Cahiers du monde russe
Editions de l’E.H.E.S.S.

I.S.B.N.2713213983
524 pages

p. 263 à 278
doi: en cours

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Surveillance, information et réseaux d'indicateurs

Vol 22 2001/2-3-4

Les organes du contrôle d’État et les journaux dans l’URSS de Stalin : des auxiliaires de la police politique ?

François-Xavier NÉRARD
Dès 1928, le pouvoir stalinien banalise la pratique de la dénonciation : il la rend visible, quotidienne, « normale ». Cet article veut montrer comment les « signaux » deviennent un phénomène de masse en URSS. Les différentes campagnes menées, le discours tenu tendent à estomper les frontières morales : il n’y a plus de honte à dénoncer. Le système de recueil des dénonciations reflète également cette politique : le pôle secret (la police politique) est doublé d’un pôle public vaste et amplement « médiatisé ». Il s’agit de permettre à ceux que la dénonciation aux « organes » rebute de sauter quand même le pas. Pour autant, ce deuxième pôle n’est pas un simple supplétif de la police politique. Certes, certaines lettres sont systématiquement transmises à la GPU ou au NKVD (les lettres anonymes et celles qui mettent en cause les collaborateurs de ces organismes). D’autres le sont de façon beaucoup plus aléatoire sans qu’il soit possible de dégager de véritable logique. Parfois la police politique participe aux enquêtes du parti ou de l’Inspection ouvrière et paysanne : elle fournit le plus souvent des renseignements précieux sur l’origine sociale des individus. Elle intervient également en fin d’enquête comme organe de répression. Si la collaboration est réelle, les deux pôles travaillent cependant plus en parallèle qu’en synergie. Il ne s’agit donc pas d’un système uniquement tourné vers la répression politique. Did Soviet newspapers and state control organs under Stalin act as sub-offices of the political police ?
Starting in 1928, Stalin’s regime turned denunciation into ordinary -- visible, daily, “normal” -- practice. This article aims at showing how “signals” (signaly) became a mass phenomenon in the Soviet Union. All sorts of campaigns and public discourse tended to blur the boundary between morality and immorality so that considering denunciation as shameful became a thing of the past. The bipolar nature of the denunciation collecting system represents one more aspect of this policy : at one end was the political police and secrecy, and at the other, a vast, public arena offering numerous channels for denunciation. The latter allowed those reluctant to address denunciations to the “organs” to take the plunge anyway, but it did not serve as a surrogate for the political police. Of course, it forwarded some letters, such as anonymous ones and those involving collaborators of the political police, to the GPU or the NKVD. Others it forwarded in a much more haphazard fashion, without any apparent logic. Sometimes the political police took part in the party’s or in the Worker and Peasant Inspection’s inquiries and provided precious information on private individuals’ social origins. It also intervened at the end of inquiries as an organ of repression. Even though there was real collaboration between these two ends, both operated more along parallel lines than in synergy. One can therefore conclude that the system under consideration was not oriented merely toward political repression.
• I. Le système de recueil de la dénonciation
— 1. Promouvoir la dénonciation
— 2. Favoriser la pratique de la dénonciation
— 3. La participation de la population
• II. La gestion des dénonciations
— 1. Le domaine réservé de la police politique
— 2. La participation de la police politique aux enquêtes des capteurs publics
— 3. La répression


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