2003
Cahiers internationaux de sociologie
L’insécurité et son traitement politique en Belgique
Christine Schaut
Facultés universitaires Saint-Louis
Centre d’études sociologiques
43, boulevard du Jardin botanique
1000 Bruxelles
En Belgique, comme dans d’autres pays, l’insécurité s’impose dans les débats publics depuis le début des années 1990. Mais que recouvre cette notion ? Que nous dit-elle des risques sociaux et physiques vécus par les habitants des quartiers populaires ? Comment est-elle construite politiquement ? L’analyse de la mise en œuvre concrète des nouveaux dispositifs sociopénaux nous permet d’étudier comment, en se centrant sur la petite délinquance urbaine, ils réduisent la complexité de la question de l’insécurité, participent d’une approche gestionnaire des risques et produisent des effets sociaux ambigus. L’instauration de ces nouveaux dispositifs et leur approche des risques liés à l’insécurité révèle l’importation, dans l’action publique, de principes de management jusqu’alors propres à l’entreprise.
Mots-clés :
Insécurité, Quartiers populaires, Nouvelles politiques sociopénales, Approche gestionnaire des risques.
Insecurity has become a key item of public debate in Belgium, as well as in other countries, since the early 1990s. But what does this notion embrace ? What does it tell us about the social and physical risks run by the residents of working-class neighbourhoods ? How is it construed and dealt with politically ? Analysis of the actual implementation of new social and criminal policies enables us to study how these measures, in focusing on petty urban offences, reduce the complexity of the issue of public safety, participate in a managerial approach to these risks, and produce ambiguous social effects. The institution of these new measures and their way of approaching risks related to the feeling of insecurity reveals the importance of the use of management principles in government action that were until now specific to corporate activity.
Keywords :
Insecurity, Working-class neighbourhoods, New social and criminal policies, Managerial approach to risk.
En Belgique, le thème de l’insécurité est devenu, au début des années 1990, un enjeu politique, médiatique et scientifique majeur autour de deux événements, d’une part, les « émeutes » de Forest de mai 1991 – qui opposèrent les forces de l’ordre à des jeunes des quartiers populaires, pour la plupart issus de l’immigration – et, d’autre part, les élections législatives de novembre 1991, qui marquèrent l’émergence significative de l’extrême droite. Pour de nombreux membres et commentateurs de la classe politique, le second événement découle directement du premier : le vote pour l’extrême droite dans les quartiers populaires naîtrait de l’insécurité causée par la petite délinquance urbaine. Éradiquer l’extrémisme de droite implique donc de lutter contre cette forme d’insécurité. Cette construction de l’insécurité en fait une question urbaine, territorialisée dans les quartiers populaires et produite par des catégories de populations bien définies : les jeunes issus de l’immigration, vivant dans les quartiers populaires et les victimes d’agressions. Cependant, le thème de l’insécurité s’inscrit dans un contexte plus ancien de profonde remise en question de la justice et de la police, suite aux tueries du Brabant wallon et, plus tard, à l’Affaire Dutroux
[1], qui conduit les différents niveaux de pouvoir, soucieux d’être relégitimés et de voir se restaurer la confiance du citoyen dans l’État, à initier de nombreuses réformes dans les domaines de la justice et de la police, et à lutter contre l’insécurité. De nombreux dispositifs sociopénaux voient alors le jour
[2].
Ce traitement politique de l’insécurité, participant d’une approche gestionnaire et réductrice du risque, semble produire une réponse peu satisfaisante et ambiguë aux risques physiques et sociaux vécus par les habitants des quartiers populaires
[3]. Pour appuyer ce propos, il s’agira à la fois de rendre compte des différentes dimensions de l’insécurité, d’étudier comment, concrètement, le système politique construit la question de l’insécurité et enfin, d’analyser les effets concrets de cette construction sur les réalités locales. Si le traitement politique de l’insécurité est intéressant à étudier, c’est d’abord parce qu’il rend compte d’une conception particulière du risque dans nos sociétés et ensuite parce que, en devenant une dimension centrale de l’action publique, il en révèle les transformations progressives, présentes dans d’autres sphères de la vie sociale.
DIVERSITÉ DES DIMENSIONS ET DES USAGES DE L’INSÉCURITÉ
Aujourd’hui, le monde scientifique et la plupart des responsables institutionnels s’accordent à reconnaître la complexité de la notion d’insécurité. Pourtant sa multidimensionnalité, évoquée par des habitants des quartiers populaires et analysée ci-dessous, est niée dans la mise en
œuvre des dispositifs sociopénaux
[4].
