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Cahiers de psychologie clinique

2009/2 (n° 33)



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Période difficile de passage, l’adolescence est encore plus difficile à traverser quand elle est précédée de difficultés psychologiques. Mais ses manifestations ne sont pas toujours bruyantes, ou en tout cas, pas uniquement. Car le sujet pubère peut aussi se murer dans le silence et faire preuve d’une résistance passive à tout projet thérapeutique. Dans ce genre de situation, c’est le contre-transfert des soignants qui peut révéler les extrêmes difficultés internes du patient.

Étude de cas

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Quand je fais la connaissance de Léonore, c’est une jeune fille de 13 ans, dont la maturation a conduit à une aggravation de difficultés déjà présentes dans l’enfance. La patiente est en échec scolaire, elle s’éloigne de ses camarades et de sa sœur aînée. Elle vit dans l’incurie - la mère ne veut plus lui nettoyer sa chambre. Le divorce de ses parents, qui a eu lieu quelques années auparavant semble être à l’origine de ces difficultés.

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Sa prise en charge en institution pédopsychiatrique classique a commencé il y a 3 ans. À cette époque, Léonore était angoissée, agitée dans son sommeil, elle faisait des cauchemars, avait des terreurs nocturnes. Ses performances scolaires avaient chuté. Déjà son cours préparatoire s’était mal passé, elle était complètement bloquée pendant cette période. Ensuite, ses performances se sont améliorées, mais elle avait des problèmes de discipline. Elle est devenue désagréable, se disputant souvent avec sa sœur aînée, quoiqu’une certaine complicité les liait encore. Léonore semblait aussi marquée par la dépression. La relation avec sa mère était fusionnelle, la relation avec son père très difficile. D’ailleurs, depuis peu, elle ne veut plus voir son père, elle aurait peur des hommes. Le père semble y avoir un rôle, car il a été peu présent auprès de ses filles après le divorce, malgré le fait qu’elles le sollicitaient. En plus il les a constamment dévalorisées, en ne montrant pas de confiance dans leur capacité à avoir un bon rendement scolaire.

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Dans les entretiens psychiatriques la patiente restait silencieuse, c’est la mère qui était son porte-parole. Léonore ne semblait tirer aucun bénéfice du suivi proposé. Elle a fait l’expérience du groupe « jeux de société », qui a un certain succès auprès des enfants à la latence - mais elle aurait tout fait pour résister à l’intégration. Le consultant a commencé à croire que la seule formule de psychothérapie qui puisse l’aider ce serait le psychodrame analytique individuel.

Le psychodrame de Léonore

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Il s’agit d’une version de psychodrame [1]  Le psychodrame classique, dont le dispositif a été... [1] où le patient est accueilli par plusieurs thérapeutes. L’un d’entre eux, le meneur de jeu, l’écoute afin d’arriver à une mise en scène qui suppose que les participants (patient et co-thérapeutes) interprètent des rôles, en improvisant. Le meneur de jeu a la fonction du psychanalyste de la cure individuelle – après la scène, il propose au patient un point de vue sur ce qui s’est passé.

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Lors de l’entretien que j’ai avec Léonore et sa mère pour décider de l’opportunité d’une telle formule de traitement, elle garde le silence. La mère pense que sa fille n’a envie de rien. Elle évoque l’échec scolaire de Léonore qui irait de paire avec des problèmes de discipline – récemment, à la fin d’un cours, Léonore aurait barré la sortie d’un professeur hors de la classe, elle se serait même frottée à cet homme. Léonore se tait, et devant la proposition de psychodrame, elle exprime un refus qui n’impressionne pas la mère – elle refuserait tout sauf des activités sportives. Du coup, je lui propose quelques séances d’essai. Sa mère s’engage à l’accompagner. La mère tiendra sa parole, mais le refus initial de la patiente gardera sa marque, d’où l’allure particulière de son psychodrame.

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Pendant plusieurs mois, Léonore vient à ses séances de psychodrame, mais ne participe guère. La première fois, elle se met tout près de la porte. Je lui propose d’enlever son manteau, elle dit non. Puis je tâche de discuter avec elle – sans résultat. C’est moi qui propose une scène. Le scénario invoque une situation dans laquelle se trouvent des gens qui parlent dans la salle d’attente du psychodrame, et dont elle ferait partie. Comme elle ne veut pas y participer, une des co-thérapeutes fera son rôle. Dans le jeu, les personnages (d’autres patients et elle-même) échangent des points de vue sur le psychodrame. Puis je lui propose une deuxième scène, qui a comme personnages sa mère, sa propre personne et moi, pour discuter, cette fois, de son psychodrame. Léonore continue à ne pas participer, son rôle est joué par la même collègue, le mien par un autre co-thérapeute homme. Pendant que le jeu dramatique se déroule, Léonore tourne le dos à la scène. Le comportement de Léonore est très démobilisant pour l’équipe de psychodramatistes. À la deuxième séance, elle dit quand même qu’elle ne voulait pas venir, et c’est encore moi qui propose une scène. Cette fois, il s’agit d’une fille qui n’aime pas parler et qui se trouve avec ses parents. Dans le jeu dramatique, le père crie que sa fille en fait trop, la mère lui demande pourquoi elle n’a pas de copines. Vers la fin, le personnage père affirme qu’on ne va pas trop s’appesantir sur tout ce que dit sa fille – apparemment à ce moment, Léonore se tourne vers la scène – pas de commentaires après. À la séance suivante, je lui transmets que toute l’équipe aimerait connaître son point de vue sur le psychodrame, mais elle ne répond rien. Je lui propose une scène avec un professeur qui se dit intéressé de la comprendre, puis une autre, où une de ses collègues de classe se plaint d’avoir été trahie par une copine.

