aux Turcs par les Espagnols, St Pierre a un manteau rose saumon. Mais quand Marcello nous décrit cette scène, un autre tableau est involontairement convoqué, dont un détail décoratif est immédiatement associé au premier. Il s’agit d’un autre tableau du Titien, « la Vierge avec saints et membres de la Famille Pesaro » [5] (Tableau 2), où se trouve également Jacobo Pesaro agenouillé aux pieds de St Pierre mais sans casque militaire visible et où l’on aperçoit St Pierre vêtu cette fois-ci d’un manteau jaune et bleu. Notons que le facteur qui permet qu’il se rémémore de ces tableaux et les confonde est le fait qu’il nous parle des couleurs jaune et bleu de notre cabinet ; l’objet casque militaire demeurant cependant comme une sorte d’image subliminale, mais faisant (ré)apparition dans la description détaillée de l’œuvre du Titien. Marcello transpose donc le jaune et bleu du tableau 2, où Jacobo Pesaro est également agenouillé, vers le tableau 1, en utilisant une triangulation avec les couleurs jaune et bleu de la porte de notre cabinet. Il y a ainsi au moins une triangulation entre le tableau 1, le tableau 2 et notre cabinet.
Le phénomène que l’on observe ici ressemble au processus de condensation dans les rêves, où une image se superpose ou se connecte à une autre dont on conserve malgré tout quelques caractéristiques. Une troisième image, nouvelle quoique secrètement dépendante des deux autres, se compose ; d’ailleurs, elle témoigne du peu de sens apporté par le désir inconscient, contrairement au sens positif et plein de la métaphore. Mais, dans le cas qui nous occupe, il faudrait concevoir, à vrai dire, la Gestaltung de Marcello plutôt comme une association ludique entre des représentations visuelles fonctionnant comme des objets métonymiques et fuyant vers un point de perspective qui reste toutefois à déterminer. Le processus qui sous-tend ce phénomène semble être le suivant. Premièrement, il y a la plongée périscopique, qui est une disposition subjective où le regard devient une activité maniaque et la fuite du jeu visuel s’enclenche. En d’autres termes, le monde se transforme en un grand espace ludique et visuel, prédisposant le sujet à des Gestaltung orientées par des signifiants inducteurs ayant trait à une angoisse de mort devenue la source d’une fuite plastique. Deuxièmement, les couleurs jaune et bleu de la porte, ainsi que les couleurs jaune et orange des murs de notre cabinet, mobilisent les aspects visuels appartenant à la charte esthétique de Marcello ; ils mobilisent surtout les contenus vides, voire ce que nous appelons facteurs blancs (cf. plus bas), des composants négatifs des phénomènes hallucinatoires. Nous voulons signifier par là que les facteurs blancs, présentifiés dans et par le travail analytique avec Marcello et constitués par les couleurs jaune et bleu du cabinet, ont réactualisé la dualité des couleurs de l’hallucination du casque militaire, à savoir le rouge du sang et le gris de l’armure en acier. Troisièmement, suit l’évocation détaillée du tableau 1 mais, arrivé au point où il décrit le fait que Jacobo Pesaro, agenouillé devant St Pierre, pose son casque militaire par terre, il en ressort une sensation énigmatique et d’inquiétante étrangeté. Le sujet se perd en considérations sur les débats autour de la date de l’œuvre et ensuite, il fait appel aux couleurs que St Pierre porte dans le tableau 2. Or, dans celui-ci, malgré une scène similaire, il n’y a pas de casque militaire visible. C’est comme si le tableau 2 était l’hallucination négative du tableau 1 ; du tableau 2, il ne retient que le jaune et le bleu du manteau mais le casque militaire a disparu. Ceci nous renvoie donc, sans alternative, à la problématique de l’hallucination au casque militaire. D’un trio, nous sommes passés à un quatour : le casque militaire du tableau 1, le jaune et bleu du tableau 2, le jaune et bleu de notre cabinet, et l’image du double dans l’hallucination autoscopique au casque militaire.
 
Négation autoscopique, paradigme de l’hallucination visuelle négative
 
 
L’étude de cette Gestaltung observée pendant une séance analytique peut nous donner des indications quant à la formation des phénomènes hallucinatoires. Pour cela, la première chose que nous pouvons dégager, c’est le rôle fécond, déjà supposé en son temps par Freud, que joue l’hallucination négative dans la constitution du fait hallucinatoire positif [6]. Notre but ici est d’étudier en quoi la supposition freudienne peut être fructueuse et en quoi notre observation du cas Marcello peut nous être utile. À cet égard, il serait intéressant de savoir où s’origine l’hallucination du casque militaire et quels sont les éléments qui la composent. Si l’on suit l’idée de Freud, cela doit partir d’une hallucination négative, mais laquelle ?