La première dimension de l’insécurité, celle qui se dit le plus facilement en public, qui s’impose dès que l’on pose une question à propos du quartier et de la vie quotidienne, est liée aux risques d’agressions et d’incivilités causées par des jeunes issus de l’immigration. Cette dimension de l’insécurité pose clairement, dans la tête des gens, les frontières de la menace : d’un côté, il y a les menaçants qui sont ces jeunes ; de l’autre, les menacés, les victimes qui sont le plus souvent des personnes âgées d’origine belge. Cependant les recherches empiriques montrent la complexité de cette dimension de l’insécurité. Elle n’est pas liée à l’expérience sociale directe ou indirecte d’une agression ou d’une incivilité. Il n’est ni nécessaire ni suffisant d’avoir été victime pour évoquer en son nom propre cette insécurité-là
[5]. Par ailleurs, la frontière entre menaçants et menacés est poreuse : certains menacés peuvent devenir menaçants et incivils vis-à-vis de jeunes eux-mêmes et d’autres personnes. Mais ces menaces-là ne sont pas évoquées dans les débats publics consacrés à l’insécurité.
Avec le temps et les paroles qui passent, la question se complexifie et laisse apparaître une deuxième dimension de l’insécurité, davantage liée à un sentiment d’imprévisibilité qui naît de la difficulté des habitants, y compris les jeunes reconnus comme menaçants, de prévoir le résultat de rencontres avec d’autres. L’imprévisibilité est le contraire de la routine chez E. Goffman qui en fait la « météo du lien social »
[6]. Lorsque la certitude de la routine est cassée, l’individu vit une « dissolution des réponses socialement acceptées et associées à la sécurité du contrôle du corps ainsi qu’à un cadre familier et prévisible de vie sociale »
[7]. Comme le disait une dame : « Ici tu dois faire attention à tout, tu ne sais pas reconnaître les bons des mauvais. » L’imprévisibilité de l’interaction oblige donc à faire continuellement un travail de définition de l’autre rencontré. C’est un travail épuisant et qui se conclut souvent par l’évitement et par le refus du pari de l’interaction. Les individus préfèrent mettre tout le monde dans le même sac, être agressifs par crainte d’être agressés, se retirer des espaces publics ou les occuper entièrement pour se retrouver entre soi et pour ne pas avoir
à affronter des regards des « autres » que l’on imagine déjà méprisants
[8]. Paradoxalement l’insécurité est entretenue et amplifiée par l’absence de situations de coprésence, créant une spirale inflationniste dans laquelle moins on rencontre moins on ose rencontrer et plus on développe une angoisse de l’autre. Cependant cette forme d’imprévisibilité a besoin d’un terreau favorable ; le risque lié aux interactions est d’autant moins acceptable qu’il fait écho au manque de maîtrise des trajectoires de vie et de l’histoire du groupe d’appartenance. Les observations et des entretiens montrent à quel point, chez certaines personnes, l’insécurité est inversement proportionnelle au bonheur personnel, à la qualité et à la quantité de liens sociaux.
Cette impression de non-maîtrise, renforcée par un enracinement captif à l’intérieur du quartier alors que dans le même temps, le jugement social porte de plus en plus sur la capacité à être mobile, trouve confirmation dans la cohabitation avec des « autres », ces « étrangers » dont on craint plus que tout la comparaison : « Qu’ils soient là c’est rien mais qu’ils soient considérés comme nous... » Or la comparaison sociale paraît inévitable. L’insécurité est donc aussi un sentiment d’inégalité vécu par ceux que l’on appelle les « petits Belges » connaissant la rupture de leurs réseaux familiaux et communautaires et la délégitimation de liens clientélistes qu’ils entretenaient avec des politiques locaux, lesquels, jusqu’alors, les favorisaient et leur donnaient l’heureuse impression d’être les « fils préférés ». Quand, dans un contexte d’individualisation, l’identité n’est plus un donné octroyé par le statut qu’on occupe dans un univers communautaire
[9] désormais défait, le travail de construction identitaire devient un dur et risqué labeur pour des individus et groupes sociaux confrontés à la précarité sociale et affective, surtout quand d’autres paraissent mieux s’en sortir parce qu’ils ont sauvegardé des appuis communautaires
[10]. La jalousie sociale crée de l’insécurité.
Il importe dès lors de reprendre l’initiative. Le discours sécuritaire, directement lié aux agressions et aux incivilités et surlégitimé dans les médias y contribue. Il permet aux personnes qui le produisent de retrouver une place dans l’espace social local et de reprendre langue avec le politique, à la recherche de nouvelles formes de lien avec les citoyens. Il apporte des avantages secondaires parfois appréciables en termes de statut social et de reconnaissance symbolique : on devient le protecteur des « petites vieilles », leur référent, le pétitionnaire qui a rencontré le maire, celui que connaît le commissaire... En outre, par la légitimité qu’il distribue, le discours sécuritaire autorise la recréation de frontières, entre le « nous » et le « eux » et permet de (re)mettre de l’ordre dans un monde perçu comme chaotique en nommant un ennemi de l’intérieur qui, en plus, présente l’avantage de donner au menacé une existence sociale
[11].
Toutes ces dimensions du sentiment d’insécurité peuvent se retrouver chez un même individu, mais elles ne s’évoquent pas dans les mêmes conditions. Ainsi la dimension de l’insécurité liée aux agressions des jeunes constitue un discours collectif qui se dit dans l’espace public sur un ton fier et presque revendicatif ; d’autres dimensions, liées au sentiment de déclassement et à la précarité d’existence se disent de manière individuelle, quasi incommunicable, presque honteuse. Sans doute parce qu’on ne parle plus des autres mais de soi et de sa souffrance.
