Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.2804151212
218 pages

p. 7 à 9
doi: en cours

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no 26 2006/1

2006 Cahiers de psychologie clinique

Éditorial

Annig Segers-Laurent
Le terme symptôme vient du grec : sunptôma, de sun : avec et piptein : tomber. Il signifiait, alors, accident, coïncidence, marque ou indice. Pour le Larousse, il est un phénomène subjectif qui révèle un trouble fonctionnel ou une lésion (méd.). Il est aussi un indice ou un présage.
On le voit, le terme symptôme recouvre tantôt une réalité objectivable, tantôt un phénomène subjectif, irrationnel.
Du point de vue de la clinique psychopathologique, il semble que les symptômes ont évolués quand à leur nature et ceci parallèlement à l’évolution de notre société. Actuellement, et nos différents auteurs se rejoignent sur ce point, il apparaît une faiblesse de la capacité à mentaliser penser et dire, donc élaborer. Ceci dans une société exigeante ou consommation et action immédiate sont considérées comme valeurs, ou tout se « joue » en temps réel qui n’est certes pas le même temps que celui de la pensée et de la réflexion.
Les symptômes révèlent alors souvent un malaise diffus plus qu’une plainte précise, qu’ils soient individuels (Balestriere) ou familiaux (Grihom et Ducousso-Lacaze). D’autres révèlent aussi ce manque à penser lorsqu’ils se situent dans le corps comme c’est le cas ici dans l’hyperphagie (Dumet), l’infertilité (Cailleau) l’énurésie et les troubles du sommeil (Berger) ou encore dans les comportements à risque pour le sujet et/ou dérangeants pour « l’ordre établi » tels que toxicomanie (Didier) mensonges et meurtres (le cas Romand, Didier, Mastelli, De Keyser et Brackelaire) et encore marquage du corps (piercing et tatouage) et du mobilier urbain (Haza). Enfin, apparaissent aussi souvent des symptômes liés de manière directe aux événements traumatiques de la vie (Cabassut et Ham) et/ou à la précarité sociale menant à l’exclusion de plus en plus fréquente et touchant une frange plus large de notre société (Vandecasteele et Lefevre).
Les interactions entre individus, familles et sociétés semblent marquées dans notre clinique par la rencontre entre la question de l’identité et celle du lien et la conflictualité entre filiation et affiliation, entre appartenance et différenciation. Ces questions sont au centre des travaux de plusieurs de nos auteurs sinon tous. Plusieurs développent l’idée que non seulement individu, couple, famille et société participent à se co-construire mais aussi à construire les symptômes et les entretenir parfois jusqu’à l’identification du patient à son symptôme voire son étiquetage.
Ainsi un même symptôme remplit plusieurs fonctions pour l’individu : défense contre l’angoisse, expression d’un conflit psychique interne non élaboré, maintien d’une homéostasie psychique subjective, protection mythique de la personne, de son identité et de son existence, et encore solution aux troubles identitaires parfois majeurs.
Et dans le même temps, le ou les mêmes symptômes remplissent une ou des fonctions pour l’entourage, quand ils ne sont pas portés par l’ensemble du groupe familial ou du groupe de pairs à l’adolescence : protection et maintien du groupe et de son homéostasie fonctionnelle et donc protection des liens, de l’appartenance, de l’identité et de la définition du groupe, parfois au dépens de la souffrance de ses membres.
Enfin, la manière d’aborder et de traiter les symptômes lorsqu’une demande est faite dépend non seulement de la nature du symptôme mais aussi de l’orientation du psychothérapeute. Il apparaît toutefois et de nouveau unanimement que la parole reste la voie thérapeutique « Royale » entre toutes même si elle ne suffit pas toujours.
Peu ou non pensé, le symptôme suscite souvent chez celui qui le porte, chez son entourage et dans la société des fantasmes et représentations imaginaires irrationnelles. Le symptôme peut-être vécu comme une facilité, une destinée, une punition, une injustice, une manière de s’exprimer, de se montrer, de se faire reconnaître…
Ces représentations pour irrationnelles qu’elles soient entraînent elles aussi des répercussions sur le fonctionnement psychique individuel mais aussi du groupe familial et social.
La mise en pensée, en sens, la symbolisation par la parole dans l’espace intersubjectif (transitionnel de Winnicott) de la psychothérapie s’avère dès lors indispensable pour que le sujet puisse advenir, et ce, que la question du transfert soit travaillée ou non selon l’orientation choisie.
On le voit, tout au long des articles de ce numéro, la question du symptôme et de son évolution conjointe à celle de la société ainsi que les différentes manières de l’aborder par les cliniciens touche au cœur même des questions d’identité et de liens qu’ils soient conjugaux, familiaux, sociaux ou thérapeutiques. Si les « belles névroses » d’antan tendent à disparaître, les symptômes et leurs cortèges de souffrances chez le sujet et son entourage n’ont eux pas fini de nous questionner.
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