Notons d’abord que, dans une configuration normale, la dimension du visible se formalise selon une structure qui rappelle celle du souvenir-écran et répond au contenu narcissique fondamental de toute vision ; d’où tromperie, illusion, séduction de l’image ou par l’image. En revanche, l’essence de l’invisible ne sous-entend rien d’autre que le regard pur [7] ; confronté aux ténèbres de l’expérience perceptive, il ne reste au sujet que la plus simple expression de la relation entre l’œil et le regard. Cependant, l’hallucination négative n’est pas à confondre si facilement, ou si complètement, avec l’invisible. L’invisible dont parle Merleau-Ponty est une donnée de structure et en quelque sorte fournit le cadre réel pour que l’aspect visuel de l’imaginaire soit possible. Tout en ayant quelques similitudes avec l’invisible, l’hallucination négative fait certainement partie d’une tout autre problématique. De la même façon, il n’y a pas lieu de confondre l’hallucination visuelle avec le visuel lui-même puisque, pour se former et se réaliser, le phénomène hallucinatoire peut se passer totalement de l’expérience sensorielle ou perceptive. L’hallucination n’est pas à confondre non plus avec les simples illusions du champ visuel, telle que l’illusion du miroir qui trompe l’œil et engendre une perception sans objet quoique sans affecter pour autant la conviction [8]. L’hallucination n’est pas l’illusion dans la mesure où ce qui manque à cette dernière, c’est la signification personnelle selon laquelle le phénomène concerne avec certitude absolue le propre sujet [9]. En effet, sans la signification personnelle, ou sans la valeur que lui assigne le malade, l’hallucination n’est pas, ou pas encore, psychopathologique [10]. Tant que dure la période énigmatique pré-déclenchement, le sujet se trouve dans le domaine de l’hallucination ; mais dès qu’il réagit et qu’il veut donner une valeur personnelle à ce qu’il lui arrive, on entre dans le domaine du délire. Cela dit, l’hallucination, on la subit sans pouvoir la recréer spontanément, ce qui n’est pas le cas de l’expérience illusionniste ni le cas des phénomènes toxiques ou neurologiques. Il y a, à ce propos, une grande différence entre les sujets non psychotiques qui disent « je suis halluciné », ou « j’éprouve des hallucinations », et ceux, certainement psychotiques, qui avancent une signification personnelle pour apréhender le phénomène hallucinatoire sous les espèces d’un « ils me disent que… » [11]. Dans l’hallucination visuelle, ce serait alors un « ils font que je me voie en train de vivre une expérience fondamentale », ou alors, carrément, « ils font que je ne me voie pas ». En outre, du fait de la structure du sujet du signifiant, nous pouvons considérer toutes les hallucinations comme des formes différentes du mécanisme verbal [12]. Dans ce sens, une classification des hallucinations se fait suivant les deux voies possibles du langage, à savoir la voie de réception et la voie d’émission. Selon le langage de réception on peut parler d’hallucinations verbales psychosensorielles (auditives, visuelles, etc.) et selon le langage d’émission, d’hallucinations verbales psychomotrices [13].
Si pour Esquirol l’hallucination positive est le produit d’une perception sans objet [14], pouvons-nous considérer l’hallucination négative comme un objet sans perception ? Mais, dans ce cas, de quel objet s’agirait-il ? D’après l’expérience clinique classique, nous pouvons dire que les tableaux psychopathologiques essentiels pour caractériser l’hallucination négative, ce sont le négativisme schizophrène et le délire des négations à la Cotard, c’est-à-dire une négation touchant l’image du double ou les représentations du corps propre. D’ailleurs, on pourrait se demander si l’hallucination négative peut fonctionner comme critère différentiel pour rassembler, d’un côté, la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive, chez lesquelles il y a négation du corps et de la mort, et les séparer de la paranoïa, dans laquelle c’est plutôt l’Autre regard qui est concerné. Mais, pour le moment, cette question demeure ouverte. La relation entre hallucination et négation délirante du corps est avancée par plusieurs auteurs et cliniciens. En ce qui respecte la pure négativité visuelle, J. Cotard avait observé chez des mélancoliques anxieux chroniques, en 1884, la négation de l’existence des objets extérieurs ou de la personnalité du malade lui-même [15]. Pour lui, le fait pathologique porte sur la perte de la mémoire visuelle, mais il faut remarquer que cela n’a pas toujours forcément un caractère « visuel » ou extérieur car c’est surtout le langage intérieur qui est concerné. En tout cas, il s’agit de la négation du signifiant qui représente un objet corporel de préférence, ce que certains ont appelé le schéma corporel. Ainsi par exemple H. Ey considère l’hallucination, non pas comme la construction positive d’un objet imaginaire, mais plutôt comme la négation, voire comme le revers, de la réalité psychique qui concerne surtout l’appréhension du corps propre [16]. Pratiquement à la même époque, dans sa théorie symbiotique sur la psychose infantile, M. Mahler a élevé l’hallucination négative de la mère à la dignité du problème central du nourrisson psychotique [17]. Elle indique comme étant des facteurs catalyseurs de ces réactions hallucinatoires négatives les brusques coupures de la réalité psychique et des ruptures inattendues d’avec la mère, ou chez elle, qui bouleversent le nourrisson en attirant vers elles des hautes doses d’une angoisse de séparation et d’annihilation. En conséquence, il se produit une négation du schéma corporel maternel ainsi qu’une négation du schéma corporel de l’enfant. Plus récemment, l’hallucination négative a été définie par A. Green comme « un déni de la perception de pensées verbalisées, appartenant au langage intérieur, sans être énoncées à haute voix » [18], c’est-à-dire comme un traitement particulier fait au langage intérieur par l’intermédiaire du négativisme. Celui-ci peut s’appliquer aux sensations du corps propre, et dans ce cas il s’agit de l’hypocondrie délirante présente aussi bien dans la schizophrénie dysthymique que dans le délire des négations de Cotard. Dernièrement, E. Allouch a mis en relation l’hallucination négative avec la négation imaginaire du corps en définissant la première comme un grave défaut de figurabilité, voire de symbolisation primaire, qui équivaut à un défaut de libidinisation [19] ; processus pathologique, selon l’auteur, où il y a constitution d’un « vide », d’un « blanc », concernant l’être corporel et que se situerait dans la force des pulsions de destruction de certaines mères.