L’expression de ces différentes dimensions de l’insécurité varie aussi selon l’interlocuteur et le contexte d’énonciation. Lors d’un entretien collectif, des femmes habitant une cité de logements sociaux et interrogées sur l’existence ou non, dans le quartier, d’une insécurité liée à des agressions et à des incivilités, affirmaient ne pas y être confrontées. Elles insistaient à la fois sur la bonne ambiance régnant entre les habitants du quartier, sur leur sentiment d’abandon et sur les dénis de reconnaissance que les administrations leur faisaient subir au quotidien. Mais, lors d’une réunion provoquée par le bailleur social et consacrée à l’insécurité, ces mêmes femmes tenaient un discours totalement différent. L’insécurité causée par les jeunes était permanente. Que peut-on retirer de ce changement de ton et de contenu ? Si le discours varie d’interlocuteur à interlocuteur, c’est parce que les enjeux liés à l’interaction varient aussi. H. Garfinkel insiste sur la localisation des discours et donc sur leur inscription dans des contextes sociaux spécifiques permettant aux acteurs de s’y retrouver et d’agir le plus adéquatement possible en fonction de la définition qu’ils se font de la situation
[12]. Dans le cas présent, devant la sociologue venant de l’extérieur et risquant de véhiculer une image négative d’un quartier, déjà surnommé Chicago, il s’agissait de faire belle figure. On peut aussi penser que, l’enquête étant perçue comme une situation sans enjeux, ces femmes disaient plus facilement ce qu’elles pensaient. Devant les responsables des logements sociaux et des représentants de la commune, l’enjeu était autrement important et le discours plus stratégique. Il s’agissait alors pour elles, en évoquant abondamment l’insécurité causée par les jeunes, de demander protection et reconnaissance aux responsables politiques.
Les différentes dimensions de l’insécurité peuvent aussi être en relation d’autonomie relative et ne pas être toutes ressenties par un même individu. Autrement dit il n’est pas nécessaire de subir une forte précarité d’existence ou des risques physiques pour faire du discours sécuritaire un thème de prédilection. Inversement, des personnes qui sont dans des situations sociales particulièrement lourdes, qui affrontent au quotidien une insécurité ontologique
[13], ne se présentent pas nécessairement dans l’espace public porteuses d’un discours sur l’insécurité ; ces personnes peuvent d’ailleurs en être totalement absentes parce que totalement exclues. Tout le monde n’a pas accès au discours public sur l’insécurité et tout le monde n’est pas entendu. Le discours sécuritaire fait donc office de ressource inégalement répartie dans la population, y compris parmi la plus précaire. Sous cet angle, le risque est aussi une ressource politique donnant à certains un surplus de pouvoir
[14].
L’analyse montre la nécessité de prendre au sérieux toutes les dimensions de l’insécurité, sans mettre l’une ou l’autre sur le compte de l’imaginaire social et donc sans nier l’existence de violences et d’incivilités dans l’espace public. Elle insiste aussi sur l’importance de comprendre leur logique d’articulation et d’énonciation très complexe et met en exergue le caractère relationnel de la construction sociale de l’insécurité. De nombreux acteurs y participent, peuvent trouver un intérêt à l’existence et à la médiatisation d’une des dimensions de l’insécurité au détriment d’autres. La traduction qu’opère le politique de la question de l’insécurité lorsqu’il élabore de nouvelles politiques publiques en dénoue-t-elle les ambiguïtés et fait-elle le pari de cette complexité ?
UNE APPROCHE GESTIONNAIRE ET RÉDUCTRICE DES RISQUES LIÉS À L’INSÉCURITÉ
Si les initiateurs des nouveaux dispositifs de lutte contre l’insécurité insistent sur la nécessité de l’appréhender aussi comme un révélateur de la précarité sociale, cette analyse reste toute théorique et est peu suivie d’effets. En effet, la mise en œuvre de ces dispositifs se limite à la prévention et à la répression de la petite délinquance juvénile productrice de l’insécurité urbaine.
Pour prévenir et gérer les risques générés par la présence en rue de jeunes menaçants, les nouveaux dispositifs axent leur action sur l’encadrement et l’intégration des « groupes cibles » que sont « les jeunes dans l’espace public, les décrochés scolaires, les toxicomanes » ainsi que les « populations socialement vulnérables (telles les personnes âgées) »
[15]. Cet encadrement se fait par des actions de prévention et par la mise sur pied de nouvelles interfaces dans les relations interpersonnelles au sein des quartiers, des écoles de ces quartiers et des antennes locales des administrations. Ces interfaces peuvent être sociales comme c’est le cas du travail de rue, du
fan-coaching, de la médiation scolaire et de voisinage, des nouveaux métiers de surveillance tels les assistants de prévention et de sécurité (des chômeurs mis au travail, chargés de prévenir des situations conflictuelles ou des actes délictueux par leur présence dans des lieux « à risques »)
[16]. Ces interfaces peuvent aussi être techniques telles les caméras dans les espaces publics.
