Cahiers du monde russe
Editions de l’E.H.E.S.S.

I.S.B.N.2713217814
322 pages

p. 411 à 422
doi: en cours

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Vol 43 2002/2-3

« Scientifique » OU « intellectuel » ? Louis Réau et la création de l’Institut français de Saint-Pétersbourg.

OLGA MEDVEDKOVA
La création, en 1911, de l’Institut français de Saint-Pétersbourg suscite une réaction négative de la part de la Sorbonne. Un dossier inédit conservé aux Archives nationales permet de mieux comprendre les raisons de ce rejet. L’Université n’accepte pas que l’Institut devienne un centre de l’enseignement du français en Russie. Cette question cache en réalité un problème plus important : faut-il considérer l’Institut comme une école des hautes études pour les slavistes français ou comme un instrument de l’expansion de « l’intellectualité française », selon l’expression de l’un des créateurs de l’Institut, Paul Doumer ? Pour Doumer ainsi que pour les deux directeurs de l’Institut français, Louis Réau et Jules Patouillet, l’enseignement du français n’est en effet qu’un moyen de propager en Russie, traditionnellement « francophone », la culture française et de s’opposer à « l’expansion » grandissante de la culture allemande. L’œuvre de l’historien de l’art Louis Réau sert de fondement à ce projet. Dans ses nombreuses publications, Réau présente la Russie du xviiie siècle comme « une province de la culture française », en faisant totalement oublier aussi bien l’apport dans l’art russe occidentalisé des autres cultures européennes (italienne, anglaise, allemande), que les choix opérés par les commanditaires et les artistes russes entre les différents modèles que leur fournit l’Europe cosmopolite. “Scientific” or “intellectual ?” Louis Réau and the creation of the French Institute of St. Petersburg.
The creation in 1911 of the French Institute of St. Petersburg brought about a negative reaction from the Sorbonne. A hitherto unknown file at the French National Archives allows us to understand the reasons for this rejection better. The University did not wish that the Institute become a center for the teaching of French in Russia. This in fact hides a more important question : was the Institute to be considered as a higher learning institution for French slavicists or as an instrument for the expansion of “French intellectuality,” to use the expression of Paul Doumer, one of the creators of the Institute ? For Doumer and the two directors of the French Institute, Louis Réau and Jules Patouillet, the teaching of French was only a means to propagate French culture in a traditionally French-speaking country and to block the ever-increasing “expansion” of German culture. Art historian Louis Réau’s work is at the basis of the project. In his numerous publications he presents eighteenth-century Russia as a “province of French culture” and totally cuts off from view the contribution that other European (Italian, British, German) cultures made to Westernized Russian art and the choices that Russian art patrons and artists made among the various models offered them by cosmopolitan Europe.


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