Comme exemples d’hallucination visuelle négative, nous pouvons nous référer à l’hallucination du doigt coupé dans le cas de l’Homme aux loups. Il raconte : « alors que j’avais cinq ans, je jouais dans le jardin à côté de ma bonne d’enfants et avec mon canif je taillais dans l’écorce d’un de ces noyers qui jouent aussi un rôle dans mon rêve. Soudain, je remarquai avec un indicible effroi que je m’étais coupé en deux le petit doigt de la main (droite ou gauche ?), si bien qu’il n’était plus accroché que par la peau. De douleur je n’en ressentai aucune, mais une grande angoisse » [20]. L’aspect négatif de cette hallucination se trouve, non pas dans la blessure (qui est plutôt une hallucination positive), mais dans le fait d’halluciner qu’un morceau du doigt n’y est plus, ou qu’il manque le raccord nécessaire entre le doigt et le reste de la main. L’aspect visuel, ou sensoriel, de cette hallucination négative, le raccord entre le doigt et la main, se trouve être un élément qui reste invisible. Cependant, la véritable composante verbale ou signifiante d’une telle hallucination n’a rien à voir avec quelque chose d’invisible, même si phénoménologiquement elle prend cette forme, mais elle a plutôt à voir avec une douleur qui n’advient pas, une douleur soumise au négatif, comme lorsqu’arriva la nouvelle de la mort de la sœur du patient [21]. Plus précisément, le représentant de cette douleur introuvable reste vide de sens et, faute de suppléer à cette douleur non advenue, ce représentant demeure condamné à véhiculer l’angoisse de mort.
Il y a peu de temps, quelqu’un qui se revendique du lacanisme, M. Czermak, a également présenté une hallucination négative ayant en outre, selon lui, la fonction de déclencher le délire. Il s’agit de situations qui évoquent « un manque sous forme de privation, porte-monnaie dérobé, femme enlevée, personnage du transfert absent […]. L’objet a a si bien disparu du Réel que se produit l’hallucination négative : toute une gamme de doutes quant à l’existence des objets » [22]. Contrairement à Czermak cependant, nous ne pensons pas que ce soit l’objet a qui disparaît du réel, mais que l’hallucination négative équivaut à l’objet a, voire qu’elle est ce que devient l’objet a dans sa non-fonction dans le fantasme psychotique. Les rapports entre hallucination négative et objet a, nous mène à considérer la place de la jouissance dans la psychose. Le fantasme chez le psychotique est radicalement différent de celui du névrosé. D’une part, la forclusion du Nom-du-Père provoque des ruptures de la chaîne signifiante mais ne parvient pas à forclore pour autant l’objet a. D’autre part, par défaut structural du cadre du fantasme (◊), la relation du sujet à l’objet a se fait sans la médiation du désir. Alors, si l’automatisme verbal devient possible, c’est parce que l’objet a fait irruption, sans aucun cadre, dans ces ruptures de la chaîne signifiante. Autrement dit, même s’il est diminué ou réduit à néant dans sa fonction, l’objet a demeure présent dans la structuration du sujet psychotique en intervenant passivement dans la production de fantasmes agis dans le réel.
Pour G. Benedetti, l’exemple classique est celui du schizophrène « qui se regarde dans le miroir et ne voit pas son image réfléchie. Il ne voit rien. Son corps ne semble pas exister dans le reflet » [23]. Cependant, ce même type d’hallucination visuelle négative n’est pas le privilège de la schizophrénie car on peut le trouver aussi bien dans la mélancolie anxieuse. Dans notre propre pratique clinique, nous avons un exemple parlant dans le cas de Michelle F., une maniaco-dépressive cotardisée dont un des caractères du délire négateur de mort est celui de sa sensation et de sa conviction de ne pas pouvoir, ou ne pas savoir, parler [24]. Son langage intérieur est tellement développé et se présente avec une telle inertie que le langage d’émission se trouve empêché de trouver une issue, puisqu’à la base il y a une interférence considérable entre deux groupes de pensée : le groupe de pensées sur le passé interfère et bloque le groupe de pensées sur la situation actuelle. Le résultat est qu’elle ne peut pas parler. Les éléments de langage niés se retrouvent ensuite dans les hallucinations négatives : parfois la patiente a l’impression que les gens avec qui elle parle n’existent pas, d’autres fois elle ne perçoit pas son image dans le miroir. Mais le blocage essentiel n’est visuel que superficiellement, le blocage fondamental est celui du deuxième groupe de pensées et constitue déjà en lui-même une hallucination négative.
Toute hallucination (visuelle ou non) implique forcément une négativité première. La définition d’Esquirol sur l’hallucination comme une perception sans objet, par exemple, met en relief d’abord la formule sans objet, c’est-à-dire le fait que dans le champ perceptif il manque un objet ; ensuite, à cette négation première s’adjoint étrangement une positivité, c’est-à-dire l’éclosion d’une formation hallucinatoire. La négativité première à la base du processus hallucinatoire est tout à fait perceptible dans le modèle de l’hallucination des amputés, où il se forme une sensation du membre fantôme qui équivaut à nier l’absence du membre [25]. Dans ce cas précis, donc, le fait positif repose sur la négation d’une absence ; mais on peut tout à fait imaginer un produit hallucinatoire positif comme négation d’une présence à laquelle se substitue un nouvel objet. Il est tout à fait légitime dès lors de se demander d’où peut venir la formation positive. Trouve-t-elle sa source d’un élément méconnu, d’elle-même, ou est-elle le résultat du premier processus de négation de l’objet dont il dépend désormais ? Quant à l’hallucination négative, à la base du fait positif mais sans objet, on a alors pu se rendre compte par la clinique que son paradigme se trouve être une négation du corps propre sous la forme d’une suppression de l’image du double dans le miroir.