Ces nouvelles missions participent de l’émergence et de l’extension d’une nouvelle forme de prévention, appelée « prévention situationnelle » qui vise à atténuer la fréquence de situations que l’on juge comme génératrices de risques et d’insécurité en diminuant les probabilités de commission d’infractions ou d’incivilités et à augmenter les possibilités d’arrestation des auteurs par diverses modalités de transformation ou de surveillance de l’environnement
[17]. Plus concrètement la prévention situationnelle tente de réduire les risques de production d’insécurité en diminuant, par l’invisibilisation des menaçants et par la création d’interfaces, les situations de face-à-face entre ceux-ci et des « menacés » potentiels ainsi que les occasions de passage à l’acte. Par rapport à d’autres types de prévention plus offensives, cette forme de prévention est moins ambitieuse et plus pragmatique, moins réformatrice et plus conservatrice. Elle n’a pas de prétention universalisante ; elle est socialement ciblée et territorialisée. Son avantage est de paraître mesurable et évaluable (et donc rassurante) : le recours aux statistiques visant à montrer l’efficacité des interventions est d’ailleurs privilégié. Quant aux évaluations des actions, elles doivent impérativement être quantifiées. Le principe de la contractualisation, liant les municipalités, les pouvoirs régionaux et fédéraux et soumettant l’octroi de budgets aux premières à une évaluation bisannuelle, dévoile cette obsession de l’évaluation chiffrée comme garante d’efficacité. La prévention situationnelle, qui s’accompagne d’une forte médiatisation des actions, répond au souci d’immédiateté et de visibilité partagé par les initiateurs des dispositifs voulant montrer à l’opinion publique que la lutte contre l’insécurité est devenue une, voire
la, priorité politique
[18].
Une approche gestionnaire des risques se met ainsi en place qui vise avant tout à les circonscrire et à en atténuer la survenance. Il s’agit moins de punir et de réhabiliter, dans une vision pénale, ou de travailler sur les causes profondes de la production des risques, dans une vision sociale, que de surveiller, contrôler, canaliser et coloniser des groupes et des lieux en fonction des risques sociaux élevés qui leur sont attribués
[19]. La logique de surveillance en vue du maintien de l’ordre s’impose à la logique de transformation des situations et des conditions d’existence
[20]. Deux principes d’action concrétisent cette approche gestionnaire des risques.
La territorialisation des risques
Le quartier est l’espace d’intervention privilégié des nouveaux dispositifs. Ce processus de relocalisation par le bas des modes d’action publique touche aussi bien les politiques de lutte contre l’exclusion sociale, les politiques d’éducation que les politiques judiciaires
[21]. Puisque ce sont dans ces quartiers que se posent les problèmes liés à l’insécurité, c’est là que les solutions peuvent être trouvées et de nouveaux dispositifs mis en place. On confond ainsi, nous dit P. Genestier, la visibilité des phénomènes et leur origine
[22].
Dans le cadre de ces nouveaux dispositifs, le quartier est un espace local désigné en fonction de critères déterminés : le taux de chômage, le taux de criminalité et son caractère urbain. Il est un espace local standardisé : le pouvoir fédéral et régional impose aux communes des services et des actions. Le quartier n’est pas perçu comme un lieu d’innovation à soutenir encore moins de résistance mais bien un terrain « d’imprégnation » de politiques décidées ailleurs. Il est enfin un espace local « physicalisé », marqué par des frontières à l’intérieur desquelles agissent et bien souvent se concurrencent des policiers et des intervenants sociaux également chargés d’empêcher les débordements et leur extension à d’autres lieux. La préférence ainsi donnée à cet espace circonscrit offre une assise spatiale contrôlable à partir de laquelle la prévention situationnelle et les agents chargés de sa mise en œuvre peuvent aisément se déployer.
La personnalisation des risques
Dans les nouveaux dispositifs, les risques ont un visage. Ils visent des groupes cibles, producteurs de risques ou victimes. Comment les risques censés être produits par les uns et vécus par les autres sont-ils gérés concrètement ? En vue de leur surveillance et de leur invisibilisation, les menaçants sont encadrés par des policiers chargés de recenser les bandes, d’en « ponctionner » les leaders et, par des travailleurs sociaux à qui il est demandé d’éviter les émeutes, d’assurer la paix dans les quartiers et de faire en sorte, en les conviant à rentrer chez eux ou en les invitant dans la maison de quartier, que les jeunes ne se trouvent plus dans la rue. Quant aux mesures et actions prises en faveur des menacés, elles consistent à prévenir les risques d’agressions en sensibilisant les victimes potentielles à la techno-prévention et en les mettant en garde contre les moments et les lieux risqués. Des cours de taï-chi sont également donnés. Ils visent moins à apprendre à se défendre qu’à adopter la bonne posture. On part en effet de l’idée qu’il existe des comportements et des attitudes corporelles susceptibles d’attirer l’agresseur potentiel. Ce travail sur le corps qui, implicitement, rend la victime responsable de ce qui lui arrive, se marque aussi dans le traitement des menaçants puisqu’il s’agit de les faire disparaître de l’espace public et de les occuper par des activités, sportives pour la plupart. La territorialisation du dispositif et sa proximité avec ses bénéficiaires rendent possibles le rapprochement, le contrôle, la convocation des corps et la mise en ordre des comportements
[23].