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En tant que meneur de jeu, j’essaie de lui faire exprimer des idées, des paroles qui puissent arriver à une scène, mais il n’en est rien. À chaque fois, je suis contraint à proposer au moins un scénario de jeu dramatique dérivé de cette situation, où elle ne participe que par sa présence. Elle vient quand même, et quelque temps après le début, son psychiatre commence à nous dire que Léonore fait des progrès : elle commence à ranger un peu sa chambre, et elle deviendrait un peu plus claire dans sa tête.

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Toute l’équipe commence à penser qu’elle doit être partagée entre venir et ne pas venir au psychodrame. Quand on reprend, je lui propose une scène où il est question de deux parties d’elle-même : celle qui accepte le psychodrame et qui est jouée par une femme et celle qui la refuse, qui est joué par un homme. Les deux parties se disputent, mais n’arrivent pas à donner l’impression d’une même entité à laquelle elles appartiendraient. Quand le collègue homme entre en scène, Léonore, qui jusqu’à présent restait debout sans regarder le déroulement du jeu dramatique, se laisse glisser par terre. Cette réaction semble en rapport avec le jeu dramatique, donc, l’évitement de la scène n’était qu’apparent, la patiente était au courant de ce qui s’y passait. Après le jeu, elle s’est levée, elle m’a regardé – je lui ai dit que ce qui s’était passé était une sorte d’illustration de sa façon d’être. J’ai ajouté que cette illustration est censée l’aider. Comme elle ne réagit pas à mes paroles, je propose une deuxième scène, dans laquelle ses deux parties d’elle-même se confrontent avec la mère, qui insiste à ce qu’elle vienne au psychodrame. Elle me regarde avec la même intensité pendant le déroulement du jeu. Puis je lui annonce les prochaines vacances.

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Elle viendra à une autre séance, puis il y a eu une suite d’absences, et elle reprendra de nouveau. Comme d’habitude, elle ne participe pas, mais elle sort son téléphone portable pendant que la scène se déroule devant elle. La fois suivante, je propose une scène où elle est avec des camarades du collège, qui se montrent les uns aux autres leurs téléphones portables. Après de nouvelles vacances, la mère annonce que Léonore ne veut plus venir au psychodrame.

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Cette information rend l’équipe un peu inquiète, mais on vit tous avec le sentiment d’être délivrés d’un poids important : on a l’impression d’une tâche trop difficile. À noter que l’équipe n’a pas beaucoup d’expérience à l’époque. Presque tous les intervenants ont le sentiment du manque de repères, d’un voyage en terrain inconnu. Certes, les messages du psychiatre sont toujours encourageants, mais Léonore reste passive, elle continue à ne rien proposer, à ne rien dire. Ainsi, l’idée même que le psychodrame l’aiderait, paraissait discutable. Toute l’équipe se sent dans le doute, pour ne pas parler de l’impression que le cas est trop difficile pour nos moyens. L’idée d’une mauvaise indication nous guette aussi, alors que le consultant s’engage à essayer de relancer la participation de la patiente à ses séances de psychodrame.

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C’est dans ce contexte que je ressens un vécu plus compliqué que celui de mes collègues. Il ne s’agit pas seulement de la culpabilité de contraindre Léonore à participer aux séances. À partir d’un moment donné, j’ai l’impression d’être dans la posture d’une sorte de violeur de jeunes adolescentes, un homme qui profite de ces filles en train de devenir des adultes, malgré elles, et surtout malgré leur opposition, ou leur manque de réaction. Cette impression me surprend et me dérange beaucoup. Je suis très gêné, au départ je ne sais même pas d’où cette impression me vient. Mais assez vite je me rends compte que tout est en rapport avec le psychodrame de cette patiente. Je sais que cette impression est injuste, qu’elle est liée aussi au vécu de forcing de la part du consultant de Léonore, ainsi qu’aux mécontentements de mes collègues co-thérapeutes, qui, par moments, se sentent dépassés par la tâche. Cette impression est soutenue par la patiente elle-même, qui reste passive, mais qui vient quand même pendant un certain temps. Au départ, elle s’était opposée à l’idée de tenter le psychodrame, elle s’est pliée quand même au désir de sa mère, tout en restant en opposition.