 
Facteurs blancs, négatifs du double halluciné
 
 
Pour que l’hallucination, qui est au fond verbale car dépendante en partie du jeu du signifiant, se réalise, il faut que des espaces vides de sens et de signification représentant des événements cruciaux non symbolisés, que nous appelons facteurs blancs, viennent s’inscrire en tant que trous dans la chaîne signifiante [26]. Ils dépendent d’une forclusion partielle du Nom-du-Père (NdP) et concernent plus particulièrement l’aspect mortel de celui-ci. En règle générale, il s’agit d’événements habituellement à valeur de nuisance, tels que les pertes, les ruines ou les décès, qui ne s’inscrivent pourtant dans le jeu signifiant que comme des représentants vides de sens [27]. Toutefois, les facteurs blancs ne sont pas à comprendre comme des simples événements de la vie de relation mais bien plutôt comme des non inscriptions signifiantes, ou des représentants d’une absence d’affect, à l’occasion de certains événements qui réactualisent la forclusion de la fonction paternelle. Le déclenchement d’une psychose maniaco-dépressive se produirait lorsque ces blancs provoquent une articulation entre l’aspect forclos de la fonction paternelle et des représentants d’événements cruciaux auxquels ils accordent par anticipation une valeur vide ou énigmatique. C’est par là que chaque facteur blanc constitue en soi-même une reproduction réduite et limitée de l’orientation mortelle appartenant à la forclusion du NdP. Autrement dit, si selon l’orientation lacanienne la forclusion du NdP est une avancée réelle dans l’intention psychanalytique d’expliquer la structure de la psychose, d’après nous, pourtant, une telle avancée n’est plus suffisante pour rendre compte des diverses structures psychotiques. À notre avis, c’est toujours seulement un aspect de la fonction paternelle qui est soumis à la forclusion et, pour cela, la forclusion du NdP n’est jamais totale mais toujours partielle. En outre, d’après nos recherches, la seule rencontre avec Un père réel ne suffit pas pour expliquer les multiples conjonctures de déclenchement des psychoses ; il faut, en plus, des facteurs blancs qui réactualisent, dans le cas de la psychose maniaco-dépressive, l’aspect mortel de la forclusion du NdP.
Chez Marcello, l’aspect mortel de la fonction paternelle est facile à distinguer. Son père, décrit comme un homme extrêmement solitaire, froid et silencieux, au point de ressembler à une tombe, s’engagea à 17 ans dans l’armée mussolinienne comme cavalier d’infanterie vers la fin de la guerre. Cet ancien légionnaire, héros exalté de diverses batailles, dont la carrière militaire était clairement une fuite suicidaire et qui avait appris à ses fils le culte du beau-geste martial, est paradoxalement perçu par Marcello comme un homme insignifiant. Considéré néanmoins en même temps comme un héros survivant à la mort, car ayant miraculeusement échappé à plusieurs batailles brutales et sanglantes, ce père, dont le casque militaire est devenu l’emblème, est désormais conçu comme un homme hors-mort. Nous savons maintenant les incidences néfastes d’un tel aspect mortel dans la relation affective père-fils, dans l’identification pathologique du fils au père ainsi que dans les choix de vie du fils. À ce propos, notons qu’à l’âge de 17 ans, c’est-à-dire au même âge que le père, Marcello décida également de s’engager dans la Légion Étrangère. Exactement comme chez son père, cette décision s’est imposé à lui, de manière abrupte, comme un besoin d’engagement à partir du constat angoissant selon lequel il se trouvait trop détaché du monde et qu’il devait s’accrocher à des missions militaires où il risquerait de trouver la mort.
Quant aux facteurs blancs, qui sont des conséquences signifiantes de la forclusion du NdP, nous pouvons les identifier dans le fait qu’il n’éprouve aucun sentiment pour sa mère, qui est toujours en vie mais qu’il ne voit plus depuis plusieurs années, ni aucun attachement au reste de sa famille, sauf une haine froide pour la sœur aînée. D’autre part, il y a sa tendance à rompre brusquement le peu de liens qu’il lui arrive d’avoir avec les autres. En effet, se sentant toujours très détaché du monde ainsi que du lien social, dès que quelqu’un ou quelque chose ne l’intéresse pas, circonstance très fréquente chez lui, Marcello rompt immédiatement le lien. Sachant que ce que lui est difficile est la fin des liens, s’ils existaient vraiment pour lui, Marcello dit préférer un éternel recommencement qui lui permet de se maintenir toujours éloigné de la fin d’un lien. Mais les facteurs blancs ou l’absence totale de souffrance, voire la non reconnaissance de la valeur affective des événements de nuisance, touchent aussi la valeur de sa propre vie et le fait que le terrible pour lui, ce n’est pas la fin de la vie mais bien la cessation de toute activité. Dans ces conditions, vivre équivaut drastiquement à être en constante activité, en agitation frénétique, comme en surcharge de travail. Mais nous pouvons surtout faire référence à d’autres facteurs blancs plus importants encore. D’abord, c’est le cas par exemple d’une révélation mystique, voire d’un aveuglement par la force de la foi, à l’occasion du décès de la belle-mère. À la époque d’une période de deux ans pendant lequels celle-ci a été en coma et surtout à la suite de sa mort par perforation intestinale, Marcello s’est senti contraint d’exécuter les exercices de St Ignace de Loyola, en même temps qu’il se plongeait fébrilement dans la lecture des Confessions de St Augustin. Ces