Cahiers de psychologie clinique 2005/1
Cahiers de psychologie clinique
2005/1 (no 24)
236 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-8041-4716-9
DOI 10.3917/cpc.024
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro ou un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Cahiers de psychologie clinique
Cahiers de psychologie clinique 2005/1 (no 24) 35 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Abonnement annuel 2013 65 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Cahiers de psychologie clinique

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Nicole Minazio
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezEdito

AuteurNicole Minazio du même auteur



Grâce aux ailes que lui fabriqua son père, Icare put s'échapper du labyrinthe de Minos. Faute de n'avoir pas tenu compte des recommandations paternelles, un désir insensé et absolu propulsa Icare si haut dans le ciel que la chaleur du soleil fit fondre la cire qui lui attachait les ailes. Sa chute le précipita dans la mer.

2 Les héros du film de Wim Wenders « Les Ailes du Désir » tombèrent de haut eux aussi. Alors qu'ils menaient une vie d'ange, ils s'étaient mis à vouloir aimer comme des humains et bien qu'ils se voyaient atteindre les étoiles, leur désir d'absolu fut freiné dans sa course; ils s'écrasèrent sur le sol, furent blessés et éprouvèrent qu'ils étaient devenus humains. Ils découvrirent la sexualité et dès lors leur vie s'organisa entre satisfaction et manque, entre plaisir et déplaisir, entre vie et mort.

3 « Désirer provient du mot latin derirare qui signifie littéralement « cesser de contempler l'étoile, l'astre », d'où moralement constater l'absence de, avec une forte idée de regret. Mais l'idée première « regretter l'absence » a tendu à s'effacer derrière l'idée positive et prospective de « chercher à obtenir, souhaiter » déjà usuelle en latin et qui correspond au sémantique astral (demander la lune,etc.). C'est ce sens qui est passé en français spécialisé pour aspirer aux faveurs d'une femme, dans un contexte galant; ce type de contexte étant plus nettement différencié pour désir » (Dictionnaire de la langue française).

4 Ce glissement de sens, du travail de renoncement et de deuil d'une satisfaction impossible au désir sexuel, s'inscrit dans le vif du thème de cette revue.

5 Le désir se décline en une multitude de figures qui jalonnent la vie de « l'être désirant » et, comme dans le rêve, le symptôme et le fantasme, il se présente transformé, déguisé, déplacé. Lacan l'a comparé à un furet, cet animal rapide, cruel parfois qui comme dans la chanson « il court, il court le furet » ne peut jamais être rattrapé.

6 Dans la conception freudienne le désir s'accomplit selon les lois du processus primaire. Il est force et mouvement de l'inconscient, lié aux premières expériences de satisfaction dont il recherche les signes. Le désir est à la fois l'indice et l'agent du travail de transformations psychiques à partir de la dynamique pulsionnelle. Il sera tout au long de la vie psychique quête de retrouvailles avec ce que nous avons perdu à tout jamais, mais dont nous avons gardé les traces mnésiques qui seront réinvesties chaque fois que se manifesteront les perceptions dont la reproduction hallucinatoire prendra valeur de signe de cette satisfaction première.

7 La psychanalyse des névroses a justement défini les symptômes comme accomplissements de désirs sexuels infantiles déguisés, déplacés.

8 Dans l'article sur la négation, Freud écrit que « la pensée possède la capacité de rendre à nouveau présent ce qui a été une fois perçu, par reproduction dans la représentation, cela même sans que l'objet ait besoin d'être encore présent au dehors. »

9 Le désir fait son chemin sur fond de manque, de perte et de deuil et ne trouvera toujours qu'une satisfaction incomplète qui justement le poussera à emprunter les voies du rêve, de la sublimation et de la création.

10 Mais le désir est-il toujours du côté de la vie ?

11 La clinique le montre fixé, immobilisé, détourné de sa route et pris dans une course folle et insensée.

12 Winnicott nous a montré comment l'élan pulsionnel rencontre sur son passage l'objet de la satisfaction qui offre à l'infans une perception qui corresponde suffisamment à l'objet halluciné. Le traitement de l'hallucination par la perception ouvre alors l'espace d'illusion. Lorsque la réponse de l'objet est inadéquate et échoue à transformer les excitations et les élans pulsionnels en un jeu de déplacement des objets, le moi ne s'intègre pas et les processus hallucinatoires eux-mêmes ne s'organisent pas. Dans cette situation, ce sont les traces d'une situation antérieure de non-satisfaction qui s'inscrivent dans la psyché en même temps que la manière dont l'expérience n'a pu être ni subjectivée ni symbolisée. C'est toute la situation liée aux défaillances de la rencontre avec l'objet primordial qui sera réinvestie sur un mode hallucinatoire. Le désir alors sera désir du négatif et la destructivité occupera l'avant de la scène, dans une inversion des valeurs.

13 Pour Lacan, le désir naît de l'écart entre le besoin et la demande; alors que le premier vise un objet spécifique qui pourrait le satisfaire, la seconde s'adresse à l'Autre. Il est donc au-delà de la demande et du besoin.

14 Pour obtenir la satisfaction, l'infans ne peut se dérober aux signifiants de l'Autre et va lier sa demande à partir des signifiants dont l'Autre est dépositaire. Ce processus laisse toujours un reste, un écart que Lacan nomme désir.

15 Ancré dans la vie fantasmatique, le désir devient désir du désir de l'Autre en tant qu'il cherche à être absolument reconnu par lui.

16 Constitué sur fond de manque, il ne peut être comblé par aucun objet réel et laisse une place que n'importe quel objet substitutif pourra occuper.

17 L'objet est par essence objet manquant. Étroitement sous-tendu par le conflit œdipien, c'est le phallus qui sera désigné comme signifiant du manque.

18 Nos désirs voyagent dans le temps tout à la fois tournés vers les traces mnésiques de nos expériences premières et ouverts sur l'objet, sur l'autre, sur l'inconnu et sur nos projets futurs. Continuer à désirer, c'est partir en quête d'un objet qui se prête au jeu du désir. Un objet qui se prête à être connu mais que jamais l'on ne possèdera. Toute la vie, on cherchera à le connaître.

19 Tel est l'itinéraire que les auteurs de ce « cahier » vous proposent de parcourir avec eux.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Nicole Minazio « Edito », Cahiers de psychologie clinique 1/2005 (no 24), p. 7-9.
URL :
www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2005-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/cpc.024.