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AuteurRoland Pfefferkorn du même auteur
Sociologueumr Cultures et sociétés en Europe
Université Marc Bloch, Strasbourg
L’article qui suit, paru dans les Cahiers du Gedisst (n˚ 14, 1995), et que nous republions aujourd’hui, avait été présenté dans le cadre du séminaire du Gedisst[1][1] Groupe d’études sur la division sociale et sexuelle du...
suite « Division du travail, rapports sociaux de sexe et de pouvoir » qui s’était tenu au cours de l’année 1994-1995. Il précédait d’une année environ la publication des recherches de l’auteure consacrées à la mixité à l’école primaire (Zaidman 1996). Claude Zaidman nous a quitté fin décembre 2005. Elle a contribué au développement des recherches féministes au sein de l’université française. Successivement assistante, maîtresse de conférence, puis professeure de sociologie, elle était responsable du cedref (Centre d’enseignement, de documentation et de recherche pour les études féministes) à l’université Paris 7 et avait contribué à la mise en réseau des études de genre en France grâce au ring (Réseau interuniversitaire et interdisciplinaire national sur le genre). Ses recherches les plus marquantes ont porté sur la mixité à l’école. Le texte qu’on lira plus loin nous en présente la genèse, la problématique et les principaux résultats.
2 Au cours des dernières décennies du xxe siècle, la mixité scolaire semblait s’imposer en France comme allant de soi — elle est obligatoire depuis 1975 — et participer à la réussite scolaire des filles qui accompagne désormais l’expansion de l’enseignement secondaire. Dans ses travaux, Claude Zaidman, à la suite de Nicole Mosconi (1989), va interroger la mixité à l’école d’un point de vue féministe. L’influence d’auteurs nord-américains (comme Barrie Thorne, par exemple, ou Claudine Baudoux avec qui elle a collaboré et publié – 1992) a contribué à l’intérêt qu’elle porte au fonctionnement de l’institution scolaire. Son engagement féministe lui permet de poser des questions inédites à la sociologie de l’école et de rendre visibles des rapports jusqu’alors restés dans l’ombre. À partir de la problématique des rapports sociaux de sexe appliquée au champ scolaire, elle s’intéresse plus précisément aux modalités de gestion de la différence des sexes dans une institution mixte, l’école primaire. Son objectif est d’étudier le rôle de l’école « dans la construction des identités de genre ». Elle démontre grâce à ses enquêtes combien les enseignant(e)s des écoles primaires peuvent renforcer les stéréotypes sociaux de sexe en s’appuyant sur les comportements sexués différenciés des filles et des garçons pour assurer le bon déroulement de leurs activités scolaires. Elle met en évidence le poids des stéréotypes sociaux de sexe dans les groupes mixtes tant dans l’espace de la classe que dans la cour de récréation. Par exemple, en classe les institutrices et les instituteurs ont tendance à privilégier les garçons dans les interactions avec les élèves et contribuent ainsi à reproduire des comportements sociaux sexistes. Parmi les bons élèves, les garçons prennent plus souvent la parole, et parmi les élèves moins bons scolairement, les garçons se font malgré tout remarquer d’une manière ou d’une autre : en somme, l’espace sonore de la classe est davantage occupé par les garçons. Finalement, plutôt que de conduire vers l’égalité, l’école, dans son fonctionnement, contribue souvent au renforcement des comportements de genre.
3 Ces observations prennent tout leur sens quand on effectue une comparaison avec les pays anglo-saxons ou avec l’Allemagne où coexistent un système d’éducation mixte et un système non mixte. Dans les écoles non mixtes de ces pays, il s’avère que les filles ont de meilleurs résultats scolaires, en particulier dans les disciplines scientifiques, et qu’elles font preuve d’une plus grande confiance en elles. L’enquête de Claude Zaidman permet de mettre en évidence le fait que la mixité ne conduit pas obligatoirement et mécaniquement à des rapports plus équilibrés entre les sexes, encore moins à l’égalité entre garçons et filles au sein du système de formation. Les stéréotypes sociaux perdurent en effet très largement, tant dans les interactions ordinaires que dans l’orientation ou les trajectoires scolaires. Bien que formés ensemble dans les mêmes institutions scolaires mixtes depuis quelques décennies et bien que les résultats scolaires des filles soient supérieurs à ceux des garçons, les deux sexes ne s’orientent pas de la même façon et ne réalisent pas les mêmes parcours scolaires, et par la suite hommes et femmes ne font ni les mêmes métiers ni des carrières professionnelles analogues.
Pour autant, si la sociologue féministe interroge la mixité et en souligne toutes les limites, la perspective qu’elle développe n’a rien à voir avec les remises en cause de la mixité des établissements scolaires ou des loisirs périscolaires qui ont marqué l’entrée dans le siècle nouveau. Durant quelques mois, une véritable campagne de presse s’était en effet développée en faveur d’une nouvelle séparation des garçons et des filles à l’école. Un membre du gouvernement avait même annoncé, en 2003, la prochaine expérimentation de classes non mixtes dans deux académies et les partisans les plus radicaux de cette mesure, sous prétexte de « sauver les garçons », allaient jusqu’à préconiser la création de filières et de classes dans lesquelles filles et garçons seraient séparés. Claude Zaidman s’opposait fermement à une éventuelle reségrégation du système éducatif. Au contraire, tout en soulignant ses limites actuelles, elle mettait l’accent sur les potentialités de la mixité et affirmait sans la moindre ambiguïté :
Bibliographie
Références
Baudoux Claudine, Zaidman Claude (1992). Égalité entre les sexes. Mixité et démocratie. Paris, L’Harmattan « Logiques sociales ».
Mosconi Nicole (1989). La mixité dans l’enseignement secondaire : un faux-semblant ? Paris, puf « Pédagogie d’aujourd’hui ».
Zaidman Claude (1996). La mixité à l’école primaire. Paris, L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme ».
Notes
[1] Groupe d’études sur la division sociale et sexuelle du travail.
POUR CITER CET ARTICLE
Roland Pfefferkorn « Document », Cahiers du Genre 1/2007 (n° 42), p. 201-204.
URL : www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2007-1-page-201.htm.
DOI : 10.3917/cdge.042.0201.