attitudes maniaques et leurs conséquences mystiques étaient paradoxalement accompagnées d’une absence d’affect concernant ce décès et, en outre, il a la ferme conviction qu’au contraire chaque décès le fortifie. Ensuite, Marcello n’a absolument pas été touché par les multiples pertes qui ont eu lieu dans sa famille, notamment lors des décès de son frère et de son grand-père paternel. Son frère, décrit comme un être laid et petit, est mort à l’âge de 29 ans dans un brutal et sanglant accident de moto. Il y a lieu d’indiquer ici que la nouvelle de ce décès l’a cueilli à froid, c’est-à-dire qu’il n’a ressenti aucune émotion ni sur le moment ni après. Il s’est contenté de se déplacer à la morgue et d’examiner visuellement les traits de son frère ; il a pu notamment observer les lèvres pincées, les cheveux non coiffés comme d’habitude, les épaules rentrées, le coup brisé et la froideur du corps. Il s’est donc attaché à regarder, dans ce tableau macabre, l’image de ce double héroïque qui était devenu pour lui son propre frère. Mais à ce moment, il a tout simplement pensé, sans aucune émotion, que ce cadavre n’était plus son frère et qu’en conséquence ce dernier n’avait jamais existé. Il trouva ces pensées très curieuses et même comiques. L’affect lié à l’événement étant supprimé, cette négation radicale est utilisée pour la construction d’un délire prenant comme thématique l’aspect mortel appartenant à la forclusion du NdP. En étant désormais une image visuelle détachée totalement d’émotion, la perception du cadavre du frère devient une Gestaltung de la propre image de Marcello dans ses rapports avec le hors-mort. Plus tard, lorsque Marcello atteint l’âge de 29 ans, le même âge du frère à sa mort, il a un deuxième déclic ; évolution du délire, dirions-nous, dans la mesure où, puisque son frère, qui était le dénominateur commun entre sa famille et lui, disparaît, le délire de mort a la possibilité de s’enrichir et de se développer tout en s’emballant dangereusement. Ce déclic délirant se présenta d’abord comme la sensation, quoique toujours sans aucune émotion, selon laquelle il était devenu plus vieux que son frère ; c’est-à-dire qu’il devenait pratiquement immortel. Du coup, à sa propre mort, il n’y pense plus mais il dit la mettre en scène. Par exemple, au moment de l’endormissement, il s’imagine mourir de la manière suivante : condamné, il monte à l’échafaud et on lui coupe la tête ; il visualise la guillotine, le bourreau, le tombeau, trouvant tout cela très agréable, comme un soulagement. Par la suite, le délire de mort cédera la place à des actions suicidaires et à des conduites à haut risque qui aboutissent à des graves accidents de moto, d’où il sort malgré tout tel un survivant miraculé.
Dans la configuration de son délire de mort, si Marcello se pose comme un survivant, si les décès de ses proches ne l’ont jamais concerné, cela veut dire que pour lui ces personnes ont toujours été mortes, ou vivent sous la forme de cadavres déambulant dans une existence creuse, et qu’il est le dernier des hommes qui reste encore à souffrir la vie. Si le délire de mort est une production délirante partant de facteurs blancs qui actualisent la composante paternelle soumise à forclusion, de leur côté, les facteurs blancs peuvent trouver une autre issue que celle délirante et qui serait le phénomène hallucinatoire. Dans le cas de Marcello, il s’agit surtout d’hallucinations visuelles et de Gestaltung plastiques dont le paradigme est le représentant autoscopique. À propos de cette question, nous pouvons dire que les éléments emblématiques de la forclusion mortelle du père faisant apparition dans l’hallucination autoscopique, ce sont, d’une part, les chevaux à la guerre, puisque le père appartenait à la cavalerie, et surtout, d’autre part, le casque militaire d’un soldat survivant au combat. En ce qui concerne le facteur blanc par excellence, représenté par le décès du frère et qui véhicule la mort du double, nous y retrouvons les mêmes éléments emblématiques, les mêmes objets métonymiques. Ils sont à situer, premièrement, dans la situation à haut risque des combats pendant la guerre transposée dans les circonstances graves ou mortelles des accidents de la route. Nous savons combien certains conducteurs prennent un plaisir extrême à vivre et à raconter des expériences solitaires, presque héroïques, où le risque de mort est très proche et hautement exacerbé ; ceci n’a d’égal, en termes d’émotion et d’un courage inhumain, qu’aux exploits solitaires et héroïques en temps de guerre ; dans ces deux situations extrêmes, le sujet se trouve seul devant la mort, dans un contexte où soit il a été obligé de faire le deuil de sa propre mort, soit où il la cherche inconsciemment par peur de ne jamais la trouver. Deuxièmement, nous les situons également dans les chevaux de bataille convertis en motos de course. Troisièmement, le casque militaire ensanglanté se transforme pour la circonstance en casque de motard également maculé de sang. Notons ici qu’il a également la propriété de cacher, plus que de préserver, l’image visuelle du visage sans réduire pour autant le champ visuel du sujet ; le sujet est invisible dans sa physionomie mais pas son regard : s’il ne peut pas éviter le grave accident imminent, il est paradoxalement convié à regarder le spectacle de sa propre déchéance. C’est à peu près ce qui peut arriver dans une hallucination négative autoscopique : le sujet ne perçoit plus l’image de son double mais son regard est intact, voire même surinvestit.