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À noter qu’à l’époque de la confrontation avec ce contre-transfert, le partage de mon vécu avec les collègues a allégé mon impression de dégoût. Tout semblait difficile, même si apparemment, cette forme de psychothérapie aidait un peu la patiente. Mais Léonore a maintenu sa décision de ne plus venir à ses séances. J’ai fait un lien entre le contenu de mon contre-transfert et l’acte d’indiscipline contre un professeur, raconté par la mère lors de l’entretien préliminaire. Cette situation plaçait Léonore dans une position active, où elle ferait elle-même effraction dans l’intimité de son professeur, figure du père. Est-ce que Léonore voulait agresser elle-même un homme, lui faire violence ? Est-ce qu’elle avait besoin de cela pour prendre sa revanche dans la relation avec son père ? Est-ce que sa tendance à la violence était en rapport avec les transformations corporelles de la puberté ? Ou cela pouvait donner un sens à un supposé vécu d’effraction ?

Analyse clinique

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Ce qu’il faut d’abord remarquer dans ce cas c’est l’extrême pauvreté du matériel offert par la patiente. En fait, ses réactions vont plutôt dans le sens du refus de la psychothérapie proposée. Comme à l’adolescence il est possible de noter ce genre de réaction, se pose la question si cette attitude est simplement dictée par la phase du développement traversée par la patiente, ou elle est induite par la constellation personnelle. Bien évidemment, le divorce des parents, supposé se situer à l’origine des troubles, ne serait pas suffisant. D’un côté, la mère elle-même invoquait des difficultés précédant cet événement, d’un autre, la dégradation actuelle de la relation avec le père supposerait un terrain déjà fragile. Est-ce que le fait que le meneur de jeu était aussi un homme pouvait aggraver la situation ? Probablement, mais l’avantage du psychodrame est qu’il suppose une équipe de thérapeutes, qui comprenait également des femmes. Or cet élément n’a pas diminué l’opposition de Léonore. Quoi qu’il en soit, elle n’a suivi que pendant quelques mois la formule de traitement proposée.

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Par ailleurs, on peut imaginer que l’échec à la fois scolaire et relationnel de la patiente l’a conduit à une position de retrait, avec le sentiment de manque d’intégration et d’un trop de différenciation. Or ce genre de position suppose une hostilité importante à l’égard des autres, qui expliquerait le refus de toute forme d’aide. Il est difficile de savoir si le père est à l’origine de ces échecs, mais il semble qu’il n’essaie pas d’aider sa file de s’en sortir. Pire, son attitude critique peut-être vue comme une façon d’entériner le divorce de Léonore avec l’école et ses camarades de classe. Cette attitude du père renforcerait l’hostilité qui se manifesterait par le refus de tout traitement. Est-ce que l’angoisse, les cauchemars, les terreurs nocturnes accusées au début de la prise en charge seraient aussi dus à cette insuffisance du père ? En tout cas, à l’époque, Léonore avait encore une relation fusionnelle avec sa mère et une complicité avec sa sœur, malgré des conflits. La capacité d’étayage de l’image maternelle devenait déjà problématique, mais entre-temps la mère semblait avoir lâché prise, excédée par l’égarement de sa fille. Quelles que soient les difficultés précédentes de Léonore, son engagement vers l’adolescence semble un élément important de sa psychopathologie. Sa maturation sexuelle se fait sur le fond d’une relation très difficile avec le père, l’appui de la mère diminue, les conflits avec sa sœur creusent des distances, sans une contrepartie en relations avec des pairs. Ainsi, son hostilité, quoique intrapsychique et peu exprimée directement, semble générée par l’effet négatif que sa maturation a sur presque toutes ses relations, mais aussi sur ses performances scolaires, et profondément, sur son fonctionnement psychique.

L’effet du psychodrame

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Freud avait établi une nette opposition entre suggestion et psychanalyse. Pour lui, la suggestion était proche de la peinture, qui travaille per via di porre [2]  Une traduction possible serait « pour coller, pour... [2] , en appliquant une substance, l’huile, sur la toile blanche. L’analyse, comme la sculpture, procède per via di levare [3]  Le sens serait « pour décoller ». [3] , car elle enlève du matériel pour révéler une nouvelle forme [4]  S. FREUD (1905a [1904]), « De la psychothérapie »,... [4] . Le psychodrame serait un intermédiaire, il utilise les scènes comme une sorte d’artefact suggestif, mais tâche aussi de comprendre l’échafaudage des symptômes, sans aboutir à la reconstruction du passé infantile, comme dans la cure psychanalytique. Toutefois, les scènes concernent la patiente, elles cherchent aussi à figurer la situation dans laquelle celle-ci se trouve.