Le traitement politique de l’insécurité, par son « rabattement » sur des lieux et sur des figures spécifiques et identifiables, offre donc une approche parcellaire de l’insécurité et des risques qui la génèrent. Il recompose, surlégitime et dramatise certaines dimensions de l’insécurité déjà évoquées et renonce à agir sur d’autres. Bien sûr il ne construit pas cette approche de toutes pièces. On l’a vu, l’insécurité, liée aux risques d’agressions et d’incivilités, est présente dans la population précarisée. Par ailleurs, il ne la construit pas seul mais en interdépendance avec un mode particulier de rapport social à l’autre basé sur la peur de l’interaction et sur la volonté de recréer des différences, avec des groupes sociaux et politiques qui trouvent un intérêt à la surenchère sécuritaire et avec un discours sur l’insécurité, relayé et amplifié dans les médias, suffisamment performatif pour contribuer à produire ce qu’il énonce
[24]. Ce processus de coproduction ne doit cependant pas occulter les rapports de force existant entre les différents acteurs qui sont concernés de près ou de loin par la question de l’insécurité et la distribution inégale du pouvoir de nomination et d’institutionnalisation des réalités sociales. Certains, dont les instances politiques, sont en capacité d’imposer leur lecture de l’insécurité. Ce sont les effets de sa mise en
œuvre concrète qui vont être abordés maintenant.
Effets de territoire
« Nous sommes tous les otages du quartier » (Une animatrice de quartier).
Aux yeux des jeunes, le quartier apparaît certes comme un rempart, un endroit où ils se sentent en confiance, un refuge par rapport à un ailleurs non maîtrisé, mais aussi comme un « faiseur d’embrouilles » auquel ils ne peuvent échapper, un « aimant », disent-ils, un empêcheur de vaincre les peurs, d’aller au-delà du désir de sortir seul du quartier, de s’en sortir seul
[25]. L’ambivalence de ce rapport à l’espace est nié par le principe de territorialisation des dispositifs qui redouble la spatialisation des expériences sociales des jeunes et contribue à leur enfermement spatial dans leur quartier et au développement d’une logique de l’entre soi. Ainsi, bien souvent, le travail des animateurs consiste non pas à faire découvrir d’autres lieux et d’autres équipements en dehors du quartier mais à dupliquer, dans le quartier, des activités existant ailleurs. Alors qu’ils ne peuvent offrir la possibilité aux jeunes d’avoir accès aux infrastructures existantes, les animateurs sont amenés à devenir des « chefs de bande »
[26]. En immobilisant encore plus les immobiles, les nouveaux dispositifs participent au renforcement des inégalités sociales dans un contexte de mondialisation qui, de son côté, valorise la capacité à être toujours potentiellement mobile
[27].
Effets identitaires
« Si tu me mets dehors, je vais aller voler » (Un jeune participant aux activités d’une maison de jeunes).
Au nom du principe de généralisation selon lequel « si l’un commet des infractions ou des incivilités tous peuvent le faire », l’encadrement et l’invisibilisation de groupes de jeunes contribuent à ce qu’ils endossent l’identité de menaçants dévoilant par là le pouvoir performatif du label
[28]. Le recours par les jeunes à cette identité de menaçant révèle à la fois leur tentative de résister aux rapports de force dominants en retournant leur propre insécurité contre des tiers
[29] et leur capacité à instrumentaliser une identité qui, si elle est connotée négativement, leur permet, au titre de jeunes délinquants potentiels, d’avoir accès à certaines ressources telles les animations sportives, les excursions au parc d’attraction... Le processus d’autolabellisation donnant consistance aux stéréotypes a le mérite de donner à ces jeunes une identité sociale, soit-elle négative. Elle vaut peut-être mieux que d’être en flottaison sociale mais elle est aussi enfermante car elle renforce la stigmatisation dont ils sont l’objet.
Quant à la figure du menacé, elle se construit et se renforce par des mécanismes semblables. Dans un espace public privilégiant, après des années de déni, la figure de la victime ; la plainte, qui est la forme discursive qu’emprunte souvent le discours sécuritaire, permet de reprendre langue avec les voisins et avec le politique et redonne un statut social fort. « Se plaindre c’est aussi retrouver une forme d’honorabilité, de légitimité : on vient pour le bruit, mais très vite, on vient dire que la voisine n’élève pas bien ses enfants... Certains conflits risquent de durer parce qu’ils font exister » dit une médiatrice. La demande sécuritaire et la plainte qui lui donne forme risquent de se répéter à l’infini, d’autant que l’on y tient pour le statut et la protection qu’il octroie et qui redonnent place dans le monde social.