Dans le cas qui nous occupe, nous avons donc trois éléments. D’abord, il y a l’aspect mortel de la forclusion du NdP. Ensuite, des facteurs blancs tels que les multiples décès qui ne s’impriment pas chez le sujet avec la valeur de nuisance que ces événements devraient normalement provoquer, notamment dans le cas de la mort du frère. Enfin, nous pouvons repérer un objet métonymique faisant fonction de connexion entre les deux premiers aspects ; nous faisons référence au casque militaire, sous la figure parfois du casque de moto, dans la mesure où il représente plus précisément le retour combiné du père symboliquement forclos et le signifiant représentant la non symbolisation du frère mort. Dans ce sens, on comprend maintenant que le casque militaire puisse apparaître comme jouant un rôle central dans l’hallucination autoscopique, sous les espèces d’un élément négatif ou forclusif.
Nous postulons par là une analogie entre les facteurs blancs et les objets métonymiques nécessairement présents dans la Gestaltung plastique hallucinatoire. À cet effet, nous savons que si l’hallucination visuelle n’est pas vraiment sensorielle, quoiqu’elle puisse se composer accessoirement d’éléments sensoriels, c’est parce que elle se constitue surtout de signifiants ayant été l’objet de facteurs blancs. À notre avis, pour qu’une hallucination soit perçue comme visuelle par exemple, il faut que la forclusion du NdP soit accompagnée, ou rédoublée, par une forclusion imaginaire. Comme l’a soutenu en son temps E. Kris, l’image visuelle, surtout le portrait, est normalement vécue comme le double de l’objet représenté [28]. À cela s’ajoute le fait que, dans le cas de l’hallucination, la vision est censée concerner le sujet qui la vit. C’est un peu comme dans le rêve. Le rêveur rêve de préférence de lui-même, de sa personne, des enjeux cuciaux de sa vie, des soucis et des problèmes qui l’agitent, même si tout cela est représenté par des images d’emprunt ou par association à d’autres signifiants que ceux qui habituellement le représentent. Bref, l’hallucination, comme le rêve, est une expérience qui concerne exclusivement le sujet en lui apportant plus une valeur de certitude que de croyance. À ce niveau se pose la question de l’image hallucinée du double, cet objet métonymique qui représente l’image du double du sujet, derrière la visière du casque militaire comme étant ce portrait de soi rejeté et faisant retour dans le réel. Il se trouve que, par expérience clinique, le thème du double signifie maintes fois un arrêt de mort [29], surtout pour un sujet qui l’hallucine, que ce soit de manière positive mais plus encore si c’est le cas de façon négative. Si un tel arrêt de mort est conçu comme provenant d’un Autre qui manipule la dimension du visuel tout en jouissant de ses effets, il ne reste au sujet PMD qu’à se faire alors naturellement objet-cible de cette jouissance scopique. À cet égard, étant profondément croyant, Marcello établit une relation presque mystique mais paradoxalement non dépouillée d’un luxe esthétique et rationnel avec un Dieu pris tel qu’un Voyeur Universel. La position de Dieu de tout voir et de jouir du visuel, peut être mise en tension avec les tendances hallucinatoires de Marcello de se voir lui-même voyant le monde, comme un être détaché des autres, à l’aspiration immortelle et comme étant, par cela même, un Autre Dieu en tant que création parfaite sans commencement ni fin.
Pour finir, remarquons la relation entre l’aspect négatif de ses Gestaltung visuelles, voire l’aspect visuel de l’hallucination négative, et le délire de mort, en observant que Marcello évoque le fait qu’on ait pu dire de Léonard de Vinci que ce qui le séparait de La sculpture était seulement le marbre. Est-ce que, comme dans tant d’autres exemples, cette référence au marbre le mène à considérer la mort comme un fétiche ? Une première ligne associative s’impose d’elle-même : il y a du marbre dans les cimetières et aussi le marbre est froid, dur et pétrifie les gestes comme si les personnages sculptés étaient des cadavres. Mais de là, il passe ensuite à une série associative plus précise et plus intéressante : les marches des escaliers des vieux châteaux, usées par leur utilisation tout au long du passage du temps ; des morceaux de silex complètement lisses trouvés dans le Sahara et qui ont en-dessous les traces taillées d’une flèche préhistorique disparue ; la table des autopsies à la morgue (où ça lui est déjà arrivé de faire des photos) qui est en marbre et possède des rigoles avec un trou par où s’écoule le sang du cadavre ; le sang qui s’écoule, comme si la vie quittait une deuxième fois le cadavre… Notons, en premier lieu, que dans ces propos il s’agit d’associations visuelles qui restent au fond toutes corporelles quoique négatives, puisque se référent à des objets manquants tels que les pas ou les pieds des gens qui ont marché sur les escaliers, la flèche ou la main de l’homme préhistorique et le sang qui s’écoule du cadavre. Pour Marcello, d’une manière analogue aux sons des langues mortes, tous ces objets, qui n’y sont plus alors que leurs traces demeurent, constituent des vestiges, en négatif, de ce qui a été. Devons-nous considérer cette tendance à évoquer des objets manquant à jamais, se référant tous à des négations corporelles, comme une négation de la mort ou comme une forme de refuser la disparition ? En deuxième lieu, nous avons là encore des références visuelles à l’hallucination autoscopique au casque militaire, dans le sens où les châteaux évoquent les chevaliers ; les flèches, le combat ; et le sang du cadavre à la morgue, celui qui coule sur l’armure en acier.