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Chez Léonore le psychodrame est resté, au moins partiellement, près d’un fonctionnement per via di porre, par des scènes qui comblent son silence, son absence de participation. Certes, la discrète amélioration semble indiquer une certaine pertinence des jeux dramatiques. Mais est-ce que la patiente a été sensible aux contenus qui lui étaient attribués – désir d’être aidé, peur que ses paroles soient dites à tout le monde, etc. ? Ne s’agit-il davantage d’un effet de miroir, du plaisir de préoccuper d’autres personnes ? Peut-être craignait-elle d’être trop bien comprise, d’être dévoilée. Si sa participation initiale était possible malgré son refus, l’arrêt pourrait être l’écho de la peur d’être devenue transparente. Le silence de la patiente, sa décision de ne pas se laisser soigner nous montrent que sa façon de se défendre est assez primitive, qu’elle a recours à des modalités du registre du barrage, du blocage des entrées, comme si elle essayait de faire face à des menaces de pénétration de ses enveloppes psychiques. La patiente semble se défendre contre l’intrusion, l’effraction. Or, ces défenses ont un caractère archaïque [5]  D. SIBERTIN-BLANC, C. VIDAILHET (2003), « De l’effraction... [5] , qui va de paire avec son refus de la parole. Mon vécu contre-transférentiel confirme implicitement cette situation, comme s’il était chargé d’un message incompréhensible pour la patiente. C’est pour ces raisons que la problématique de l’effraction doit être abordée afin de tenter l’éclaircissement de la situation.

Effraction et contre-transfert

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J’ai vécu mon contre-transfert comme un envahissement, comme une sorte de corps étranger. En plus, je ne trouvais pas de lien entre ce vécu et d’autres expériences de vie. Je ne voyais pas de rapport avec la posture de violeur, même si un tel fantasme a pu me guetter parfois. Ce contenu suggère l’effraction – le viol en serait une version, la plus sexualisée. D’autres auteurs ont signalé des vécus proches dans des relations avec des patients psychotiques : « […] un sentiment d’effraction peut être vécu alors qu’aucune violence de la paroi n’a été initialement perçue (ce qui vient d’ailleurs secondairement renforcer ce vécu d’effraction) et où la composante sexuelle s’exprime dans un registre éloigné de sa forme communément reconnue. » [6]  J.J. BONAMOUR DU TARTRE (1997), « Effractions et relations... [6] . La nuance de plaisir, n’est pas de nature à simplifier les choses, car la brutalité domine le vécu.

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En principe, l’effraction fait partie du registre du trauma, d’un trauma qui a davantage un effet au niveau du narcissisme, ce qui suppose qu’il y a « rupture de la capacité de fantasmer, il n’y a pas de refoulement, il n’y a que du clivage » [7]  M. BROQUEN (1997), « Introduction », in M. Broquen... [7] . Ainsi l’apparence sexuelle pourrait être trompeuse, car ce type de trauma n’est pas organisé selon le principe de l’après coup, comme Freud l’avait signalé [8]  Ce principe suppose deux temps dans un trauma : le... [8] .

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Le contre-transfert n’entérine donc pas l’existence d’un traumatisme chez la patiente, en tout cas, pas d’un traumatisme équivalent, à savoir d’un viol. Pour moi-même, dans mon vécu contre-transférentiel, il n’y a pas de lien avec un trauma proche du viol. Du fait même de ce contenu, j’ai l’impression d’avoir subi une sorte de violence interne. En fait, le trauma c’est le vécu contre-transférentiel lui-même, réductible à l’impression d’effraction. Mais la situation se doit d’être analysée avec beaucoup de précaution, pour bien rendre la part à chaque intervenant, patient et thérapeutes.

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Gutton distingue trois formes de contre-transfert par rapport à l’adolescent [9]  P. GUTTON (2000), Psychothérapie et adolescence, Paris,... [9]  : la première a l’allure du transfert de l’analyste sur le jeune ; la deuxième porte sur le processus adolescent ; la troisième est séductive. La première version a une portée générale, c’est dans ce sens que tout contre-transfert peut être compris. L’auteur évoque le risque du développement de « l’aspect négatif du contre-transfert, soit “les propres taches aveugles de l’analyste au niveau de ses problèmes inconscients qui l’empêchent de percevoir ou de répondre de façon adéquate aux sollicitations de l’analysant” » [10]  Ibid. [10] . Or cet aspect semble peu important dans la situation qui nous intéresse, ne serait-ce que parce que le dispositif du psychodrame permet à la fois la dispersion du transfert sur plusieurs thérapeutes, ainsi que leur travail sur leurs contre-transferts personnels. La deuxième forme est difficile à invoquer, la patiente semble davantage dominée par le processus contraire, décrit par Gutton sous le nom de pubertaire [11]  P. GUTTON (1991), Le pubertaire, Paris, PUF. [11] . Il s’agit de l’émergence de la sexualité qui blesse l’équilibre narcissique de l’enfant en train de grandir. En revanche, le troisième cas de figure signalé par Gutton, doit nous intéresser davantage. Le contre-transfert séducteur apparaît comme une nécessité, à cause du fréquent manque de demande chez l’adolescent. Gutton apprécie ainsi le contre-transfert comme une nécessité et une résistance, dont le bon fonctionnement suppose l’auto-analyse du thérapeute [12]  P. GUTTON (2000), op. cit. [12] . Le dispositif du psychodrame est censé assurer cette fonction dans une dimension interpersonnelle et groupale.