En surlégitimant les deux figures, celle de menaçant et celle de menacé, la probabilité est grande de voir ainsi s’appauvrir et se figer les identités sociales des individus concernés. À l’idée d’une multiplicité d’identités toutes incomplètes et toutes insuffisantes à rendre compte du vécu social des individus, se substituerait celle d’une seule identité, construite autour de l’idée de la menace et susceptible de donner sens aux conduites.
Protections et dépendances
« Que faire pour que la vie soit meilleure ? Moi, je n’ai pas ce pouvoir... Qui a le pouvoir ? Les autorités communales. Il n’y a qu’elles qui ont le pouvoir pour faire ça. Nous autres, on n’a pas ce pouvoir. On peut en discuter mais pour le faire soi-même, ça ne va pas. On doit en parler aux gens compétents, aux autorités compétentes » (Une personne âgée participant à un groupe de paroles consacré à l’insécurité).
Les relais clientélistes traditionnels, très présents dans les cités de logements sociaux sont mis à mal par la nouvelle culture politique invoquée après les « affaires » mettant en cause la crédibilité du système politique belge durant les années 1990. Pendant ce temps pourtant, les demandes de protection vis-à-vis du politique, émanant surtout des plus précaires, surexposés à de nouvelles insécurités, s’accroissent. La défiance généralisée vis-à-vis du monde politique, qui revêt parfois des allures poujadistes, s’accompagne paradoxalement d’une multiplication d’attentes et de revendications à son égard, entre autres en termes de demandes de sécurité et de protection
[30]. Alors que le politique a de moins en moins la maîtrise des risques, l’opinion publique attend de lui qu’il les anticipe, qu’il les gère et qu’il rassure. De son côté, ce dernier a besoin lui aussi de réinstituer des liens. Les nouveaux dispositifs ancrés dans les quartiers populaires et le surenchérissement du discours sécuritaire constituent un outil pour y parvenir.
La mise en
œuvre de ces nouveaux dispositifs traduit également la place prépondérante prise par l’action institutionnelle pour assurer la sécurité des individus au détriment des interactions sociales concrètes : « L’individu se sent inquiet et vulnérable lorsqu’il se retrouve hors d’un contexte de protection institutionnelle. »
[31] La sécurité se fonde moins dans les interactions entre pairs qu’à travers la mise en place de dispositifs producteurs de nouvelles interfaces dans les relations interpersonnelles, déjà évoquées.
Cette demande de protection et la réponse institutionnelle qu’elle suscite contribuent à l’instauration, au c
œur de relations fortement chargées d’affectivité, de nouvelles formes de dépendances réciproques liant les travailleurs sociaux et les bénéficiaires d’autant plus fortes que la précarité professionnelle des premiers fait écho à la précarité sociale et socio-affective des seconds. Or, comme l’affirme D. Martuccelli, moins la sécurité dépend de systèmes impersonnels d’experts et plus elle s’appuie sur des relations personnalisées, difficilement reproductibles et donc forcément précaires, plus le sentiment d’insécurité, alimenté par cette conscience tragique de la précarité, augmente
[32]. Peut-on dès lors penser que ces nouveaux dispositifs réalimentent constamment l’insécurité contre laquelle ils entendent lutter ?
Le traitement politique de l’insécurité opère un travail de réduction et de décomplexification de ses différentes dimensions. Il s’agit avant tout de gérer et de prévenir la petite délinquance urbaine en anticipant, par la mise à l’écart de groupes cibles et par le contrôle de leurs comportements et des frontières des quartiers populaires, la survenance d’interactions conflictuelles et productrices d’insécurités et de risques. En niant, dans leur mise en œuvre concrète, la multidimensionnalité et l’ambivalence de l’insécurité, en n’en saisissant pas le processus de coproduction et le caractère relationnel, les nouveaux dispositifs se bornent à contenir des problèmes et à réduire leur probabilité de survenance à l’intérieur de lieux circonscrits. Si cette approche peut être qualifiée de gestionnaire, donne l’impression (fausse !) d’être neutre idéologiquement et révèle l’impuissance des pouvoirs publics à répondre à la question de l’insécurité, elle n’en produit pas moins des effets concrets dans la vie quotidienne des quartiers et des bénéficiaires de l’action publique, en particulier sur leurs identités sociales et sur leurs modes de relation à l’autre.
Le traitement politique de l’insécurité en Belgique illustre aussi la mise en
œuvre de nouvelles modalités de l’action publique, également repérables dans les politiques sociales, judiciaires et d’insertion : contractualisation, primat de la gestion, du contrôle de la situation sur la finalité des actions dans leur visée transformatrice, introduction de technologies, standardisation des actions de terrain, visibilité et efficacité de l’action, résultats à court terme et quantifiables, réponses immédiates et adaptations aux revendications des « clients » les plus précieux, les entrepreneurs de morale, comme les appellerait peut-être Becker, qui réussissent à se faire entendre dans l’espace public... Autant de modalités d’action qui révèlent, sinon l’importation des principes de management de l’entreprise dans l’administration de l’État
[33], du moins une plus grande perméabilité entre les deux systèmes.
