2003
Cahiers de psychologie clinique
Éditorial
Éditorial
Philippe Van Meerbeeck
Le thème de ce numéro des Cahiers est celui du Congrès européen francophone du 7, 8 et 9 novembre 2003, organisé par la Ligue Bruxelloise Francophone pour la Santé Mentale en collaboration avec l’Union Internationale d’Aide à la Santé Mentale et l’Association Française de Psychiatrie.
Les membres de ces diverses associations se plaignaient amèrement, lors d’un congrès précédent avec les Croix Marines, de l’état des lieux de la psychiatrie contemporaine.
Pour les gens de terrain, les institutions psychiatriques avaient abandonné la psychothérapie institutionnelle, et avaient renoncé à l’héritage psychanalytique.
A les entendre se plaindre, toute la clinique se réduisait à une approche purement symptomatique et biologique.
Personne ne peut nier les avancées et les progrès dus à l’avènement des psychotropes.
Le DSM IV est devenu la référence obligée de la recherche et en même temps cette approche statistique s’est imposée comme une grille de lecture diagnostique. La poussée des sciences cognitivo-comportementales a rempli la place vacante de la psychanalyse ; le tout économique a fait le reste : le taux d’occupation des lits, le prix de journée, la compliance au traitement, …
Henry Maldiney nous disait, lui qui a participé à l’histoire de la psychiatrie dans son courant phénoménologique : « dans l’état actuel de nos connaissances, ou plutôt de nos positions psychiatriques, tout est conçu et organisé pour éviter la rencontre et pour en évacuer l’idée dans une perspective d’objectivation universelle. Objectiver l’autre, en faire un objet d’observation, un objet d’étude, un objet de soin, c’est se mettre à l’abri soi-même comme sujet supposé, et passer outre à l’homme malade, pour lui substituer la maladie, pour faire de son visage, et de tout ce qui peut témoigner de son visage, un panel de symptômes ».
Penser la psychose, c’est avant tout permettre à ceux qui traitent et accompagnent les psychotiques, de témoigner de leur rencontre avec eux, qui souffrent ou qui dérangent.
Jean Oury a bien insisté sur l’importance qu’il y a, dans la vie quotidienne, à favoriser les possibilités de rencontre.
Si la psychose est une perturbation de « l’être avec l’autre » et si, dans une rencontre, l’expression de l’autre est un visage qui parle, au sens de Levinas, il nous a semblé très important d’inviter les témoins de ces pratiques à se parler les uns aux autres.
Nous étions 1 700 participants à Bruxelles de toutes origines et de cultures différentes.
Nous avons dû choisir quelques textes parmi une centaine d’interventions, de très grande qualité ; les autres participations seront publiées dans les Actes du Congrès par la LBFSM – Ligue Bruxelloise Francophone de Santé Mentale. Les exigences éditoriales ont donné un choix d’articles que nous avons rassemblés à partir de quatre axes classiques :
Les théories pour commencer. Ensuite la relation à l’autre, fondement de cette clinique de la rencontre. L’institution enchaîne puisqu’elle est le lieu de vie d’un grand nombre d’entre eux. Il faut plus que jamais soigner l’hôpital qui n’en finit pas de glisser vers une structure concentrationnaire, comme le rappelle Jean Oury : cloisonnement, cellules, concentration et diagnostics. Enfin, le contexte culturel. On ne soigne pas le psychotique de la même manière à Laborde ou à Dakar.
François Tosquelles aimait à dire que le psychotique lutte pour établir, rétablir sa condition humaine.
Espérons que ce numéro des Cahiers contribuera au succès du Congrès de Bruxelles, en permettant aux témoignages contradictoires et complémentaires de ceux qui veulent penser et écouter la folie d’ouvrir ou de réouvrir ce champ énigmatique de la condition humaine.