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Malgré ce dispositif, c’est surtout le meneur de jeu qui semble éprouver un vécu en rapport avec la problématique de la patiente. Il devient le sujet d’éprouvés qui lui sont transmis par la patiente. Ce phénomène dépasse la sphère du psychodrame, et a été déjà signalé dans des contextes cliniques de référence psychanalytique : « L’analyste peut accepter de ressentir en lui-même des sensations ou des affects qui sont en résonance avec des parties clivées ou non langagières du patient. Il peut entendre des tentatives de représentation autres que celles portés par le langage. Cela semble particulièrement clair dans les prises en charges des enfants où les gestes, les jeux pris dans la rencontre peuvent devenir des ébauches d’élaboration d’une problématique qui était hors langage ou non dicible. » [13]  J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit. [13] Le caractère inapproprié du vécu contre-transférentiel, le manque de rapports avec les expériences et le passé du thérapeute indique la source : il s’agit de la patiente, qui utilise largement des mécanismes de projection et d’identification projective. Il y a des auteurs qui montrent que parfois, « […] l’identification projective prend quasiment la forme d’une injection de survenue brutale et ressentie comme très invasive dans certaines circonstances, ce qui peut amener à un intense désir de rejet » [14]  Ibid., p. 102. [14] . Le contact avec le patient, la volonté de le comprendre, le manque de communication verbale favorise la transmission psychique propre à la projection archaïque.

Identification projective et problématique adolescente

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La projection est un mécanisme de défense décrit par Freud qui suppose l’expulsion de contenus psychiques dans l’autre – elle a un caractère archaïque, mais aussi une portée générale, car elle peut être utilisée par toute personne. Mélanie Klein a dégagé une autre version, l’identification projective, qui met l’accent sur le lien identitaire avec l’objet sur lequel la projection a lieu. Le but est de lui faire mal, le posséder, le contrôler [15]  J. LAPLANCHE, J.-B. PONTALIS (1967), Vocabulaire de... [15] . L’allure du contre-transfert permet à l’analyste d’inférer la trace de l’identification projective, supposée intervenir davantage chez des patients avec un fonctionnement archaïque. D’ailleurs, le contre-transfert discuté pourrait être vu comme une forme de contre-identification projective, terme introduit par Grinberg. [16]  L. GRINBERG (1962), “On a Specific Aspect of Countertransference... [16] Il le définit comme « une réaction spécifique de l’analyste qui est inconsciemment et passivement poussé à jouer un rôle que le patient lui attribue » [17]  Dans ma traduction de l’anglais. [17] . Pour Grinberg la position de l’analyste est complètement passive, alors que le contenu de sa contre-identification n’a pas de rapport avec sa propre conflictualité.

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Jusqu’à un certain point, la problématique de la patiente semble confirmer ce point de vue. Par son refus de suivre le psychodrame, elle adopte une position passive, mais qui ne peut que rendre plus active sa participation inconsciente. En fréquentant les séances à contrecœur, elle exerce à son tour une sorte de séduction, ne serait-ce que par le fait que la plupart des patients sont beaucoup plus actifs. « Si l’on peut reconnaître les tentatives de séduction des patients, dont certains savent très bien jouer la fascination qu’exercent tout autant leur détresse que l’étrangeté de leur expérience, et noter le rôle de ces tentatives dans l’entrée en relation ou son entretien, il n’en reste pas moins que cette séduction peut être éprouvante, tant du fait de l’intensité de l’excitation psychique qui l’accompagne parfois qu’à cause du registre dans lequel elle opère. » [18]  J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit. [18] Il s’agit donc de phénomènes complexes, auxquels le dispositif du psychodrame s’adapte davantage, à la fois par le nombre important de psychothérapeutes, que par le fait que le registre non verbal est pris en charge. Tout se passe sur la scène, certes symbolique, mais qui permet au corps du patient à se laisser regarder par tous les autres intervenants. D’un côté, le transfert de la patiente est adressé à toute l’équipe de psychodrame – mais elle semble plus sensible non seulement à la personne du meneur de jeu, mais aussi à l’autre thérapeute homme. De l’autre côté, sa situation existentielle est montrée, mise en scène. Une bonne partie des émois qui ne trouvent pas de moyen d’expression dans sa psyché, est ainsi dramatisée et nommée. Une autre reste sûrement non symbolisée. Le meneur de jeu, de par sa proximité physique avec la patiente et à cause du silence de celle-ci, est davantage confronté à ces émois. Une de ses tâches est de les traduire en mots et en scènes.