Enfin, comment rendre compte des différentes dimensions de l’insécurité et des inégalités sociales qu’elle révèle et provoque dans le même temps ? Mais aussi comment tenter de parler et de remédier à l’insécurité sans l’amplifier ? Car le danger est bien là. On a montré en quoi la question de l’insécurité constitue certes une nouvelle modalité de lien des citoyens entre eux et avec le politique, mais aussi un formidable outil d’exclusion de ceux qui sont désignés comme producteurs d’insécurité, de ceux qui ne veulent ou ne peuvent participer au débat qu’elle inaugure dans l’espace public. De plus, en répondant de manière immédiate au discours sécuritaire et en l’alimentant, le politique, s’il s’assure d’une certaine forme de relégitimation, court aussi le risque de s’y perdre tant la demande sécuritaire, en cachant plus qu’elle ne dit, pourrait ne pas cesser.
Pour tenter d’éviter ces processus d’exclusion et d’inflation, l’insécurité est un objet qui doit être élargi et pensé dans son caractère relationnel ; elle ne peut être comprise et combattue que lorsque sont convoqués de nombreux acteurs qui ne sont pas nécessairement là où elle prend corps. Ce parti pris relationnel doit se prendre à plusieurs niveaux. Alors que la construction politique et médiatique de nouvelles catégories sociales autour de l’idée de la menace ne fait que tendre un peu plus les relations sociales entre précaires et apporte une compréhension très pauvre des dynamiques locales, l’analyse des interactions locales concrètes, se départissant de ces catégories appauvrissantes et excluantes pour comprendre le sens et les enjeux que les acteurs donnent à ce qu’ils vivent et à ce qu’ils font quand ils entrent en relation et faisant le pari de la complexité, s’avère davantage pertinente.
Au niveau macrosocial, l’analyse oblige à repenser la logique de partage des risques qui, à son tour, implique de refonder les politiques universalistes de distribution de l’emploi, les politiques sociales et culturelles... Enfin, cette approche force constamment à poser la question de l’altérité. Dans les quartiers populaires, les demandes d’altérité et de reconnaissance affleurent constamment, surtout par rapport à des tiers absents : les instances politiques et économiques en premier lieu, les autres habitants à l’extérieur du quartier, finalement tout ce qui n’est pas soi et qui ne partage pas l’offense d’être exclu. Introduire cette dimension dans les politiques universalistes, c’est peut-être aider les individus à prendre le risque de l’autre aussi et surtout quand il est lointain.
[1]
Au milieu des années 1980, plusieurs grands magasins furent attaqués par une même bande armée, surnommée les tueurs du Brabant wallon, dont l’objectif n’était pas de s’emparer de l’argent mais bien de tuer. En quelques mois près de 30 personnes furent ainsi assassinées. L’affaire ne sera jamais élucidée. Quant à l’affaire Dutroux, elle secoua la Belgique en 1996. Les corps sans vie de quatre petites filles et adolescentes séquestrées par Marc Dutroux furent retrouvés à son domicile. Ce fait divers provoqua une émotion immense au sein de l’opinion publique belge et une remise en cause importante de la police et de la justice.
[2]
Parmi ces dispositifs notons les contrats de sécurité, la médiation pénale, les travaux d’intérêt général, les plans sociaux intégrés, les contrats de ville...
[3]
Cette analyse est issue d’une recherche de quatre ans commanditée par le ministère fédéral de la Recherche scientifique et coordonnée par le Centre d’études sociologiques des Facultés universitaires Saint-Louis en collaboration avec l’École de criminologie de l’Université libre de Bruxelles, le Département de criminologie de l’Université catholique de Louvain et du Centre de recherche Synergie. Cette recherche a fait l’objet d’une publication : L. Van Campenhoudt, Y. Cartuyvels, F. Digneffe, D. Kaminski, P. Mary, A. Rea,
Réponses à l’insécurité. Des discours aux pratiques, Bruxelles, Labor, 2000.
[4]
Pour recueillir ce matériau, deux méthodes ont été utilisées : les entretiens individuels (une vingtaine) et collectifs (six) auprès d’habitants de quartiers populaires bruxellois et wallons et l’observation de réunions de quartier. En variant les entretiens individuels et collectifs, en passant d’interlocutrice principale au statut d’observatrice parfois anonyme, mon objectif était d’étudier au plus près les conditions de production des différentes dimensions de l’insécurité. Les entretiens ne portaient pas explicitement sur la question de l’insécurité.
[5]
Voir à ce sujet H. Hubert, Ce que les « incivilités » ne comprennent pas... Déconstruction d’un concept et de ses implications,
in L. Van Campenhoudt
et al., op. cit., p. 245-263.
[6]
E. Goffman,
La mise en scène de la vie quotidienne, t. I,
La présentation de soi, Paris, Le sens Commun, Les Éditions de Minuit, 1973.
[7]
A. Giddens,
La constitution de la société, Paris, PUF, 1994, p. 112.