 
Conclusions
 
 
Si nous prenons au sérieux l’indication de Freud sur l’hallucination négative et l’articulons avec des observations telles que celle de Marcello, nous pouvons soutenir qu’une partie de la solution au problème des hallucinations vient de la présence des facteurs blancs. Nous avons montré ailleurs que ceux-ci sont à l’œuvre dans le déclenchement du délire et maintenant nous pouvons dire qu’ils opérent également bien avant dans la période prédéclenchement, où peuvent se former des hallucinations indépendamment des idées délirantes. Le cas présenté ici nous montre que le vécu hallucinatoire négatif est à situer, de préférence, en relation avec la supression visuelle de la propre image dans le miroir du monde et que, lors d’événements à valeur de nuisance mais vides de sens, les facteurs blancs véhiculent, entre autres conséquences, une suppression radicale de l’identité de soi.
De ce fait, ce qui est nié par les facteurs blancs, à savoir l’image du double ou du propre corps, se trouve positivé dans l’hallucination autoscopique. Autrement dit, en tant qu’il implique une suppression radicale de la valeur affective accordée aux événements cruciaux, c’est-à-dire en tant qu’il implique la négation d’une absence, les facteurs blancs se posent comme les précurseurs négatifs du fait hallucinatoire.
 
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NOTES
 
[*] Docteur en Psychologie, Psychanalyste 6, rue de l’Abbé Grégoire F-75006 Paris.
[1] Tous les noms, prénoms et autres données biographiques permettant l’identification des cas présentés ici ont été bien évidemment modifiés.
[2] Pour une étude de ce terme dans la clinique de la psychose maniaco-dépressive, on peut consulter, d’une part, les travaux d’Isserlin (Monatsschr. f. Psych. u. Neurol., XXII, p. 302), de Kilian et Gutman, qui se sont intéressés aux fréquences de répétition de certains mots dans le cours fugitif de la pensée, ainsi que celui d’E. Kraepelin en 1909-1913 sur La Folie maniaco-dépressive, Bordeaux, Mollat, 1997, p. 163. D’autre part, un excellent abrégé historique sur la question a été effectué en 1933 par L. Binswanger, Sur la fuite des idées. Grenoble, Millon, 2000. Cf. également H. Liepmann, Über Ideenflucht. Begriffbestimmung und psychologische Analyse. Halle, Verlag von Carl Marhold, 1904. Un historique analytique plus récent a été fait par F. Sauvagnat, « Phénomènes élémentaires et stabilisations dans la psychose maniaco-dépressive », La Cause freudienne n° 37. Paris, Navarin Seuil, 1997, p. 116.
[3] Bildnerei suggère, à la fois, l’activité créatrice et l’œuvre du créateur, ce qui ne se confond pas forcément avec l’art. De son côté, Gestaltung, étant d’après Klee la création au sens plein du terme, est utilisé par Prinzhorn comme l’activité de mise en forme à partir d’une pulsion plastique primitive. Cf. H. Prinzhorn, Expressions de la folie. Dessins, peintures, sculptures d’asile (1922). Paris, Gallimard, 1984, pp. 45 et 53-95.
[4] V. Tiziano, Pope Alexander IV Presenting Jacopo Pesaro to St Peter (après 1502). Oil on canvas, 145 x 184 cm. Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Antwerp. Visible à Web Gallery of Art : <www. kfki. hu/ arthp/ artist. html>.
[5] V. Tiziano, Madonna with Saints and Members of the Pesaro Family (1519-26). Oil on canvas, 478 x 266 cm. Santa Maria Gloriosa dei Frari, Venezia. Visible à Web Gallery of Art : <www. kfki. hu/ arthp/ artist. html>.
[6] « Un essai d’explication de l’hallucination ne devrait pas porter son attaque sur l’hallucination positive, mais bien plutôt sur l’hallucination négative. » Cf. S. Freud, « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve », « Métapsychologie », Œuvres complètes, Volume XIII : 1914-1915. Paris, PUF, 1988, p. 255.
[7] M. Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible. Paris, Gallimard, 1964, p. 145.
[8] M. Merleau-Ponty, L’Oeil et l’esprit. Paris, Gallimard, 1964, p. 38.
[9] Pour une étude de cette question, on peut tirer profit du texte de F. Sauvagnat, « De quoi les phénomènes élémentaires sont-ils l’indice ? », et de celui de Cl. Neisser, « Discussions sur la paranoïa du point de vue clinique », H. Grivois (sldd), Psychose naissante, psychose unique ? Paris, Masson, 1990, pp. 69 et 85 respectivement.
[10] H. Ey, Hallucination et délire. Les formes hallucinatoires de l’automatisme verbal (1934). Paris, L’Harmattan, 1999, p. 83.
[11] EFP, « Introduction critique à l’étude de l’hallucination », Scilicet 1, Paris, Seuil, 1968, p. 124.
[12] J. Lacan, « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » (1958), Écrits. Paris, Seuil, 1966, pp. 532-533. Dans une « Introduction critique à l’étude de l’hallucination » (EFP, Scilicet 1, op. cit., p. 126) quelques cliniciens soutiennent avec Lacan que « l’hallucination est toujours verbale ; ses autres expressions sont associées ou secondaires ». Aussi, selon G. Lantéri-Laura (Les Hallucinations, Paris, Masson, 1991, p. 112), « dans tous les cas, il ne s’agit ni de bruits, ni même de sons, mais d’éléments de langage, et, dès le niveau des mots, d’éléments du langage porteurs de sens, des signes, dans l’acception de F. de Saussure ».
[13] G. Lantéri-Laura, Les Hallucinations, op. cit., pp. 109-117.