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Pour revenir à la patiente, il faut se poser la question à savoir pour quelles raisons aurait-elle recours à l’effraction ? D’abord elle se trouve à la puberté, qui, d’après Gutton, consiste en un traumatisme narcissique important, à cause de l’écroulement de la toute-puissance infantile [19]  P. GUTTON (1991), op. cit. [19] . La voie qui conduit vers une plus nette identité sexuée est compliquée, mais la transformation du corps peut-être vécue comme une forme d’effraction, comme un changement imposé de l’intérieur, qui est difficile à accepter et à vivre.

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Le mutisme de la patiente, l’emploi massif de l’identification projective, les autres défenses archaïques utilisées peuvent suggérer la psychose. D’ailleurs, la difficulté contre transférentielle est aussi importante dans cette entité nosographique. En effet, il y a une parenté entre adolescence et psychose. Mais comme l’a fait remarquer Piera Aulagnier, c’est surtout en fin d’adolescence que la psychose peut éclore – à ce moment-là le jeune risque d’être confronté à un important écart entre ce qu’il souhaitait devenir et ce qu’il est devenu [20]  F. RICHARD (2001), Le processus de subjectivation à... [20] . Or, d’abord, Léonore se trouve en début d’adolescence, ensuite elle semble garder une certaine cohérence interne et un contact suffisant avec la réalité. Elle suggère plutôt l’aspect des états limites, qui n’est pas rare à cet âge [21]  Ibid. [21] . Ce qui semble la caractériser davantage c’est, à travers mutisme et dépression, sa morosité. Signalée par Mâle, cette caractéristique serait l’indice d’un refus d’investir le monde des objets [22]  Ibid. [22] , effet de la déception relationnelle. Pour Gutton, cela montre l’incapacité d’être triste de l’adolescent [23]  P. GUTTON (1991), op. cit. [23] . C’est dans ce sens qu’à l’adolescence l’identification est notamment narcissique : l’objet n’est plus constitué comme indépendant et vaut davantage comme modèle.

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De par son mutisme, Léonore semble se protéger de toute relation avec des nouveaux objets. Aussi, elle renforce au maximum le côté non verbal de la communication dans le psychodrame. D’ailleurs cette méthode de traitement favorise aussi l’expression au-delà des mots, son objectif étant justement de changer le rapport des représentations avec les mots. En général, le registre du non-verbal n’est pas cantonné à la période de l’enfance, que Léonore n’avait pas abandonnée. Il reste très important dans la psychose, et comme il a été souligné, ce registre « […] est inconfortable, difficile à analyser, assez brutal et énigmatique, au point que la tendance spontanée du thérapeute est de le négliger ou de l’enjamber, tant il peut mettre en délicatesse […]» [24]  J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit. [24] . Un vécu comme celui d’être violeur est censé traduire justement des émois qui restent mal définis par une patiente qui n’arrive pas à mettre elle-même en mots ses propres éprouvés. Il est possible d’avancer que la difficulté du registre non-verbal est entérinée par le caractère pénible du contre-transfert du meneur de jeu.

Effraction, contenant et cadre

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Ressentie par le meneur de jeu, est-ce que l’effraction pourrait être inférée comme ayant été vécue aussi par la patiente ? Difficile d’y répondre, en tout cas il s’agit d’un phénomène assez complexe. Le propre de l’effraction c’est d’agir à deux niveaux [25]  D. SIBERTIN-BLANC, C. VIDAILHET, op. cit. [25]  : la rupture du contenant ; l’attaque du contenu.

  1. La rupture du contenant est illustrée par la possibilité du contre-transfert – en admettant qu’il est induit par la patiente, son contenu est transplanté dans la psyché du meneur de jeu, en dépit de ses défenses, qui sont violentées.

  2. L’attaque du contenu suppose que le vécu de viol apporte quelque chose de nouveau, d’imposé, vécu comme étrange, qui ne peut pas être assumé par le thérapeute en tant que personne. L’impression de corps étranger trouve ainsi une explication possible.

