Cahiers de psychologie clinique
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804157883
216 pages

p. 215 à 219
doi: 10.3917/cpc.031.0215

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Thème en préparation

n° 31 2008/2

2008 Cahiers de psychologie clinique Thème en préparation

Groupes et individus

Tout individu est inscrit, avant même sa venue au monde, dans ses groupes familiaux, sociaux et culturels. L’individu n’existe pas sans ses groupes originaires et ses institutions d’appartenance. Il en hérite des histoires, des valeurs, des traces dicibles et indicibles, qui le constituent comme sujet du groupe familial et social, avant même de devenir un sujet en soi. Son identité singulière et ses identifications s’y forgent et en conservent à jamais la trace originaire. Par ailleurs, ses groupes d’appartenance sont indispensables à l’autonomisation et à la subjectivation de l’individu, comme on le voit bien à l’adolescence, où cette dépendance paradoxale est si conflictuelle. Enfin, la pratique des groupes a montré qu’il existe bien une réalité psychique groupale, non réductible à la somme des psychismes des individus présents dans le groupe. Psychologie individuelle et psychologie sociale sont donc interdépendantes, comme l’avait montré Freud. Il nous faut penser l’individu dans ses dimensions intrapsychique, intersubjective et transgénérationnelle, toutes trois constitutives du sujet et de son lien aux autres.
Il semble aussi que les souffrances et les symptomatologies de la clinique contemporaine s’expriment moins sur un mode psychique et individuel que par l’agir et la violence au sein de la cité et dans les groupes. Quelles impasses subjectives et identitaires exprimeraient ces nouvelles figures de la clinique ? Nous pensons plus particulièrement aux souffrances liées à l’immigration et à la perte des repères culturels, mais aussi aux problématiques transgénérationnelles et fraternelles. Ou encore aux souffrances traumatiques liées aux persécutions ou catastrophes collectives, aux pathologies individuelles liées à l’organisation du travail et aux souffrances dans les institutions de soins. Tous ces champs cliniques touchent les individus dans leur dimension de sujet sociaux et groupaux.
Aussi, questionner les rapports entre l’individu et le groupe nous ouvre donc un champ considérable d’investigation. Quelques interrogations théoriques et cliniques, non exhaustives, sont ici évoquées, dans la perspective de notre prochain numéro qui se consacrera à cette thématique.
Pourquoi le groupe nous fait-il peur ? Pourquoi nous fascine-t-il ? Pourquoi le groupe favorise-t-il tantôt un espace de créativité pour ses membres, tantôt la matrice de phénomènes destructeurs et idéologiques ? Comment concevoir les institutions humaines (famille, groupe, institution professionnelle, etc) dans leurs liens avec les individus qui en sont issus et en sont les sujets constituants ? Quelles en sont les spécificités de fonctionnement et d’organisation ? Comment théoriser les interactions entre l’individu, le groupe, l’institution et le cadre métasocial (l’économique, le politique, etc) ? Quels sont les apports des théories actuelles de la psychanalyse, de la systémique, de la sociologie et de l’éthologie, sinon de la biologie, pour appréhender les rapports entre l’individu, le groupe, l’institution, la société, la culture ?
Il nous semble également intéressant de réfléchir sur les nouveaux champs de la communication inter-humaines – tels que les cités virtuelles, les jeux en réseaux, les moteurs de recherche, les blogs ou spacebook – dans lesquels les espaces sont à la fois privés et ouverts à une collectivité sans limite, hypermédiatisés et anonymes. Cette révolution de la communication nous invite à imaginer de nouveaux paradigmes, afin de mieux cerner les rapports entre l’individuel et le collectif, entre l’intime et le communautaire dans nos sociétés modernes, et ainsi enrichir notre pensée clinique et nos dispositifs thérapeutiques.
Au niveau de la pratique thérapeutique groupale, il serait important de définir pourquoi et par quel voies les dispositifs thérapeutiques groupaux sont-ils opérants ? Quelles en sont les indications spécifiques et différentielles ? Comment concevons-nous qu’une souffrance individuelle puisse se traiter par le moyen du groupe ? A quel niveau – groupal, individuel – faut-il intervenir ? Que se passe-t-il dans « l’inter-transfert » entre les thérapeutes de groupe qui co-animent les séances de groupe ? …
On le voit, ce champ de la pratique groupale est complexe et passionnant à investiguer. Si nos connaissances ont progressées, beaucoup de territoires restent à explorer.
Cette thématique nous semble particulièrement stimulantes pour notre revue qui se veut ouverte au dialogue et à l’articulation entre les différentes approches thérapeutiques et théoriques de la psychologie clinique. Les Cahiers de Psychologie Clinique invitent donc ses lecteurs à contribuer par leurs propositions d’articles à l’exploration de ce riche territoire théorico-clinique.
Date de remise des textes pour ce numéro 34 des Cahiers de psychologie clinique : septembre 2009.
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