[8]
Les regroupements exclusifs et excluants dans les espaces publics des quartiers populaires sont essentiellement le fait de deux classes d’âge. Les jeunes, le plus souvent issus de l’immigration, et les personnes âgées, le plus souvent d’origine belge. Ces regroupements sont davantage générationnels que basés sur l’origine ethnique.
[9]
Entendu au sens défini par Tonnïes, F. Tonnïes
, Communauté et société : catégories fondamentales de la sociologie pure (1887), Retz-CEPL, 1977.
[10]
Insistons sur le caractère fantasmé de ce diagnostic. On sait à quel point ce travail est difficile pour les immigrés, surtout pour leurs enfants. Pour de plus amples développements concernant le malaise identitaire contemporain, voir Z. Bauman, Identité et mondialisation,
in Université de tous les savoirs,
L’individu dans la société d’aujourd’hui, vol. 8, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 55-70.
[11]
Sur la question des frontières voir F. Barth, Les groupes ethniques et leurs frontières,
in P. Poutignat et J. Streiff-Fenart,
Théories de l’ethnicité, Paris, PUF, 1995, p. 204-249.
[12]
H. Garfinkel, Ethnométhodologie,
Sociétés, n
o 5, 1985.
[13]
A. Giddens,
op. cit., p. 99.
[14]
P. Peretti-Watel, Pourquoi et pour qui un risque est-il acceptable ? Représentations du risque et inégalités sociales,
Les Cahiers de la sécurité intérieure, n
o 38, 1999, p. 9-33.
[15]
Les expressions entre guillemets proviennent d’un document,
Les contrats de sécurité et de prévention, émanant du Secrétariat permanent à la politique de prévention, datant de 2002 et paru sur le site
http:// vsp. fgov. be.
[16]
S. Smeets, De la territorialisation des dispositifs policiers à la délocalisation de la fonction policière,
Revue de droit pénal et de criminologie, n
o 12, 2000, p. 1249-1266.
[17]
Y. Cartuyvels, P. Mary, Le Plan fédéral de sécurité,
Courrier hebdomadaire du CRISP, n
o 1727-1728, 2001, p. 41.
[18]
Y. Cartuyvels, P. Mary,
op. cit., p. 46.
[19]
D. Kaminski, Troubles de la pénalité et ordre managérial,
Recherches sociologiques, vol. XXXIII, n
o 1, 2002, p. 87-107 ; P. Mary, Pénalité et gestion des risques : vers une justice « actuarielle » en Europe ?,
Déviance et société, vol. 25, n
o 1, 2001, p. 33-47.
[20]
L. Van Campenhoudt, F. Digneffe, D. Kaminski, Les effets des politiques de sécurité,
in L. Van Campenhoudt
et al., op. cit., p. 393-405.
[21]
Y. Cartuyvels, P. Mary, A. Rea, L’État social-sécuritaire,
in L. Van Campenhoudt
et al., op. cit., p. 407-429.
[22]
P. Genestier, Le sortilège du quartier : quand le lieu est censé faire lien,
Les Annales de la recherche urbaine, n
o 82, 1998, p. 142-153. Voir aussi à ce sujet A. Bourdin,
La question locale, Paris, PUF, 2000.
[23]
D. Kaminski,
op. cit., p. 91-92.
[24]
Y. Cartuyvels, P. Mary, A. Rea,
op. cit., p. 426.
[25]
C. Schaut, La dimension spatiale des relations de quartier et les effets de la territorialisation des contrats de sécurité,
in L. Van Campenhoudt
et al., op. cit., p. 21-44.
[26]
Expression utilisée par un travailleur social des contrats de sécurité.
[27]
À ce sujet voir notamment L. Boltanski, E. Chiapello,
Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999 ; J. Remy, « Penser maison - Penser ville » : à la recherche d’une cohérence dans les nouvelles extensions urbaines, 2002, à paraître.
[28]
P. Poutignat, J. Streiff-Fenart,
op. cit., p. 157.
[29]
C’est une stratégie de subversion, comme l’appelle A. Sayad, qui s’attaque à renverser les rapports de force symboliques, à « renverser l’échelle des valeurs qui autorise la stigmatisation plutôt qu’à effacer les traits stigmatisés » (A. Sayad,
La double absence, Paris, Le Seuil, 1999, p. 362).
[30]
M. Gauchet,
La religion dans la démocratie : parcours de la laïcité, Paris, Le Débat, Gallimard, 1998, p. 84.
[31]
M. Lianos, M. Douglas, Danger et régression du contrôle social : des valeurs aux processus,
Déviance et société, vol. 25, n
o 2, 2001, p. 157.
[32]
D. Martuccelli,
Dominations ordinaires. Explorations de la condition moderne, Paris, Balland, 2001, p. 217.
[33]
F. Digneffe, M. Nachi, T. Perilleux, Des contrôles sans fin(s) ou le passage de la vérification à l’autocontrôle permanent
, Recherches sociologiques, vol. XXXIII, n
o 1, 2002, p. 109-126.