Le propre de l’effraction est de rompre le contenant du sujet en question pour déposer son propre contenu. Mais il ne s’agit que d’un effet, le processus supposé est l’identification projective. Ainsi, on peut soutenir, avec Benghozi [26]  P. BENGHOZI (1997), « Conceptualisation et clinique... [26] , que, dans ce type de situation, le travail psychothérapeutique le plus important concerne le contentant, en l’occurrence il s’agit du cadre du psychodrame. Par sa passivité, la patiente met en doute ce cadre même, alors que le dispositif de cette formule de psychothérapie est apte à répondre à ce genre d’attaque. L’effet positif sur cette jeune adolescente est de cette façon paradoxal. On peut invoquer un mécanisme décrit chez le spectateur d’un spectacle de théâtre. Freud évoquait l’importance, pour le spectateur, de l’identification au héros sur la scène [27]  S. FREUD (1942a [1905-06]), « Personnages psychopathiques... [27] – de cette façon, le premier peut participer à la souffrance du second, et exprimer une partie de la sienne. Plus récemment, Thoret a montré que dans l’explication de Freud, ce qui compte c’est la co-présence acteur – spectateur [28]  Y. THORET (1993), La théâtralité. Étude freudienne,... [28] . Elle permet au spectateur de vivre par personne interposé des situations difficiles, et d’éprouver des émotions refoulées. Il y a une forme de transposition qui permet une version de catharsis, une certaine décharge émotionnelle par personne interposée.

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En principe, dans le psychodrame, la transposition est largement personnalisée, à savoir qu’à la différence du théâtre, le patient propose lui-même des scènes dans lesquelles il joue un rôle qui lui permet des décharges plus importantes. Ainsi, le bénéfice narcissique est aussi plus important, parce qu’il peut facilement être le héros du jeu dramatique. Dans le cas de Léonore, les scènes sont personnalisées malgré elle, ce qui n’empêche pas la satisfaction narcissique d’être mise en scène.

Pour conclure

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En somme, la problématique de la patiente révèle un rapport difficile à la fois avec son père et les hommes en général. La relation à la mère est aussi modifiée, alors que les relations égalitaires avec la sœur et les pairs semblent insuffisantes. Le fait qu’elle se soit engagée vers l’adolescence n’est pas sans conséquences. Gutton a montré que le processus pubertaire suppose aussi l’identification au séducteur. Il la conçoit comme une forme de retournement de la séduction que tout enfant subit passivement dès le début de sa vie. Or Léonore semble attirée intérieurement par une position masculine, de violence, qui la rend active malgré sa passivité affichée. C’est notamment cette position qui arrive à être vécue par le meneur du psychodrame, justement parce qu’elle est peu exprimée.

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Dans cette perspective, le contre-transfert de cet intervenant est surdéterminé. Il apparaît d’abord comme une forme de contre-identification projective, induite par la patiente. Mais à son tour, le meneur de jeu se trouve aussi dans une situation complexe, sinon conflictuelle. D’abord, il se sent à la fois sous la pression de ses collègues et de l’institution. Ses collègues aimeraient arrêter le psychodrame de Léonore, l’institution, par le psychiatre, l’encourage à continuer. Deuxièmement, il fait lui-même du forcing sur la patiente, qui ne vient qu’à contrecœur, en plus, c’est lui qui impose les thèmes des scènes. Pour utiliser la métaphore du viol, le meneur de jeu se sent à la fois violé et violeur, et c’est de cette façon que sa psyché peut accueillir un vécu du même genre projeté par la patiente. Mais, comme l’a signalé Brunet [29]  L. BRUNET (2000), « L’identification projective et... [29] , c’est justement cette conflictualité qui permet l’émergence du contenu du contre-transfert – en l’occurrence, l’impression éprouvée par le meneur de jeu d’être tenté de violer la patiente. Son rôle est davantage contenant que ceux des co-thérapeutes, qui peuvent exprimer leurs ressentis personnels en jouant, en participant aux scènes qui concernent la patiente. La situation de médiateur du meneur de jeu, entre patiente, institution et collègues, le met dans une position plus fragile, donc plus ouverte à la projection de la patiente. C’est ainsi qu’il ressent à la place de celle-ci un vécu dans le registre de l’effraction.


Bibliographie

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  • Thoret, Y. (1993), La théâtralité. Étude freudienne, Paris, Dunod, 207 p.

Notes

[*]

6, impasse Boutron, 75010 Paris, France – radu. clit@ noos. fr

[1]

Le psychodrame classique, dont le dispositif a été inventé par Moreno, suppose un seul thérapeute qui a aussi la fonction d’organiser le jeu dramatique – il s’occupe de plusieurs patients en même temps.

[2]

Une traduction possible serait « pour coller, pour poser ».

[3]

Le sens serait « pour décoller ».

[4]

S. FREUD (1905a [1904]), « De la psychothérapie », in De la technique psychanalytique, Paris, PUF, 1953.

[5]

D. SIBERTIN-BLANC, C. VIDAILHET (2003), « De l’effraction corporelle à l’effraction psychique », Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence.

[6]

J.J. BONAMOUR DU TARTRE (1997), « Effractions et relations avec les psychotiques. A propos d’une hypothèse d’orifices méconnus », in M. Broquen et J.-C. Gernez (dir.), L’effraction. Par-delà le trauma, Paris, L’Harmattan.