[14] E. Esquirol, Des maladies mentales considérées sous le rapport médical, hygiénique et médico-légal. Paris, J. B. Baillère, 1838, 2 vol. Cf. notamment, Vol. 1, pp. 80-102.
[15] J. Cotard, « Perte de la vision mentale dans la mélancolie anxieuse », J. Cotard, M. Camuset, J. Séglas, Du Délire des négations aux idées d’énormité. Paris, L’Harmattan, 1997.
[16] H. Ey, Traité des hallucinations. Paris, Masson, 1973, 2 vol.
[17] M. Mahler, Psychose infantile (1968). Paris, Payot, 1973, pp. 41 et 76-77.
[18] A. Green, Le Travail du négatif. Paris, Éditions de Minuit, 1993, p. 236.
[19] Il s’agirait d’une « réalité sans substance libidinale, non ouverte, mais au contraire fermée aux autres sinon nécessairement à l’Autre ». Cf. E. Allouch, « Un géométral hallucinatoire : autisme et hallucination négative », Psychologie clinique n° 10. Paris, L’Harmattan, 2000, pp. 115-127.
[20] S. Freud, « À partir de l’histoire d’une névrose infantile », Œuvres complètes, Volume XIII : 1914-1915, pp. 82-83.
[21] Ibid., pp. 20-21.
[22] M. Czermak, Passions de l’objet. Études psychanalytiques des psychoses. Paris, Association freudienne internationale, 1996, p. 97.
[23] G. Benedetti, La Mort dans l’âme. Psychothérapie de la schizophrénie : existence et transfert (1980). Ramonville Saint-Agne, Érès, 1995, p. 107.
[24] Ce cas est présenté dans le texte intitulé : « Syndrome de Cotard et fuite des idées », in : ALLEN, D.F. (sldd), Syndrome et structure. Petit traité raisonné de psychopathologie, à paraître.
[25] G. Lazorthes, Les Hallucinés célèbres. Paris, Masson, 2001, p. 14.
[26] Nous avons introduit ce terme dans un travail précédent : « Facteurs blancs dans le déclenchement du délire dans la psychose maniaco-dépressive », L’Évolution psychiatrique, 66, 3, 2001, pp. 474-487.
[27] Nous avons développé cette idée dans « Facteurs blancs : une valeur de nuisance vide. Sur le déclenchement des psychoses », article à paraître dans L’Information psychiatrique en 2003.
[28] E. Kris, Psychanalyse de l’art (1952). Paris, PUF, 1978, pp. 246-247 : « Inutile de chercher bien loin la preuve de ce sentiment universel en ce qui concerne l’image. L’amant qui déchire la photographie de l’infidèle, le révolutionnaire qui déboulonne la statue du chef, la foule en colère qui brûle un mannequin de paille représentant le maître qu’elle récuse confirment que cette croyance en le pouvoir magique de l’image peut toujours retrouver sa vigueur, lorsque notre moi perd partiellement sa faculté de contrôle. »
[29] G. Lazorthes, Les Hallucinés célèbres, op. cit., p. 10.
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Tous les noms, prénoms et autres données biographiques perm...
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[2]
Pour une étude de ce terme dans la clinique de la psychose ...
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[3]
Bildnerei suggère, à la fois, l’activité créatrice et l’œu...
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V. Tiziano, Pope Alexander IV Presenting Jacopo Pesaro to S...
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V. Tiziano, Madonna with Saints and Members of the Pesaro F...
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[6]
« Un essai d’explication de l’hallucination ne devrait pas...
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[7]
M. Merleau-Ponty, Le Visible et l’invisible. Paris, Gallima...
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[8]
M. Merleau-Ponty, L’Oeil et l’esprit. Paris, Gallimard, 196...
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[9]
Pour une étude de cette question, on peut tirer profit du t...
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[10]
H. Ey, Hallucination et délire. Les formes hallucinatoires ...
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[11]
EFP, « Introduction critique à l’étude de l’hallucination »...
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[12]
J. Lacan, « D’une question préliminaire à tout traitement p...
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[13]
G. Lantéri-Laura, Les Hallucinations, op. cit., pp. 109-117...
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[14]
E. Esquirol, Des maladies mentales considérées sous le rapp...
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[15]
J. Cotard, « Perte de la vision mentale dans la mélancolie ...
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[16]
H. Ey, Traité des hallucinations. Paris, Masson, 1973, 2 vo...
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[17]
M. Mahler, Psychose infantile (1968). Paris, Payot, 1973, p...
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[18]
A. Green, Le Travail du négatif. Paris, Éditions de Minuit,...
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[19]
Il s’agirait d’une « réalité sans substance libidinale, non...
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[20]
S. Freud, « À partir de l’histoire d’une névrose infantile ...
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[21]
Ibid., pp. 20-21. Suite de la note...
[22]
M. Czermak, Passions de l’objet. Études psychanalytiques de...
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[23]
G. Benedetti, La Mort dans l’âme. Psychothérapie de la schi...
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[24]
Ce cas est présenté dans le texte intitulé : « Syndrome de ...
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[25]
G. Lazorthes, Les Hallucinés célèbres. Paris, Masson, 2001,...
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[26]
Nous avons introduit ce terme dans un travail précédent : «...
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[27]
Nous avons développé cette idée dans « Facteurs blancs : un...
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[28]
E. Kris, Psychanalyse de l’art (1952). Paris, PUF, 1978, pp...
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[29]
G. Lazorthes, Les Hallucinés célèbres, op. cit., p. 10. Suite de la note...