[7]

M. BROQUEN (1997), « Introduction », in M. Broquen et J.-C. Gernez (dir.), L’effraction. Par-delà le trauma, Paris, L’Harmattan, p. 12.

[8]

Ce principe suppose deux temps dans un trauma : le premier laisse des traces qui n’ont pas de sens, le deuxième temps apporte justement le sens, d’habitude sexuel. Cf. J. LAPLANCHE (1980), Problématiques I. L’angoisse, Paris, PUF.

[9]

P. GUTTON (2000), Psychothérapie et adolescence, Paris, PUF.

[10]

Ibid.

[11]

P. GUTTON (1991), Le pubertaire, Paris, PUF.

[12]

P. GUTTON (2000), op. cit.

[13]

J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit.

[14]

Ibid., p. 102.

[15]

J. LAPLANCHE, J.-B. PONTALIS (1967), Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF.

[16]

L. GRINBERG (1962), “On a Specific Aspect of Countertransference Due to the Patient’s Projective Identification”, International Journal of Psycho-Analysis, 43.

[17]

Dans ma traduction de l’anglais.

[18]

J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit.

[19]

P. GUTTON (1991), op. cit.

[20]

F. RICHARD (2001), Le processus de subjectivation à l’adolescence, Paris, Dunod.

[21]

Ibid.

[22]

Ibid.

[23]

P. GUTTON (1991), op. cit.

[24]

J.J. BONAMOUR DU TARTRE, op. cit.

[25]

D. SIBERTIN-BLANC, C. VIDAILHET, op. cit.

[26]

P. BENGHOZI (1997), « Conceptualisation et clinique de l’effraction. Crise narcissique, corps groupal généalogique et attaques des contenants identitaires », in M. Broquen et J.-C. Gernez (dir.), L’effraction. Par-delà le trauma, Paris, L’Harmattan.

[27]

S. FREUD (1942a [1905-06]), « Personnages psychopathiques à la scène », in Résultats, idées, problèmes, Paris, PUF, 1984.

[28]

Y. THORET (1993), La théâtralité. Étude freudienne, Paris, Dunod, p. 3.

[29]

L. BRUNET (2000), « L’identification projective et la fonction contenante : illusions nécessaires ou délire partagé ? », Journal de la psychanalyse de l’enfant, 26, 161-192.

Résumé

Français

La problématique adolescente de l’effraction est abordée par le biais du contre-transfert. Il s’agit du psychodrame analytique individuel d’une jeune fille pubère qui se trouve en échec scolaire. Depuis le divorce de ses parents, sa relation avec son père est en impasse. Sa participation au traitement est marquée par la passivité, par le refus de proposer des scènes. Dans ce contexte, le meneur de jeu arrive à éprouver un vécu inquiétant, qui le place de façon imaginaire dans une posture défavorable d’agresseur. Ce vécu fait effraction dans sa psyché et n’a pas de rapports avec ses expériences de vie – en conséquence, il semble lié à la problématique de la patiente. Préférant le registre non verbal, cette dernière est censée avoir recours à l’identification projective pour signaler une posture masculine inconsciente qui mélange sexualité et violence, et qui permet de comprendre le contenu du contre-transfert du meneur de jeu du psychodrame.

Mots-clés

  • contre-transfert
  • effraction
  • identification projective
  • psychodrama
  • puberté

English

Break-in of Countertransference in a Teenager’s PsychodramaThe issue of break-in at adolescence is approached through the phenomenon of Countertransference. It is observed in the individual analytical psychodrama of a teenage girl, who is in failure at school. Since her parents’ divorce, her relationship with her father is no more working. Her participation in psychotherapy is marked by passivity and the refusal to propose scenes. In this context, the main psychotherapist comes to experience a disturbing feeling, which places him at an imaginary level in the disadvantageous position of an aggressor. This experience has broken into his psyche and it was not linked to personal experiences – therefore, it appears to be related to the patient’s problems. Preferring the non-verbal communication, the patient seems to bring into play projective identification as a means to signify a masculine posture that mixes sexuality and violence, and that allows to understand the main psychotherapist’s Countertransference.

Keywords

  • break-in
  • Countertransference
  • projective identification
  • psychodrama
  • puberty

Plan de l'article

  1. Étude de cas
  2. Le psychodrame de Léonore
  3. Analyse clinique
  4. L’effet du psychodrame
  5. Effraction et contre-transfert
  6. Identification projective et problématique adolescente
  7. Effraction, contenant et cadre
  8. Pour conclure

Pour citer cet article

Clit Radu, « L'effraction du contre-transfert dans le psychodrame d'une adolescente », Cahiers de psychologie clinique 2/ 2009 (n° 33), p. 69-84
URL : www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2009-2-page-69.htm.
DOI : 10.3917/cpc.033.0069

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